Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 5 mai 2012

ÉCLAIRICIE EN CLAIRIÈRE (il faut que le bois d'orme !)

 Oui, de cyprès qu’on y regarde, Toi, l’Indien,
Tu vas à ton bouleau pour le pin quotidien.
Tu hésites : Tremble ? Frêne ?… Toi, Saltimbanque,
Ta vie est sans  charme, n’est que chênes à porter,
Mélèzes, envies de noyer - C’est pêcher, Té ! -…
Quand ça sent le sapin, un saule hêtre vous manque
Et tout est des peupliers !…
Je sais : c’est nul à scier !

jeudi 3 mai 2012

HAÏKU DE MOTS

Pourquoi les petits gens subissent-elles toujours de grands maux ?

LE CIGOGNE & LE RENARD

Petite fable affable


Renard, fieffé trompeur, ne peut décolérer :
Lui, il avait été abusé par Cigogne
À qui, lui, il jouait tant de tours sans arrêt.
Il voulait punir la charogne
Qui colportait son fait (moquant abondamment)
À tout-venant, jusqu’à la moindre de ses miettes.
Il l’invita, dit-il, pour clore l’historiette
Car il faut pardonner et ne savait comment
Mettre un terme enfin à leurs bouderies.
Elle se laisse avoir par la verroterie
De mots si bien servis, des mets qu’il lui promit,
Ne flairant point la félonie.
Le repas est sans atonie,
Le maître de maison s’empresse
Les plats, tout en délicatesse,
Sont des délices, cuits à point.
Elle dit à Renard qui ouvre son pourpoint.
« Je n’ai pas reconnu qu’elle était cette viande ?
- Du cigogneau, ma mie. Vous en fûtes friande ! »
Elle pâlit. « C’est plus qu’assez ! »
Fit-elle en s’enfuyant, raquant sur sa vêture.
Goupil riait encor’ quand la Dame, empressée,
Rendit l’invitation au Sire en sa masure.
Il ignorait, que le menu, fait aux bougies,
C’était lui, l’hôtesse ayant, ma foi, entrepris
De le servir frit aux corneilles.
Dia, qui veut jouer, à tout prix,
Au plus fort, finit sous l’oseille !


SCÈNES QUOTIDIENNES

Derrière les façades prospères
Sereines et apprêtées
Entre voisins on se réprimande
Dans ce quartier si pépère
Il bougonne à la demande
L’bourgeois coupé des réalités

À chaque nouveau palier
On se hérisse on prend la mouche 
Chez tous les domiciliés
Ça crie ça peste ça escarmouche
Contre le temps et le chat
On chicane on se lâche on se fâche
On hurle on prêchi-prêcha
On s’échauffe on éclate on se clashe

Sans la moindre sympathie
On engueule qui se hérissonne 
Gourmande avec appétit
Sans jamais se soucier de personne
On cherche les plus petits 
Des poux entre époux sonnant des cloches
Conspuant et s’irritant
Dès qu’on n’en fait pas à sa caboche
On râle en se disputant
Avec sa femme lui chantant pouilles
Et l’enfant en fait les frais
Qui passe un savon au chien  fripouille
Au grand cœur qui s’en effraie

Derrière les façades prospères
Sereines et apprêtées
Il moralise agonit fustige
Dans ce quartier si pépère
Pour le moindre des litiges
L’bourgeois coupé des réalités

Sans vergogne ni façon
On s’encolère et on se querelle
Pour un retard un soupçon
On se chamaille on paille-poutrelle
Pour un regard un suçon
On se tance on maugrée aux fenêtres
Et aux portes l’on gémit
On grommelle avant de disparaître
Ou bien l’on blâme à demi
On pleure on geint on crosse on rouspète
Car de serments en sermons
Il faut que ça sorte tonne et pète
Que ça gueule à pleins poumons

Ici on gronde on bronche on ronchonne
On grogne on chipote là
Tempêtant quand l’escalier bouchonne
On risque le pugilat
Quand d’aventure on chapitre un gosse
Pour une oreille tirée
La semonce peut devenir grosse
L’apostrophe déchirer

Derrière la façade prospère
Sereine et bien apprêtée
On joue les censeurs on morigène
Dans ce quartier si pépère
Il proteste sans qu’ça gêne
L’bourgeois coupé des réalités

AUTOPSIE D'UN CERTAIN CORPS… MÉDICAL

Y a-t-il pléthore de médecins de villes
Comme de vigiles ou de stars volubiles ?
Ce monde fébrile qui condamne à l’asile
Manquerait-il de profs à l’hôpital civil
Ou tous ces gens sont-ils plus rusés que Goupil
Quand peu de professions nous sont aussi utiles ?
« Nos villes, leur violence imbécile et stérile
L’air hostile, le stress et la bouffe si vils
Que l’on ne rêve ici que soleil, d’exils,
Créent un troupeau patient, de clients fort dociles,
Qui s’empile ou défile à votre domicile… »
Oui, tous ces carabins ne sont pas imbéciles !

Oui, tous ces carabins ne sont pas imbéciles,
Maladie infantile ou bien vieux infertiles,
Ils jubilent et leurs honoraires décillent,
Pauvres et séniles lui font lever sourcil,
Les longues maladies ont un meilleur profil.
Travailler, tous les jours, au soin des plus fragiles
- « Pas après six heures ni le week-end, Débile ! » -
Se paie à un tarif qu’on peut dire “viril”
Même si l’on n’est pas, vraiment, des plus subtils.
« J’ai plus d’un toit, île, maîtresse et suis édile,…
Tout ici-bas se paie, et l’Art est mercantile :
J’ai pas fait d’études pour tendre la sébile ! »

« J’ai pas fait d’études pour tendre la sébile :
J’aime beaux textiles, pompes en crocodile ;
Être bibliophile habile est difficile !
Je veux vie sans bile, sans risque ni péril 
Centrée sur mon chez moi et, bien sûr, mon nombril !…
L’évangile du vieil Hippocrate ? Ustensile
À ranger au musée, entre deux volatiles,
L’aéromobile et la photo d’un terril ! …
Pourquoi donc les docteurs passeraient-ils au gril ?
Pourquoi ces remarques sans mobile, inciviles.
Toi aussi, tu auras besoin de moi, Reptile !
“Y a-t-il pléthore de médecins de villes ?” »

PROVERBES IRRÉGULIERS

Les chamailleurs ne sont pas des pilleurs !

*

Qui n’aime point châtre bien.

**

Au premier con, on prend sa taille.

***

Flétrir c’est pourrir un peu.

mardi 1 mai 2012

HAÏKU TORDU

La beauté console de n’avoir point d’esprit.
Mais celle-ci vous quitte plus vite que ne vous vient celui-là.

PAIX ÉTERNELLE

 Par grand vent, la chapelle résonne encore
De prières, de pleurs, de chants et de pas.
Des ombres la peuplent. La pluie la décore.
Planté profond sur de noirs rochers accores,
Le vieux couvent attend, là, son trépas.
Par grand vent, la chapelle résonne encore
De prières, de pleurs, de chants et de pas,
Lumière nue, crue. Vitres et vitraux brisés.
Tout ici gît sous son habit de poussière :
Discipline, encens, cilice remisés,
Recueillement froid et silence irisé
Planent sur ce lieu presque pénitentiaire,
Lumière nue, crue, vitres et vitraux brisés
Tout ici gît sous son habit de poussière.
Dédale dallé que la pénombre éreinte,
Tu arrachas des enfants à leurs poupées.
Filles enfouies qui, loin, ont fui ton étreinte,
Gosses sans foi, qu’on protégeait de la crainte,
Du bruit des bottes dans un pays occupé.
Dédale dallé que la pénombre éreinte,
Tu arrachas des enfants à leurs poupées.

JARDINAGE

… car il n'est de bon vers que de terre.

Et chaque jour, je me fais jardinier ;
Aux racines des pensées, débroussaille
Mes idées à fleur de mots, coupe et taille
Vers en topiaires et prose en paniers.

Sur une terre aride, une rocaille,
Pour que pousse un rosier dans les ronciers,
J’arrache, dessouche, prêt à scier
Tous les trop : bois morts, gourmands qui pagaillent

Dans les chardons de la facilité,
Les herbes folles du vaille que vaille.
J’étête encore, ôte toujours, cisaille,…

Quand ma langue est lande, infertilité,
J’ente la ponctuation ou j’entaille
Les sons, mets un tuteur au sens qui faille,…

Oui, chaque jour, je me fais jardinier !

LE LION EN SOCIÉTÉ AVEC DES HERBIVORES

Petite fable affable

La génisse, la chèvre et la pleutre brebis
Associées à ce lion qui tirait avantage
De la peur qu’inspirent crocs, griffes et on-dits
Ne l’ont pas laissé quiet de l’injuste partage.
Alors qu’il dévorait le cerf, par elles pris,
Les mangeuses d’herbe donnèrent de la voix :
« Chacun sa part ! dit la vache avançant d’un pas :
Que tu sois roi, ma foi, n’annule pas nos droits !
- Tu te veux du menu ? répliqua le Goujat
- Il faudra pour cela, mon noble et triste Sire,
Fit la chèvre, mettre mes cornes à la raison.
- Mes sabots avec, Trublion ! »
Ajouta l’autre non sans ire.
La brebis se taisait, fière comme un cador.
« Revenons donc, reprit la génisse, à nos accords :
De nos soucis, tes crocs sont l’antépénultième :
Tu es plus fort que nous, à la puissance ixième,
Mais tout seul !… Tu comprends, Ténor ?! »

BLUE NOTE

Touches tout juste effleurées,
Harmonie aux croches effeuillées,
Encore les airs s’affolent,

Jonglent en un arpège  frivole.
Accords scatés ou parfaits,
Zélé, le piano fait effets,
Zazou jusqu’au bout des notes.

Livré au toucher du croqu’-notes
Alerte, l’impro’ il ose.
Bousculé, le rythm’ prend la pause. 
Et puis, quoiqu’un temps boudés,
Les sons volent au vent, en portées.