Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 13 mars 2017

IL HAÏKU’R, HAÏKU'R LE FURET !

J’ai le cœur gros comme une enclume,
Et n’ai plus d’ « L » sous ma plume,
Les Muses m’ont abandonné,
Je leur ai pourtant tout donné.
Je ne sais plus où jeter l’encre.
Mon stylo vide est à l’ancre…

TROT C’EST TROP !

Ni céder, ni concéder !
Ô siècles décédés,
Au siècle des CD,
Équidé à liquider,
J’ai la pleine conscience
De mes plus que fascinantes
Bêtise, insignifiance,… :
Moins pur-sang que rossinante,
Ou plus cavale à céder
Qu’étalon à posséder !

Pourtant, j’aime à racoler
- Ô chimères immolées,
Eau amère et oeufs mollets - 
En cheval de retour olé olé,
J’aime à tourner l’anecdote
Et fais des vers, solitaire,
Simples et des plus salutaires ;
En cabriolet, en trolley,
Feu follet croquignolet !

J’écris comme un détenu !
Ô main prenant, main tenue
Et maintenant maintenue - 
Moi, en carne contenue,
J’fonce stylo-bille en tête,
Piaffe à courir la page :
Galop d’allégorie, fête,
Rimes passionnelles, rage
D’humour vache et fort tenue ;
Écrire sans retenue !

dimanche 12 mars 2017

B’HAÏKU’NOUR

Cela fait des lustres que j’aimerais bien connaître le génial ingénieur russe qui signe tous les produits électroménagers, quelque marque que ce soit, qu’il a créés, de son nom : « Poweronoff »  !

samedi 11 mars 2017

HAÏKU NU

La banche cornue était nue et ténue,
Et voila qu’éternue l’oiselle charnue,
Une inconnue, au hasard avenue.
Tenue non contenue. Rafales continues,
La branche menue, par le vent soutenue,
S’affaisse sous ses fesses à la survenue.
Cruelle déconvenue est advenue :
Fi de la branche cassée, jadis cornue
Et tombe à terre la nouvelle venue
Que j’ai, sur ma foi, à peine connue !

RÉACTION EN CHAÎNE

Petite fable affable

Oui, parce qu’il avait négligé son devoir,
Le bon, le fidèle Médor, par son maître
Fut battu comme linge au grand lavoir.
Mais l’homme avait été, par son contremaître,
Bousculé, lui-même, plus tôt, houspillé
Par son patron, grenade dégoupillée.
Ce chef a été chahuté par la Bourse
Et, las, ses actionnaires le boudaient
Au risque que sa boîte ne fût hors course
Avant que l’année ne fût toute émondée.

Et parce qu’il passait tout près de sa niche,
Mistigri, fut happé par ce foutu chien
Meurtri. Un bond sans but, près de la corniche,
Le sauva de ses crocs mais le stoïcien
Se revancha sur des souris en clique
Qui mordirent une grenouille en réplique.
L’amphibien en part croqué, vexé, verdit
Et gobe une mouche, tout à sa colère
Sans que cela l’apaise plus qu’un lanlère.
Un moustique ne trouvant pas ça bien, dit : 

« Se venger sur autrui de sa faiblesse,
Plus que médiocrité, c’est là, bassesse ! »

jeudi 9 mars 2017

HAÏKU’N C’TYPE, HÉ !

Peut-on être viré, à la fois, pour la bonne cause et de mauvaises raisons ?

DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA NUIT

Va de l’autre côté de la nuit
Car s’y trouve une aube plus fertile
Et un horizon moins stérile
Que ce jour passé aux murs de pluie.

Est-ce espérance puérile,
Rêve d’ennui, cauchemar sans suie ?
Non, ton demain sera moins fébrile !

Sous un azur sans nues en rouleaux
Est cette île où souffle, à fleur de derme,
La brise qui fait rester à flots ;

Là-bas, se terre une mer où germe
Le bouillonnement des ruisseaux
Et soupirent des roseaux dans l’eau,…
Là-bas se meurt toute terre ferme.

mercredi 8 mars 2017

mardi 7 mars 2017

HAÏKU’MPTE EN BANK

L’Afrique est une terre mal nommée car c’est loin d’être un continent à fric !

L’OCELOT BOSSELÉ

Petite fable affable

Un ocelot, réputé ladre, disait,
La lippe molle et le regard aiguisé,
Avoir, c’était sûr, des poches fort profondes
Mais des bras trop courts pour que ses mains les sondent.
Il n’était qu’un riche déchu, ami du roi
Certes mais, las, sans chapeau ni palefroi.
Un maigre lynx vint à jouer dans sa chaumière,
Nuitamment, pour piller hors la lumière,
Les trésors cachés du fauve tacheté
Que tous savaient pleutrerie et lâcheté.
L’avare économisait même ses sommes :
Le trublion fut reçu en gentilhomme
À coups de livres de comptes et de pensums
Dans la petite turne où un opossum
Même n’aurait pu se mouvoir à son aise.
Il s’en suivit hurlements jusqu’au malaise
Et pugilat : une telle intrusion 
Chez les bêtes se paie, à profusion,
C’est selon, de nues de poils, de pluie de plumes,…
On narre ces combats en de maints volumes.

L’ocelot hurlait qu’il voulait lui piquer
Son oseille et ses picaillons, paniqué ;
Que les lynx ne sont que larrons dont l’espèce 
Croît plus vite qu’ivraie ou pelisse épaisse.
L’autre se présente comme une camelot,
Un bonimenteur vendant des bimbelots,
Pour apaiser le grigou qui se déchaîne,
Si sa bévue le condamnerait aux chaînes,
Il n’y avait pas crime puisque rien
À voler. Plus maladroit que vaurien,
Il avait, seulement, mal choisi son heure
Pour démarcher un client en sa demeure.
Il était, vrai, un honnête mercanti
Qui de seulement deux vices était nanti :
Un sourire protocolaire, un langage
Diplomatique, atouts qui partout engagent !

L’avare porté au pinacle à la Cour
Fit si bien qu’à ses hauts cris on accourt :
Avant l’aube les poulets furent en la place
Et le chat-fourré jugeait d’une voix lasse :
Ces animaux décident fort doctement
Sur des choses qu’ils entendent rarement !
Il rudoie le fripon, le grugé câline ;
Condamne l’un au gibet sur sa mine
Quoiqu’il fut soldat du roi : notre ocelot
N’est-il pas courtisan ! Soyons pas ballots :
Mieux veut flatter que servir en ce monde.
On indemnisa le floué, quoiqu’à la ronde
Ce point fit débat, mais l’argent ira
Toujours au fric. Même un sot vous le dira !

L’histoire aurait pu en rester là si, Ma Mère,
Le roi n’eut besoin pour faire quelque guerre
D’écus et doublons sonnants et trébuchants.
Le Léonin se tourne vers le méchant
Rapiat qu’est le tacheté qui tant le courtise.
La requête, en fait l’ordre, entre eux attise
Le différend. On rappelle au souvenir
De l’ocelé le procès : il voit venir
Son Maître : « En quoi suis-je, Noble Crinière,
Ton obligé ?!… Le juge à sa manière
A fait triomphé la simple vérité !
N’oublie jamais, Seigneur, que la vraie richesse
Est de ne rien attendre des autres, largesses
Ou argent, comme tout homme de bien !
Et tu es de ceux-là, Roi, ô combien !
- Seul un galérien n’a rien à perdre !
Ironie et flagornerie  font s’éperdre
Car, tu n’es point libre, être microbien :
Tu me dois mes faveurs, “Homme de biens” ! »
Argua le monarque, jupitérien.
Pour lèse-majesté fut occis le pingre
Et on réabilita le lynx malingre,
Mort depuis lurette, oublié des siens :
Ça ne coûtait rien et faisait bien
Comme de ruiner les enfants et la femme
Du chat tâché, infâme rat jusque dans l’âme.

Face à qui fait de l’ombre comme une tour,
Si tu refuses un service en retour
De grâces ou d’attentions, c’est tout comme !,
Que tu hésites ou cherches à passer ton tour,
Gare à toi et à ta race, bête ou homme :
Haute noblesse ne fait pas gentilhomme !

dimanche 5 mars 2017

HAÏKU’SSINET

Je ne suis pas un dégonflé : mon tour de taille en atteste !

BRÛLOT PAS DIPLO’

C’est un angelot,
Du genre ballot 
Mais pas ramollo :
Un beau bibelot
Con comme un bulot,
N’ayant qu’un grelot
Dessous le calot.
Chacun son lot,
Sa croix, ses sanglots,…
Sans être falot,
Ni voir des complots,
Partout, au kilo !

Tâtant le goulot,
Fumant du perlot,
Ce nez de mulot,
Pâlot sans boulot
Pour rester à flots,
Use du culot
Comme un camelot :
Il fut matelot
Avec javelot
Guettant au hublot,
Orques, cachalots,…

Puis sur un ilôt
Ce bel alcoolo,
Ce fils de salaud
Un brin mégalo’
Dans son bungalow,
Genre caboulot,
Devint gigolo
Fuyant les pélots
Et les métallo',
Car le populo’ :
C’est que des prolo’ 
Qu’a pas d’ciboulot !

On vit ce saoulot
Dresseur d’ocelots,
Trav’lo rigolo
Et à Buffalo
Voleur de vélos
Et de pédalos,
Vendeur d’bimbelots,
Gonfleur de lolos,
Joueur d’piccolo
Tout en trémolos,
De diabolo
Et mêm’ de polo 
Au triple galop !

Œil toujours mi-clos,
Sourire en halo,
C’est un  mégalo’
Aimant rotoplots
Et mélimélos,
Un petit Charlot
Un poil bricolo’
Jouant les Julots
Sous les bouleaux
Mais jamais réglo.
C’est là sa philo’,
Vous visez l’tableau ?!

vendredi 3 mars 2017

FAISONS BOUGER L’HAÏKU

Avec l’âge, mon visage qui m’offre le plus doux des airs devient comme lui : à rides !

LES FABULISTES, DES MORALISANTS ?

Édito' pour RuedesFables, mars 2017

  Cent ans après les Humanistes M. de Montaigne et E. La Boétie, homme d’écrits venant du cœur, l’optimiste XVIIe siècle prétendait faire de tout individu, esprit faible ou forte tête, un « parfait honnête homme » ; la centaine d’années qui lui succéda dignement voulait, avec les Lumières les plus éclairées, amender la société dans laquelle il s’insérait. Aussi, bien des poètes et nombre de prosateurs se sont en ces temps-là adonnés, en pédagogues plus qu’en précepteurs, à l’apologue alors que le poivre des emmerdes mettait du sel dans leur vie qui aurait tourné vinaigre s’ils n’avaient mis un peu d’huile dans ses rouages. Le genre ne les avait pas attendus au coin de la rue ni du bon sens mais force est de constater qu’il avait perdu, vu son âge, de la vigueur et de l’intérêt si ce n’est de la puissance ou de la pertinence en vers et contre tous. De quoi en rester, quand on parle avec intention et écoute avec attention, prose par terre… et le nez en l’air.
Ces « moralistes » modestement blasonnés pour d’aucuns - J. de La Bruyère, A. Houdar de La Motte, J. de La Fontaine. J.-J. (de ?) Rousseau, J.-P. Claris de Florian,… - dont l’adresse n’était pas que postale, déambulent encore sous les becs de gaz du lieu où vous êtes. Ils observaient avec intérêt mais, paradoxalement, de façon désintéressée, une vie devenue si quotidienne qu’on en oubliait qu’elle pouvait se regarder autre chose que le nombril et autrement qu’affligé par sa banalité. Ne souffrant pas la souffrance, ils n’ont jamais prétendu formuler un système de valeurs nouvelles, urbi et orbi, ni imposer des règles de conduite à autrui. Ces virtuoses du verbe et voltigeurs du vers, un sourire bienveillant au coin des lèvres, ont témoigné de La comédie humaine avant le très honoré de Balzac. Sans se prendre vraiment au sérieux ni au pied de la lettre, ces petites natures éprouvant de grands sentiments n’ont jamais oublié que « la morale des fables est un reflet de celle des comédies. Elle est douce et tout aimable ; s’il y a des malices, elles sont spirituelles, jamais cruelles » (J. Arnoux, La Morale d’après les fables…, 1909) ni plus lourdes qu’une femme légère car ces professeurs-là n’étaient pas des donneurs de leçons ! En instruisant leurs contemporains, et leur progéniture, ces hommes de tête ayant l’esprit de corps faisaient appel à la Raison comme à la sensibilité, pour qu’édifiés, ils deviennent moins vertueux que bonifiés, donc heureux… le monde le devenant, dès lors, tout autant : « le but de la vie, ce n’est pas l’espoir de devenir parfait, c’est la volonté d’être toujours meilleur. » (R. W. Emerson). C’est là propos d’éducateur et non d’enseignant, quelque précepte on ait à faire passer par l’agrément d’une langue soignée et le plaisir de ce (sou)rire qui soigne les plaies que les larmes pansent. C’est pour cela, malgré tout que l’école, et pas seulement primaire, doit conserver et transmettre leur œuvre même si la fable n’est pas, a priori, faite pour les enfants car avant de chercher son chemin… il faut apprendre à marcher. Et “droit”, de préférence, sans baliser toutefois, pour soi plus que pour autrui, car il ne s’agit ni de conformisme social ni de dressage moral. Au contraire, ces conteurs que d’aucuns ne peuvent voir en peinture le rappellent à dessein : à vouloir rentrer dans un moule, même si ce n’est pas du gâteau, on finit tarte… et puis tout être égaré n’est pas perdu pour autant ; se chercher, c’est le lot, ici-bas, un jour ou l’autre, de tout un chacun. Et nous n’avons pas, brasseurs embarrassés de boue et de broutilles, à proximité, « une salle des pas perdus » pour se retrouver entre insolence humaine et l’indolence divine ! À l’heure où les médias plutôt que de se donner du fond le touchent, il se dégage à la lecture de ces philanthropes en rien misanthropes, une philosophie positive qui ne dit pas son nom et une espérance humaniste qui ne se cache pas à l’égard de ces « roseaux pensants », prompts à plier sous tout vent dominant ; à force de mauvais penchants, ils tombent plus souvent que les chênes : belliqueux et polémistes, le front bas, ils sont toujours sur le pied de guerre ou se sentent d’attaque pour en commencer une, en paix avec eux-mêmes, les cheveux en bataille et l’esprit en révolution. Bref, ils ne nous offrent que perspectives désespérantes et cruelles désillusions. La façon de voir l’Homme qu’ont les fabulistes est le fruit d’une « lucidité critique » plus que d’un « esprit critique », expression aujourd’hui usitée pour excuser le dénigrement, donner des lettres de noblesse au mépris, ériger au rang d’art oratoire ou d’humour l’insulte,… car pullulent comme puces ceux qui s’offrent, à bon compte ou au prix de mauvais calculs, bonne conscience parce qu’ils ont mauvaise mémoire : leur discours, un peu court, tient du « faîtes ce que je dis non ce que je fais ! » quand ils se hasardent à parler d’eux sur le ton de l’infamie / l’incongruité (rayer la mention inutile). L’irremplaçable Pierre Desproges remarquait, incidemment, que l’on disait « l’Homme » mais « les animaux » pour évoquer ces deux espèces qui, bon an mal an, cohabitent en ce monde, bon gré mal gré. Il ajoutait, non sans malice que si les animaux faisaient des crottes, l’Homme, lui semait la merde. Tout est là : les animaux nous paraissent bêtes depuis que nous nous croyons intelligents. Alors, mieux que tout et à défaut du reste, la fable nous apprend à garder la tête haute quand on a le cul par terre, conscient du ridicule et de l’infatué d’une telle proposition. Intemporelle, plus qu’un genre littéraire ou un remède, par lequel on s’épanche pour ne pas tomber, elle est une religion qui n’exige aucun rite ni ne demande de culte. Éternelle et universelle, elle est la croyance en cet être humain, gueule d’ange ayant le diable au corps, en rien idole surtout s’il est édile. Et, croyez-moi, nourrir au sein du verbe frais et parfois cru pareille piété est des plus méritoires : laissant toute idée au logis, même quand on est homme de livres, et même de 200 livres, avoir foi en l’Homme, imparfait de nature et corrompu par culture, c’est plus difficile que croire en un Dieu, quelque nom qu’on lui donne, par essence parfait ! Fabuleusement vôtre !

mercredi 1 mars 2017

HAÏKU’ARD

Jamais un lâche ne fait relâche même quand il se lâche !

ÇA SENT UN PEU L'ITALIE !

Cycle toulousain
D'après un dessin de C. Lesterle

C’est un mur fatigué du Sud,
Où se promène un perce-oreille
Et un gendarme, fils du Sud
Lui aussi, qui, las, se réveille
Loin du jasmin fleurant merveilles
Jeté sur le gravier poli
Comme la lie des bouteilles…
Tout ça sent un peu l’Italie !

Son gris qui fait face au Grand Sud,
Se chauffe au cri des corneilles
Alors qu’on lit là le Talmud,
Dans un parfum mûre et groseille,
Du linge propre qui sommeille
Sur des clous privés d’établi,
Sur le fil où sèche l’oseille…
Tout ça sent un peu l’Italie !

Mur où courent les sons du Sud
Où vrombit l’osmie ou l’abeille,
Où coule un peu du sang du sud
Dans les rets du lierre en treille.
Y pendent, depuis la veille,
Serviettes, torchons, draps de lit
Et tout en osier, la corbeille…
Tout ça sent un peu l’Italie !

C’est un mur exposé plein sud,
Un mur où des ombres surveillent
Un linge aux raies couleur du Sud,…
Tout ça sent un peu l’Italie !
Dessin : Camille lesterle, décembre 2016

mardi 28 février 2017

HAÏKU D’BALAI

Si la plupart des couples se séparent ce n’est pas parce qu’ils ne font plus « bon ménage », c’est que sans se ménager, ils ne font plus de ménage du tout !

lundi 27 février 2017

HAÏKU’N TESTE À TERRE

L’amour est un mauvais jardinier : combien de râteaux pour une pelle !

LA LIBELLULE BAFOUÉE

Petite fable affable

Prêchant toujours d’exemple, et à tout instant,
Une libellule voulant fort rester demoiselle
Est importunée par quelque vieux taon,
Gros bras, p’tite cervelle et tout à son zèle.
À quoi bon épiloguer sur notre Temps
Et la corruption des mœurs qui en découle
Sur lesquels tous les bons fabulistes roucoulent.

Acculée, elle est sommée par le goujat
De se soumettre ou il allait la démettre
De sa virginale aura : on sait déjà
Tout le mal que certains mots peuvent commettre.
Le faraud, finaud, avait tout du naja :
La jactance était une arme pour cette arsouille
Mais son sale aspect ne poussait pas aux papouilles !

« Ma patience est sans fond, comme un puits :
Tu seras vite mienne par la guerre
Si je le dois ; par la paix, si je puis.
Va, mon dard aura tes faveurs, tout vulgaire
Que je te paraisse. Cherche des appuis,
Nul ne t’aidera !… Vas, joue encor’ les coquettes,
Résiste,… : j’attends ça, Beauté, de mes conquêtes ! »

Que l’on approuve ou qu’on blâme ces jouteurs,
On s’indigne par devant, soupire d’aise
Par derrière que le bonimenteur
Ait eu penchant et goût pour cette niaise.
Mais on surveille de près le tourmenteur
Et cet objet de son dévolu qui, de force
Ou de gré, souffre fort dessous sa digne écorce.

À sa guise, un cafard se met à triller :
« Je parle peu mais dis bien : c’est du sage
Le caractère, Ami. Te faire étriller
Sera ton sort si tu vas jusqu’au troussage !

- Fi donc, Noiraud malséant, on veut briller ?
Toi qui ne vis de que pilleries et maraudes,
Tu ramènes, céans, ta fraise et tu clabaudes.
Ne t’inquiète pas, tu auras ta part
De cette mijaurée : j’lui fais son affaire
Et tu pourras exercer, mon salopard,
Le droit de dépouilles. Ça va te plaire !

- Je ne suis pas, comme toi, un Gaspard
Et je crains moins que le ciel me tombe
Sur la tête que de t’envoyer en tombe. »

Le taon, fort surpris, partit après un temps
Promettant prompt retour et male vengeance
Mais nul ne revit son séant à l’étang !
Il en est ainsi de cette commune engeance
Qui, hélas, nous pourrit la Vie par instants
Le premier être qui s’oppose, oui qui ose,
Même seul, affronter le Mal, change les choses !

samedi 25 février 2017

HAÏKU DE POIDS

Mieux vaut Amis avec un grand « A » qu’avec un gros tas !

PAS DE QUOI EN FAIRE UNE HISTOIRE ?

Édito’ pour RuedesFables, février 2016


C’était au temps, pas si vieux ni si bon, entre jadis et naguère, où il ne fallait pas tirer les choses aux clercs parce que cela leur faisait mal pas plus qu’il ne fallait se moquer de la justice c’est-à-dire railler le Parquet. Phèdre avec qui plus d’un parmi nous (miaou !) a perdu son latin, affirmait alors que « le mérite de la fable est double : elle suscite le rire et donne une leçon de prudence » (Fables, Livre 1, Prologue). C’est sans doute pour cela que vous êtes arrivés à grands pas ou en trainaillant, jusqu’à cette RuedesFables où, provisoirement en vie, comme tout un chacun, je ne fais rien, même pas mon âge. J’exagère. Ayant l’humeur à l’humour, après avoir joué les Pénélope en essayant de donner corps et âme à quelque texte où le son fait sens pour l’âne et les autres équidés, j’y rôde quand vous vous êtes à la maraude, essayant de vous distraire et, peut-être, d’édifier des châteaux de fables comme tant de fabulistes d’hier ou d’aujourd’hui. Je n’y gagne que d’insondables insomnies et l’aigre amertume de n’avoir de plume que pour voler des instants tannés sans prendre de pause. Aussi, je ne puis, comme certains pour épater la galerie et le parterre, exhiber des tablettes de chocolat à l’endroit où je stocke les miennes, empâté de pâtés. Enfin, « quand on a pas d’obole, on n’en fait pas une drachme ! » comme aurait pu dire Esope qui n’était pas le premier venu, quoique notre aîné, puisqu’on lui devrait la paternité du genre qui nous occupe… et  plus qu’à notre tour (de taille, bien sûr !).

Parce que « l’arbre qui tombe fait plus de bruit que celui qui pousse » comme on dit en Afrique du Sud, pour tous les auteurs qui logent à cette même enseigne - où vous vous trouvez pour l’heure - plus souvent qu’en leur ruelle, entomologistes plus que moralisateurs, elle est plus qu’une alcôve. C’est un site, un laboratoire de recherches et surtout de trouvailles. Ayant tous une situation mais pas de site, il est devenu leur C.N.R.S. - Communauté de Regroupement de Narrations Symboliques - où on trouve plus de chercheurs qui trouvent que de chercheurs qui cherchent… si ce n’est noise à quelque écureuil empanaché dans les exploits de sa queue ou des poux dans la tonsure de quelque hippie à Calvi. Si. Même s’il ne faut pas mettre de Badoit entre Dutronc et les Corses, avec nos maux, et ceux de notre monde qui, à tout prendre n’est ni pire ni meilleur que ceux qui l’ont précédé, nous faisons mots et vermeils. Il faut être teigne comme Taine, l’Hippolyte qui ne goutait guère au géant V. Hugo, pour prétendre que J.-P. Claris de Florian « proposait aux dames mignonnes et fardées, en façon de fables, de jolies énigmes, et leur arrangeait un bouquet de moralités fades ; il peignait d’après l’Émile la tendresse conjugale, les leçons maternelles, le devoir des rois, l'éducation des princes,… » (1883)
Ici, comme nous, vous abandonnerez ces brouettées d’idées reçues sur le coin du nez qu’on nous assènent à la téléinfusion, refuserez la brassée de ces paroles jetées en l’air qui passent pour données, rejetterez ces poignée d’histoires rendues populaires pour le railleur et le sbire,… Si vous ne souffrez plus de ne pas souffrir ces bonnes gens qui font de leur bibliothèque un éteignoir à mots, un purgatoire de pensées ou un dépositoire d’âme où sommeille l’esprit qu’ils n’auront jamais, vous êtes in the place to be, c’est-à-dire chez vous. Car vous êtes encore - ou toujours - sensibles la portée didactique des fables qui seule peut expliquer qu’elles aient circulé, sans vergogne, reprises et reprisées, adoptées autant qu’adaptées, d’une culture à sa cousine ou d’une époque à sa voisine car « la fable est une sorte d'alphabet de l’Humanité au moyen duquel on a pu écrire les premières certitudes philosophiques » (G. K. Chesterton). Elle est la meilleure preuve, s’il en faut, que d’un pôle à son opposé et d’un méridien à son antipode, l’Humain, qu’il soit extrémiste ou sang triste, est le même partout, avec des valeurs constantes et des préoccupations inchangées de tous temps même si, par manque de soleil, les gens du Nord sont parfois ombrageux et que, quoique chaud latin, l’Ibère est souvent froid au premier abord.

À l’heure des FaceBookmakers et des réponses sous twittaine, RuedesFables, point d’échoppes qui vous chopent, de magasins à vous rendre zinzins,… mais fabliaux d’affables et fabulettes de fabulateurs entre lesquels se promener car ils sont des continents qui ne dériveront pas, Instagram épique et pique et colère rame. C’est là ma zone, écrite noir sur blog, cette Amazone où la main de l’homme n’a que trop posé le pied dans des sentiers battus… et où on peut encore ouvrir des routes pour demain et, sans plus de façons, vous inviter à Linkediner… et G+ si affinités. Si, comme nous, en gros, vous ne faites pas dans le détail, et en particulier dans le général, continuez à y baguenauder du regard et y musarder du coin de l’œil. Certes, « le bigleux qui persévère sans lanterner n’ira pas plus loin qu’un “voyant” illuminé qui s’aveugle sur son prétendu don », comme dit ma poule qui philosophe, mais vous conviendrez qu’à fureter et à renarder dans cette voie-là, vous finirez par trouver que les animaux sont parfois bonhommes et que la morale de toute fable fiable, même faible, n’est pas que « l’homme est une bête. » (Marco Denevi) Cette littérature-là, souvent déconsidérée, correspond trait pour trait, et par ses portraits, à ce qu’écrit Pierre-Henry Gomond, dans son roman graphique, Pereira prétend (Sarbacane, 2016) : « La philosophie se targue de parler de l’essentiel, et ne s’occupe peut-être que de frivolités… La littérature c’est l’inverse. »

Fabuleusement vôtre !

jeudi 23 février 2017

HAÏKU’MPTE RÉGLÉ

Prêter l’oreille et donner de la voix me permet de me payer la tête de qui j’ai dans le nez ou que ne je ne peux plus voir !

PAS SI BÊTES

Edito’ pour « RuedesFables », octobre 2016


Asthmatique qui ne manque pas d’air, ma concierge, je l’avoue, est de temps à autre digne d’éloges (au moins tout autant que son franc-maçon de beau-frère) : toujours à l’affût de fables affinées, quoique guère affûtée, comme Madame de Sévigné, elle pense que « les Fables de La Fontaine sont un panier de cerises. On veut choisir les plus belles, et le panier reste vide. » Mieux, parce que, comme Marie de Rabutin-Chantal, elle a l’esprit d’escalier et, grâce à la Poste, elle est aussi une femme de lettres, ce pet-de-nonne ne goûte que modérément à mes petits pâtés de fables de plaisant plaisantin, estimant que, depuis le Grand Siècle, il n’est de belles plumes qu’au cul des oiseaux. Et tout le reste n’est que littérature ou plutôt, dans son cas, litre et biture.

Amateur éclairé, traité jadis de tête d’ampoule bien que je n’eusse pas alors l’électricité à tous les étages, je suis loin d’être une lumière mais serais capable de faire entendre raison à un sourd. Fier comme un paon, je me suis vanté, un jour venté, de pondre des aphorismes qui, s’ils n’étaient pas des œufs d’or, faisaient de convenables omelettes. Ça a fait boffer la bouffonne bouffie comme buflone ; l’ego battant de l’aile, j’ai quand même refusé de monter sur mes ergots comme l’aurait fait tout homme de plume de mauvais poil. Aussi ai-je convaincu cette forte tête, parfois faible d’esprit, de venir faire un tour sur « RuedesFables » pour se régaler d’auteurs à talons pleins de talent au lieu que ne la  gave un modeste fabuliste ayant le tort de n’est pas encore mort, simple rimeur amnésique comme votre humble serviteur, Pourtant c’est troublant le trou noir du trouvère ! Et, miracle, cette pipelette apparentée à la dinde côté babil et, pour le Q.I., à la poule faisane, a bien voulu me tendre une oreille attentive en lieu et place de sa main quémandeuse ou de son doigt accusateur qui met à l’index tout mauvais payeur. Bien lui en a pris, m’a avoué plus tard la pécore, en me réclamant cinq ans d’arriérés d’étrennes car si, toute en maux, elle ne paie pas de mine, elle ne se paie pas, non plus, de mots !

Elle a ainsi retrouvé non sans plaisir, son cher La Fontaine, redécouvert Florian mais aussi croisé pour la première fois, et avec joie, Imbert, Du Houlay, La Mothe, Ségur, Vitallis,… et quelques auteurs locataires du site, ses contemporains eux, dont elle oublia le nom mais qu’elle vit, c’est louche, d’autre œil que le torve qu’elle me sert, d’ordinaire, comme œillade. Car si nous usons des mêmes mots sans parler tout à fait la même langue, chacun de nous, ici, met en scène les mêmes bêtes y compris la plus bestiale d’entre elles, gibier de potence parfois, l’Homme qui se cache derrière ces animaux, dans des paraboles contées en prose chiffrée comme en vers comptés. On y trouve des oies faisandées qui se font suer et donc viennent vous faire « monter la transpiration » qui côtoient des oiselles, plus insignes que cygnes, ayant une cervelle d’oiseau et un estomac de moineau donc prenant la mouche facilement,… Bref, des bestioles qui rappellent que le poivre des emmerdes met du sel dans une vie qui tournerait vinaigre si on ne mettait pas de l’huile dans ses rouages et comme J. de La Fontaine nous confessons : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. ». Aussi, derrière cette faune, devine-t-on papas gâteaux devenus papys gâteux, aperçoit-on des pères qui se font la paire abandonnant, las, des mères dès lors amères ou des filles qui vous font du pied avant de vous marcher dessus,… Mais le fabuliste n’est pas censeur obtus bonheur la chance ni docte professeur donnant des leçons mais aimable entomologiste qui sait qu’à force d’avoir de mauvais penchants on finit par tomber et, pour ce faire, habille d’un treillis de lierre les arêtes de toute pierre… que l’on soit de ces miséreux pas toujours misérables ou de ces rois sans majesté qui voudraient qu’on leur dise “Sire” alors qu’ils ne sont que suif errant !

Rien n’est plus utile donc que des contes à morale avec leurs bébêtes en troupeau à la merci de fauves brutes qui font sourire en coin dans La Bruyère ou grincer des Molière, qu’elles soient nées dans un hier intemporel désormais universel ou dans notre présent oppressant. Mieux, il reste à l’olibrius de l’abri-bus comme au quidam à dames, dans un aujourd’hui souvent désert aussi désolé que désolant, la consolation qu’offrent ces fables fabuleuses et leurs affables fabulistes. Et on les trouve ici, « RuedesFables ». Pas ailleurs. Que m’importe comment vous y êtes venus - désir de découverte, nécessité scolaire, curiosité intellectuelle ou heureux hasard - vous y êtes et y serez toujours les bienvenus pour faire que ce genre littéraire que l’on dit démodé, voire périmé, survive de nos jours et à nos jours, à une heure où on se tue la santé dans un travail qui ne nous donne pas toujours les moyens financiers de la recouvrer et où on va plus volontiers à l’occulte qu’au culte. Que Dieu - quelque nom qu’on lui donne - qui n’est plus à vendre en soit donc loué !

Amicalement et fabuleusement vôtre !

mardi 21 février 2017

RAS L’HAÏKU

L’Ami, est-ce que ça vaut encore le coup 
Que je me m’évertue et me casse le cul,
Et me fasse dessus comme tous les vaincus
Alors que je suis dans la merde jusqu’au cou ?

FILE LA FOULE DES FOURMIS…

Petite fable affable d’après La grenouille qui veut se faire aussi grosse… de P. Lanciot

Dans la fourmilière, c’est branle-bas de combat :
On se pousse et on s’invective ; on se bouscule,…
Toute harmonie et tout bon ordre semble à bas.
Ce monde policé, civilisé, bascule.

Que nenni. Il en est toujours, ici, ainsi :
Chacun veut se trouver au soleil une place,
Goûter à son rayon de miel à lui aussi
Et qu’importe l’autre ou qu’on se déplace
Écrasant les petits, oubliant les vieux
Qui ne vont pas bon train, négligeant les  faibles
Qu’il faudra assister et qui ne sont qu’envieux,…
Foin des foules des rues, fi des plèbes de glèbe,
Le monde des fourmis se doit, las, d’avancer
Plus vite et loin, c’est sa destinée en ce monde :
C’est l’avenir !… C’est le progrès !… Faut pas penser
Car tout s’arrêterait dans un réflexe immonde.

Ce que je décris là est le pays des fourmis,
L’être humain ayant une âme et une conscience,
Un tel chaos, chez nous, ne serait pas permis,
Nos valeurs n’étant point mots tout d’insouciance.

Ce monde n’est-il plein de gens allant, venant,
Qui vous marchent dessus, bien qu’il vous en déplaise,
Pour se faire plus gros, plus grand ou plus à l’aise
Et crient partout « pour moi », « je veux » ou « maintenant » ?