Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 3 décembre 2024

HAÏKU’PE SOMBRE

En matière forestière, les coupes claires me fichent des idées noires.

LE VIEIL ÉTANG

L’eau toute ensommeillée de mon vieil étang
Rêve de cieux bleus et de haute futaie.
Avec ses vaguelettes qui prennent leur temps,
Ses clapotis et ses ridules emboîtées,
Il me dessine, chaque jour, en surface, 
Et ce, j’avoue, quelle que soit la saison,
Un changeant tableau de Monet qu’efface
Ou qu’anime le reflet des frondaisons.
On ne se lasse pas de ses volte-faces.

L’eau toute ensommeillée de mon vieil étang
Qu’écorche et griffe le moindre vent souvent,
Appelle à songer aux souvenirs des temps
Où les rires et les jeux des enfants d’avant
Éclaboussaient ses joncs et le faisaient vivre
Et vibrer tout autrement. Ses friselis,
Qui emprisonnent ces anciens convives, ivres
De joies simples et, pis, d’innocentes folies
On les dirait sortis d’images d’un livre.

L’eau toute ensommeillée de mon vieil étang
Frissonne de rainettes venues le hanter,
Qu’aigrette blanche ou héron cendré, sentant
La bonne aubaine, sont venues visiter.
Les veille, chenu, le chêne où se balance
Au gré des souffles qui balaient notre année,
Tout en douceur, oui, presque avec nonchalance,
Une escarpolette oubliée, condamnée
Las, à quelque éternelle convalescence.

lundi 2 décembre 2024

HAÏKU TOMBANT SOUS LE SENS

On confond trop souvent « bienveillance » et « complaisance ».

L'HIVER N’EST PLUS, VIVAT ! (Emile Nelligan)

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 30 mars 2024

L’hiver s’en va comme un rêve s’évanouit,
Dans un denier frisson, sans fracas et sans bruit,
Car le sablier, sans fin, ses saisons égrène
Pour que la quenouille des jours, sans mal et sans peine,
File du temps passé pour le rouet des ans.
Puis, sur la trame des heures, on coudra instants,
On brodera moments, sains plaisirs, fêtes païennes,…


Dans des parfums d’encens, de cannelle ou de thym,
Des odeurs d’agrumes, juteux soleils éteints,
Entre boue et brouillard, les frimas agonisent
La forêt fume, mue et s’émeut à sa guise.
Elle songe aux feuillées qui plient sous la pluie
Quand un voile d’eau tiré sur l’horizon fuit,
Que la bourbe trouble le ruisseau et le grise…

Flore aux pieds nus s’en vient sur un tapis glacé ;
Cheimon s’abandonne à ses bras, presque effacé.
Frasques oubliées, ses pas dégivrés encore hantent
Les pierres drues ; ici et là, les bois nus chantent
Ses restes éteints parmi les ronces aux bras tordus,
La bruyère qui bruit, les mousses soudain herbues,
Les bouquets de bosquets à l’humeur vacillante…



dimanche 1 décembre 2024

HAÏKU DE BIEN

Il est des bienfaits perçus comme des offenses.

LE CHIEN DU JARDINIER

Petite fable affable d’après
Le chien du jardinier de Lope de Vega (1618)

Un mâtin de Naples, levé de mauvais pied,
Surveillait le jardin d’un vieux ladre
Qui le salariait, ma foi, sans trop barguigner,
De volées de coups… et en escadre.
Mais le vigile n’en était pas moins vertueux
Et, bien pire hélas : in-co-rrup-tible.

« Mais que t’importent donc, cerbère impétueux,
Ces légumes, qu’assidu, tu gardes :
Tu ne les goûtes pas et ne souffres pourtant
Guère plus que, même par mégarde,
On y pique un peu ! fit un lapin malcontent.

Serais-tu donc comme ces humaines
Qui ne sachant plus ou ne pouvant pas aimer,
Refusent à toute jeunesse amène
Le droit d’être, au printemps commençant, elle, aimée ?! »

samedi 30 novembre 2024

vendredi 29 novembre 2024

HAÏKU FATAL

Vaut mieux être con que mort : voler au ras des pâquerettes c’est quand même mieux que de manger les pissenlits par la racine !

LES BRONZIERS

Petite fable affable d’après Les deux potiers
d’Henri Richer (1685-1748)

Deux bronziers se faisaient concurrence
Pour orner les meubles du grand maître Reboul.
L’un d’eux ayant le cœur des plus rances
Blâmait l’ouvrage de l’autre comme un maboul :
« Ceci est mal coulé !… Que d’errances :
Cela aurait mérite à être ciselé !…
C’est trop poli, ça ; en référence,
Là, ce n’est pas assez fin pour des annelés… 

- Vous ne voyez pas, c'est une chance,
Le plus condamnable, hélas, de tous leurs défauts.

                                                       - Qui est, Monsieur ?

                         - Que, par malchance,
Mes œuvres ne sortent pas de votre atelier
Le seul où se trouve l’Excellence…
Reconnaître le mérite d’autrui 
Du nôtre n’ôte en rien fleurs ni fruits. »

mercredi 27 novembre 2024

HAÏKU’MODE

Vu le niveau des conversations dans les sauteries, le buffet proposé sert surtout à meubler.

RIMEUR NAVIGATEUR

Sur une toile d’Elisa, octobre 2024

Moi je vogue bateau fantôme
Sur les vagues floues sans arôme
D’un monde las qui mal vieillit
Tant il est défait a failli
À desserrer un peu l’étreinte 
De ce temps qui court et l’éreinte

Dans des ciels tardant à brunir
Et par des rêves d’avenir
Je cours les mers océanes
Recherchant partout ma Guyane
Et vais par les flux et les flots 
À voile que veux-tu hors clos

Je cingle pour vous fuir les Hommes
Croise et louvoie loin de vos Rome
Passant sans que me me voyiez
Voilier aimant à flamboyer
Quand vous, abreuvés de futile
Vous vous engraissez d'inutile…



lundi 25 novembre 2024

HAÏKU DE PIEUX

N’envoyez jamais un curé au diable : il pourrait s'en trouver bien !

LES DEUX CRAPAUDS

Petite fable affable

Deux crapauds vivaient au milieu des grenouilles.
L’un politisait ; l’autre filait quenouille.

Le premier servait avec zèle sa Majesté
De la Grenouillère quand, sans protester,
Son frère labourait parmi dames cuissardes
Comme un manant, en portant jusqu’à leur hardes.
Le courtisan était zélé, diligent,
Jamais assez pour lui. Mais, les bonnes gens
De la cour de la mare, qui peu le respectent,
De tenter un vil coup d’état le suspectent.
On le dénonce. La souveraine bannit
Celui qui l’avait si bien servi et sans déni.

Entre temps, sachant sa noble parentèle
Dans le peuple de nos rainettes, on harcèle
Le croquant crapaudier voulant obtenir
Par lui cossu pensions, poste d’avenir,…
Comme il n’en faisait rien, car son digne frère
Coupa tout lien avec ce plouc de mouillère,
On le chassa, hélas, des plus prestement,
Estimant qu’il nuisait, par son infâme comportement
Au bien commun, comme une mise à l’amende
Pour n’avoir même pas tenté de demande.

N’en faites pas plus qu’à bon droit pour votre roi.
Un jour, il vous pensera sans foi ni loi ;
N’en faites pas moins que n’espère la plèbe,
Vous lui rappelleriez qu’elle pue la glèbe !

samedi 23 novembre 2024

HAÏKU MORTEL

Qui vit têtu, souvent meurt buté !

HALLOWEEN NOUS CHAFOUINE…

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 2 novembre 2024

La nuit d’Halloween s’est attardée jusqu’au matin…
Ses brumes laissent apparaître des forêts fantômes
Que l’automne a rendues squelettiques aux yeux des hommes
Et ont fait disparaître ses ocres et ses châtains.
La nuit d’Halloween s’est attardée jusqu’au matin…

Pour un moment, la peur a bâti son vain royaume
En ce labyrinthe mouvant, soie fraîche et froid satin ;
On perdra, çà ou là, et le nord et son latin,
Les frissons plus que les frimas aidant, Mon bonhomme.
Pour un moment, la peur a bâti son vain royaume…

Certes, l’aurore endort notre saison polychrome
Mais réveille les nues et, dans les prés, les arômes
Que les ombres de la nuit ont contenus ou éteints.
Certes, l’aurore endort notre saison polychrome…

Déjà, du lac s’anime le grand miroir sans tain
Qui se pare, dans ses clapotis, de tons d’étain
Fors ce voile arachnéen de brumes sur les chaumes.
Déjà, du lac s’anime le grand miroir sans tain…



jeudi 21 novembre 2024

HAÏKU AMOR

On dit souvent que l’amour rend stupide. 
Rien de plus normal : on effeuille mieux la marguerite quand on vole au ras des pâquerettes…

L'ÂNE SOLITAIRE EN SOCIÉTÉ

Petite fable affable

L’âme encore dans la lune et le cœur pendu
Aux clouss d’or étoilant une nuit distendue,
Son oreille guette le murmure des Muses
Qui faiblit dans l’aube aux ocres lueurs diffuses,
En allées à peine nées, venues pour sécher
Les larmes de rosée par l’aube dépêchées…

C’est un plumitif, un maladif à l’encre âcre,
Qui ancre ses peines et joies, loin des simulacres
De bonheur, et douleurs qui marquent notre temps
Qui ne sait plus ce qu’est le moment ou l’instant.
Le matin le trouve brisé à l’écritoire
Mettant un mot final sur des maux que l’Histoire
Oubliera parce qu’il ne veut fêter son génie
Lui-même en ce siècle égotique qui bannit
La réserve comme une vanité plus grande,
Plus immorale encor’ que lauriers en guirlande !

Alors quand sommeille son époque, il va rêvant
À ces quelques strophes qu’il peut voler au vent,
Aux vers qui chanteront les verts d’une nature
Qu’hélas les bonnes gens d’ici-bas, ces raclures,
Prennent l’humilité pour fausse modestie
Et promotion d’une œuvre pour immodestie !

mardi 19 novembre 2024

HAÏKU Y ZINE

J’aime bien mettre les pieds dans le plat, surtout les pieds-de-mouton.

GAZA

Regards suppliants et doigts mendiants
Une enfant tousse 
Des ruines poussent
Sous quelque bombe aux feux irradiants
La ville est brousse
Regards suppliants et doigts mendiants

Quand vivre est un incessant souci
Désespérance
Il n’est pas d’ennui en nuits ici
Peurs et souffrances 
S’y meurt l’enfance
Survivre est un incessant souci

Ceux que les armes oublient la faim tue
Haine avide
Et tout le monde hélas s’habitue
Aux yeux si vides
Faces livides
De ceux qu’armes oublient que la faim tue

Voix acide sans regret ni remord
Heures furtives 
Heures fautives
Le temps file en silence de mort
En définitive
Génocide sans regret ni remord

lundi 18 novembre 2024

dimanche 17 novembre 2024

HAÏKU DU CALANDOS

Les soupe-au-lait font vite de tout un fromage !

AU TRIBUNAL DE LA HAIE

Petite fable affable

Une pie pérore en halliers et buissons
Qu’un chemin serpentant longtemps longe.
Par ses harangues, l’agasse plonge
Le peuple du brise-vent, restant sans son,
Dans l’attention la plus béate,
Ce qui la pousse à discourir, sans hâte,
Encore et encore, et ci et ça,
Et puis patati et patata…

Ses belles adresses ne lassent guère
Que le troglodyte, un petit pépère
Ne goûtant ni laïus ni leçons,
Qui finit par le dire à sa façon :
« Que de riches sermons, de bons prêches,
Amie palabrant à la voix rêche :
T’aimeraient grognards comme chignards…
Si tu n’étais aussi… charognard.
J’aime ce que j’entends, charitable,
Mais rien ne vaut ce, qu’hélas, je vois :
Quand le faire est des plus discutables,
Les beaux dires mie ne me fourvoient ! »

vendredi 15 novembre 2024

HAÏKU DE RAYONNAGES

Il est des bibliothèques qui sont des paravents à l’inculture.

À LA RIGAUD

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau,  19 octobre 2024

La rivière noyait les feux du matin,
Las, sans les éteindre. Bien au contraire.
De cet écho céleste, je ne pouvais m’abstraire,
En ces reflets, je ne voyais que satin.

Et mon regard ne pouvait se distraire
Du jeu de l’eau et du ciel, argentin.
Las, sans les éteindre, bien au contraire,
La rivière noyait les feux du matin.

La beauté se passe de baratin :
Juste on l’admire sans rien en extraire,
Car, tant pis pour les âmes littéraires,
Même un poète y perdrait son latin.

La rivière noyait les feux du matin…