Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 15 avril 2015

HAÏKU’ LTURISTE

Vogue nostalgique aidant, aujourd’hui le passé seul a de l’avenir.

AU BOIS

Petite fable affable

Dans ce bois-ci,
Tout en hâbleries et en diableries
Le loup traque lapin, daim et  perdrix,…
Non, selon le goupil, sans ladrerie.
Or donc voici,
N’en déplaise au Loup en sa Seigneurie,
Tant de croqueries et de muflerie
Lassent un jour lapin, daim et perdrix,…
Renard aussi.

Dans ce bois-ci,
Les bêtes, les jeunes et puis les rassis,
Pour sauver leur peau, et le reste aussi,
Appelèrent l’Homme à venir sans « si ».
Et donc voici :
Menton velu, cul pelu, c’est ainsi
Qu’il chassa Sieur Ysengrin, sans sursis…
Et tous les autres… Depuis il règne, ici,
En roi assis.

Pour les becs fins et les gueules d’apôtres :
Toujours et partout, un loup chasse l’autre !

LA DERNIÈRE DANSE

Quoiqu’on vive à l’ombre d’un volcan
Craignant le pire : pour qui ? Pour quand ?
L’heure est la meilleure pour danser,
Pas pour pleurer ni même penser.
Même si l’on vit sous un volcan
Et qu’on soit les derniers mohicans
L’heure est la meilleure pour danser,
Sans plus réfléchir ni balancer.
Parce qu’on vit à l’ombre d’un volcan
Mes amis, soyons inconséquents !

Entrez sans coup férir dans la danse
Et chantons quoi que d’aucuns en pensent :
C’est la ronde
Des belles, des folles et des gars,
Gens d’ici ou bien gens de là-bas,
Quoi qu’ils pensent et quoi qu’ils croient ;
C’est la ronde 
Des manants, des simples et des rois
Qui profitent d’un dernier sabbat
Car le malheur sur leur vie s’abat
Et l’espoir gît au fond de leurs bas.

Ami d’ici, ami de là,
Parce qu’on vit à l’ombre d’un volcan,
Amie d’ici, amie de là,
Viens guincher avec des inconséquents !
Chante, joue et danse,
Chante, bois et lance :
« Soyons ensemble inconséquents ! »
Chante, joue et danse,
Chante, bois et lance :
« Soyons ensemble inconséquents ! »
Des étoiles aux yeux,
Laissons les dieux aux cieux,
La politique aux vieux :
Tant pis pour les odieux,
S’amuser nous va mieux
Et la dans’ tient lieu
De trait d’union joyeux ;
L’reste est si ennuyeux !

Sautez, tournez, passez, virez,…
Pour oublier qu’on va chavirer ;
Allez, venez, entrez dans la ronde
Pour ne pas voir le périr monde.
Sautez, tournez, passez, virez,…
C’est mieux que de se déchirer !
Finis l’impardonnable, l’immonde,…
Venez, allez, relancez la ronde !
Terminée la faconde inféconde,
Allez, venez, entrez dans la ronde !

Chantons, dansons, puisque c’est la fin,
Se lamenter ne sert à rien ;
Dansons jusqu’à plus soif et plus faim,
Chantons pour se faire du bien.
Prenons la mort comme elle vient
Et la vie comme elle s’en ira…
Puisqu’ demain jamais ne sera,
Puisqu’ demain jamais ne revient…

Ami d’ici, ami de là,
Parce qu’on vit à l’ombre d’un volcan,
Amie d’ici, amie de là,
Viens guincher avec des inconséquents !
Chante, joue et danse,
Chante, bois et lance :
« Soyons ensemble inconséquents ! »
Chante, joue et danse,
Chante, bois et lance :
« Soyons ensemble inconséquents ! »
Pour fêter nos aïeux,
Laissons nos vieux grieux
Aux fous et aux pointilleux :
Tant pis si c’est odieux,
S’amuser nous va mieux
Et le chant tient lieu
De trait d’union soyeux ;
Soyons du mal oublieux !




















Sceau : Élisa Satgé, 2017

lundi 13 avril 2015

HAÏKU’LTÉ

Nos chers désespérés ont les chairs en lambeaux,
Et j’en connais de tels qui sont, jà, au tombeau.

LA VOITURE AVACHIE

Je regarde passer les trains,
Sous les lampadaires de garde,
Ça fait un peu arrière-garde,
Mais ma vie à ça se restreint,
Trop vieille pour le train-train
Qui rend, ici, la ville hagarde.
Moi, je regarde.

Je stationne, là, sans entrain,
Si usée qu'on ne prend plus garde
À mes phares que par mégarde.
Solitude, ennui vont leur train,
Moi, je regarde…

LE MOINEAU FRILEUX

Petite fable affable

Un moineau, avec un certain air de mystère
Et d’importance qui, las, ne contemplait rien
Que ses contemporains, regrettait que la terre
Qui l’a vue naître un jour, lui, le végétarien,
Comptât tant de félins, d’ophidiens,… de problèmes
Pour contrarier, toujours, son repos et sa flemme.

Ce qui l’indisposait, c’était l’hiver surtout.
Et lui qui ne faisait jamais, en ce bas monde,
Aussi bien que lorsqu’il ne faisait rien du tout,
Pour fuir frimas et le froid tuant l’osmonde,
Rêvant de tropiques, se voyait migrateur :
Pour vivre au soleil, il tutoierait l’équateur !

Ses délires, parmi les siens, faisaient désordre !
Un tel voyage étant pénible, il préféra
Rester mais, pour ne pas avoir l’air de démordre
De son idée d’être au chaud aux gels, il entra
Dans la ferme où il fit peur à la vieille Berthe
Qui, d’un coup de balai, faillit causer sa perte.

Puis elle prit en pitié cet avorton-là,
Le laissa aller à son gré dans sa cuisine
Où la cheminée, feu et flammes, lui sembla
Plaire à ce drôle d’oiseau que de sarrazines
Graines, elle nourrit ; lui, il est au paradis,
Dans ce pays-là, si près, jamais refroidi.

Le bonheur est, on le voit, une grande chose
Faite de petits riens. Il niche, effacé, là,
Auprès de l’âtre de l’antre, où parfois il ose
S’aventurer au plus près des braises, jamais las
De leur douce chaleur, des couleurs sans grisaille,…
Ça l’attire comme aimant appelle limaille !

Adopté, nourri et choyé, il résistait
Mal à ce foyer dont l’enfer est une invite.
« Qui tient à sa place, doit savoir y rester ! »
Se dit-il souvent, mais il l’oublie aussi vite.
 Il se grilla. Berthe épitapha, malengroin :
« Suivre une idée fixe ne mène pas très loin ! »

samedi 11 avril 2015

HAÏKU KINOU

Un sourire, quoique n’étant que la petite monnaie du rire, ne m’en est pas moins précieux.

PIQÛRES D’ARAIGNÉES

Petite fable affable

« « Araignée du matin,
Ce jour : chagrin ;
Aragne à midi :
Bientôt soucis ;
Araignée du soir :
Demain : espoir ! »

Fort de ce proverbe, Paul détruisait

La moindre aranéide ou bien sa toile,
De mâtine à sexte, à s’en épuiser :
Il vivrait plus heureux sous les étoiles !
C’était ainsi donc qu’il réglait sa vie
Sur la présence ou même sur l’absence 
De bébêtes qui donnaient, ainsi, leur avis
En un horoscope tout d’innocence.

Malheur ! Celle qui, au soir, réchappait

Au meurtre, au matin mourait de plus belle.
Las, bientôt, il n’y eut chez cet épais
Plus une aragne à lui donner nouvelle,
Ni bonne, ni mauvaise. Il s’inquiéta
Et mourut tout de tristesse et d’angoisses
Ne sachant que penser de ses états,
Ni que faire à tout propos. La poisse !

Aussi on trouva, un matin, son corps

Recouvert et becqueté par les mouches ;
Sans prédateur au tranquille décor.
Ces malpropres, malades, avaient fait souche :
Le cafardeux fut mouché comme on dit !
Il n’est pas de “sagesse populaire” :
Agis vite, faisant sur tout crédit,
Et tu te mettras fort tôt en galère !

« Araignée du matin :
T’as pas un grain ?
Aragne à midi :
Au lit, tu gis !
Araignée du soir :
T’es un gros couard ! »

AVANT L'HIVER

Comme pour un peu s’assouplir,
Les vieux arbres étirent leurs bras,
Pointent leur doigts vers l’embarras
Du ciel avant de s’assoupir,
Leurs pieds cachés sous le tapis 
Épais ici, là décrépi,
Collant et luisant, mordoré,
Dans leur chevelure tombée
Au gré de vents, soudain plombés,
Venus, matin, les perforer.

L’hiver prévient, il approche
Pas à pas, de proche en proche.

Le ciel noueux a pris le deuil.
Il est la tombe du soleil
Et les nues cachant son sommeil
Couverclent le triste cercueil.
L’été, avec lui, enterré
Emporte nos joies altérées
Vers une toute autre saison
Qui éteint les cœurs à l’excès,
Étreint les corps soudain glacés,
Ternissent, ombrent ma raison.

L’hiver s’en vient, il approche,
Pas à pas, de proche en proche.

Parapluies et parkas pressés
Colonisent rues et trottoirs.
Le vent du Nord s’y fait battoir,
Couteau inca, lame stressée
Transperçant tous les cache-nez,
les visages enchifrenés,
Et les pulls grossis, remaillés,…
La pluie s’invite à ce ballet,
Glaçant sourires en allés
Et yeux à peine entrebâillés.

L’hiver advient, il approche
Pas à pas, de proche en proche.

Tout transi, j'erre dans le froid,
La tête vide, l’esprit las,
Rôdant ici, m’égarant là.
Et sans envie, et sans émoi,
Privé d’âme, déambulant,
Bout de chair dérivant
En quête d’un port, d’un espoir,
Je vais, le jour virant au soir,
Et vis comme un vrai survivant

L’hiver revient, il approche,
Pas à pas, de proche en proche.
Illustration : Camille Lesterle, avril 2015

vendredi 10 avril 2015

jeudi 9 avril 2015

HAÏKU SAÏ

« Le regard est le miroir de l’âme » ;
Tout égard le mouroir des larmes !

L’ENCLUME & LE MARTEAU

Petite fable affable

Une vieille enclume complètement frappée,
Battue, blessée, bref forgée plus qu’écharpée,
Avec un marteau, tapait la causette.
Il raisonnait comme il résonnait : faux.
La forge à leurs débats restait muette,
Nul ne prenant partie car il ne faut
Pas contrarier la frappe assommante,
Ni se cogner cette enclume démente
Qui, quoique sonnée, était moins marteau
Que l'autre, se disait-on in petto.
On respectait cette masse dormante
Qui, seule, osait tenir tête au marteau.

Tous les outils, ayant la rouille au ventre, 

Fuyaient les discussions de cet antre
Et les flammes du feu s’enflammaient peu
Pour leurs disputes, un peu chiche-faces
Pour les maux. Mais le soufflet, plus pompeux,
Renvoyait dos-à-dos ces face-à-face
Et leurs auteurs jamais, eux, essoufflés.
Le marteau, plein d’élan, criait, gonflé :
« À force, va !, tu seras moins brillante ! »
Elle ne bougeait pas. Dure et vaillante,
Insensible au fait de tant morfler.
On admira qu’elle restât chatoyante.

Répondant coup pour coup par un éclat

Net, l’enclume ne bougeait pas. Corps las.
Le battant, sans se mettre martel en tête,
Ni craindre de la heurter, la rossait
Plus, percutant et brutal comme bête.
À chaque coup de boutoir, sans procès,
La massive répondait sans faiblesse
Et claquait, juste marquée, la drôlesse
Et il lui tombait dessus, à nouveau,
Vexé qu’elle n’ait pliée. Ah, quels rivaux !
Pour la briser, il allait sans mollesse ;
Elle résistait à ses vains travaux.

« Moi, je m’en tape de ta violence :

Par ma masse et mon inerte insolence,
 Plus tu me rudoies moins sonne mon glas !
Le plus frappé de nous deux dans la forge,
N’est pas celui qu’on croit, grand échalas !
- Tu céderas, là, dans ce coupe-gorge :
L’arme de Thor ne saurait avoir tort !
- La force vient à bout de tout, butor ?
 Vois, t’acharner ne m’abat ni ne m’use :
Ça me rend plus brillante,… triple buse ! »
Leçon ? Tyran impuissant et retors,
Face aux résistances passives, ruse !

TROP ENTOURÉ

Les tours poussent - des champignons ! -
Dans le smog tout en fumées rousses
Qui fait que, plein de frousse, on tousse
Au pied de ces fiers compagnons.
Ma turne, à leurs pieds, est oignon,
Mousse qui gêne sans rescousse,…
Les tours poussent !

Grognon, moi, je n’ai que guignon
Car ces tours me repoussent en brousse,
Je ne suis que frousse et secousses,
Rognons bouffés jusqu'au trognon.
Les tours poussent…

mardi 7 avril 2015

HAÏKU LOMBIE

Rien ne sert de sourire s’il faut se tartir un brin !

LES MOUTONS HAUSSANT LE TON

Petite fable affable

Las et rompus de tant croquer le marmot,
N’espérant rien de la justice immanente,
Rarement imminente, des animaux
Du genre ovin, ont élu un nouveau maître
Et, bien sûr, comme on dit : « Ils se sont fait mettre ».

Or, sans manger le morceau, pour une fois,
Nos moutons se mutinent dans leur pâture :
Pour que les barrières tombent, il faut parfois
Que barricades s'élèvent !… Même en nature.
« Si notre résignation fait sa puissance,
Notre abnégation lui ferait trop d’aisance ! »

Ainsi s’exprime la furie des glandeurs
Qui piétinent et saccagent pré et herbe :
Ces bêlants ayant la folie des grandeurs
Moururent de faim, hauts de front et de verbe,
Ce fut le seul fruit de leur révolution.

Chez la plupart des bêtes comme des hommes,
Calme est léthargie, action et émotion
Sont fureurs* et donc pas meilleures en somme.

* Petit rappel d’Épicure (-342 ou -341 / -270).

AMI OU AMANT ?

On a plus besoin d’un ami que d’un amant
Même, et surtout, aux temps de nos premiers serments
Qui font ces serrements ou de fols errements
Mais l’amant lasse, angoisse,…
Un ami, c’est toujours là, sans revirement,
Quand le Prince charmant se fait écœurements,
Voire déchirements, avant chavirement ;
Il enlace et défroisse.

On a plus besoin d’un ami que d’un amant,
Objet d’égarement, sujet de jurements,
Rendant hagard, dément, à qui - pour qui - l’on ment,…
Mais l’amant casse ou froisse.
L’ami, lui, n’est jamais las, et discrètement,
Il va très fréquemment, fort provisoirement,
Calmer les pleurements, consoler des tourments,…
Classe, pas chiche-face.. 

On a plus besoin d’un ami que d’un amant
Donnant entièrement d’incroyables moments,
Qui est désarmant dans l’accaparement
Mais l'amant passe ou poisse.
Je suis “ami” celui qui, familièrement,
Écoute sagement et conseille mêmement
Surveille entendement, évite entêtement,…
À sa place, il s’efface.

dimanche 5 avril 2015

POLICE HAÏKU

L’humeur de prendre en grippe 
À mon humour s’agrippe !

LA CITÉ SIDÉRÉE

Jouet perdu chez les adultes
L'auto improbable et dodue
Semble fruit d'un malentendu :
Elle dérange et fait tumulte,
Elle interroge ou on l'insulte,
Coupable d'être inattendue,
Jouet perdu.

Chacun jauge, regarde, ausculte
Cet objet tout droit descendu
Sur nos vies, par rien distendues,
Qu'aucune imagination ne sculpte
Jouet perdu…

L'ARAIGNÉE AIMANT À RÈGNER

Petite fable affable

Pour mieux gouverner la pièce où elle se calfeutre,
Dame Aragne, semble-t-il toujours en sommeil,
Se fit journaliste et, voulant jouer la neutre
Sa parole étant moins d’or que sombre vermeil,
Pour joindre le futile au plus désagréable,
Elle ne pointa pas aux potins éhontés
Mais plutôt aux crapauds écrasés, aux aimables
Nécro’ d’humbles Sans-Crocs,… Souveraine bonté !

Ainsi notre éveillée au coin du feu, déluge
D’éloges la mouche, édile des beaux plafonds,
La chenille hirsute qui s’égare au refuge
Où elle trame sa toile, piège profond ;
Elle encense aussi le frelon félon qui fête
Son entrée dans l’antre des hommes qu’il effraie,
Mais qui, las, tuent le taon avec des choses faites
Pour que tous passent de vie à très plat sans frais.

De la belle effacée, on soupçonne traîtrise :
Perdue dans ses saisons, tapie dans ses raisons,
Certains lui reprochent son manque de “franchise”
Cette méchanceté gratuite en frondaison
Qu’on croit vertu si on a de l’esprit qui tique.
Pour elle, ce n’était là que mauvaise foi,
De gens ayant bonne conscience et sceptiques ;
En bref, fadaises et foutaises à la fois !

Moucherons et mites, haut, disaient pis que pendre
De l’araignée. Cette engeance-là s’honorait
Toujours de n’être de l’avis qu’on peut prétendre
“Général” mais hélas n’absolvait de ses traits
Personne qui aurait semblé ne pas se rendre
À ses raisons : une tisseuse, hélas, ça tue
Pas besoin d’en dire plus, ni plus long apprendre ;
Si tu l’approches trop, dans l’instant, t’es foutu !

Pour les mouches, on se gâchait de bons moments 
Par les plus mauvais des raisonnements : l’Aragne
Calomniée devint leur amie, bruyamment.
Puis la bonne dame qui, pour rien, n’avait la cagne,
Gardant gaieté austère et face toujours lisse,
Goba ses zélateurs pris dans ses blancs filets.
Quand l’araignée, même la plus amène, tisse
Toute mouche se doit, aussitôt, de filer !

vendredi 3 avril 2015

HAÏKUS QUI PLEUVENT

Si « Aussi bien pleure bien battu que mal battu* »,
Aussi bien pleure chien battu que mâle battu !

* Vieux proverbe rapporté par Claude Duneton, La puce à l’oreille.

LA VACHERIE

Petite fable affable

Dans l’étable on est prêt, las, à se battre
Tant on se lasse de toujours débattre :
 Un taurillon tout neuf et Maître Taureau
En seraient presque venus aux cornes
Car notre jeune envieux criait haro
Sur le vieux à jêun, dont l’œil noir est morne.
Déjà de noirs sabots raclaient la paille
Tant était insolente la marmaille,
Pourtant l’Ancien n’aime, en rien, les excès.
Mais se faire donner la leçon, mazette,
Et par un vantard qui vous veut vexer,
Ce veau mal sevré, c’est casse-noisettes !

Notre blanc-muffle, encore enjuponné,
Jouait les gaillards et levait le nez.
 Ce fourbe n’était pas une lumière,
 Même pas une veilleuse, dit-on,
Mais quand on n’a pas de bonnes manières
Une correction fait baisser d’un ton.
Et, tout en outrance et outrecuidances,
Notre jeunôt était d’une arrogance 
Qui a vite empourpré d’indignation 
- Une impardonnable aigreur de jeunesse !
 Son aîné de placide complexion
Qui savait faire preuve de finesse.

« De nos jours, Vieux, les époux romantiques
Disait ce fils-là, ça fait « Rome antique » !

- Qu’en sais-tu ?!… Il va tomber plus de lait
Que d’eau de ton museau si on le presse !

- Il n’est pas né, par Dieu, le Charolais
Qui fera cette crasse à mon adresse !

- Donc contente-toi de brouter pépère
Puis, piètre fils, de devenir bon père
Et, fidèle en tout, un vrai mâle aimé.

- De nos jours, Papy, les maris honnêtes
Passent pour guignols. Pourquoi carêmer
Quand tant de vaches aiment ma binette ?!

- Un jour, tu verras que mes conseils valent
Mieux que ce qui, dans ta tête, cavale !

- Moi, louer qui est aussi emprunté ?!
Qui vit dans la vertu se condamne
À vivre nu et fort désappointé !

- T’as déjà le lombric à l’air, Peau d’âne !,
Et je peux l’embrocher d’un coup de corne
Si tu continues à me faire écorne ;
Adieu alors fierté et prétention !
Alors réfléchis mieux, jeune imbécile,
Et souviens-toi que la modération
Est toujours le parti le moins facile. »

HANNIBAL PERDU

Poème épique à l’éthique étique qui colle au drame
Cycle historique

Sous le soleil d’Afrique, étouffant,
À Carthage, patrie du Dieu Baal
Qu’était un tantinet cannibale
Surtout pour qui était un bel enfant,
Exceptés ceux qu’on dit “de la balle”,
Hamilcar, qui valait peau de balle,
Était roi à trois fils, Hasdrubal
Mago et un certain Hannibal,
Le seul à préférer au hand-ball
La bataille toute en oliphants,
En chant martiaux, en cris, en timbales,…
Pour un gamin, il était bluffant,
Ce fils d’un souverain à trois balles !

Hannibal n’aimait pas les baballes
Déjà piaffant, à peine faon,
Il n’est de jours, lui, où il ne s’emballe
Ne rêvant que guerre ou éléphants,
D’aller à Rome, en passant par Bâle,
Pour y faire sonner la cymbale
De troupes au destin triomphant.

En jouant, buvant, dormant, bouffant,
Saoûlé de Rome, et pas qu’au verbal,
Hannibal, partout, encor’, déballe
Même à son père qui le trimbale,
Ses projets les plus fous, échauffant
Tout punique, pugnace ou pibale :
Rome exigeait d’eux tribut tribal,
D’imposer leur commerce global
Et qu’on en fît un procès verbal,
Qu’on l’envoie, lui et ses éléphants,
Et ce peuple scribal qui cabale
Deviendrait docile comme faon ;
Ça nique un punique qui s’emballe !

Hannibal décrocha la timbale
Toujours piaffant, et ébouriffant
La plèbe que ses discours emballent,
Tous pleins de combats et d’éléphants,
De “La” Rome, et de ce trou de Bâle,
Où il ferait sonner la cymbale
D’une victoire-éclair, en pouffant.

Punique unique, ce fol enfant
Disait : « Que le Latium me soit tombal
Si mes pachydermes brinquebalent !
Relançons donc la guerre et la balle,
Avec ces belles légions d’enfants
De louve devenus des bubales !…
Misez cent balles sur Hannibal,
Pour la plus grande gloire Baal
Ses d’éléphants mèneront le bal,
Sonneront trompes et oliphants !
Car les Romains ne sont que cybales
Sans défense,tout juste griffant,
Quand ils se rebiffent, c’est peau d’balle ! »

Hannibal fit tonner les timbales
Encor piaffant, déjà triomphant.
Défaites et rancœurs on remballe :
Soldats cuirassés plus éléphants,
Contre sarabales, frondibales,…
Ça va être du lourd après Bâle !
Carthagne fait sonner l’olifant.

Rome en vain détestée c’est kiffant
De te voir tomber, pense Hannibal
Sur son bateau, ses triqueballes
Qui usent et abusent de brimbales,
Car c’est encombrant des éléphants
En Hispanie, en Gaule et à Bâle !…
Punique à tunique, l’Hannibal
Passe partout, vainc tout, par Baal,…
Plus difficilement qu’au verbal
Et perd, un à un, ses éléphants ;
Ainsi l’ami Hannibal vit Bâle,
Mais pas plus, la faute aux éléphants…
Roulant ses défaites en grosses balles.

Puni le punique !… Et les cymbales
Furent pour un Sénat triomphant,
Qui, hélas, s’empara de la balle
Au bond : car sans aucun éléphant
Qui finirent en bouillie après Bâle
Ou bien dans les bouillies à deux balles,
Rome, en vain détestée, s’étoffant,
Dama le pion, Ah la belle balle !,
Avec Scipion qui, en s’esclaffant,
Fera brûler, comme un trou de balle,
Carthage et ruina tous ses enfants.
Hannibal n’a pas repris la balle :
Suicidé mis sous pierre tombale,
Il ne fit plus rien de décoiffant !