Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 27 juin 2011

OUI, JE CROIS !

Petite fable affable

Dieu, dans son infinie bonté
Créa et le ciel et la terre
Puis, à ses guise et volonté,
De quoi peupler et le parterre
Et le poulailler sans critère.
Il dit à ses ouailles, remonté
Sans raison : « Croyez sans plier,
Mieux, croissez et multipliez ! »


L’Éden ne fut plus que pagaille,
Tribus en foule et sans tributs,
Bombance, coït et ripaille,
À la grande joie du Barbu.
N’étaient les noirs corbeaux imbus
Qui, jour et nuit, crient et braillent,
Empêchant le sommeil divin,
Même forcé à coups de vin.


Un jour, la patience hors d'amarre,
Dieu convoque leur souverain,
Pour que cesse ce tintamarre.
Puis au Suprême Suzerain
Répond le roi des casse-grains :
« Je comprends que Tu en aies marre,
Mais T’as dit, Auguste Taulier,
“Croassez et multipliez” ! »


Ami, foin de mots et fi de harangues :
Il ne suffira pas de partager,
Entre nous, une seule et même langue
Pour s’entendre sans se nuire ou rager !

samedi 25 juin 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Si riz vendredi, dimanche paella.

*

Ma mie m’doit bien une fesse.

**

Qui vole un œuf n’a pas très faim ;
Qui vole un bœuf est vachement costaud.

***

Peu importe la potion pourvu qu’on ait la prouesse.

AVENUES DE VERDURE

Cycle toulousain

Une galerie de verdure
Ouvre sa voûte d’ombra e verd
Aux nues. Ce vitrail sans soudure
Couvre le cours droit, sans devers,
Du camin et de ses travers.
Venant du pays de Malherbe,
Il nous va au Diable Vauvert,
Longé de colonnes superbes.

Les fûts ocellés, en bordure,
- Troncs tavelés : brun, jaune et vert,… -
Témoignent, qu’aíci, l’été dure.
Ce péristyle à ciel ouvert
Offre aux gars, aux gous, son couvert
Et son trottoir, fait de cette herbe
Douce au pas las comme du vair,
Longé de colonnes superbes.

Cette nef qu’éteint la froidure,
Et le vent bufant de l’hiver,
Est condamnée par procédure :
On y roule à tombeau ouvert,
Pour y mourir à découvert.
Alors on met à bas, sans gerbe,
Ces carrièras d’ombre et de vert,
Longées de colonnes superbes.

Ami, je voudrais que ces vers
Ouvrent la voie, de faits en verbe,
Protégeant ce simple univers
Longé de colonnes superbes.

CONTRE UN SONNET INJUSTE

En écho à Jean Passerat (1534-1602)

La Justice est une femme nous disais-tu :
Bavarde et tracassière, ah, elle vous accule,
Dans des colères que jamais rien n’assouvie,
Au sombre désespoir tout de ruine vêtu,
Impitoyable pour l’esprit et le pécule.
Mais quelle mégère as-tu ainsi poursuivie ?

Pour toi, point de paix de l’aurore au crépuscule,
Avec cette engeance menteuse et, pis, têtue ;
Amère, garce ne connaisant que l’envie,
Chicaneuse jamais repue ni abattue,
Tordue de mauvaise foi qui, toujours, calcule,…
N’est pas une faveur qu’Ève nous a ravie !

Oui, mon ami, c’est un bien injuste procès
Que tu fais à celles qui, jusqu’à nos décès,
Même si plus d’une fois, nos chemins dévient,
Restent nos muses, dans la joie et dans la peine.

N’oublies pas que l’une d’elle t’as donnée vie
Quand s’affaissera, de ta mie, le joli corps,
La joue, le sein, la fesse,… et que vos doux accords,
Seront, non exploits, mais proustiennes madeleines.

L'OISEAU RARE

Petite fable affable

Si rien n’est plus grand que de vouloir l’excellence
Quels que soient office et fonctions,
Elle est souvent mauvaise augure et indécence
Voire une vraie malédiction
Pour l’incompétent ou le client en bon poste :
Ne fais pas tout ce que tu peux,
Sois ombre, sois humble mais prompt à la riposte,
Crains noms d’oiseaux et sirupeux…

Un hibou, érudit savant et philosophe,
Mais bigleux, oui, comme pas deux,
Secondait un lion, petit roi sans étoffe,
Né bilieux, un brin cafardeux.
L’oiseau, de nuit, de jour, ne ménageait sa peine :
Pensant les mots, pansant les maux,
Il s’épuisait pour le bien du royal domaine
Et celui des animaux.
Il fit tant et si bien qu’il fut indispensable
À la marche de son État,
Légiférant, tranchant en être responsable,
Fuyant dans son vieux galetas
Les honneurs, les flatteurs et jusqu’aux privilèges,
Menant un grand train de travail.
Sa vie n’était plus que conseils, dossiers beiges,
Bleus, verts, noirs, jaunes ou corail,…

 L’emplumé, sérieux, mais un poil pince-sans-rire,
Fut payé de cent quolibets
Par des conseillers du souverain, tout sourires,
En fait vrais gibiers de gibet.
Sa valeur, ses succès lui valurent la haine
Des hyènes comme des chacals
Qui, se reposant sur lui, jamais à la peine,
Faisaient donc dans le vain vocal.
On jalousait tout : et sa sagesse et sa hargne
À faire besogne au Palais,
Comme son industrie et son goût pour l’épargne
À la Cour et chez les poulets.
On chansonnait qui sa probité, sa justice,
Qui ses dons, qui son équité ;
On daubait sa plume ou son honneur, ses notices,…
Ah ça, il n’était pas aidé !

 Est-ce sa courte vue, il ignorait l’Avide ?
Il ne vit ni ne comprit,
Tout à son labeur, ni le vil ni le perfide
Tout en rage et en mépris,
Les ragots qu’on faisait au roi en confidence,
Le fiel caché dans le miel,
Les complots tramés pour aider la Providence,
Les prières faites au Ciel,…
Dévoué et constant, toujours à ses affaires
Quand le Grand Duc l’abaissait,
Quand vautours et vauriens le morguaient. Mais que faire ?
Sa corvée l’occupait assez !
Il en oublia un royal anniversaire.
Cette omission-là le perdit :
Le Souverain, vexé, dépêcha janissaires
Et corbeaux. L’un d’eux le pendit.

L’autre enseignement de cette petite histoire
Est qu’à tout grade, tout emploi,
On oublie très vite vos bienfaits, c’est notoire
Et, croit-on, de fort bon aloi,
Mais on resservira, toujours, comme une antienne,
Votre seule erreur, faute, oubli.
Alors qu’à chaque jour suffise donc sa peine,
Il sera bien assez rempli !

HAÏKU S'TÔT

Il faut savoir l’hiver pour apprécier l’été.

jeudi 23 juin 2011

HAÏKU DEVANT

L'Autan en emporte l'auvent !

Dessin : David Sanjaume, 17 janvier 2011

EN CAMPAGNE…

Voilà que ma campagne pue autant que ta ville
Depuis que celle-ci a décidé, tout de go,
De faire prendre, par mille procédés légaux,
Le bon air des prés à ses ordures les plus viles.

Ici, il y a tant de place et si peu de gens…
Il faut bien que l’Urbain se décharge et mieux respire !
Cette peste-là, Pauv' Plouc, ne sera pas pire
Que le bon fumet du fumier, si engageant.

Foin de privilège : aux bouseux, aussi, on sert
Une terre aride, une eau fétide, un air putride,…
Citadin ou Rural, chacun l’aura son cancer !

Nous partageons tout, aux siècles de l’automobile ;
Sinon l’égalité, P'tit Pec', à quoi ça nous sert ?!
Voilà, pourquoi, ici, la campagne sent la ville !

LOIN DE L'ÉTÉ

Je reste planté, là,
À regarder passer une lourde charrette,
Incapable de voir bien plus loin, au-delà
De ces près où la neige écume jusqu’aux crêtes,
Dans l’éclat du verglas…
Quand mon vêtement vole au vent, oui, je regrette,
Sous mon chapeau de paille aux couleurs chasselas,
Le temps des prés d’été piqués de pâquerettes,
Ce temps où les oiseaux se posaient sur mon bras
Nichaient contre mon pied ou s’y contaient fleurette.
D’une becquetée, ils me faisaient le poil ras
Et m’offraient, ces anges, des trilles guillerettes…

J’ai froid, chemise ouverte et braies battant retraite,
Bouffées de boue et, las, ruminées par les rats…
J’attends, le cœur mourant, qu’advienne une lorette
Ou bien, qu’un Dieu, descendu en cette agora,
Me change en caillou de sa main dive et distraite :
Je roulerai par les chemins que je vois là,
M’écorchant aux ronces qu’aiment tant les chevrettes…
Pourtant je reste là,
Abandonné à mes rêves, il y a lurette ;
Girouette inutile, en paille et falbalas,
J’écoute le vent et les parfums qu’il secrète,
Planté dans le verglas…


BALADE SOUS LES ARCADES

Cycle toulousain

Oc je marche
Sous les arches
Nez en l’air
En sifflant
Un p’tit air
Nonchalant
On m’regarde
Sur ses gardes
La gaieté
Pour les gens
Hors l’été
C’est rageant
Dérangeant
Ça déplaît
Aux agents

Et je marche
La démarche
Chaloupée
Nez en l’air
C’est suspect
Aux yeux pers
Qui me scrutent
Qui supputent
L’bécasseau
Ou le fou
L’pourceau
Qui s’fout
D’eux de tout
Saoul et sot
Sans le sou

Mais je marche
Sous les arches
Nez en l’air
En sifflant
Mon p’tit air
Nonchalant
Ils préfèrent
Qu’on s’affaire
Amaigri
Les pieds plats
Tout en gris
Et l’œil las
Sans éclat
Tout aigri
Mais voilà

Moi je marche
La démarche
Chaloupée
Nez en l’air
Laisse en paix
Les yeux pers
Qui préjugent
Jaugent jugent
Ces regards
Aux arrêts
Sans égards
Couperets
Acérés
Des ringards
Effarés

Illustration : Élisa Satgé, 2016-2017

Convictions convenues
De quelques parvenus
Sont des nigauds l’absinthe
Contritions tard venues
D’oubliés revenus
Font l’humilité sainte

mardi 21 juin 2011

HAÏKU CARACHA

Quand l'araignée tisse, la mouche doit filer !

UNE R0GNE SANS DILUTION

« Meurs charogne !
Sal’ déjection !
Hurle l’ivrogne,
Pas d’désertion
À la besogne :
Tous sa ration !

Crév’, carogne !…
Sans discussion
Et sans vergogne.
Faut de l’action !
Poing dans la trogne,
Pieds en pression :
Crèv’, carogne,
Sans discussion !

’Faut que je cogne
Sans distinction :
Dents plein les pognes,
Cris ou miction,
Et os qu’on rogne
Plus l’addition.

À la besogne :
Tous sa ration
Et sans vergogne.
Faut de l’action ! 
Poing dans la trogne,
Pieds en pression :
À la besogne :
Tous sa ration !

Zut, v’là les cognes !
Pour la friction,
’Sont tous des rognes :
C’est leur fonction !
Poing dans la trogne,
Pieds en pression ! »