Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 1 juin 2019

TAPID’HAÏKU’RSE

Faire moindre poids altère ma santé.

AU FOND DU TROU

Petite fable affable

Un lynx qui rodait trop près des Hommes
Tomba dans un puits. Pauvre pomme !
Il eut beau bondir et s'accrocher 
Aux parois, à part fort s’écorcher
Il n’arrivait pas, à bout de souffle,
À se tirer de ce mauvais pas
Et priait donc pour qu’un vil maroufle
Passât près… sinon gare au trépas.

Or un gros chat errant se promène
Aux abord de ce trou. Se démène
Alors l’autre à l’ouïr : « Hep, cousin
Sors moi de ce infâme bousin.

- Je te sais plus rusé et plus fourbe
Qu’un renard et bien plus cruel
Qu’un loup. Te sortir de cette tourbe
Serait me condamner à duel.

- Que voilà un préjugé injuste,
Viens à ma rescousse et un juste
Salaire tu recevras pour ça… »
Ainsi de suite. Préchi. Précha
Le lynx convainquit le solitaire :
Il lui glissa un gros bout de bois
Qui servit d’échelle. Hors de terre,
L’autre se libéra, aux abois.

Pour tout merci il prit en sa gueule
Le chat errant et croqua, vil, veule,
Sa patte. Il cria comme argousin
Et ameuta le chien voisin.
Le lynx ne put fuir. Donc, en juge
De la querelle s’improvisa
Le dogue. Il n’est pas de ceux qu’on gruge,
Alors l’ex-prisonnier rusa.

Il mentit : pour lui un vrai crime
Projetait le chat qui, sous le grime
D’un sauvetage avait fait le trou
Où il aurait dû se briser le cou.
Médor voulut qu’on rejoue la scène
Pour mieux comprendre et bien voir
Causes et portée de cette malsaine
Et complexe affaire. C’est devoir !

Le lynx saute dans le trou. Le dogue,
Fort roué, lassé par le ton rogue
De ce tacheté, lui retire 
Son échelle de fortune et, pire
Fait au chat errant, las, fort meurtri :
« Va ton chemin, mon ami, et soigne
Ça. Ce scélérat, âme pourrie,
Est, dès lors, en la divine poigne. 

Et souviens-toi que l'impression

Première est prémonition ! »

Illustration : Élisa Satgé, été 2019

vendredi 31 mai 2019

HAÏKU PAR TERRE

La vue baisse quand la fesse s’affaisse.

LA VIE TIRÉE PAR LES CHEVEUX

La vie a mis des cheveux bruns
Sur mes premiers pas, là bas
Où ne souffleront pas d’embruns,
Et, c’est sûr, sur mes jeux d’enfants
Et sur ce cartable à rabat
Pesant plus lourd qu’un éléphant
Mais qui me fut plus joies que bât…
La vie m’a pris ces cheveux bruns.

La vie a mis tes cheveux blonds
Sur le lit de mon désespoir
 Et de ma solitude, sablon
Où je m’enlisais trop souvent.
Ces vagues me furent espoir
Et renouveau, souffles et vent
Qui m’ont sorti de mon boudoir.
La vie m’a pris tes cheveux blonds.

La vie a mis des cheveux gris
Au tempes vieillies de mes jours
Aigris, aux espoirs amaigris,
À l’heure où s’éteint l’avenir
Dans mes vains rêves de toujours,
Ceux qui font qu’on peut devenir
Quelqu’un au terrestre séjour…
La vie m’a mis des cheveux gris.

Ma vie a mis des cheveux blancs
Sur nos délicieuses amours,
Que j’évoque encore en tremblant,
Tant elles restent les bijoux
D’une vie jamais à court 
De joyaux souvent fort troublants,
De quelques autres bijoux,…
La vie prendra ces cheveux blancs.

mercredi 29 mai 2019

HAÏKU’RONNE

Croque la vie à pleines dents au risque de te les casser !

À LA LISIÈRE D’UNE CLAIRIÈRE

Petite fable affable

Assis sur ma souche, je fabulais au bois
En regardant les bêtes, la plume aux abois,
L’oreille attirée par quelque cerf qui brame.
Avec cette bonne conscience et cette âme
Sereine que donne la mauvaise foi, Loir
Me contait combien il fallait de science
Pour dormir alors qu’il fait dans le noir
Forestier plus de bruits que de silence,
Plus de mauvaise fortune que de vraies chances.

« Salut colporteur de mots ! me lance un loup las.

- Tire-toi une bûche, fis-je, et viens t’en là.

- Pourquoi, attaque l’Ysengrin, ici, personne
Ne m’aime et que les tiens me font plus mauvais
Qu’une teigne et, de conte en fable, me façonnent 
Un réputation de croque-duvet ?

- C’est peut-être, cher croquant, que tu la mérites !
Fait le loir qui ne se sauva pas assez vite.

- Tu me le demandes à moi ?… Pourquoi ne pas plaider
Devant la justice des bêtes pour t’aider
                                                  À te réhabiliter ?… 

                                         - Parce qu’ils sont pires
Que les Hommes : pour eux, je suis Gargamel
Et Ogre, du diable le meilleur sbire,
Mettant tous comme chacun en sa gamelle
À l’image du loir que j’ai là glouti
Comme toi quelques parts de clafoutis !

- Mon loup, n’exagères-tu point ? Lui réponds-je.

- Nenni. Pas le moins du monde ! assura-t-il.

- N’es-tu pas un petit peu dans le mensonge
Me faisant une corde du moindre fil ?

- Non pas : je suis pour tous un croque-mitaine.
Hideur sans pareille et horreur fort certaine
Un Méphisto, un monstre et un cauchemar,
Pour les Goliath… comme pour les zigomards !

- Ne cherche pas à te grandir, mon frère,
Devant un public que tu crois acquis… » fit
L’ours qui vint à nous. Lentement. Sans tant braire.
Il ajouta pour notre loup lors déconfit :
« Car si tu ne mourras pas de ridicule
Quelqu’un pourrait s’en prendre à ton matricule ! »

mardi 28 mai 2019

lundi 27 mai 2019

GROSS’HAÏKU’PURES

Pourquoi évoque-t-on parfois des « ponts d’or » faits à untel ou à un autre quand il ne s’agit que d’argent ?

AUX MESQUINS INTOLÉRANTS QUI NE VOIENT QUE PAR LE PETIT BOUT DE LEUR LORGNETTE

À ceux qui ne pardonnent pas ce qui est fait,
À ceux qui n’excusent pas ce qui ne l’est pas…

Demain, hélas, je ne pourrai point être des vôtres…
Car moi qui ne suis qu’imperfections achevées
Que doutes et interrogations qui me font crever
Que pourrait donc vous apporter ma gueule d’apôtre ?
Ne voyez pas mépris si je ne veux pas glaiver.

À vous qui savez tout, n’oubliez rien - Tabernacle ! -
Et ne commettez jamais d’erreur qui soit gravée,…
Où trouverai-je, lors, ma place, dans un cénacle
Achalandé en gens si parfaits qui m’ont réprouvé
N’ayant l’arrogance de m’imposer au pinacle ?

Demain, je vous laisserai entre vous achever
Votre vaine et éternelle chasse aux sorcières,
Celle à laquelle vous allez, à laquelle vous rêvez,
Pour justifier toutes vos rancoeurs dernières.
Que vous avez raison de si haut vous élever !

Je vous abandonnerai l’urgent soin d’activer
Le salvateur sacrifice du bouc émissaire 
Que vous vous êtes, là, une nouvelle fois, trouvé
Pour assouvir vos vieilles aigreurs et vos colères…
Vous avez raison de, tous ensemble, vous lever !


Celui qui n’a pas l’âme ni l’aspect d’un Don Quichotte

mais qui s’e refuse à hurler avec loups…

samedi 25 mai 2019

HAÏKU’REUR DE JUPONS

Couvrir de gui est doux mais moins que courir le guilledou.

LA BELLE & L’ABLETTE

Petite fable affable

Beauté pareille à une nymphe d’antan,
Une pucelle d’ici voulut apprendre
À taquiner un peu le goujon, sentant
Que ses bons parents fort vieils et à, tout prendre,
Mal allants ne passeraient pas un long temps
Sur cette terre ayant, las, une âme à rendre.

Pour vivre, se sachant gueuse et condamnée
À le rester, peu engourdie de paresse,
Sans terre ni pécunes comme les damnés
Savent l’être, il lui fallait donc quelque adresse
Dans un art si elle ne voulait caner
De verte faim, noulant finir pécheresse.

Son paternel lui apprit à apprêter
Ses lignes, à y arrimer des vers de terre
Et à avoir cette patience prêtée
Aux statues pour que jamais là ne s’altère
Le silence qui va faire s’arrêter
Le poisson que, souventes fois, l’aubaine atterre.

Ses débuts ne furent, ma foi, guère glorieux
Sa gaule ramena sur la rive godasses,
Botte orpheline aux grands trous mystérieux,
Algues arrogantes, toujours pleines d’audace,
Et choses qui auraient rendu furieux
Le plus calme des apprentis du pays dace.

Là, les mots de son père elle se disait.

Certes, ce brave homme avait peu à lui dire
Mais il répétait beaucoup : c’était aisé
De ses leçons se souvenir. Sans médire !
Tant pis si, assise, elle allait tant bronzer
Qu’on la crut née aux confins d’ici sans contredire.

Si blanche comme blette elle n’était plus,
Peu bêcheuse elle serait bonne pêcheuse.
Elle relançait son fil sans espérer plus
Qu’à le tremper dans l’onde pure et heureuse
Elle hameçonnerait, avant l’angélus,
Gros distrait voire petite curieuse.

Enfin elle put faire, le mois passant,
Sa première friture avec une ablette
Qui fut surprise : « Ma Belle, c’est lassant !
On se moquait de toi, en bas : femmelette,
Ton crochet fait que nous allions gaussant,
Pensant que tu ne ferais jamais emplette

De nous. Pourtant me voilà prise. Et sans vert.
 Quel est ton secret, dis-moi ? » Notre jeunette
En riant répondit cette phrase sous couvert
De secret : « Mon père me serine : “Jeanette,
On n’apprend que de ses échecs et revers
Alors retournes-y et fais-toi genette !” »

jeudi 23 mai 2019

HAÏKU DE GUEULE

Observer un silence ?… Ça ne regarde que moi !

DU CÔTÉ DE ST CYPRE

Cycle toulousain

Ici point de pavés, non plus de murs qui murent
Les murmures qu’étouffent les buissons à mûres.
C’est la ville où le temps est si vite passé,
Où l’on court comme un pauvre diable dépassé,
Que tu n’as même pas le temps de toucher terre
Tant les jours y sont courts : Hier, t’étais néné ;
Sans te prélasser, rêvasser en ses artères
Ni te délasser, te v’là aujourd’hui « aîné » !

Hôtesses de l’antique cité toute en briques, 
Deux statues me regardaient faire la bourrique.
Allégories de pierre lès Saint Cyprien,
Loin du plaisir des ruelles, l’air de rien,
L’une figure ma bonne ville de Toulouse
L’autre représente la province de Languedoc,
Également taillées pour survivre aux jalouses
Courses de jours que ne réveillent plus les coqs.

Dame Toulouse, dessous sa couronne
Crénelée tourne un regard aimant vers Garonne
Et le rose écrin qu’ont voulu les capitouls,
Au temps des fenêtres à meneaux où mabouls
Les incendies réduisaient en cendre les villes,
Povrôts, en deux temps-trois mouvements. Non, pas moins.
Celle-là a lancé tant de ponts quoiqu’incivile
Qu’elle méritait le galet et la brique au moins…

Princesse Languedoc, gironde et généreuse
En riches moissons comme en vendanges heureuses,
En cette terre de Cocagne où l’« adieu »
Est un « au-revoir », voire un « bonjour » radieux,
Offre à chacun, macarel, sa part de civet :
Il suffit pour ça que tu pares l’assiette !
Car dans ce pays, il ne fait jamais mauvais 
Même quand il pleut et la crue inquiète…

Il n’est que pauvre bougre qui n’ait vu briller,
L’espoir comme une étoile ou soit venu crier 
À l’ombre de ces géantes, sur cette place :
Aussi brave que bourru, mais de guerre lasse,
Il est las de casquer aux cerises rougies,
S’esquintant à bosser sans rien se permettre.
Il est prêt à castagner aux cerises jolies.
Sadoul  de tout et, las, veut envoyer tout paître !

De « Putain » en « Millediou » passent les jours
À faire le mourre à tous. Partout. Et toujours
Sur cette place où regarde au loin la Princesse,
Où veille au plus près la bonne Dame sans cesse.
Y trônent, en leur corset de fer, halles nouvelles 
Au ventre gonflé de milles produits venus
Pour nourrir le faubourg comme vache sa velle
Ou son veau afin que personne n’y aille nu…

mercredi 22 mai 2019

mardi 21 mai 2019

HAÏKU DEMAIN

Qui passe la main n’est pas forcément caressant.

LA BERNACHE BRAVACHE

Petite fable affable d’après (J.-B.-)Victor de Perrodil (1862)

Aux confins d’un lac une bernache snobait
Le monde qui venait admirer bouche bée
Sa beauté, sa taille et son port. Dame Nature
A été généreuse avec cette créature
Qui en est rendue prétentieuse à souhait.
À tous ceux qui la « badent », de l’élan, benêt 
S’il en est, aux industrieux castors des mares
Elle tonitrue dans un bruyant tintamarre :
« Qui plus est je nage avec grâce dans les eaux, 
Marche avec élégance au sol et si mes os
Risquent gros, bellement vers les nues je m’envole.
Qui parmi vous, les laiderons, les malivoles,
Peut, sans paraître ridicule, en dire autant ?

- À dix métiers, dix misères comme antan
Disait mon père, lui répliqua sans finesse
Un lemming. Tu braies et, aussi sotte qu’une ânesse,
Te pares de talents pour nous faire pâmer…

- Ta jalousie, l’ami, est défaut à blâmer…

- Ton arrogant mépris, Mère l’Oye, m’indispose 
Car tu oublies que faire ici beaucoup de choses
Tant bien que mal ne vaut presque rien :
Mieux vaut n’en faire qu’une et la faire bien ! »

dimanche 19 mai 2019

HAÏKU DE CRAYON

Une remarque à la gomme n’efface pas un trait d’esprit !

FRUITS DE MER

La mer est grosse de rêves d’enfants.
Cette mer-là est toute de tropiques
Et d’horizons aux vents ébouriffants,
Où se vivent tous les songes épiques
Que l’on fait parfois à trop regarder
Le bleu du ciel, à trop cafarder…

Les bateaux tracent des sillons d’écume
À labourer sans cesse tous ces flots,
Semant quelques cales pleines d’agrumes
Et de grumes, d’épices en ballots,
Moissonnant des grains déchirant les voiles,
Et engrangeant des brillements d’étoiles…

Car les souffles sont pleins de rires d’enfants,
Qu’ils courent, vous caressent ou tempêtent ;
Ils jouent du buccin ou de l’olifant
Comme on le fait parfois d’une trompette,
Cornant aux nues, déchirant les cieux,
Balayant, apostrophant les dieux…

On sait que là, sans fin, les fils d’Éole
Sont chargés de parfums de ces ailleurs
Où le regard jamais ne s’étiole,
S’embrasant, ne voyant que le meilleur
Où qu’il se perde un peu, où qu’il se pose,
Dans cette nouveauté qu’a toute chose…

vendredi 17 mai 2019

UN DERNIER HAÏKU POUR LA ROUTE

Boire des paroles peut-être dangereux si le causeur est saoulant !

LE LOUP & LA DEMOISELLE

Petite fable affable,
D’après Le Loup & l’agneau de J. de La Fontaine (Fables, I, 10)
sur une idée d’Anne C.

La raison du plus fort est-elle la meilleure ?
Nous l’allons, amis, voir sur l’heure.

Une brunette se baignait
Dans les flots d’une onde peu sûre.
Un loup vint, côté guilleri faisant ceinture,
Quand Eros ce doux lieu imprégnait.
« C’est folie de te montrer nue en ces parages !
Dit ce paillard prêt à l’outrage.
Je vais habiller, moi, céans, ta nudité.

- Sire, répond-elle, chaste je n’ai été
Que ce temps que l’on dit « scolaire »
Et par là qu’il me considère
Comme une experte de haut rang,
Au demeurant,
Pour les choses que les femelles
De sa race, dit-on, font sans goût ni façon
Quoique vous soyez polisson.

- Peu me troubles, fait-il la lippe sensuelle,
Crois-tu qu’en disant ça tu vas pas y passer ?

- Vous y risqueriez une santé fanée,
Reprend la fille, vous qu’on dit pépère.

- Mais qu’est-ce donc que tu espères ?

- La pâmoison. 

- Soit, puisque tu y tiens
Car je ne les épargne guère :
Aux femmes, aux filles je fais grand bien.
Allez, viens ici que je t’arrange ! »
Mais notre faune des forêts
S’épuisa à ce challenge 
Et, las, mourut de ces excès.

jeudi 16 mai 2019