Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 15 juillet 2015

UNE AIRE NOUVELLE ?

Petite fable affable

Un aigle de haute volée qui vivait de vols et de voleries 
À l’envie est devenu le seul roi des montagnes.
Les oiseaux du lieu, qu’importent leurs chamailleries
Ou différends, saluaient ce grand rapace à poigne,
Une fois  par an, en gage de leur soumission.
Seul le vautour s’évite cette humiliation.

Le suzerain envoie un de ses vassaux à l’autre
Félon qui répond, crânement, au féal surpris :
« Le ridicule des autres nous console du nôtre :
Ta veulerie est donc vilenie et l’ahuri 
Chez toi cache un abruti !… Je suis un être libre
Et refuse de m’incliner face à ce félibre.

- Mais il est notre souverain, maître de nos monts
Et de leurs vaux : on lui doit respectueux hommage !
- Je n’ai pas souvenance que ce sombre démon
Ait été élu, ou désigné, par quelque plumage
Que ce soit. Votre obéissance est donc superflue :
Il ne serait rien et vous, idiot, guère plus !

C’est métier de chaque instant d’être courtisan.
N’espérant de personne don, place, faveur, grâces
Ni gain, je me veux déplaisant plus que complaisant
Et peux ainsi me regarder dans la glace… en face ! »

mardi 14 juillet 2015

lundi 13 juillet 2015

HAÏKU’RIR APRÈS LA GLOIRE

Souvent, on perd ses illusions quand on change d’optique.

UN OCTOBRE PAS SI ROSE

D’après une œuvre de Camille Lesterle

Moi qui avais un corps sain
Voilà donc qu’il se métamorphose :
Un silencieux assassin
À mes jours et à mes nuit s’impose.
Il s’est niché dans mon sein
Plus doux et plus beau que primerose.

Sournois, virulent, malsain,…
Mais œuvrant comme un vrai virtuose,
Ce qui était  moins qu’oursin,
M’a conduite jusqu’à la névrose :
Plus tranquille que ces saints
Sûrs de connaître l’apothéose
Sans trouille et sans froussin,
Il n’a rien d’un matassin.

Menant à bien son dessein,
Celui qui, chez d’autres, serait psychose,
Se joue des médecins,
Pour qui ma rémission est prose :
Industrieux capucins,
Ils cherchent ci, essaient ça et glosent
Faute d’avoir un vaccin.
Faut-il vous faire un dessin ?

Efficace spadassin,
Plus cruel que tuberculose,
Il m’a marquée d’un noir seing
Et m’entête jusqu’à l’overdose :
Tout pareil à un tocsin,
Il résonne en moi et m’indispose.

Les médecins en essaim,
Qui, peu à peu, se sont faits moroses
L’ont vu cossin, agassin.,
À peine pire qu’une ecchymose,
Et puis bénin tracassin,
M’ont communiqué leur sinistrose.
Sons succincts, la mort me ceint,
Du souffle de son buccin.

Et mon sein, tendre coussin
Couleur et parfum de passerose,
Est désormais un brassin,
Le nid bien douillet de cette chose.
Il forcit, ce crapoussin,
Et moi, je me sclérose et nécrose.
Illustration : Camille Lesterle, mai 2015

N’EST-CE QUE VACHE ?

Petite fable affable en pensant à Platon

Au milieu de leur pré carré,
Pourtant de forme hexagonale,
Où on les a mises aux arrêts
Condamnées à ruminer, râlent
De jeunes vaches ayant vêlé 
De vrais emmerdeurs en herbe.
Et de l’écheveau emmêlé
De leurs idées jetées en gerbe,
Il leur apparaît qu’éduquer
Est lassant, que désembucqués,
Leurs gros veaux, c’est aux fermiers
De les élever. Fumiers !

Les jours courant à la sauvette,
Les cornues, sotte vanité,
Elles, taillent une bavette
De champêtres mondanités
En très longs déjeuners sur l’herbe,
Laissant, sans soin, leurs rejetons
Vaquer seuls dans leur âge imberbe,
L’ignorance crasse et le ton
Qui s’infatue : impolitesse,
Virulence, invective, coups…
On critique, chez « nos Altesses »,
Le fermier à tous les coups !


Mais ce dernier, lui, leur demande
Qui est - a ! - toute autorité
Sur ce cheptel qui se débande ?
Il renvoie sans aménité,
Et dos-à-dos, les génitrices
Mettant leur honneur à l’encan
Et ceux poussés de leur matrice.
Leur âge leur promet - cancans !-
Certes moins de pain que de beurre
Mais quand ils auront des enfants
Les supporteront-ils une heure,
S’ils sont, comme eux, “ébouriffants” ?!

Pour punir mère insouciante
Et l’insolence de l’enfant
Il les laissa dans leur fiente,
Ensembles, retors, piaffants,…
« Ça rend heureux d’être très proches :
Le bonheur, leur fit-il un jour,
Est dans “le près” ! » Il rit, l’air croche,
Pensant que le « Cause toujours ! »
 Des unes était chose identique
Au « Ferme ta gueul’ ! » des marmots :
Sans éducation, ni éthique,
La tyrannie n’est plus un mot !

samedi 11 juillet 2015

HAÏKU’LPABILITÉ

Il faut toujours, même en vain, avoir un rêve d’avance sur la vie qui n’est qu’avanies et avaries.

UN AMOUR DE COCCINELLE

Petite fable affable

J’ai la nature pour compagne.
La vie bucolique de ma campagne,
Qui est « un trou du c… du monde »,
C’est un bois, le sentier qui l’accompagne,
Des champs et des prés à la ronde,
Quelques trous d’eau, des fossés en broussaille.
Mais c’est aussi toute un faune
D’insectes, parfois infects, qui tressaille
Dans l’herbe qui n’est jamais jaune.

Même « la bête à Bon Dieu », Dame,
Mérite sur bien des points, carton rouge
Et blâme. Oui, sans état d’âme !
J’en sais même une qui encore bouge,
Masculin de genre et d’espèce :
Mufle. Aimant fort courir la prétentaine,
Il enivra de gentillesses 
Et habilla de mots doux par centaines,
Une très jolie coccinelle,
Une de ces demoiselles qu’on gruge
En jouant bien de la prunelle
Et d’anciens mais habiles subterfuges.

Charmeur, il lui donnait l’aubade ;
Charmant, il lui promettait miel et lune
Et la soûlait de sérénades
Pour avoir enfin la bonne fortune
Que leurs élytres las convolent,
Qu’en un mot, cette prude-là succombe :
Pour elle, pas de gaudriole
Avant le mariage : loi des combes
Et des filles de sa famille. 
Elle ne céda qu’avec l’assurance
Qu’il mourrait, c’est pas peccadille,
Pour lui éviter toute souffrance.

Or ce soir-là, sous les étoiles,
Une épeire l’a prise en toile.
Courageux, il abandonna sa Belle
Qui n’avait pu mettre les voiles
À une mort des plus cruelles,
Et dit, avec un air d’indifférence,
Ignorant ses pleurs et ses plaintes :
 « Nous promettons selon nos espérances
Et nous tenons selon nos craintes.* »

* François de La Rochefoucault (1613-1680), Maximes (1665)

BON RÉSULTAT

C’est aujourd’hui
Que commence ma vie :
J’ai le fameux sésame,
L’petit supplément d’âme…

Tout sera assouvi !
Fini d’être nervi 
Des conseils, des avis,…

Je suis enfin un homme,
Non une pauvre pomme ;
Plus d’heures asservies,
Dès aujourd’hui !
Car je nais à la vie
Et vivront mes envies !

Dans la foule et les larmes
De tous mes frères d’armes
On jubile, on s’accroche :
On a le bac’ en poche !

Oui, c’est fini l’enfance
Le permis eu - par chance ! -
Le début d’la jeunesse,
Des excès, de la liesse,…
C’est aujourd’hui…
Oui, aujourd’hui
Que l'on nait à la vie,
Que vivront nos envies :
Entre eau-de-vie et vit
Tout sera assouvi !
Fini d’être nervi 
Des conseils, des avis,…
Que les autres ont suivi :
Car commencent nos vies,
Dès aujour’hui !

Esquisse : Élisa Satgé, 2016-2017

vendredi 10 juillet 2015

HAÏKU’PIED EN VACHE

Quand une femme avoue qu’elle aime bien faire le gamin, ce n’est une invitation à la reproduction !

jeudi 9 juillet 2015

HAÏKU SEIN PÊTEUR

Si la maréchaussée est la force publique,
les Ponts & Chaussées en sont la farce  !

DU TINTOUIN CHEZ LES BABOUINS

Fable affable

Une bande de babouins vivait
En démocratie comme en un duvet :
Alors qu’elle en disait pis que pendre
C’était le moins mauvais, à tout prendre,
Des régimes avait-elle appris :
Le savoir endormait leur esprit 
Critique et leurs sens sans que ça brame ;
L’avoir consolait, reposait l’âme…

Se répandit chez eux un grincheux
En maints propos sales et fâcheux :
« Que vous dit la Démocratie, Frères ?
“Cause toujours, j’n’en ai rien à faire !”
La Dictature, son opposée,
Affirme franchement, ‘faut l’oser :
“Ferme ta gueule !”… La différence ?
Chassons donc les malhonnêtes rances ! »
La babine du babouin discourt
Ainsi sur tout : il part - faisons court -
De faits distordus jusqu’au mensonge,
Analyse en faux, et comme éponge
La plèbe, jamais à court de maux,
Absorbe et dégorge ses mots
Quand, peu doués pour l’art oratoire,
D’autres font bailler leur auditoire.

La lie du peuple fut convaincue
Puis la crème s’avoua vaincue,
Oui des ventres pleins !, chez nos prospères
Babouins que la paix rendait pépères.
Qu’attends-tu, dis-moi, pauvre électeur,
D’un bateleur calomniateur ?
Et ça babille et ça colloque
Mais la réflexion n’est que loques.
Ceux qui résistent sont dits « envieux » ;
S’époumonent ces sages, ces vieux :
« Ça soulagera maux et méninges
Et rebrodera d’espoir ton linge
De remplacer, vile fantaisie,
Les nases au pouvoir par des Nazis ?! »
Mais les urnes choisissent, ça choque,
Ce néo-tyran battant breloque.

Il chassa Étrangers, Sang-mêlés
« Empêchant son peuple d’ exceller »
Puis l’élu abrogea la Culture :
Elle n’existait pas dans la Nature !
Foutaises la santé des coquins
Et l’École pour tout-un-chacun !
Il fit traquer, chasseur inlassable,
Tous les « coupables et responsables ».

Des « erreurs » et « malheurs » du passé ;
La plupart d’eux, vite, a trépassé.
Déjà, le peuple avait la peau lisse
Au cul ; lors, il y eut la police !
La plèbe, bons singes alignés,
N’osait à tout cela rechigner :
Muet, sourd et aveugle on échappe,
Un temps, au bourreau de ce satrape !

Ceux qui votèrent l’inanité,
L’iniquité, l’inhumanité,…
Un tout autre matin se lassèrent.
En foule et, de force, remplacèrent
Le régime qu’ils avaient assis,
République, d'vint démocratie.
Il n’est, quand éclate sa colère,
Plus vulgaire que le populaire !
Les maîtres n’ont que l’autorité
Qu’on leur laisse mais, par fatuité,
Beaucoup vite oublient que, seul, le Peuple
A le pouvoir : et qu’hélas ce Peuple
Est plus impérissable que rois
Ou dictateurs ; mieux que c’est son droit,
Et même son devoir le plus noble,
De renverser ses chefs les plus ignobles.

Gouvernant, à tout peuple déçu
Correspond un dirigeant déchu
Et si tu ne plies pas, Cher Paillasse,
Il faudra, crois-moi, que tu te casses
Dès que ton temps aura trépassé,
Quand le vent, vil, vain, aura passé.
C’est de cette histoire la morale,
De l’Histoire, leçon magistrale.

CIVILITÉS DE CHEZ NOUS

Cycle toulousain

Au pays du couteau à virole,
A beau bien mentir qui vient d’ailleurs,
On ne le trouvera pas bien meilleur
Que ceux nés ici, gens de paroles,
Suceptibles jusqu’au bout des groles.
Pour cela, ils sont vite railleurs
Pour qui te cause en tenant un rôle
Et donc quoiqu’homme n’vaut pas un drole :
Le peintre n’est plus qu’un barbouilleur
Le journaliste est un pagailleur
Et le poète un vain rimailleur.
 Surtout, alors, garde ton contrôle.

 Sinon, tout aussitôt, ça pétrole :
Car tu te fais vil discutailleur
Ou plus batailleur qu’un tirailleur,
Tu n’en tireras que casseroles
Gâchant tes jours comme une vérole.
Sans que personne ne s’fasse brailleur,
Dans un rire franc qui vous enjôle,
Chaque bon mot l’ironie enrôle !
Mais il faut être un fin orpailleur,
Et non le premier des bousilleurs,
Pour voir, dessous le ton gouailleur,
Qu’insulte et plaisanterie se frôlent…

mardi 7 juillet 2015

SALE HAÏKU DES URNES

Face au totalitarisme économique, au diktat des marchés et au terrorisme financier, les Grecs ont prouvé - contrairement à ce que d’aucuns voulaient ou espéraient - que la démocratie n’est pas une chose trop importante pour être laissée au peuple !

TREIZE & TROIS

Quand je veux fuir le murmure de la multitude
Le néant sous le néon, le bêta du béton
Et le marais médiocre des médias, beaufitude
De cette basse terre où je suis piètre piéton,
Je vais où le duvet fou des pissenlits s’envole,
Goûter au sommeil de l’herbe, écouter ses bestioles,
Le rire des eaux claires et des feuilles le chant,
Dans la solitude infinie de l’air et des champs.
Je m’étends et j’attends là où se masse la mousse,
Là où se mussent les souvenirs las qui s’émoussent
Alors qu’autour de moi bourdonne la chaleur
Que tu viennes à moi Mon Aimée, ô Ma Tendre et Douce,
Pour profiter d’un temps immobile et sans douleur…

Oublié des hautes sphères, des pensées profondes
Et des modes superficielles, ici point de fiel :
Un ru fouillant l’ombre des fougères de son onde
Et un acacia qui neige ses parfums de miel
Rappellent que le sol craquelé brûle la corde
Des espadrilles, non loin de ce lieu de concorde
Où mon âme s’apaise et, mieux, mon cœur refleurit
D’être l’homme lige de ton Auguste Seigneurie
Qui va cueillant, de peur qu’il ne fanent, sur tes lèvres
Ces baisers jamais flétris, à la saveur de fièvre :
Mes pensées les plus âcres sombrent dans la boue du bois,
Mes humeurs chavirent ou s’écorchent, devenues mièvres,
En brins ou en lambeaux aux bouts de buis aux abois.

Laissant les fats admirer leur destin, leur étoile,
Et les cuistres se gourer dans leurs amphigouris,
Dans ce coin perdu où nous avons mis les voiles
L’ombre nous happe et le vent doux lape tes soieries.
Alors qu’au loin un vieux chien jappe au bout sa chaîne
Afin que la nuit se lève plus tôt sur la plaine,
Le soir tache de son encre l’or du contre-jour
Et notre solitude s’accroît avec le jour
 Qui descend pour embrasser la terre, sa pâture…
La nuit pour ciel de lit, l’ombrage pour couverture,
On s’abandonne à des plaisirs bien moins innocents
Que de jouir de l’instant : on laisse parler la nature
Et ici ce n’est, Dieu, ni choquant ni indécent !

PRISE DE BEC À PROPOS D’UNE VOLAGE

Petite fable affable

« Un beau jour, J’ai perdu ma tramontane !
Pas une de ses amours charlatanes,
Toutes en science qui, las, fuient le jour
Et ignorent à jamais les toujours,
Disait un pigeon au cou vert et rose.
C’était un amour pris sans vers ni prose
Un élan de l’âme, avec foi et feu
Pas dévergondé, déluré un peu.

- Mais avec les aiguilles des horloges,
Répliqua le moineau à cet éloge,
 Le fil du temps nous coud de ces revers
Qui, dans la gorge, nous restent en travers !

- Oui, j’ai perdu Ma Mie, larmes amères,
Celle qui, Germinal ou bien Brumaire,
Me faisait planer jusqu’au bleu du ciel, 
Adoucissait tout de sa voix de miel…

- Tu t’es fait pigeonner comme tant d’autres !
Pépie le titi : qui, comme un apôtre,
N’aspire qu’à la joie n’est pas au bout
De ses peines !… La vie est fiente et boue !

- En roucoulant, on s’est passé la bague
À la patte. Son départ me fut dague
Car je ne suis pas fait d’argile, ami,
Et lui suis fidèle, et pas qu’à demi ! »

Le moineau qui a bien moins de cervelle
Que d’appétit encore le harcèle :
« Cœur de pigeon peut-être d’artichaut
Fais comme si de tout ça peut te chaut :
Toits et trottoirs ne manquent pas de belles
Pour guérir ton cœur de cette rebelle !
La mémoire fane les souvenirs
Les plus beaux comme pour les punir
De s’être cru beaucoup plus agréables
Qu’ils n’étaient, en vérité, adorables !

- La beauté n’est pas moindre, cher savant,
Quand, par malheur, elle s’envole au vent ! »

dimanche 5 juillet 2015

HAÏKU DES KLA

La gaieté est une ivresse retenue, une griserie sous l’éteignoir.

LE VENT TURBULENT

Petite fable affable

Pour se faire, ici-bas, un nom,
Mieux une « réputation »,
D’humeur toujours malgracieuse
En respiration maugréeuse,
Un petit vent sans cesse soufflait,
Et sifflait sans se camoufler.
Ruminant sans doute une vengeance,
Sans répit ni repos, cette engeance
 Tirait à hue et à dia
Dans l’alentour immédiat
Du bois et du bourg qu’il menace
D’écarteler, de prendre en nasse. 
Il n’était qu’embûche et guet-apens
Pour les longs cheveux des chenapans,
Les jupes, les chapeaux ou les robes
Et la glèbe sèche autour du globe.

Sautes et bourrasques, il ne tournait 
Que pour, partout, tout vous retourner
De tourbillons en viles rafales,
Faisant toujours entendre son râle :
 L’avoir en poupe vous soulevait, 
L’avoir en proue en faisaIt baver,
L’avoir au nez donnait un bon rhume,
Bien qu’il dissipât toujours la brume.
Mais, pour tous, ce vent-là n’amenait
Que bruits et remous dans la frênaie
Nuées aux nues et vains coups aux portes,
Tant bois et bris lui faisaient escorte.
Ce n’était que courants qui filaient,
Un air qui se prenait dans ses filets :
Ses flux et flots vous étaient contraires,
Las, quel que fut votre itinéraire !

Ce vent bruyant n’était pas furie,
Vite la peur de lui s’est tarie
Quoiqu’il bruissât dans ses escarmouches,
Dérobant les feuilles sur leur couche.
Flotter à son gré était folie
Lutter contre lui valait rallye,
Mais c’était devenu jeu pour celles
Aimant jouer de la balancelle
Pour être dans le vent. Lors, froissé,
Il se tut. Il en avait assez.
Tout, aussitôt, redevint paisible
Et feutré jusqu’à ce soir terrible
Où la tempête, sans prévenir,
Vint tout détruire et, pis, tout crônir.
Mieux vaut se méfier en ce monde
Du silence que du bruit qui gronde !

C'EST DÉMODÉ !

C'est démodé, quand on y pense :
Aurait-on du temps en dépense ?
Donc des « deux-pattes », on se dispense,
Et l'on vient à s'accommoder
De filer, foncer sans rôder.
Flânerie, auto à essence,
C'est démodé !

Prendre son temps quelle indécence !
Quand court sans frauder, ni broder,
Notre monde plus qu'érodé.
S'en inquiéter ?… impertinence :
C'est démodé !

vendredi 3 juillet 2015

HAÏKU’RIR PLUS LOIN

On file plus qu’on ne feule quand la foule vous foule.

LES CLOCHES & LE CLOCHARD

Petite fable affable

Un jeune oiseau de nuit et un vieux rat de cave,
Copains comme cochons moins pour les choses graves
Que pour les légères, couraient la nuit durant,
Et dès qu’elle tombait, faire bamboche et bombance
Pour oublier l’ennui, leur malheur récurrent,
Non les ennuis qui les épargnaient, par chance.
Pour ces deux compères, pas amis à demi 
Les idées noires font des nuits blanches, ma mie,
Alors amusons-nous : « Fi d’os avec la noce ! »,
« La bringue rend dingue si elle n’est que d’août ! »,
« Beaucoup de débauche préserve des cabosses ! »,
« Contre tes maux mieux que mots : galas et raouts ! »

Fort complaisants avec eux-mêmes, ces deux drilles,
Étaient intraitables avec les autres. Grilles,
Portes et codes les préservaient des sans-dents
Et sans-le-sou, êtres nuisibles chez les bêtes :
« Primé je te prise, même un peu décadent ;
Brimé te méprise et fuis pis que Malebête ! »
Un matin, sortant fins saouls, un errant les vit.
Cet assisté, coucou mendiant, les envie
Et, hélas les hèle : « Depuis trois jours ne mange ! 
- Le jeûne ?… C’est un truc de vieux ! » répond le rat.
L’autre insiste : « Sans toit, je vis donc dans la fange…
- Qui ne sait où coucher est, lors, dans de beaux draps ! »

Ils se prirent, contents de leurs saillies, à rire.
Des pies les guettaient avec un méchant sourire.
Craignant chiens policiers, et surtout chats-fourrés,
Elles s’attaquèrent au coucou. Nos deux comparses
Leur abandonnèrent ce paumé. « Mal barré,
Qu’avait-il à perdre ? Sa vie n’était que farce…
Dit l’autre oiseau. On en est quitte pour la peur ! »
On peut expliquer non excuser leur torpeur,
Quels que soient nos us et mœurs, il faut qu’on ose :
Le monde est dangereux à vivre, je crois, non 
Tant par ceux qui font le mal, mais plutôt à cause 
De ceux qui baissent leur froc devant son seul nom.

COIN DE RUE

En coin de rue, qui donc l'eût cru ?,
Juste aux abords du vieux restau',
Je me suis faite Méphisto,
Collant une bise incongrue,
Baiser d'enfant, tout nu, tout cru,
À mon amie comme un costaud
De coins de rue.

Soudain, le soleil brilla haut.
Ont disparu tous les intrus
Qui avaient, bourrus, parcouru
Le trottoir en bons aristo'
De coins de rue.