Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 3 juillet 2011

COUP POUR COUP

Petite fable affable

Dame Fouine pour s’avitailler
Faisait le siège d’un poulailler.

Le coq étant parti sur sa meule
Pour son matutinal coup de gueule,
Elle en profite donc pour saigner
Ce qu’elle ne peut emporter, poules
Ou poussins, gobant comme une  goule,
Tous les œufs. Le forfait est signé.

Le coq, de retour à ses pénates,
Ne peut qu’en vouloir à la pirate
Et pleurer les siens, tous disparus.
Mais il ne veut pas se laisser faire,
Promet qu’il va faire son affaire
À la goulue désormais ventrue.

Notre coq fouille greniers et granges,
Ne chantant plus, et cela dérange.

Il trouve l’antre de son voleur
Parti faire verser d’autres pleurs,
En laissant sa nichée sans défense.
Le coq crève les yeux de chacun
Des fils du pilleur, n’épargne aucun
Des enfants de qui lui fit offense.

La fouine entrant en sa maison,
Crut, tout d’un coup, perdre la raison
En voyant là sa progéniture
Toute ensanglantée, énucléée.
Elle n’eut de cesse de maugréer :
Une plume signait la forfaiture !

Combien de fouines, de furets,
Scribes exécrables à la curée,
Vampirisent notre petit monde ?
Les Critiques, ces petits saigneurs 
Qui se prétendent de grand seigneurs,
Se croient de l’esprit mais sont immondes,
Crient comme putois si un dément
Leur retourne, un jour, leurs compliments…

PROVERBES IRRÉGULIERS

La foi du plus mort est toujours la meilleure.

*

Le malheur n’atténue pas le nombre des damnés.

**

Tout condamné vit aux dépends de celui qui l’écourte.

***

Il ne faut pas parler de miséricorde dans la prison d’un vendu.

BOUGRE D'AMÒRI

Cycle toulousain

« “Dieu reconnaîtra les siens !”
Criaient Monfort et ses chiens
Tuant tous les hérétiques,
Aux us et mœurs ascétiques,
Les Croyants, les gens de bien,… »

Le vieil académicien
Rappelait aux béotiens
Ces vieux temps, pour nous antiques,
Où certains prétendus chrétiens
Massacraient d’autres gardiens
De croix, sur Rome sceptiques.

Pour un fruste paroissien,
Y trouvant un intérêt sien,
S’entendant mieux en tactique
Qu’en saine dialectique,
La foi rend pis que païen.
« Dieu reconnaîtra les siens ! »

« Faire aux nobles, aux plébéiens,
 La guerre n’épargnant rien,
Fut, pour l’Oïl, un viatique.

Dîmes et droits régaliens
Accaparements de biens
Firent de nouveaux mystiques…

Juste pour l’anecdotique :
C’est une femna, Moustiques,
Pas un vaurien, dit l’Ancien,
Qui lapida cette tique
De Monfort, ce moins que rien…
“Dieu reconnaîtra les siens !” »

VILLANELLE DES VILAINS

par l’Aristo’ de Cœur

Qu’ont donc ces rustauds qui puent,
- Pendards, coquins de sous-bois -
Ces manants qui nous conspuent ?

Où est le serf aux abois,
Bouseux taiseux et trapu ?
Qu’ont donc ces rustauds qui puent ?

Chemineaux, croquants crépus,
On ne sait pourquoi, aboient ;
Qu’ont donc ces rustauds qui puent ?

Tous des Va-nu-pieds lippus
Qui envient ce qui flamboie,
Ces manants qui nous conspuent !

Ça a lu et c’est repus :
Ça pollue, ça vote et boit,
Ces manants qui nous conspuent !

Leurs droits les ont corrompus
Et de gredins ça giboie !
Qu’ont donc ces rustauds qui puent,
Ces manants qui nous conspuent ?!

R' HAÏKU R'SI

Les malentendus résultent souvent
de mots trop bien compris…

vendredi 1 juillet 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Rien ne sert de se couvrir, il faut partir à Pointe-à-Pitre.

*

Tous les parchemins amènent arômes.

**

La rime ne paie pas.

***

L’asphyxie vient en nageant.

MOUN PAÍS

Cycle toulousain


On dit qu’on est du pays de son enfance
Mais a-t-on le choix du chemin où l’on choit ?
Le mien, m’a offert une patrie, par chance,
Une ville et son plat pays qui, ma foi,
Jusqu’aux campagnes, eut ses heures de gloire,
Toujours soulevé et lové dans le lit 
Des hérésies, vaincu mais point avili,
Terre de cocagne au Sud de votre Loire.
Chez nous, ça pègue ou ça giscle, sans un pli !


Là, par chez moi, l’accent chante d’abondance,
En cons majuscules, l’idiome qui meurt ;
Cri de guerre ou sentence d’indépendance,
Ses putans en butoir deviennent clameur.
Aíci, où l’on bougne mais plan l’on tchatche et tchare,
Mon père est né et mon grand-père enterré.
Un jour, devenu “aîné”, j’y reviendrai
Sinon, en bon fils d’ici, j’aurai la care,

Ferai le pōt et vous tarabusterai !



Quand les soupirs d’un soir soulagé s’estompent,
Entre canhe et gagne, je pense à ma patrie,
Au gat, à la mirgue, au gous qui nous pompent,…
Car je suis d’ici, par le sang et l’esprit
Et veux retrouver pépis vielhs, pitchouns et drōlles
De mes jeunes années, l’aurore qui meurt
Dans les murmures d’un matin endormeur,
Les mots qui filent, l’opinel à virole,
Les “r” qui roulent comme la rumeur,…

LE CHEF A TOUJOURS RAISON

Petite fable affable

Un toucan toqué d’autorité
Voulut régenter la vie de l’arbre
Où ce beau et bon bec s’abritait.
Un vieux pic, pour lui, grava sur marbre
« Tout fait étouffé sera puni !
Puisque cet endroit nous réunit :
Tout incident, tout ce qui se passe,
Doit m’être dit dès qu’il se produit ;
Tous ceux qui viennent, tous ceux qui passent,
Doivent me demander sauf-conduit ! »

Au décret, les oiseaux s’organisent
Car les êtres ailés sont zélés :
Et, dès qu’un moucheron agonise,
Ou qu’une liane est emmêlée,
Le toucan a un rapport précis.
Diligent, on lui fait un récit
Quand un ara, ici, se soulage,
Quand une feuille, là, tombe au sol, 
Quand une ombre peut être un pelage,
Qu’un bruit sonne en la plutôt qu’en sol,…

Le toucan toqué d’autorité,
Désormais n’a plus une minute :
On l’informe avec célérité.
Sans fin, il dispute et il discute.
Jour et nuit. Il y perd le dormir,
Le manger, à entendre gémir,
Frémir, blêmir,… Le pic il appelle
Et lui fait inscrire en gros et gras :
« Que, désormais, on ne m’interpelle
Que lorsque l’urgence le voudra ! »

Il faut toujours obéir aux ordres,
Même les plus sots et les plus vains.
Se révolter contre eux, ou bien mordre,
Comme vous l’ont montré ces sylvains,
Fait bien moins que la docilité
Quand elle est pleine d’habileté !

HAÏKU SUR LES DOIGTS

De nos jours, il n’est de bonne action qu’à la hausse !

AZUR AIMANT !

Il est un coin de ciel bleu
Écrin à mon cœur sans âge
Il est un coin de ciel bleu
Secours et recours ultimes 
Caché sous les vents volages
Horizon d’azur intime
C’est une toile calme et foraine,
Une aquarelle des temps heureux,
Aux tons unis, frais et généreux
Par des touches de gris enchantée.
Elle est bien loin des cieux où s’égrènent 
Les vaines amours désenchantées
De ceux qui ne savent pas aimer
Mais font l’amour, à peine enflammés
Par le chant envoûtant des sirènes.
Il est un coin de ciel bleu
Où ne court aucun nuage
Il est un coin de ciel bleu
Où parfois seul je m’en vais
Comme un oiseau de passage
Au cours de nos jours mauvais 
Et ces nues essuyées, souveraines,
Adoucissent mes aubes brimées,
S’enfièvrent aux couchants déprimés
Quand un rayon de lune s’y perd.
Ces ciels brûlent mes veines et y drainent
Le flot d’un sanglot qui chatoie, pers,
Au-delà des plaisirs sans passion,
Désirs dérisoires et tentations,
Que les ciels de lit parfois surprennent.
Il est un coin de ciel bleu
Où mon âme se repose
Il est un coin de ciel bleu
Dont l’eau pâle ne se trouble 
Où le temps souffle et se pose
À chaque bonheur redouble

Quand l’atmosphère est à la migraine,
S’épanchent tous mes songes secrets
Dans cet éther où l’écrit se crée,
Se consument mes sens apaisé.
Dans cet espace à la paix sereine,
Doux lapis aux reflets irisés,
J’erre seul, sans autre ange-gardien,
Bien loin des brumes du quotidien
Et des méandres où vos jours se traînent.

Il est un coin de ciel bleu
 Où au soir je me retire
Il est un coin de ciel bleu
Comme un saphir innocent
Où tout mon être chavire
Indécis ou indécent

Sous ces auspices, dans cette arène,
J’ai bâti une île, un paradis
Un refuge, image d’Arcadie,
Où je m’exile aux accrocs mordants
D’une vie que les envies gangrènent.
Et si le spleen se fait débordant,
Par ses promesses insensées bercé,
Je m’abandonne à ses tendres excès,
Pour que mon cœur la joie réapprenne.

Il est un coin de ciel bleu
Qui devenue ma bannière
Fait face aux souffles fielleux
Toujours debout toujours fière
Il est un coin de ciel bleu
Qui règne au fond de tes yeux

mercredi 29 juin 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Si Pauvreté n’est pas vice, Richesse peut faire écrouer.

*

Là où il y a l’amer, il y a les citrates.

**

L’oisiveté est amère sans tous les vices.

***

 Un homme perverti en vaut deux.

LOUP TÊTU, M'ENTENDS-TU ?

Petite fable affable

Un jeune loup entra, hier, en ma bergerie,
Voulant à coups de crocs s’y tailler un royaume.
De la griffe et du mufle il joua, le Guillaume,
Ne la ménageant pas plus que ménagerie.

Sans rien voir ni savoir,  il s’en fit le Messire
Devisant des détails, divisant le bétail,
Mettant vite le branle et le feu au bercail ;
Il prit tout le cheptel pour des bêtes à occire.

Mais les placides brebis sont ici cornues
Et ne suivent pas le premier berger venu,
En cela plus déliées d’esprit que de langue.

« Le respect se mérite, il ne s’impose pas ;
C’est tout pareil pour l’Autorité, n’est-ce pas  ?! »
Telle fut leur position sans plus de harangue…

HAÏKU DEUX SOLEILS

Après l’été, qui que nous soyons d’où que nous venions,
comment faire pour revenir sans être hâlés ? !