Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
mercredi 18 janvier 2017
mardi 17 janvier 2017
BOUSARD !
Petite fable affable d'après D. Allemand
L’Isard qui, en hauteurs, se hasarde
S’effraie, ce jour, de l’ombre d’un gros busard
Qui comme lui, tout là- haut, musarde
Autour d’un vieux puisard vasard
Tout sec depuis le temps des Guisards,
Où plus d’une jeune marmotte lézarde
Comme le plus simple pelousard,
Sans peur du loup, de l’ours ou de la grisarde.
L’ombre mettant ses nerfs en bazar,
Réaction chez ce grimpeur fort bizarre,
Il faillit donc, comme un cambrousard,
Choir au ravin où le gave, gros, gueusarde
Et le vent d’hiver en rafales nasarde.
Des sommets n’est-il pas le César,
Qui tutoie, seul, les cimes, les maquisarde
Comme un intrépide camisard ?
Il n’est, sur l’échine, de blizzard
Plus froid que celui qui naît de craintes
Gambergées qui font faire au falzard,
Même au véritable housard, sous leur contrainte…
Illustration : Elisa Satgé, printemps 2020
lundi 16 janvier 2017
dimanche 15 janvier 2017
AUPRÈS DE MA PLUME
D’après Auprès de mon arbre (G. Brassens)
J’ai jeté mon encre
Dans l’eau des ruisseaux,
Mon amie, mon ancre,
Dans un soubresaut.
Elle était ma vie, ma voix,
Un peu caustique, un peu brute,
Pour vous dir’ n’importe quoi
Mêm’ « casse-toi », « merde » ou… « flûte » !
J’suis maint’nant un cancre
Qui a perdu ses mots ;
Un idiot, un chancre,
Pire qu’un marmot
Depuis je n’écris plus rien,
Pas un vers, plus une ligne,
Une phrase de bien
Ni même un p’tit signe !
Auprès de ma plume,
Je vivais heureux :
J'aurais jamais dû reposer ma plume…
Auprès de ma plume,
J’étais bien, au mieux.
J'aurais jamais dû la quitter pour mieux…
J’suis plus poète,
Je n’ai pas le choix ;
Je suis Lisboète
Et bouffeur d’anchois.
Tout ça parce qu’ça a marché,
Qu’je leur ai pondu un livre
Que l’on s’est arraché
Qui me permet d’bien vivre !
J’vis comme un riche
Sans compter mes ronds.
J’ai la tête en friche,
Je suis un baron,
J’ai perdu mon style et ma foi,
J’ai plus de cœur ni de tripes,
J’ai même plus les foies,
Je suis un pauv’ type !
Auprès de ma plume,
Je vivais heureux.
J'aurais jamais dû reposer ma plume…
Auprès de ma plume,
J’étais comme aux cieux ;
J'aurais jamais dû la quitter, Tudieu…
J’ai viré ma femme,
Ça c’est élégant
En vendant mon âme
À un mec fringant
Qui m’édit’ depuis un’ année
Plus qu’il médite, c’est sûr,
Et qui m’a banané
Comme un porteur de tonsur’.
Privé de compagne,
Mais perclus d’amies,
Bourré au champagne,
Et plus au demi,
J’vais de cocktails en soirées
Pour montrer, me fendr’ la gueule
Et puis pour me la beurrer
Com’ tous les singles !
Auprès de ma plume,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû reposer ma plume…
Auprès de ma plume,
J’étais insoucieux ;
J'aurais jamais dû la quitter des yeux…
J’attends qu’la Camarde
Vienne à tout moment
Me r’tirer la garde
De tous mes diamants.
La solitude est un puits
Où, dans l’illusion d’ la course,
Je noie mes jours et mes nuits,
De l’aval jusqu’à la source.
J’attends la Camarde,
Et je n’en peux mais.
J’veux pas qu’elle musarde
Jusqu’au mois de mai,
Pour qu’on m’encens’ comme un dieu,
Moi qu’est con comme la lune :
Tu finis mal quand tu d’viens vieux
Avec tout’ ma thune !
Auprès de ma plume,
J’étais laborieux,
J'aurais jamais dû reposer ma plume…
Auprès de ma plume,
Je vivais heureux,
J'aurais jamais dû la quitter, Pardieu !…
samedi 14 janvier 2017
vendredi 13 janvier 2017
LES BABINES DE LA BABOUINE
Petite fable affable
Dame Babouine grince et couine.
Depuis quelques jours, la voilà sur les dents
Qu’elle avait fort longues… et la langue en pendant :
Ses crocs lui font donc la mine chafouine
Tant elle en souffre, hélas. C’est bien évident.
Et, de jour comme de nuit, très obsédant.
Pour l’heure, tous les gros mots n’étant point d’aide,
Elle voudrait aux grands maux les grands remèdes.
Pleurant sur ses chicots que Luís, lui, chantait*,
Elle emporta ses pleurs chez sa voisine,
Avec qui, parfois, elle baragouine.
Le gosier gourd et les mots qui chuintaient,
La face fripée, froissée, presque marsouine,
Elle dérangea lors cette rabouine,
Menteuse comme une arracheuse de dents,
Qui, tout miel, s’offre à l’aider cependant.
De mots doux, la voisine l’embabouine,
Quoi qu’elle ait le cœur aussi dur que la dent.
La camuse profita de l’incident,
En usant de mille ruses de fouine
Pour faite perdre à l’autre tout ce mordant
Qui souvent lui avait fait serrer les dents,
Et en un tournemain, ses crochets décroche
Même ceux sains et durs comme de la roche !
Le dentier sagouiné en entier -
Ratiches à ras et gencives en sang, mâchoire
Mâchée, lèvres affaissées, de bleus fort noires,… -
Notre édentée sourit comme un gargotier :
Elle ne souffre plus. Et on peut l’en croire,
Même si elle peine, mal provisoire,
À desserrer ces dents-là qu’elle n’a plus,
Elle a les quenottes en menottes au surplus.
Mais depuis lors, quoi qu’elle glisse en sa glotte,
Elle s’étiole, se tait, s’éteint, songeant
Que les bêtes de la Jungle, en nous singeant,
N’ont pas plus de méninges sous la calotte :
N’ayant plus de chaille, c’est intelligent,
Elle ne peut en croquer sans quelque agent
Quand notre bête a, justement, la dent. Mince,
Souffrance que sa rage d’hier, Mon Prince !
Il en ainsi de ces solutions
Qu’on veut radicales, prises dans l’urgence
Surtout si pour cela, on fait allégeance,
Au premier qui est tout élocution !
* Les singes sont, on le sait, mélomanes. L’allusion à la chanson de Luís Mariano : « Mes Chicots, Mes chicots,… ! » n’étonnera pas le lecteur soit-il d’ici ou d’ailleurs dans le « mon dentier » !
jeudi 12 janvier 2017
mercredi 11 janvier 2017
DANS LE NID D’UNE INSOMNIE
Inutile exercice qui tant me nuit,
Je rêve à l’impossible au long de mes jours
Et, pis, cauchemarde aux possibles la nuit
Songeant à tous les probables aussi. Toujours.
Ces chimères me rongent l’âme et l’esprit
Loin du vertige du verbiage qui prit
Au piège de ses rets mon cœur et ma main
M’interdisant, hélas, de vivre aujourd’hui
Et de croire en de bien meilleurs lendemains.
Donc à jeter l’encre je suis réduit
Pour vous donner à voir toutes les couleurs
De mes bonheurs, mes malheurs et mes douleurs…
Car j’ai été intoxiqué, tour à tour,
Par le poison si mortel du désespoir
Et puis par celui, est-ce un choc en retour ?,
Qui est moins létal encore que l’espoir.
Le Temps - Et pour vous ? - ne m’a guère oublié,
Mais ce mesquin ne m’a pas humilié :
Il a fait entrer, un beau jour, en mon cœur
Le doux désir fou, jamais abandonné
Depuis, de compter à tout heur et sans heurt,
Pour quelqu’un, pour une autre à qui j'ai tout donné
Pour m’aider à traverser tous mes minuits,
Dissiper les doutes et éclaircir l’ennui.
Fassent les Cieux que ce doux sentiment
Me survive un peu même s’il me faudra
Bientôt plus d’un instant ou d’un moment
Peut-être car je suis jà plus que quadra’,
Pour me rappeler ce et ceux qui comptaient
Et plus de mémoire encore, mal domptée,
Pour m’en souvenir et pour le raconter
Avant que tout cela ne dise plus rien
À personne car si j’ai bien compté
J’aurai alors, comme tout homme de bien,
La solitude pour compagne, Mylord,
Et un passé valant pour moi seul de l’or…
mardi 10 janvier 2017
lundi 9 janvier 2017
LES TROPHÉES DE L'INSUCCÈS
Petite fable affable
« La chute n’est pas un échec.
L’échec est de rester là où on est tombé. »
Socrate
Ne voulant pour l’Homme que la réussite
Dans tout ce qu’il entreprenait, fût-ce à l’excès,
On se lamentait fort aux cieux et en ses sites :
« Leur vie est un jeu d’échecs ! » disait le Succès,
Tout dépit que les jours y donnent tant accès.
Jupin en convint : choir, déchoir,… était courante
Monnaie chez les humains mais cette affaire-là :
Leur caractère l’explique, chose navrante
Qu’importent atouts, chance, intelligence, tralala,…
« De toute façon, fit l’Échec qui s’immisce en douce,
On n’apprend bien que de ses échecs. Et le seul
Qui condamne vraiment l’homme, moins au linceul
Qu’à renoncer, c’est d’arrêter d’essayer ! » glousse-
T-il dans un sourire tout en miel et tilleul.
Le Dieu des dieux acquiesça : « Ce qui vite
Vient et, qui plus est, par trop facilement,
Insatisfait le bipède et, pire, l’invite
À des prétentions sans aucun fondement !
- Je vois que l’Olympe toute entière se ligue
Contre le bonheur de ses bons adorateurs !
Persifla le Succès. Ces êtres, ces squatters
De la Terre, méritent cigüe plus que figues
À vous en croire pour seul prix de leurs fatigues ! »
Jupiter le reprit : « Succès si au dico'
Tu succèdes à Échec, c’est qu’il faut qu’ils rencontrent
Le vrai coût des choses et puis leur goût en écot :
Apprécie l’été qui sait ce que l’hiver montre. »
Dans tout ce qu’il entreprenait, fût-ce à l’excès,
On se lamentait fort aux cieux et en ses sites :
« Leur vie est un jeu d’échecs ! » disait le Succès,
Tout dépit que les jours y donnent tant accès.
Jupin en convint : choir, déchoir,… était courante
Monnaie chez les humains mais cette affaire-là :
Leur caractère l’explique, chose navrante
Qu’importent atouts, chance, intelligence, tralala,…
« De toute façon, fit l’Échec qui s’immisce en douce,
On n’apprend bien que de ses échecs. Et le seul
Qui condamne vraiment l’homme, moins au linceul
Qu’à renoncer, c’est d’arrêter d’essayer ! » glousse-
T-il dans un sourire tout en miel et tilleul.
Le Dieu des dieux acquiesça : « Ce qui vite
Vient et, qui plus est, par trop facilement,
Insatisfait le bipède et, pire, l’invite
À des prétentions sans aucun fondement !
- Je vois que l’Olympe toute entière se ligue
Contre le bonheur de ses bons adorateurs !
Persifla le Succès. Ces êtres, ces squatters
De la Terre, méritent cigüe plus que figues
À vous en croire pour seul prix de leurs fatigues ! »
Jupiter le reprit : « Succès si au dico'
Tu succèdes à Échec, c’est qu’il faut qu’ils rencontrent
Le vrai coût des choses et puis leur goût en écot :
Apprécie l’été qui sait ce que l’hiver montre. »
dimanche 8 janvier 2017
samedi 7 janvier 2017
SENTIMENTS IMBRIQUÉS
D'après un dessin C. Lesterle
À Camille & Benoît
La vie ne finit pas de nous mettre en boîte
Et quand nous est passé l'âge de jouer
Elle fait de nos jours et nuits ses jouets,
Que nos heures traînent, courent ou, las, boitent.
Il faut savoir jouir de tout, s'éjouer
Du reste, même si les désirs nous boittent
En vain, que les déboires en nues s'emboitent,
Restons toujours enjoués sans surjouer.
Ici-bas, on ne peut rien rejouer.
Et c'est tant mieux : notre histoire, benoite,
Nous fera des lendemains acajoués…
Notre cocon est un nid tout en ouate
Dans un monde qui chahute et chahouate
Ou plus d'un voudrait nos amours déjouer.
Illustration : Camille Lesterle, décembre 2016
vendredi 6 janvier 2017
jeudi 5 janvier 2017
GUÈRE DE BONNE GUERRE
Petite fable affable
« Au commencement était le verbe… »
Le verbe ÊTRE, cela ne va pas vous étonner
Même si AVOIR aurait voulu le détrôner.
Suivirent sagement les adverbes.
Les conjonctions firent branle-bas de morpions
Car chacune voulait à l’autre damer le pion !
Quand chez les mots on s’y met, panique
Et tempête sont les débats sous la charmaie…
C’était au printemps du Temps. Je crois un six mai.
SI et MAIS remettaient, volcaniques,
Leur querelle en scies et arguties sur la maie
Lassant fort leurs pairs à ces phrases arrimées ;
Un sort unique est parfois inique.
« Moi, j’incarne l’espoir, car sans moi, argua SI,
Point de rêve, de progrès,… d’aventure aussi !
- Soit folies, furie, désespérance
Voire misère, répliqua MAIS. C’est ainsi
Quand on boit trop de Gamay en restant assis,
L’amie, on embrume sa cervelle
Oubliant le droit des MAIS qui, sans passion,
Apportent en tout Raison et modération.
- Rabat-joie que toute ganivelle.
MAIS est prison, censeur,… SI, libération !
À écouter, las, vos vaticinations
On n’avancerait pas en ce monde !
- Et donc à vous suivre où serait-on désormais :
À voleter dans les limbes, brumes sous l’ormaie,… ?
- C’est là propos injuste et immonde :
MAIS est mort quand SI est vie, mousseuse chimay,… ;
Ici une note, ailleurs un accord quand MAIS
Réduit, limite, revient, esquive,…
- J’ai plus évité de décès que toi, follet !
Je te sais utile, joueur de flageolet
À l’aigreur parfois si agressive,
Quand je garantis, nécessaire bavolet,
Des chausse-trappes, des rets et autres collets ! »
Si le raide MAIS, de guerre lasse,
Avait voulu à SI, même un instant, céder
Ou Si, à MAIS, quelconque chose concéder…
Mais rien ne filtrant de la mélasse !
Me voilà donc avec une fable, excédé
Et las, sans pouvoir la morale décider
Si ce n’est que les mots et hommes
Obligés de vivre, et ensemble, et mêmement,
De s’épauler, de se servir continument,…
Sont aussi sots et têtus, en somme,
À vouloir la reconnaissance, absolument,
D’autrui et bien plus s’il se peut ultimement…
C’est là un fantasme de gnôme !
Le verbe ÊTRE, cela ne va pas vous étonner
Même si AVOIR aurait voulu le détrôner.
Suivirent sagement les adverbes.
Les conjonctions firent branle-bas de morpions
Car chacune voulait à l’autre damer le pion !
Quand chez les mots on s’y met, panique
Et tempête sont les débats sous la charmaie…
C’était au printemps du Temps. Je crois un six mai.
SI et MAIS remettaient, volcaniques,
Leur querelle en scies et arguties sur la maie
Lassant fort leurs pairs à ces phrases arrimées ;
Un sort unique est parfois inique.
« Moi, j’incarne l’espoir, car sans moi, argua SI,
Point de rêve, de progrès,… d’aventure aussi !
- Soit folies, furie, désespérance
Voire misère, répliqua MAIS. C’est ainsi
Quand on boit trop de Gamay en restant assis,
L’amie, on embrume sa cervelle
Oubliant le droit des MAIS qui, sans passion,
Apportent en tout Raison et modération.
- Rabat-joie que toute ganivelle.
MAIS est prison, censeur,… SI, libération !
À écouter, las, vos vaticinations
On n’avancerait pas en ce monde !
- Et donc à vous suivre où serait-on désormais :
À voleter dans les limbes, brumes sous l’ormaie,… ?
- C’est là propos injuste et immonde :
MAIS est mort quand SI est vie, mousseuse chimay,… ;
Ici une note, ailleurs un accord quand MAIS
Réduit, limite, revient, esquive,…
- J’ai plus évité de décès que toi, follet !
Je te sais utile, joueur de flageolet
À l’aigreur parfois si agressive,
Quand je garantis, nécessaire bavolet,
Des chausse-trappes, des rets et autres collets ! »
Si le raide MAIS, de guerre lasse,
Avait voulu à SI, même un instant, céder
Ou Si, à MAIS, quelconque chose concéder…
Mais rien ne filtrant de la mélasse !
Me voilà donc avec une fable, excédé
Et las, sans pouvoir la morale décider
Si ce n’est que les mots et hommes
Obligés de vivre, et ensemble, et mêmement,
De s’épauler, de se servir continument,…
Sont aussi sots et têtus, en somme,
À vouloir la reconnaissance, absolument,
D’autrui et bien plus s’il se peut ultimement…
C’est là un fantasme de gnôme !
mercredi 4 janvier 2017
mardi 3 janvier 2017
L’AUTRE
Yeux harassés, épaules basses,
Noirs cheveux gominés de crasse,
Il allait tout seul par les rues.
Sous un pont, il campait à cru
Barbe lustrée de graisse rance
Il était devenu en France
Un migrant, sans papiers, sans dents,
Sans ascendant ni descendant,…
Yeux noirs baissés, épaules lasses
Sûr, il était d’une autre race :
Il parlait mal, il causait peu
Mais volait aux poubelles. Peuh !
Il avait surtout la peau sombre
De ces fanatiques sans nombre
Qui faisaient vendre des journaux
Et du bruit dans le Landerneau.
Yeux harassés, épaules basses
Et sans doute prompt au pancrace,
C’était un étrange étranger
Et pour cela il dérangeait.
Étant sans doute misérable
Puisqu’un miséreux bien durable.
Il furetait, dit-on, l’être à part,
Vice pris en mauvaise part.
Yeux noirs baissés, épaules lasses
Silencieux, sale et sans grâce,
Il allait comme qui doit cacher
Quelque chose qui peut fâcher :
Les ombres d’un passé proche,
Faisaient craindre anguille sous roche,
Soupçons, peur,… partout suaient.
C’est pour cela qu’ils l’ont tué !
lundi 2 janvier 2017
HOMMAGE À CABU : Souvenirs de 2010 (1)
Il y a un an, le 07 janvier 2015, décédait sous la mitraille de fanatiques qui n'ont pas fini de nous frapper une partie de l'équipe de Charlie Hebdo, au nombre desquels CABU, à mes yeux le meilleur caricautriste français du second XXe siècle et l'humanisme fait homme.
En 2010, alors que la France est dans la rue pour s'opposer au plan de réformes souhaiées par N. Sarkozy, je reprends ma souris et un logiciel de dessin vectoriel pour reprendre les visages de nous gouvernants tels que Maître Cabu les croquait alors. Afin de ne pas porter atteinte ni préjudice à son style et son œuvre, je m'étais permis en 2 003 de lui demander l'autorisation de "plagier" ainsi son travail dans d'humbles travaux personnels qui avaient, à nouveau, vocation de devenir affiches et affichettes pour nos panneaux de manifestants, nos tambours bricolés,…
Contre toute attente il m'avait alors répondu et j'ai pris ce premier accord pour un quitus en 2006 où nous avions été obligé, en vain, d'arpenter à nouveau la rue et pour cette année-là aussi (voir : http://lesrivagesdurimage.blogspot.fr/2016/01/hommage-cabu-1.html)…
Je vous propose de retrouver (séquence Nostalgie récurrente les jours pairs), tout au long de ce mois ces modestes travaux - et les suivants - très inspirés par un MAI 68 qui lui était cher afin d'honorer sa mémoire et celle de tous ceux qui sont tombés avec lui… et depuis cet attentat sous la main des fanatiques qu'il abhorait et… avec quel talent, lui.
dimanche 1 janvier 2017
BONNE ANNÉE !
Une fois n'est pas coutume ce ne sont pas mes mots mais ceux de mon amie Geno Namy qui vous souhaiteront le meilleur pour les 365 jours à venir… Ce sont phrases que je pense mais que je n'aurais su tourner aussi bien qu'elle a su les écrire.
Merci de votre fidélité et, à elle, de son amitié.
« Je vous envoie pêle-mêle
Pour cette année nouvelle
Mes vœux en ribambelle :
Troussez la ritournelle,
Sifflez les demoiselles,
Dansez la tarentelle...
Et laissez derrière vous
Les chagrins et les fous
La peur, les mauvais coups.
Non, on n’est pas au bout,
Demain est fait pour nous
Et on y va debout !
On repart pour un tour,
On pense à voir autour
On donne le son aux sourds
Et aux muets les discours
Un sourire chaque jour
Pour se parler d’amour ! »
G. N.
HAÏKU AU COEUR
(non parce que je l’ai sur la main mais parce que c’est sur cet organe vital
que je place mon porte-monnaie qui ne l’est pas moins !)
Après les cadeaux de Noël, les Étrennes :
c'est une douloureuse plaie que ces fins d'an coûteuses qui ouvrent sur des débuts d'année dépensières !
ET L’AMORALE DANS L’HISTOIRE ?
Édito pour RuedesFables, septembre 2016
Vous êtes arrivés « RuedesFables » où ruent des fables. Et de rudes fables !
Ici, autour du ver de l’amitié, on vous propose d’affables fabulateurs, sans ego ni égaux, qui vous narrent des bluettes que peut-être vous raconterez en ces lieux de sociabilité où le commerce des hommes a ceci de lassant que certains ont de l’esprit quand d’autres en font. Ces auteurs, sans hauteur, évoquent sans équivoque celui qui accepte de s’abaisser pour s’élever, celle qui monte sur ses grands chevaux en oubliant qu'elle est parfois obligée d’enjamber un petit bidet voire le quidam qui apprend, à son corps défendant et à coups redoublés, que souffleté n’est pas enjoué,…
Tout concourt dans ces anecdotes à une fin édifiante venant clore à dessein une histoire d’animaux pas si bêtes. Car « lorsqu’on fait une fable, il est avant tout préférable d’avoir quelque chose à y raconter ! » (F. Blanche, Mon oursin et moi, 1972) et ce “quelque chose” est la fameuse “morale”, enseignement pour contemporains comptant pour rien et postérité tout en prospérité. Mais si « j’aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. » (Voltaire, L’Ingénu, 1767) et se croire plus vertueux que son prochain est tartuferie qui confond, souvent, fabuliste et moraliste. Le conteur sur ce point ne s’en laisse pas compter…
Fin affinée et coda codée, le précepte final est une vérité née d’une fausseté. Il est tout sauf insipide sagesse de gamin ou morne philosophie de vieillard qui ne sont que repentirs sans lendemain ou résignation d’habitué du lave-mains. Rien qui tienne du bon mot de dévot, du préjugé vermifugé, du dévidoir d’évidences ou de l’éthique étriquée… La meilleure preuve est qu’en 1693, J. de La Fontaine, se croyant perdu - quoiqu’il ne décédât pas de si tôt - renia publiquement son œuvre comme l’en convainquit son confesseur : « Il est de notoriété qui n’est que trop publique que j’ai eu le malheur de composer un livre de contes infâmes. En le composant, je n’ai pas cru que ce fût un ouvrage aussi pernicieux qu’il est. On m’a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c’est un livre abominable. Je suis très fâché de l’avoir écrit et publié. J’en demande pardon à Dieu, à l’Église, (…) à vous Messieurs de l’Académie, et à tous ceux qui sont ici présents. » Ses maximes étaient-elles été moins convenues et conventionnelles qu’on ne le croie ?! Ce facteur de fables que l’on voit en courtisan jamais à court de courbettes, toujours civil et urbain, chargeait-il comme militaire en campagne ?! Son enseignement est moins sermon que plume portée dans la plaie…
Pourtant, je sais de ces gens goûtant ce genre et pensant cela, de ceux qui aiment le café frais parce qu’il est chaud, citant sans excitant des queues d’apologues déconnectées de leurs valeurs humanistes pour illustrer un siècle sans lustre ou rendre l’hommage du vice à la vertu. Ne souffrant guère de ne souffrir personne, ils nous abreuvent sans fin ni soif de ces bons mots devenus proverbiaux à tout propos alors qu’un conteur est un roseau pensant - parfois pesant - qui raisonne quand les autres, tambours creux ou cloches fêlées, résonnent comme nos causeurs de tout bout de champ. Ces raseurs barbants, dont l’entêtement tient lieu d’entendement, préfèrent la volée de marches de l’évidence à l’escalier dérobé de la réflexion. Chez eux, la bêtise est un passe-droit à la parole qu’ils accaparent et un coupe-file à leur intelligence nullipare. Cette sottise d’exégètes revenus de tout sans être allés nulle part qui végètent à rien n’est pas le propre des grands âges qui donnent dans l’axiome à défaut de l’action… à moins qu’elle ne soit cotée en Bourse. Je connais des jeunes gens, envieux alors qu’ils ont vingt ans, qui jouent eux aussi parfois au jeu de ces citations sans origine ni auteur faites aphorismes obsolètes et risée déguisée.
Or, la parabole d’une fable traduit l’âme orale des peuples ou devient cette sagesse populaire décriée à la criée, faite dictons populaires, formules sentencieuses ou adages qui se veulent règles immémoriales autant qu’universelles car rien de plus simple ni de plus vrai que ces quelques mots terminaux ; sous tous les cieux, même ocieux, et sous tous les climats, quel qu’en soit le climax, ait-on oublié le conte et son rédacteur. Florian en est la meilleure preuve, qui écrivit ces fortes paroles que j’ai souvent entendues dans la bouche de petites gens comme au bec de grands esprits sans qu’il fût rendu à ce César les lauriers qui lui appartiennent à bon droit : « Pour vivre heureux, vivons cachés » ; « Nous convenons de nos défauts, mais c’est pour que l’on nous démente » ; « Rira bien qui rira le dernier » ; « Il vaut encore mieux souffrir le mal que de le faire » ; « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » ; « La vanité nous rend aussi dupes que sots » ; etc.
Toujours d’actualité, jamais réactionnaire ni gnan-gnan, une “morale” n’est pas mort alité - il est vrai que plus d’un mort râle ! - ni mors à liter sous la poussière de notre condescendante indifférence, mais vers à savourer entre amis de l’Humain et amants de l’humour. Vous en prendrez bien une petite dernière pour la route qui fait votre chemin en sentiers comme en allées ?!
Fabuleusement & amicalement vôtre !
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