Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 8 mars 2022

lundi 7 mars 2022

HAÏKU MIEUX MIEUX

J’ai souvent le tort d’avoir raison.

УКРАЇНА*

Au lendemain du 24 février 2022

Dans cette boucherie toute en asymétrie
En coupables mensonges et  en effronteries,
Tu écris en grand « Liberté » Ukrayina

Sur le bleu de ton ciel que les obus strient
Avec le sang versé de ton peuple meurtri
Tu graves « Souveraineté » Ukrayina

Sur le jaune de champs que les chars ont flétri
Sous les décombres fumantes où gît ta patrie
Tu as inscrit « Identité » Ukrayina

Face à ce tyran de certitudes pétri
Qui t’a envahie et n’en sera mie contrit 
Tu cries haut toujours « Dignité » Ukrayina

Alors que ta fine fleur au loin s’expatrie
Pour fuir la moscovite coupable industrie
Lève-toi encore et résiste Ukrayina

* Ukrayina.

samedi 5 mars 2022

HAÏKU PAS CABANA

Sans vouloir faire dans le cliché, avec certaines photos, il y a du grain à moudre !

CELLES D’À CÔTÉ

Petite fable affable

On dit “Bon sang ne saurait mentir” et qu'on est
Marqué des vertus de la terre où on l’on est né.
L’histoire qui suit vous le dira sans ambages
Quoi que causant surtout de bons veaux et pâturages…

 ‌Un paysan de nos montagnes, désireux
De bonifier son cheptel fut fort heureux
D’aller acheter, très cher, n’étant point gavache,
Vaï, dans la grand’ vallée d’à côté, une vache.

Revenant donc à ses prés gras, au vu du prix
Payé, il met l’animal à saillir au mâle
Qui fait sa fortune. Mais, las, tout en mépris,
La belle rétive, à chaque coup, se fait la malle
Plus loin. Et voilà notre bonhomme malengroin :
« Il n’est pas, Crénom, pour arrondir son pécule
De mauvaise saison, Dieu m’en est témoin :
Que tu ailles de droite ou de gauche, recules
Ou avances… et même rues, mon brave taureau
Aura raison de toi. Dussé-je de cravache
User ou te faire forcer, au prix d’un broc,
Au travail du ferrant ! » hurle notre bravache.

Son bon voisin, le berger, soupire à le voir
Peiner à faire accomplir son simple devoir,
Le jour durant, à cette tant belle génisse
Et souffrir et subir tous ces bovins caprices.
 « Elle vient de la grand’ vallée d’à côté ? »
Demanda-t-il, tantôt, non sans avoir ôté
Son béret, politesse envers qui prou enrage
Par monts et par vaux, par pâtis et pâturages.

« Comment tu sais ? » fait-il comme soufflet s’abat.

L’autre soupire : « Ma femme aussi est de là-bas ! »

jeudi 3 mars 2022

HAÏKU LIÉ

Péter dans des draps de soie à deux ne fait pas oublier qu’on finira dans le lin, seul !

LE BOEUF DES BEAUFS

Aux dents d’ivoire du piano
Courent des doigts, sautillants moineaux.

La batterie roule sa caisse.
Du coup, les cymbales encaissent.
Une trompette sourde, en suivant,
Dénoue nos sens et démêle ses vents.
La basse vibre comme on s’accorde
Et pousse le son dans les cordes.

Déjà la jam, aux rythmes cadencés,
A commencé à nous faire danser…
Même la plus coincée fredonne
Et le moins zazou, là, se donne.
Que des airs qui font siffler ; et souffler
Des corps habitués à pantoufler !

C’est ça la vraie musique qui jase
En standards qui, pour toujours, jazzent

mardi 1 mars 2022

HAÏKU FINANCIER

Qui ne prête qu’aux riches prend souvent aux pauvres.

LE CABOT & LE CLÉBARD

Petite fable affable

Un chien de haute lignée promenait
Son bon humain ; quelque foutriquet de race
Certes, mais plutôt du genre fin de race,
Par les rues que Noël a illuminées.
Il va, l’âme servile et la dent vorace, 
Plus vain et plus hautain qu’un ministre crasse,
Il toise tous les lieux tous les minets.

Le brave freluquet faisait de même,
Quand ils croisent, par hasard, un clebs bohème,
Visiteur de poubelles, un chien errant
Qui dort sur les trottoirs et qui, sans dilemme,
Tout le jour traîne au cul des autos sa flemme.
Ce vain bâtard, sans position ni rang,
Est apostrophé crûment par le gros dogue
D’un aboi enragé, brutal au ton rogue,
À peu près en ces termes, peu chaleureux !
« N’as-tu point, à traîner ainsi, de vergogne ?!…
Tu fais honte à notre espèce !… Vois ta trogne !

- Te crois-tu, l’Ami, pour autant plus heureux ?!

- Parce que l’on pourvoit à mon bien-être ;
Partout, en tout, pour tout, je suis mon maître !…
Et toi, Croquant ? Fait le sang pur sans allant.

- De ma liberté ne voulant me démettre,
Pour tout, en tout, partout, je suis mon maître !
Répond l’outragé sans forcer son talent.
Qui vit en harmonie avec lui-même
N’a aucun besoin de jeter l’anathème ! »

dimanche 27 février 2022

HAÏKU D’ESTHÈTE DE PORC

En art, aujourd’hui, il est de bon ton d’avoir mauvais goût…

SOLITUDE À DEUX

Tu entres, peu à peu et pas à pas,
Dans un monde autre où je ne suis pas ;
Aux murs hauts et blanchis de platitudes
Ou de silences lourds sous le plafond
De verre dépoli des habitudes,
Un monde clos qui nous éloigne au fond…

Nos cœurs lassés de n’avoir aucun doute
Ou de pouvoir compter sur une écoute,
Et rassurés d’un avenir certain,
Hibernent derrière un grand miroir sans tain,

Où, las, toute passion s’est dissoute…
Et nos âmes si sûres d’être sœurs
Se sont soudées de tendresse, en douceurs,
D’avoir fait, ensemble, tant de route…

Sans nul espoir que ne vienne un mai,
Mais sans qu’éclate orage, ni guerre, 
Je crains que nous sépare désormais
Cet espace qui nous unissait naguère
Car tu te cloîtres, Ma Mie, tant et plus
Dans un monde autre où je ne suis plus…

vendredi 25 février 2022

HAÏKU Y GNOLE

Faire l’imbécile,… c’est idiot !

MAGISTER DIXIT

Petite fable affable

Lynx, potentat local était olibrius
Qui s’imaginait plus brillant que Sirius,
Payant rubis sur l’ongle ce qu’ailleurs on donne
Mais qui offense ni reproche ne pardonne,
Reçoit son voisin et pair, un ours mal léché
Qu’en son versant on redoutait fort de fâcher :
La patte est preste et le croc souvent lui saigne
De rencontrer qui mérite, à son gré, des beignes !

« En venant, Mon Compère, je n’ai entendu,
Sur ton gouvernement, qu'éloges et louanges
Or, on le sait, le roi n’est pas toujours un ange
Face à rebelle, à situation tendue,… ?
Tes mouches et tes censeurs font de la belle ouvrage
Ou serais-tu monarque en avance d’un âge ?

- Je suis pour les miens ce que, Toi, tu es 
Pour les tiens. Et pourtant si quelqu’un me hait,
Il se tait car on craint fort ma bonne personne,
Mes tours renardiers, ma cruauté saxonne,…
Pour qu’opposition te reste au laminoir
À quoi bon user des ciseaux de la censure
Là où règne le biseau de l’auto-censure :
La peur est le meilleur des cabinets noirs ! »

mercredi 23 février 2022

HAÏKU SOCIAL

Rien n'est plus artificiel que de chercher à avoir l’air naturel.

Texte composé le 17 mars 2021 spécialement pour une
photo de Marc-Yvan Custeau à qui il est amicalement dédicacé

 Ma vie, aujourd’hui est, ligne droite.
Braquant mon regard vers l’avenir,
Jetant parfois un œil  dans la boîte
Des plus beaux de mes bons souvenirs,
J’y marche, passager de la Lune,
Mon objectif guettant l’opportune
Photo que je prendrais au matin,
À côtoyer des tant de silhouettes
Qui ne me sont, las, que baratins,
Fantômes d’arbres faits girouettes,
Et à rencontrer quelques lueurs 
Qui me guideront vers le meilleur…















Photo de Marc-Yvan Custeau (17 mars 2021, Montréal)  

lundi 21 février 2022

HAÏKU LONG

Une femme de tête a rarement plus d’esprit qu’une autre.

PAS D’EMBARRAS POUR LES TÉTRAS

Petite fable affable

Sous le linceul saisonnier né des nues
Qui pend aussi en cristaux aux branches nues,
Un tétras roucoule d’amour pour sa Belle
Quoique la saison ne soit pas, elle, belle…
Et l’élue, à tout prendre, non plus d’ailleurs.
Mais notre coq des cimes n’a pas meilleur
Goût pour ces choses, hélas, qu’il n’a de jugeote,
Et pourtant on dit jà cette engeance sotte !

On moque donc ces improbables amants 
Aux impensables amours sans grands tourments.
Ces lazzis-là laissent de bois nos deux dindes
De montagnes pour qui la vie n’est que brides :
Les remous futiles d’inutiles chamaillis,
Les clabaudages hostiles,  bredouillis
De jaloux et d’envieux ne leur importent
Quoi que l’écho de nos monts parfois rapportent.
Répondant par l’indifférence au mépris,
Il vont, sûrs de vivre un vrai amour, sans prix.

Mais s’il faut ferrailler quand vient l’outrage,
Dire sa râtelée, sans qu’éclate orage,
Campant sur ses ergot, il va déclarant :
« Ici bas, tout est beau dans celles qu’on aime,… » ;
Elle ajoute, avec l’oeil cruel d’un varan :
« Et ont toujours assez d’esprit ceux que l’on aime ! »

samedi 19 février 2022

HAÏKU DE GRÂCE

Quand le prêtre conclut la messe par « Allez en pets ! », c’est pour que ses fidèles finissent en odeur de sainteté ?!

VIRÉE DANS L’HIVERNALE LIVRÉE

Dans la quiétude d’un hiver devenu ivre,
Prisonnier d’un bref instant de sérénité ,
J’observe cette mantille en résille de givre
Et de gel qui trame d’une fraîche dignité
Des branches au bois dormant, qui écrivent en cent paraphes
Les voix nues des vents venues des bleutés du ciel,
Et en arabesques le chant d’un temps qui agrafe
La saison à nos peaux vêtues d’artificiel…
C’est un temps grelottant certes, tout drapé de neige,
Marée glacée aux remous figés s’ourlant de noir,
Mais il fait bon s’y perdre, errer, comme en promenoir,
L’œil aux aguets, l’oreille glacée prise au piège…

Sous les pampilles des arbres frissonnants de froid,
Sur cette sente assoupie dont jà gèle l’écume,
Je vais seul au sein de sons assourdis, seul beffroi
De ce désert blanc qui s'est déshabillé de brume,
Un chemin incertain de collines qui ondoient 
En dolines qui chatoient, sans béton ni bitume,
Le coeur fort content et l'âme en paix comme il se doit
Avec mon chien si fidèle et… ce p*** de rhume !