Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 7 janvier 2012

LES MOTS DE TROP

La colère monte, la tempête s’approche.
Les mots de trop viennent. Violents. Impudents.
Je ravale les miens qui sont aussi ardents :
Je suis la bonne à tout faire, la tournebroche.
Ton courroux, pluriel, a des accents stridents.
Je me tais. Mes yeux te fixent et s’accrochent
À tes lèvres d’où sort un acide mordant ;
Tes prunelles noires me fusillent, m’embrochent,…
L’œil fier, le regard froid, moi, je serre les dents
En écoutant tes mots qui pleuvent en reproches,
J’enfouis ta morgue et tes rancœurs, mon Adam,
Au fond d’un coeur fêlé qui n’est plus qu’une roche.
Pour moi, tout est fini : crainte des incidents,
Servile soumission, durables anicroches,…
Ce soir, sans mot dire, de toi je me décroche
Et pars sous des ciels aux nuages moins grondants…

jeudi 5 janvier 2012

COURANT HAÏKU'N TINU

Toutes les grandes choses commencent par des petits riens.

ADOLESCENCE

À l’étroit dans ma vie, mon corps, 
Même si je joue l’indolence, 
L’envie de quitter ce décor,
Se fait en moi une exigence, 
- Pire que cela, une urgence -
Pour enchanter mes lendemains,
Et, au risque de turbulences,
Vivre  tous mes rêves en chemin.
Partir, même sans ton accord, 
Sans autre forme de violence
Pour conquérir des yeux accorts, 
Pour fuir nos mots et nos silences,
 Ta vigilanc’, tes indulgences.
M’en aller vite, dès demain,
Et puis, sans esprit de vengeance, 
Vivre tous mes rêves en chemin.
Vivre, malgré ton désaccord,
Et l’errance,  et l’exubérance :
Prendre ma vie à bras-le-corps ;
Jeter au feu, sans insolence,
Nos ressemblances et différences ;
M’enfuir des chaînes de tes mains
Avec un peu de nonchalance ;
Vivre tous mes rêves en chemin.
Maman, ne gâche pas ma chance :
N’est-il vraiment pas bien humain
Que de vouloir vivre  tous mes rêves en chemin ?


Illustration : Camille Lesterle, 03-04 novembre 2014

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Et Vyans (70) ?
Vivre dans Villapourcon (58) vous fait-il une sale réputation ?
Est-ce bien Troussey (55) ?
Unverre (28) c’est mieux que Vingt Hanaps (61) ?
Est-ce si peu beau que cela, Villing (57) ?
Peut-on trouver Villeperdue (37) sans perdre Laboule (07) ?
Villemoyenne (10) est-elle plus importante que Villechetive (89) ?
Les enfants de Félon (90) seront-ils obligés d’errer de Villeny (41) à Vilhonneur (16) ?
Villemaréchal (77) nous voilà ?
Pourquoi doit-on craindre un mort de Truyes (37) ?
C’est là Béze (21) ?

LE JEUNE LOUP

Petite fable affable

Un vieux renard avait longtemps régné
Sur les forêts d’un pays éloigné.
Il était habile à tromper son monde,
À mentir, tricher, fomenter des frondes,…
Une fois roi, il n’avait guère fait 
Que quelques aumônes pour tout bienfait :
Son rêve était d’être assis sur le trône
Pas de rester, dans l’Histoire, une icône ;
Ajoutons qu’il n’avait que le talent
De cette ambition, heureux et dolent.
Ses sujets, insatisfaits, le remplacent.
Inconstante est la vaine populace !
Le titre échut donc à un jeune loup,
Pas moins retors ni filou, gabelou
Du vieux renard. Intriguant de pénombre
Il s’était élevé haut dans son ombre,
En usant des mêmes tours et ressorts.
Mais voulant se montrer d’une autre trempe,
Le jeune roi, fier et fort de son sort,
Mit le bois, ce qui y court comme y rampe,
Sens dessus-dessous pour que le futur
Se souvînt que, sans son imprimatur,
Rien ne se fit, dans ce lieu baroque,
À une époque battant la breloque.
Il fit tant et si bien qu’on regretta
Son vieux prédécesseur, un brin bêta,
Dont on découvrait maintes turpitudes
Et quelques peu glorieuses habitudes.
Mais le déchu passait pour un cinoque,
Sans animosité et sans vanité,
Maladroit certes, mais pas équivoque,
Rusé sans doute, tout alacrité
Avec ses sujets quelle que soit leur taille,
Reconnaissant qu’on peut avoir des failles,…
La médiocrité des suivants accroît
Le lustre des Anciens, hommes ou rois !

CHAI « NOUS ! »

Chant à consommer sans modération

Nos doigts sont gourds, nos peaux livides.
Partout l’on geint et on se plaint,
Des temps amers, des temps avides,
Et des heures qui se dévident
Ou de l’avenir que l’on craint.
La dive bouteille à la main,
Buvons et faisons, cher Ovide,
Qu’un verre ne soit jamais vide !

Ami, fuis les gosiers arides
Les bénis oui-oui trop chagrins
Comme les culs-bénis rigides !
Viens aux poètes apatrides
Qui chantent, du soir au matin,
Les joies partagées du bon vin.
Oui, relâchons enfin nos brides :
Qu’un verre ne soit jamais vide !

Partageons ces plaisirs humides !
Cessons de ronger notre frein !
Boutons les vils et les timides,
Que leur morale, ici, suicide !
Célébrons, en prose, en quatrains,
L’esprit que nous donne l’entrain ;
Le jus de treille, pour égide.
Qu’un verre ne soit jamais vide !

Bacchus, que ton nectar, demain,
Nous rende forts et impavides
Et, entonnant ce gai refrain,
Qu’un verre ne soit jamais vide !

mardi 3 janvier 2012

HAÏKU FAINE

Si les plupart des gens s’entendent bien c’est qu’ils se comprennent mal.

EN ATTENDANT L'ORAGE

Petite fable affable


Des fourmis firent un tas de tout petits cailloux.
Leur labeur en fit une termitière
Qui, sans cri ni youyou,
Se mua en colline altière.
Sans répit, laborieuses, elles bâtissaient
Ce qui devint montagne.
À voir leur œuvre, les Cieux se sont courroucés :
Quand ces folles s’étaient mises elles-mêmes au bagne,
Ils les avaient négligées, s’en étaient moqué.
Mais vouloir les atteindre était inadmissible,
Tant ils aiment à régner sur des plaines marquées
Qu’ils écrasent de leur puissance inaccessible.
Aussi fallait-il, vite, un châtiment
À l’affront. Ils devaient déchaîner leur colère
Et montrer à ces insignes comment
On punit le vermisseau qui se veut phalère.


Les Cieux sont aussi ombrageux que ces Puissants
Qui, l’ambition de plus humble méprisent,
S’irritant aussi de sa réussite et, en passant,
Lui feront lâcher, au plus vite, prise…


Ô Cieux odieux,
Ô Dieux ocieux,
Craignez, dès aujourd’hui, la révolte des cloportes :
Vous pouvez toujours tonner, leur nombre l’emporte !

Illustration : David Sanjaume, 10 novembre 2010

DERNIERS ADIEUX

Ce soir je le crains sonne l’heure
Où je dois quitter ma demeure
Sans ma mie sans envie
Je ne sais que trop où me portent
Les heures qui me font escorte
Adieu l’ami la Vie


Je pars top tôt je me retire
Pour un ailleurs où rien n’attire
Sans amis sans envie
Finies les doutes et les joutes
Ici se décroisent nos routes
Adieu l’amie la Vie


Que je fus grand que je fus moindre
Mon crépuscule vient de poindre
Sans ma mie sans envie
Je disparais on m’y invite
Sans remords sans regret trop vite
Adieu l’ami la Vie


J’ai vécu dans l’intempérance
Et vais mourir plein d’ignorances
Sans amis sans envie
Loin du savoir et las des sciences
Je pars là en toute conscience
Adieu l’amie la Vie


Moi qui fus grand bien moins que lâche
Je vais enfin faire relâche
Sans ma mie sans envie
Moi qui ne fus rien ni personne
Voilà que le Barbu me sonne
Adieu l’ami la Vie


Tout se dénoue tout se délasse
De toi de moi de nous Paillasse
Sans amis sans envie
Je fuis ce temps que peu je goûte
Où je vis clair ou n’y vis goutte
Adieu l’amie la Vie


Je m’éteins moi qui fus rebelle
Comme l’on mouche une chandelle
Sans ma mie sans envie
J’expire sans peur sans souffrance
Et mets un terme à mon errance
Adieu l’ami la Vie


Bien que je fus moins fou que sage
À mon tour je fais le voyage
Sans amis sans envie
Je vous tire ma révérence
Dans l’oubli et l’indifférence
Adieu ma mie ma vie

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Les enfants de Velu (62) finissent-ils à Poil (58) ?
Dans quel état finit-on sa journée de travail à Trimer (35) ?
Adieu Vaux (86), Velles (36) & Vachères (04) ?
Y a-t-il un club cycliste à Velaux (13) ?
A-t-elle vraiment de tous petits pontons, Valentine (31) ?
Qui veut aller à Louin (79) ménage sa monture ?
Rien ne sert de courir s’il faut partir à Pointre (39) ?
Et puis Crots (05) ?
Existe-t-il de bonnes tables à Traize (73) ?
Vendre Singhrist (67) ? La male peste !

L'HORIZON

Là-bas, en mer, où le ciel plonge ses racines,
Il naît une ligne, le lit de l’horizon :
L’air et l’eau, l’immense et l’infini, s’y fascinent
Et s’épousent jusqu’à nous donner leur diapason…

C’est là qu’ils enfantent l’espoir qui déracine :
Tropiques austraux qui orneront nos blasons
Et terres équinoxiales, inconnues, assassines,
Mais riches d’ors, d’épices et d’ivoire à foison.

C’est là qu’ils donnent vie à ces vents qui buccinent,
Aux lames qui naufragent et aux conjugaisons
Complexes et complices de leurs colères oursines.

Aussi l’homme fixe la ligne d’horizon,
Quand Phœbus calcine, quand l’averse vacccine,
Là-bas, en mer, où le ciel plonge ses racines…


Illustration : Camille Lesterle, mars 2016

dimanche 1 janvier 2012

HAÏ(s)KU TERRE

Pour l'urbain, il est des paysans dépaysants !

LE SINGE & LA PANTHÈRE

Petite affable affable

Il est des forêts pleines d’animaux
Dont, bien souvent, les moeurs font tous les maux.

Aimant bien joindre, rien n’est moins louable,
Les mains pour prier à tout propos
Et, mieux, l’inutile au désagréable,
Un atèle, sans raison ni repos,
Aimait rappeler à la panthère,
Moins sombre de peau que de caractère,
Qu’il lui avait, jadis, sauvé la vie
Des nœuds d’un gros python tout en puissance.
En l'exigeant, parfois jusqu’à l’envi,
 On tue chez autrui la reconnaissance.

Aimant se joindre, rien n’est plus aimable,
Aux bêtes seules ou bien en troupeau
Car il n’avait point d’ami véritable,
Ce singe, clerc d’esprit mais pas de peau,
Aimait à rappeler que la panthère
Voulait le manger, lui, la lippe austère,
Quand il la sauva du rampant bedon
Mais il n’en voulait pas à la vorace.
Rien n’est plus offensant que ces pardons
Qui rappellent l'injure et non l'effacent !

La panthère, lasse de ce marmot,
Mit, comme il seyait, un terme à ces mots…

CHAMPAGNE !

      La flûte limpide s’embue de rosée et sue de timides reflets d’or irisés qui gisent et qui grisent : l’or blanc furtif de ces soleils fugitifs console en larmoyant ces aubes où s’ébauchent défaites et rossées, désole en chatoyant ces crépuscules où basculent les fêtes arrosées.
    À travers ce prisme émouvant d’ambre pâle et mouvant, je vois le rance du monde en transparence : des bulles pareilles à nos vies, si vides et avides, évoluent avec volupté en volutes vertueuses vers des ciels vertigineux, éventent leur verve sur des verticales improbables à l’assaut d’un linceul immaculé de mousse légère qui s’émousse aux caresses passagères de cet envol tout en voltiges. Puis, après leur silencieuse ascension, à bout de souffle, elles pétillent et scintillent, explosant dans une extase discrète et brillante à l’orée cristalline du breuvage beige.

FESTIVAL ESTIVAL

Cycle pyrénéen

Nous, dans notre petit val,
Perdu même sur la carte,
N’était notre festival,
 - Folklore de carnaval -
Que l’on dit, sur les pancartes,
Faussement né médiéval,
Point de touriste estival…

Mais ce n’est pas de la tarte
Pour que les gens de l’aval,
Sous notre porche ogival,
Viennent en foule et s’encartent
Au commerce sans rival.
Nous, dans notre petit val,
On s’mouille pour que « ça farte » !

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Là où il y a Gênes (Italie), il n’y a pas Plaisir (78) ?
Wihr au val (68) c’est un peu comme Tournai (Belgique) ?
C’est si pourri que cela, Véreux (70) ?
À voir Tourny (27) n’est-ce pas un peu Soulan (08) ?
À We (59), Césars ?
À Vou (37) donc ?
Est-il vrai qu’on tire à Vue (44) ?
On aime Viens (84) mais Vatan (36) guère ?
Protéger Voglans (73) est-ce une nécessité ?
Vertus (51) vaut mieux que Vis-en-Artois (62) ?