Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
jeudi 16 janvier 2025
LES LANGES DE L’ARCHANGE
Passez sur le passé qui vous dérange
Il est festons ou franges
L’important est dans les moissons de nos granges
Nés de nos bons ensanges
Qui font qu’on les y trouve et y range
Qu’y a-t-il là d’étrange
Passons sur le passé qui vous dérange
Mais pour donner le change
Regardons celui qui mieux vous arrange
Celui qui n'est point fange
Celui où vos mots et faits on louange
Sans ambages ni mélange
Passer sur le passé qui vous dérange
C’est pour moi un challenge
Comme de vous croire des saints ou des anges
Car ne veux en échange
Les bassesses qui ont permis vos vendanges
Vins faits d’eau de vidange
mercredi 15 janvier 2025
LES MÉCONTENTS
Petite fable affable
Il aime la nature ce jardinier.
Preuve qu’il est homme peu rancunier !
Comme le lui chante haut une mésange
Que cet humain disait avoir voix d’ange.
Il avait un clan de chasseurs, des chats
Chafouins, surtout, vivant en vrais pachas
Et en chalands à moins que pointe une aile
Ou une moustache par navets ou nielles
Et c’était curée sans absolution.
Lors, chagrin, il chercha la solution
Dans sa bouteille de chablis : nichoirs,
Mais aussi mangeoires et puis abreuvoirs
Il supprima de son jardin, bien qu’avec zèle,
Il en eût mis partout pour les oiselles
Et oiseaux du cru : « Mon Dieu, il nous hait !
Ce chabraque nous refuse branches, haies,…
Fait lors un rouge-queue unijambiste.
- Veut-il notre mort ? dit un verdier triste.
- Ses chahuteurs sont moins chacals que lui
Quand, las, il nous font danser la chacone !
Ajoute un chardonneret.- Quel ennui
D’entendre pérorer comme ces connes
De perruches ! lance une chouette qui
Ne l’est pas vraiment. Votre tête est maquis !
- Tu prêches pour ta chapelle, l’ancienne !
Tu vis comme un shah mais nous gens plébéienne…
- Silence ! Vous vous plaignez des griffes et crocs
Des matous. Cet homme, lui, nous préserve,
De futures et douloureuses nécro’.
Je le proclame sans aucune réserve :
Jugeons d’autrui non l’acte ou la parole
Mais la fin qui en est la muserolle ! »
mardi 14 janvier 2025
PIEU HAÏKU
J’ai passé un marché avec Dieu, tant qu’il ne nuit pas à mon existence… Je n’attente pas à son inexistence.
BONHEUR
À Marielle, sur sa première œuvre à l’huile (déc. 2024)
Je le vois poindre à travers le rideau gris
Des temps que tu as traversés, Ventre-Saint-Gris,
Comme un cheval au petit trot, magnifique
Prophète d’heures enfin pour toi pacifiques.
Est enfin finie une année sans plumet ;
Il peut venir, bienvenu comme jamais,
Car les brouillards de nos tourments se dissipent
Et les brumes de peurs nées quand le destin ripe
Sont maintenant derrière nous. Sans « si » ni « mais ».
Je le vois poindre à travers le rideau gris
Des temps qui auraient pu, las, nous rendre aigris,
Nous séparer comme un vieux sort maléfique…
Mais il est là, ce palefroi séraphique,
Porteur de la promesse d’un « désormais »
Menant aux lointains sereins, aux rives aimées
D’un avenir où le rêve devient principe,
Où l’espoir d’avancer sans pleur participe
Loin de ces moments, embués, à gommer…
lundi 13 janvier 2025
LE COURSIER & LE ROUÉ
Petite fable affable
Lièvre ayant prou besogné sa hase compagne,
S’en trouva fort guilleret et rasséréné,
Aussi ne tremble-t-il quand, en rase campagne,
Il croise compère Renard, prédateur né.
Notre oreillard, d’un ton goguenard, fanfaronne :
« Conviens que je l’emporte en ce monde de fous
Quand il faut fuir l’ombre des tiens qui prou larronnent
Ou les vains chasseurs quand je braconne leurs choux !
Nul n’est plus rapide : tous les vents sur leurs ailes
Peuvent à grand peine, hélas pour eux, m’être rivaux ! »
Le renard lui répond : « Qui pourrait, Sauterelle,
Te battre en vitesse par nos monts ou nos vaux ?
Mais si fuir le danger est belle et bonne affaire,
Savoir l’éviter, crois-moi, est le mieux à faire ! »
dimanche 12 janvier 2025
MON CHEMIN
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 janvier 2025
Mon chemin caillouteux plein d’herbes folles est d’ombres
Il m’a conduit à de grands champs aux blés blondis
À de vastes prairies fort fleuries et verdies
Au bleu intense de ciels immenses sans nombre
Mon chemin cahoteux n’allant pas droit est d’ombres
Mais il m’a ouvert des horizons interdits
À qui ne sait les voir les sens tout engourdis
Par un quotidien qui condamne à la pénombre
Mon chemin qui semble perdu certes n’est qu’ombres
Mais il me mène sans fin aux charmes inédits
Et renouvelés d’une insoupçonnée Arcadie
samedi 11 janvier 2025
TANGENCE ?
Petite fable affable
Un seigneur n’était qu’indulgence,
Ce même avec la pire engeances,
Refusant toute intransigeance.
« Cela passe pour négligence,
Lui dit-on avec obligeance,
De n’user point de diligence
Dans le recours à la vengeance.
Ça affaiblit votre régence,
Les opposants font convergence,
Mettent l’émeute en émergence !
- Pourquoi ce serait dérogeance
Et non preuve d’intelligence
De voir en-delà des contingences,
De l’urgence ou des divergences
Et d’avoir en ses exigences
De ne réclamer qu’allégeance ? »
vendredi 10 janvier 2025
NORMANDERIES
À Catherine D., avec toute mon amitié
Des pommiers, du foin et des herbages,
Des vaches aux pis lourds en pâturages
Que des haies protègent des grands vents,
S’emplissant de chants d’oiseaux souvent,
C’est ta Normandie, terre hors d’âge
Où les peupliers ont leur verbiage.
Pas de falaises d’un blanc amer,
D’aiguille pour coudre ciel et mer
Ni de ces toits noirs luisant d’ardoise
De ces ports semblables à ceux d’Iroise,
Ta Normandie n’a pas ces grands airs
Qui font courir les embruns dans l’air!
Pas besoin d’aller au bord du monde,
Ni de mouettes criant à la ronde ;
Seuls l’or, l’ambre et l’ocre des feuillages
Et les chemins creux offrant passages
Font ta Normandie que pluies émondent,
Terre sans faconde mais féconde.
Tes toits de chaume rient des grêlons
Mais quand il fait bleu, quand il fait blond,
Les grands prés sont des terres d’aventures.
Les ciels mouillés poussent à l’écriture
Dans ta Normandie aux doux vallons
Et aux horizons prune et oblongs…
Fors les plages d’Histoire gourmandes
Et ce mont qui aux cieux Dieu quémande,
Les processions qui vont à Lisieux
Ou bien celles qui vont à Bayeux,
Retrouvons sève et saveurs normandes
Qui mettent les grincheux à l’amende.
jeudi 9 janvier 2025
LE PENSEUR & LES OISEAUX
Petite fable affable
Un philosophe, le même que précédemment,
Raconta qu'il aimait en sa prime jeunesse
Traîner et paresser comme une vraie déesse
Et à procrastiner hélas, tout mêmement.
Sa mère, lassée, le dit à son pédagogue
Qui invita l’enfant à écouter le vieux
Conte : « Un beau rouge-queue, jeune et industrieux,
Qui se lève matin, va, vient, par les vents, vogue
Afin de trouver pour lui et les siens, pitance
Parmi les insectes des entours de son nid -
Et il en gobait, dit-on, nul ne le dénie ! -
En son bruyant buisson, plus qu’à sa convenance.
Pour sa part, un rouge-gorge se levait tard,
N’aimant que la grasse matinée, les siestes
Les pauses et le repos combinés. Sans conteste.
Or, à vivre ainsi, il n’arrivait même pas
À se sustenter ; aussi quand l’autre oiseau chante
Et forcit, lui dépérit, comme un spectre hante
Les mêmes halliers où il connut vite trépas.
Quelle leçon de vie en tires-tu, jeune homme ?
- Que les insectes qui sont bien trop matinaux
Meurent plus tôt que les autres ! » fit le finaud.
De la moralité des fables peu importe
Car, comme on dit chacun voit midi à sa porte.
mercredi 8 janvier 2025
HAÏKU VACHE
Avis à celles et ceux qui veulent me perdre : vous me trouverez sans mal… et sur votre chemin !
LA PARESSEUSE
Rompue de langueurs et brisée de mélancolie
Chagrine, elle sommeille ou encore somnole,
Le regard éteint mais les yeux pleins de lucioles,
Poussière de rêves ravis au ciel de lit.
Le corps noyé d’ennui et, comme ensevelie,
Elle n’est qu’inertie, les cheveux en auréole.
Dans un silence oisif, en blanche camisole,
Cette indolente a la volonté abolie.
Je la retrouve ainsi, alentie à tout heure,
L’esprit tout assoupi, le teint hélas pâli
Et l’âme acagnardée, au néant avilie.
Elle ne sort de sa torpeur ou l’éveil effleure
Que pour dormir, lassée de sommes, un bon moment,
Ma belle désœuvrée, au bois toujours dormant.
mardi 7 janvier 2025
D’UNE POULE QUI A DU POT
Petite fable affable
Une poule était fort malade en son nid.
La mort semblait bien vouloir la mettre au lit
Pour toujours. Donc, le bruit de son trépas proche
Courut plus vite qu’avalanche de roches
Et attira à la basse-cour des prédateurs
Et des charognards qui aurait dû avoir peur
Du lieu. Ce trop de bons pèlerins étonne
Le coq qui ferme l’huis et l’interdit sonne.
« Comment va ta rousse ? demandèrent-ils
À l’encrété aux décrets peu volatils.
- Mieux que vous ne le voudriez, sales bêtes
Et demain lui sera meilleur encor’, courbettes
Visites ou bien prières n’y feront rien,
Je vous sais une sale bande de vauriens :
Il faut trouver, en certaines circonstances
Qui met les oiseaux malheurs à distance ! »
lundi 6 janvier 2025
AU PAYS DE FANGE
Ce vieux pays sans repère
S’en va, pépère, au chaos.
Il n’est plus qu’un grand repaire
De ces zélateurs d’un Très-Haut
Sans nulle tolérance,
Et de marchands, un peu rances,
Des plus noirs idéaux…
Ce vieux pays sans repère,
Lui qui avait des valeurs,
Sans fin, las, se désespère,
Et, de douleurs en malheurs,
Il honnit sa république,
D’ires et colères cycliques
En haines, aujourd’hui, bon teint…
Ce vieux pays sans repère
Rêve, à nouveau, de Pétain,
S’invente un jadis prospère
Que les Lumières ont éteint.
Il bannit les démocrates
Et hue tous les bureaucrates,
Pour une France sans tain…
dimanche 5 janvier 2025
COMMENT FINIT-ON PENSEUR ?
Petite fable affable d’après un aphorisme prêté à Socrate
Un brave athénien, que je crois aristocrate,
Interrogea, un beau jour, le bon Socrate
Sur l’union civile et son utilité.
« Mais le mariage est une nécessité,
L’ami, et pour nous c’est toujours une affaire.
Si on ne l’avait inventé, il faudrait le faire
Sur le champ, oh croyez m’en, car rien de mieux
Ne peut arriver à un homme, jeune ou vieux :
Si vous tombez sur une bien bonne épouse,
Vous serez, ici bas, l’être le plus heureux ;
Si elle est mauvaise ou, pire, une ventouse,
Vous deviendrez un philosophe, un songe-creux,
Et plus jamais ne serez malheureux. »
samedi 4 janvier 2025
RELENTS D’ANTAN
Du pain à la huche
Et de l’eau dans la cruche,
Les mas d’autrefois
Sentent la vraie foi,
Le suif des chandelles,
Les jours endormis,
L’hiver insoumis
Sans glaise ou pradelles,
L’été plein d’amis,…
L’horloge comtoise
Dont l’oeil blanc toise
Cet âtre où flamboie
Bûche, branches et bois,
Tous ces parfums hume.
Dans l’intimité
Des heures mitées
Les bougies consument,
En p’tit comité.
On va et vacille.
Pour chaines aux chevilles :
Labeurs saisonniers
Du temps prisonnier ;
Ayant pour gardiennes
Des chagrins honnis,
Nos peines infinies
Hélas quotidiennes,
Comme des bannis.
Tout parle d’absence
Et puis de silence,
Même les carreaux
Sommeillants, noirauds
Qui disent sans trêve
Le champs et les prés
Jusqu’à ce qu'on crève.
Les rives du rêve
Sont pour d’autres après !
vendredi 3 janvier 2025
RÈGLES ESPIÈGLES
Petite fable affable
Grand collège Jean de Laurelle.
Cours de sciences naturelles.
Leçon première : Anatomie.
« Elève Tramondanamie
Combien de reins, cher élève,
Avons-nous ?- Quatre, Monsieur.
- Quatre !… Je rêve.
Apportez du foin, s’il vous plaît
Nous avons un âne simplet
Parmi nous !
- “Nous”, reprit la tête de pioche,
Est marque d’un pluriel. Tout mioche,
Monsieur, sait ça. Vous demandez
“Combien de reins, avons- nous ?”, té,
Il est bien normal que je pense
Las, que vous vous évoquiez, vous,
Ainsi que moi en l’occurrence.
Dans la vie, voyez-vous,
La connaissance devient vaine
Si la compréhension n’est en veine ! »
jeudi 2 janvier 2025
VOIR AILLEURS ?
Je suis un rimailleur un débroussailleur
De ciels grisés de corneilles bâilleur
Un brin brailleur et beaucoup batailleur
Selon d’aucuns un chouia chamailleur
Qui rêve d’ailleurs
Donc avis aux incurables tailleurs
Pour drames et autres foutus rempailleurs
D’idées reçues je me fais ferrailleur
Quand se présente à moi un pinailleur
Fort nul par ailleurs
Je suis un écrivailleur écailleur
De temps perdus et un vieux trouvailleur
D’instants qui attendent leur orpailleur
Volontiers gouailleur et souvent railleur
J’suis toujours ailleurs
Sans envie d’aller nulle part ailleurs
Je vous laisse vous les ravitailleurs
De faux semblants qui me croient travailleur
Du chapeau et nuit et jour grand bailleur
Être tirailleurs
mercredi 1 janvier 2025
HAÏKU DANS LES DENTS
« C’est misère que d’être pauvre ! » disent ceux qui ne connaissent pas l’une et ne sont pas l’autre… Le restant n’a pas le temps d’en causer !
CÔTÉ COUR
Petite fable affable
Pas plus tard que maintenant, assurément,
Dans l’antichambre de la salle du trône,
La foule des flatteurs salive serments
Bavants et compliments visqueux. Dieu, Cambronne
Aurait eu pour désigner tous ces faux culs,
À l’air soumis, aux courbettes convaincues,
Un mot fort approprié qu’ici je n’ose
Mettre en clair… Bref, ils ne sentent pas la rose !
Et on flagorne. Et on louange. À la chaîne.
Soudain, on aperçoit glaireuse traînée
Sur le plancher du lieu où ils se tenaient.
C’est un limaçon qui avance et se traîne.
Aussitôt on crie au sauvage et au Goth !
On se récrie. On calomnie. On enchaîne
Qu’il faut jeter dehors ce sale escargot
Lèse-majesté qui écume avec zèle.
Sans que ça ne trouble qui est discrépant,
Larve glissante parmi les algazelles,
Qui lors fait : « Je viens, comme vous, en rampant
Mais moi, pardon beaux messieurs, point ne le cèle ! »
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