Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 13 avril 2022

HAÏKU DANS LES DENTS

Il en est de l’esprit comme d’une épouse : certains en ont, les autres croient en avoir.

LE PLUS CAFARD D’EUX

Petite fable affable

« Le passé n’y fait rien, l’avenir n’y suffit ; 
C’est le présent qui soulage » disait Antoine*
À qui voulait bien lire la folle avoine
De ses fables qui me sont comme un vrai défi.

« Hélas ! Mille projets ne valent pas une œuvre !
La mienne n’est que ma vie où la pieuvre
De l’échec et celle de l’erreur ont foutu
En l’air tant de choses et m’ont fait simple fétu ;
Je recommencerais si c’était à refaire,
En gommant mes faux pas, en évitant de faire
Tout ce qui m’a fait trébucher ou, pis, chuter ! »
Disait un vain cafard à une vile punaise
Alors qu’il doutait, au creux d’assise de chaise
Paillée d’avoir encore longtemps à lutter
Pour vivre, sain, serein, ses dernières heures.
L’autre n’aime guère que tant sur soi l’on pleure.
« La vie, vil sottard, est vis et colimaçon
Qui, las, nous fera monter de toute façon
Vers un meilleurs ailleurs auprès du Patriarche
Qui nous fit comme nous sommes et nous donna
Le destin que furent, nos jours, toutes ces arches
Fleuries, ces sombres tunnels loin du Nirvana,
Pour lesquels on ne peut avoir qu'une démarche :
Toujours l’escalier se balaie par le haut
Mais se construit par le bas, et pas presto ;
Alors qu’il se monte, toujours, marche après marche ! »

* Antoine Houdar de La Motte (1672-1731) 

mardi 12 avril 2022

lundi 11 avril 2022

HAÏKU'TEUX

Une amitié naît d’une estime non d’une estimation…

LE FEU FOU

Petite fable affable d’après L’homme & le renard d’Ésope

« Comment ne pas accumuler de la rancune
Contre un renard qui vous vole, hélas, nuitamment,
Un poulet, qui ci, qui là, quand luit la lune.
Il faut donc laver cet affront conséquemment ! »
Ainsi raisonne un gros rustre alors qu’il s’empare
D’un roué gallinophage de ses voisins.

Pour châtier le larron, il lui fait pourboire
De lui attacher, comme un vil Sarrazin,
De l’étoupe à la queue et d’y mettre feu et flamme.
Notre irascible vilain est, hélas, cruel !
La pauvre bête se dégage et fuit, Dame,
À travers les champs de notre intellectuel,
Lourds d’épis muris, prêts pour la faux et la faucille.
Voilà une moisson future qui, en fumée,
S’en va au passage de ce goupil qui vacille
Et hurle autant que celui qui l’a allumé.

Périt de verte faim, voulant faire expier,
Un glaiseux qui ne savait mie, ce vain bipède,
Qu’il est, sûr, maux moins terribles que leur remède
Et vengeances qui sont balles dans le pied.

dimanche 10 avril 2022

samedi 9 avril 2022

HAÏKU RIEUSE

Une fille exige du « Madame » dès que lui échoient quelques appâts, bien sûr de choix, mais voudrait encore du « Mademoiselle » à l'heure où ils choient !

LE BOUFFI & LE BOUFFON

Petite fable affable

Dur avec autrui, indulgent 
À lui-même, désobligeant
Donc, un orang-outang ignorant,
Par l’étude vivait dévorant
Tous les penseurs d’antan pour trouver
Réponses sans avoir à se poser
Nulle question. Démarche osée !

Las, il voisinait, sans l’approuver,
Avec quelque gibbon agité
Qui l’horripilait : « Vacuité
Que ta vie où résonne sans fin
Ton rire à tout propos, simien
Grimaceur qui te dit des miens !…
Ce n’est, sans doute, pas de demain
Qu’ tu cesseras de  faire l’humain,
Te moquant de tout et rigolant
Du reste ?!… Le malheur, Indolent,
Est notre lot dans cette vallée
De peurs et de pleurs ravalés.
Garde le masque de gravité
Qui me sied sans tant chichiter ! »

L’autre crachait à ce vain grimaud
Tous les mots, mêmes vains, même gros,
Qui tant lui gonflaient les joues :
« Oh que non, Rabat-joie à bajoues !
Malgré le respect que je ne te dois
Pas, sache que sur le bout des doigts
Je sais paroles à te détromper
Venant d’un sage, un de ces papets
Que tu lis quand je fais charivari,
En fagotin, affaireux foireux :
Il faut rire avant que d’être heureux
De peur de mourir sans avoir ri* !” »

 * Jean de La Bruyère, Les Caractères, II, 63.

vendredi 8 avril 2022

HAÏKU DE LA VIE

La beauté est don de la Nature, l’esprit fruit de la Culture mais l’une souvent part vite… et l’autre parfois vient tard !

jeudi 7 avril 2022

PAS HAÏKU’RMER SIAL ?!

Que me vaut le commerce des Hommes ?…
Une balade au magasin des vices et une promenade à la boutique de vanités !

LÉOPARD MÂLE

Petite fable affable

En partance pour quelque errance, un léopard,
Par monts poudroyants et par vaux verdoyants part
Vers des jungles qu’on dit fort riches en femelles,
Des légères et des volages. Pêle-mêle…

Il disait que feindre l’amour ou le cacher
Ne saurait trop durer à qui s’amourachait
De lui… ou l’ignorait, lui offrant gamelle
Ou râteau. Il en est qui ont l’humeur chamelle !
Ce traqueur de jupons, trappeur de cotillons,
Ajoutait à qui voulait user du goupillon
Comme lui : « Il faut s’aimer avant toute chose
Pour pouvoir goûter épine ou parfum de roses ! »

Un soir, honteuse d’avoir chéri celui
Qu’elle n’adulait plus, sous l'astre qui luit,
Une de ses conquêtes pour une coquette
Délaissée, lui tient, aimant la caquette,
À peu près ce langage : « Mais toi, bouche usée
De baisers, main lassée de caresser, rusé
Dévergondé bien trop, hélas, tu t’admires
Pour t’abandonner au sentiment qui est le mire
De qui a coeur sachant à l’autre s’animer…

- Aimer n’est rien, il n’importe qu’être aimé ! »

mardi 5 avril 2022

PLUIE D’HAÏKUS

La sincérité est la seule vertu qui se présente à nous sans qu’on ait besoin de l’annoncer.

LE PRINCE SANS RIRE

Petite fable affable

“Prince de rien, venu de nulle part”
Ainsi las surnommait-on Messer Renard,
Un joli cœur qui servait le Roi loup, noble
Tyran de ces bois qui longent vos vignobles.

Ce vizir roux était, dit-on, sans humour,
Et ses traits, redoutables allers-retours,
Giflaient comme la plus terrible des claques,
Cinglaient comme des soufflets démoniaques.
Ignorant le second degré, il fallait,
Devant lui, mesurer quand on parlait
Le moindre mot sinon, comme à Gravelotte,
Il pleuvait… à s’en faire dans la culotte !

Tombé dans l’ornière, un de ses rivaux
Voulut revenir dans ses bonnes grâces,
Envoyant au roué un de ses féaux
Qui plaida sa cause  par sa noble race,
Son génie et les services, jadis, rendus
Au bon roi sachant qu’honneur et confiance
Perdus, sont comme pucelage ou enfance,
Disparus à jamais. « Pour sûr, l’avenir
Estompe toujours le mauvais souvenir !  »

Si Roi Loup, nous dit-on, fut un triste Sire,
N’est pas plus gai le renardier Messire :
« Qui t’envoie là ne manque pas de toupet
Et de vertus illusoires… Cet épais
Veut devenir un pou sous la conduite
D’un patron, d’un protecteur le parasite,
Qu’il aille au diable !… Car moi qui n’oublie
Ni ne pardonne, c’est ce qui m’anoblit,
Je sais que seuls nos amis ont du mérite
Et du talent ; quant à nos vils ennemis,
Ils ne seront à jamais, et pas à demi,
Qu’imposture et fallace, Sybarite ! »

lundi 4 avril 2022

HAÏKU PSY’

Les psy’ regardent les hommes à travers des grilles de lecture qui leur sont autant d’œillères pour voir le monde.

dimanche 3 avril 2022

SALE HAÏKU

Nous appréhendons bien plus l’opinion d’autrui qu’il ne se préoccupe de la nôtre.


VOLONTAIRE AVEU

Petite fable affable

« Rude école, Mon Aimée, que la forêt,
Toute en trappes et traits, en pièges et rêts…
Le mariage, crois-moi, est bien pire ! »
Disait à une hase sous son empire
Un coureur de guerêts, jouant les galants.

« Qu’est-ce à dire, serais-tu malévolent
À mon endroit ?!… Ne serais-je que passade
Ou caprice pour toi ?… Quelque tocade ? »

Mais qui tant traqua larrones et larcins
Pour fugaces amours et maigres butins,
Veut rassurer celle qui, matin de brume
Lui tapa dans l’œil, qu’en douce, il se rinçait
À la reluquer longtemps, au risque d’un rhume
De rosée, embusqué dans une houssaie.
Lui qui s’en battait l’œil des serments, plus volage
Qu’un oiseau, ce vil voleur de pucelage
Se renia et promit des “Pour toujours !”
À la belle, plus qu’il n’y a d’heures en jour.

« Oh non, Ma Beauté, ce que je veux te dire
C’est que tu as aimé en moi, sans te dédire,
C’était le meilleur de mes vertes années
Mais apprécieras-tu, lorsqu’elles seront fanées,
Mes défauts et mes erreurs… ou mes faiblesses :
Même au granit, le temps ôte sa noblesse ! »

samedi 2 avril 2022

vendredi 1 avril 2022

HAÏKU EN SOCIÉTÉ

Pour certaines femmes, il n’est plus question de « charge mentale » mais de « charge MONUmentale » !


LE VAGABOND

Petite fable affable

« On n’est jamais autant heureux qu’on croit
Ni, las, aussi malheureux qu’on le pense… »
Ainsi raisonnait au temps de nos rois
Un penseur* en charentaises qu’on encense.

Un gros chien s’était mis au hasard
Des rues. Il pleurait en vile vêture,
Tout ce qu’il avait perdu ce gueusard
À vivre sa vie de vaine aventure.
Lui, donc, que pauvreté avilit
Savait, jadis, pâtée, caresses et lit
Et n’a plus, hélas que faim, solitude,
Force coups,… pour nouvelles habitudes.

Il blâme les Cieux qui, à son sort,
L’ont abandonné comme un vil minable
Et, pire, loue toute heure le diable
Qui, pour lui éviter male mort,
Lui laisse tirer sa queue, aimable.
Le destin n’étant pas d’humeur ployable
Ses jours sont regrets, ses nuits remords ;
Il va plus maigrelet qu’un hareng saur.

Il croise l’obèse chat de l’abbesse
Qui, comme elle, au petit matin, confesse.
Mais pour viatique il a donné
À notre errant que nécessité presse :
Hier tu avais tout, être bien né,
Et t'as tout fuit par caprice sans cesse ;
« À qui possède la fortune innée
Est aisé de mépriser la richesse ! »

* François de La Rochefoucauld, Maximes (I, 49)

jeudi 31 mars 2022

HAÏKU’N VERS ÇA, SION !

Il faut plus que de l’esprit pour s’opposer à la Raison !

L’ÉLECTEUR

D’après Le déserteur de Boris Vian

Monsieur le Président,
Ou toi qu’aspires à l’être,
Je te fais cette lettre
Avant que t’aies le temps
De tous les décevoir
Gens de peu, prolétaires
De l’usine et des terres,
Ou êtres sans avoirs.

Monsieur le Président,
Tu peux te satisfaire
D’être un Grand sur la Terre,
Sans voir les indigents
Qui pourraient se fâcher,
Te faire lâcher prise,
Lassés qu’on les méprise,
Comme manants ou gueux,
Que tu n’aies, las, d’yeux
Que pour qui est prospère,
Bien allant, pépère,…
Ayant par trop d’argent
Quand d’autres sont aux fers
D’avoir robé, pauvre homme,
Pour manger une pomme
Sous ce ciel d’Enfer.
Pense aux sans-deniers,
Qui partout bidonvillent,
N’ayant qu’une sébile ;
À ces valeurs niées
Mais gravées au fronton
De mairies aux portes closes,
Toutes en décrets et clauses,
Laissant sans rogaton
Le migrant, le vieux,…
Ainsi va notre France,
De Bretagne en Provence,
Grâce aux soins diligents
Des califes et vizirs
Occupant jà ce trône
Pour lequel tant tu prônes,
Pour mieux t’en saisir.
Ce sera par le sang,
Qu’il se peut qu’on t’en sorte
Non par d’aucune porte…

Monsieur le Président,
Les gens sont harassés,
Écoute plainte et larmes
Garde au loin tes gendarmes
De ceux qui sont « cassés » !

mercredi 30 mars 2022

HAÏKU FAIT

Ne pas faire ce qu’on devrait ou faire ce qu’on ne devrait pas, voilà les mêmes sales affaires !


mardi 29 mars 2022

HAÏKU’NTE D’AUTEUR

Peu d’auteurs prennent de la hauteur car qui conte peu compte !

« PLUS L'EFFET SE RECULE, PLUS LE DÉSIR S’ACCROIT » (Corneille)

Petite fable affable d’après un aphorisme de Jean de La 
Bruyère (Les caractères, I, 41) et un certain texte de Ronsard

« Mignonne, allons voir si la chose
Qui doit déclore votre rose
Et vous offrir le doux sommeil
Comblé d’épouse enamourée,
Au creux de nos grands draps froissés,
Ce soir, connaîtra son éveil.

Le temps use tout, tant il passe
Et, plus que lui, je me lasse :
Six jours que je suis au surseoir !
Reniant ce qui fait ma nature,
J’attends votre aval, Ma Si Pure,
Pour vous passer, là, au boutoir.

Quoique vous disiez, Mignonne,
L’Eglise qui ici patronne
Tout, unit en nous, c’est un fait,
Votre si raffinée jeunesse
À mon empressée hardiesse :
J’aimerais en cueillir les effets ! »

Ainsi causait quelque cinoque
Qui maria un vrai tendron,
Avant de venir vioque,
La rosière du canton 
Chaste et pieuse comme nonne.
Il rajoute, lorgnant la bonne :
« Entre époux ce n’est mésséant
Et s’y soustraire inconvenant !

- Monsieur, plût à mon Dieu 
Qu’ainsi il se fît ; pour les Cieux
Ce serait péché que cela
Se fasse, hélas… Restons en là ! »

L’autre maugrée, la mort dans l’âme :
« C’est trop pour un mari que femme
Coquette et dévote à la fois ;
Elle se devrait à un choix ! »

dimanche 27 mars 2022

HAÏKU RAPIDE

Se hâter ou tarder n’allégeront jamais ta tâche ni ton bât.


AUTOPORTÉ

« Parlent mes mots de moi
Avant de parler pour moi »
Lucienne Maville-Anku

Je gis comme une barque échouée 
Sur une plage désertée, par les vagues
Battu, tout esseulé, sans bouée,
Attendant et, aussi, craignant cette dague
Qu’est l’inspirante grande marée
Qui viendra, matin, submerger les sables
Et pourra enfin désamarrer
Mon optimisme désespéré, friable
Comme falaise calcaire érodée,
Et ma mélancolie souvent trop joyeuse
Pour voguer loin, en vers galvaudés,
De conserve avec ma nostalgie trompeuse…

samedi 26 mars 2022

SALE HAÏKU DU TAON

En matière de ponctualité, arriver à la dernière minute vous évite de passer un sale quart d’heure !

vendredi 25 mars 2022

HAÏKU À RIUM

Du premier cri au dernier souffle, on mène une vie où l’on peine à respirer !

LE RATON AMOUREUX

Petite fable affable

 Beau parleur mais hélas mauvais plaisant, 
Un raton trouva à son goût une ratonne.
Jusque là, vrai, rien de malaisant.
Mais leurs amours étaient, au goût de la matrone
Qui servait de belle-mère à l’aimée,
Ici trop voyantes, là vraiment trop bruyantes :
« Ah, gestes tendres et baisers langoureux
Sont pour l’intimité ! disait la malveillante.
Il n’est besoin de se montrer si heureux !
Discrétion et retenue sont seules vêtures
Des amours qui durent : c’est malséant
Et malsain de se jeter ainsi en pâture
Au médire et aux médisants, céans.

- Madame, vos bons propos fielleux de sournoise,
Je m’assois dessus. Je suis convaincu
Que c’est là, une façon aimable te courtoise
De vous dire que je me les mets au cul.
À tout va à tout vent, effeuillez la capucine ;
La marguerite est plus à notre goût :
S’il ne fait point, alentour, de jaloux
Un bonheur n’est point un bonheur ! a dit Racine. »