Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 16 avril 2019

PIQUANTS AVEUX

Pour revêtir la nudité de mon oubli,
Je l’ai habillée de beaux coupons de mémoire,
Jadis tous brillants souvenirs pris aux faux plis
D’un temps au fil dénoué sur trame que Moires
Et Muses m’ont tissé patiemment, longuement,
Que mes mots décousent segment après fragment,
Pour me bâtir tourments, me ganser agréments…

J’ai pu coudre des instants, broder des moments
Qui n’étaient pas tous de moi sur quelques lacunes,
Trous faits œillets ou rapiécés, et comment.
J’ai faufilé, ici ou là, sans honte aucune
Dentelles ou galons, sans vouloir me vanter,
Dans le droit-fil de ce qui était Vérité,
Aiguille d’une vie, épingle méritée…

L’humeur fort crantée mais sans nul biais à l’âme,
L’air pincé, au long d’heures froncées ou drapées,
Rime en boutonnière, ma plume fut lame
Authentique, sincère, prompte à échapper
Aux ciseaux censeurs non sans variations
D’où ces rubans, aléa de Création,
Pour lesquels je fais acte de contrition…

lundi 15 avril 2019

HAïKU D’ARROSOIR

Il faudra un jour pouvoir passer de « l’économie verte » à une économie florissante !

LE TARSIER & SON PROTECTEUR

Petite fable affable

Un petit singe aux yeux globuleux
Avait las maille à partir, quoique libre,
Avec Léopard, seigneur crapuleux
Des forêts du terrible Sire Tigre.
Que ce tarsier fût mini, épais
Comme pigne, il n’en avait guère cure :
Se sentir craint et quérir un respect
Immérité car on a la dent dure,
Voilà le grand plaisir qu’il retirait
À le maltraiter, à le torturer.

Si son jouet se perdait en prières,
Implorant merci, il se haussait du col,
Grisé par ce grand pouvoir, clairière
Dans les devoirs dus, et pour pas un sol,
Au monarque du lieu. Cette écorne
Galopait fort à l’encontre pourtant
Du vouloir du Roi, sans nulle borne :
Ah, se sentir seul souverain de temps
En temps !… Il suffisait donc, à l’entendre,
De ne pas, à ce jeu, se faire prendre.

Mais, las, bois bruit toujours de rumeurs,
Et son suzerain apprit, d’aventure,
Ce qui le mit de fort male humeur
Comme on le comprend, qu’en sa dictature
Ce sujet-là, d’ordinaire indolent
Assez, et beaucoup courtisan sans dire,
Jouait sans vergogne aux insolents
Dès que son Maître courait son empire.
Peu discoureur, certes il le tança prou
Mais fit pis à ce petit garou.

Il fallait faire de lui exemple :
Il le souffleta. En public plus est.
Ça condamnait à l’exil, sans plus ample
Parole ni supplique. Accoisé,
Gifle baillé, joue striée, en bonds souples,
Quoique l’honneur navré, Léopard 
Part incontinent et, mieux, découple
Les chiens pour partir encore plus loin.
Face au tigre ce n’est pas là vain soin.

Le singe veut dire sa gratitude
À ce roi toujours si peu avenant.
Qui acquiesça, comme à l’habitude,
Voulut soumission dès maintenant.
Ce petit bout dut se plier en quatre
Pour le servir plus : troubles prévenir,
 Trouver provende, attitude idolâtre,…
Mais il perdit tout autre avenir,
Amis, faim, sommeil,… Santé ensuite.
Puis l’envie de vivre par la suite.

La reconnaissance des puissants
Est lourd fardeau, plus est avilissant…

dimanche 14 avril 2019

HAÏKU LI CHINOIS ?

Quand on met fin à ses jours que fait-on de ses nuits ?

TRAIN DE QUATRAINS SANS ENTRAIN

La terre est dure et le ciel est froid,
Les nues ont fait du brouillard un roi.
Le vent vire de bord et la vague
Vogue vers où je vaque et divague.

Mes hiver furent labours profonds
Mais mes printemps furent sans bourgeon
Et mes étés n’ont pas donné semence
À ces automnes qu’ocres ensemencent.

J’ai pris des routes mal carrossées 
Puis des chemins fort cabossés,
Qui m’ont mené à des turpitudes,
M’ont conduit à la solitude,…

Amarré au passé, corps par l’âge
Défait, je suis près du naufrage
Comme bateau de voiles privé,
Mis à l’ancre et au ciel rivé. 

Gisant là, sur les écueils trop sombres
D’un présent, aux pièges sans nombre,
Je me sais destiné aux bas-fonds
D’un demain froid, obscur et profond…

samedi 13 avril 2019

HAÏKU LELETANT

Mon épouse est une femme si entière que j’ai renoncé à l’appeler ma moitié…

LE DOGUE ENRICHI

Petite fable affable
D’après Le Renard et le Dogue de L.-L. Buron

Un certain jour, un dogue, explorant un terrain
Déconnu, dangereux à s’y rompre les reins, 
Ce qui lui sembla un trésor il y découvre :
Un petit coffre empli d’or qu’une dalle recouvre :
« La bonne aubaine !… Déterrons et emportons
L’inattendue cassette. » Loin d’être avorton
Ce labour-là lui paraissait prou accessible
Mais ses pattes ne suffisaient pas. Impossible
D’exhumer la richesse en ce sol endormie.
Le chien avisa un renard qu’il connaissait mie
Mais qui fut attiré céans  par son manège :
Les bergers aiment tant prendre roués au piège ! 
« Ami, dit notre pataud pattu, aide-moi :
 J’ai su flairer une belle occas’ mais l’émoi
Et le branle que je me donne, hélas, ne suffisent
Point à ce que j’en profite. En tout franchise,
Si tu m’aides je t’en donne pour moitié ! »
Le matois, fin et adroit, sait son métier :
« Mais si je te prête mon concours, cher compère,
Toi qui quiers de moi un secours, et l’espère,
Ta gueule tantôt me fera un triste sort
Car je sais la haine des tiens et les ressorts
De leurs actes. Me crois-tu donc suicidaire ?
Comme on dit en ma prudente renardière : 
Demander à qui emploie ruse et fourberie
Ne se fait que pour quelque fraude ou duperie ! »

Le menteur animal s’en fut de ce pas dans un rire.
Déconfit, le toutou pourtant vint à sourire :
« Sot que tu es : pourquoi au premier venu
Te confier, risquer ton bien. Quoiqu’à nu,
Le sol cache encore ses pièces. Abandonne
Un temps, la partie et cours là où on te donne
Ta pâtée. Ton maître, en vrai, n’est guère si loin ;
Il est probité et ce serait payer ses bons soins
Que de partager avec lui, si doux et si juste. » 
Revenu au bercail, il conduisit le fermier
À la dalle qu’il avait trouvée premier.

L’homme en hardes se sachant, aussitôt, si riche
Trouva que partager relevait de la triche :
Il tua son fidèle ami, découvreur de la friche,
Qui comprit, mais trop tard, que jamais, quel qu’il soit,
Il ne faut estimer son prochain d’après soi.

vendredi 12 avril 2019

MONTRE HAÏKU SAIT

Il en est qui se plient en quatre pour couper des cheveux de la même façon, en deux temps trois mouvements !

À LA CLAIRE FONTAINE

À la claire fontaine
M’en voulant retourner
J’ai trouvé l’eau si sale
Que j’m’en suis éloignée

Il y a beau temps qu’on n’s’y baigne
 Tant on l’a tout’ souillée
Et y a longtemps qu’on dédaigne
Son eau bien oubliée

On a coupé son chêne
Et on l’a débité
On a brûlé ses branches
Qu’un rossignol parait

C’était bon temps qu’on s’en plaigne
Les animaux grouillaient
Il y a longtemps que d’ces règnes
On a tout bousillé

Hante rossignol hante
Ce lieu plus si gai
Où le béton arrive
Que l’bitume a botté

Il y a beau temps qu’ils nous ceignent
Et qu’on est tous mouillés
Il y a longtemps que là geignent
Nos souvenirs rouillés

J’ai perdu toute envie
De ces beaux soirs d’été
Auprès de tout’ ces choses
Que j’avais tant aimées

Il y a beau temps qu’on est teigne
À tout partout souiller
Il y a longtemps qu’on dédaigne
Tout c’qu’on a bousillé

Je voudrais qu’on fît pause
Et revoir le rosier
Que pour ma douce amie
J’avais là-bas planté

C’était bon temps qu’on s’en plaigne
Ceux des beaux soirs d’été 
Il y a longtemps que d’ces règnes
On a tout bousillé

À la claire fontaine
M’en voulant retourner
J’ai trouvé l’eau si sale
Que j’m’en suis éloignée

jeudi 11 avril 2019

HAÏKU’ILO EN TROP ?

Un faible d’esprit peut-il prononcer des mots lourds de sens ?

LE HÉRAUT DU ROI CROCO’

Petite fable affable

Un échassier, se haussait du bec
Qu’il avait déjà plus gros que la tête,
Héron balourd d’esprit, ce pauvre pec’,
Et de corps : le roi crocodile, bête
Taciturne qu’il valait mieux ne pas 
Contrarier le convia, sans geste
Ni cri, non à son repas - indigeste
Est le e clapet de l’oiseau sans appât -
Mais à son service. On n’refuse pas.  

Disgracieux, discourtois, disponible
Ce  bec-en-sabot était donc héraut
D’un monarque au caractère pénible,
Circonspect, toujours sis entre deux eaux
Où trainaient prou ses bajoues de famille.
L’oiseau,  fort pesant, d’esprit et de corps,
Transmettait messages nés du décor
Et de ces êtres qui tant y fourmillent,
Jouait l’huissier sous ces ramilles.

Mais, comme s’il était tout seul sur son Nil,
Quoique serviteur d’un maître terrible,
Il rendait tous plus pleutres que connils :
Ce majordome n’était accessible
Que contre dîme, dont le roi tirait 
Substantiel tribut, et sans vergogne
Car il n’était point couarde cigogne,
De quasi-pleins pourvoir en retirait.
Bref c’était pour tous une vraie carogne !

Grief et pis, revendication
Passait par lui moyennant obole ;
Doléance ou récrimination
Coûtait à moins de quelque diabole
Vue comme insulte au monarque écaillé 
Qui alors, sans piper mot, sa Justice
Exerçait sans cour mais non sans délice.
Sanctions, punitions,… baillées ?
Mort - pour tout, pour tous - était seule en lice !

Ça grondait dans tous les estaminets.
Car sujets et serfs du Seigneur du fleuve
Lassés de cracher à ce bassinet
Contre un : « J’en suis fort aise ! » ou la neuve
Belle expression : « Je vais y rêver ! »
Comme de se mettre un bœuf sur la langue
Et un buffle sous le claquoir, font gangue
À part, commencent à tête relever…
La révolte n’est pas loin. Le trône tangue.

« Pourquoi donc tous ces bruits, mon ami ! »
Demanda à ce boueux personnage
Qui le rebutait, et pas à demi,
Crocodile de retour d’une nage.
L’autre expliqua en se dédouanant.
Le Sire était certes protocolaire
Mais surtout, en tout, prompt à la colère,
Comprenant les demi-mots, les manants
Dont il craignait surtout les rémanents
Coups de gueule, joua des maxillaires.

Une paix sans concorde il y gagna.
Mais la trêve dura prou car son règne,
Tout en roideur et froideur, prouva là
Une équité étonnant jusqu’aux teignes.
Aucun héros ne voulut être héraut
À ce prix-là : un héron prit le poste
Gris de plume non à cause d’excès,
Il y connut un relatif succès :
Même un tyran, par peur d’une riposte,
Se doit de crever grièves abcès…

Illustration : Élisa Satgé, été 2019


mercredi 10 avril 2019

HAÏK(n)U’T

J’ai à cœur de discipliner jusqu’à mes mèches rebelles.

SUR LE CHEMIN DES DAMES

Cycle historique

Parmi les pierres et les ombres du souvenir,
Je déambule, le regard vers l’avenir,
Sur le chemin des Dames.
Sans mal, je m’imagine quelle fut la vie
Là où s’jouait un drame
Quand, loin de tout espoir, privé de toute envie,
Mourir est au programme.
J’entends pleurer des âmes…

Quel odieux péché fallait-il donc punir
Pour qu’à l’aller, terrible, comme au revenir
L’horreur côtoie l’infâme,
Sur le chemin des Dames ?

Entre balles et lames,
On trébuche ou pis, on tombe, sans préavis,
Le corps en amalgame…
Âme asservie, on est du Diable nervi.
Pas d’blâme pour qui brame :
La vie n’vaut pas cent grammes !
Parmi les pierres et les ombres du souvenir,
Je déambule, le regard vers l’avenir…

mardi 9 avril 2019

HAÏKU POURRI

Qui ne l’affirme pas la ferme aussitôt !

LE POÈTE QUI SE LA PÈTE

Petite fable affable

Se déchirent les noirs qui vêtent la nuit…
Jà, deux ailes crissent, pour tromper l’ennui.
Sous l’ombrelle esquissée d’une délicate ombelle,
Un humble grillon troubadour chante les belles
Des champs, leur douceur et leurs aimables appâts
Qui sauront faire quelques papas, pas à pas.

Jusqu’à l’heure où les muses, dans l’ombre, musardent
Voix trémulante et air inspiré, il se hasarde
À mettre en vers les joies des joutes des amants, 
Et en musique le feu des jeux le plus charmants,
Pas toujours finaud, ce grimaud dit les délices
Intimes qui rendent tout un chacun délice.

Mais ce quinaud, dans ses cothurnes, a un caillou :
Une épouse à laquelle cet ancien voyou,
S’est, certes, accoutumé mais qu’hélas, sans vergogne,
Il trompe ; et il moque la fidélité qui rogne
L’envol des mâles et ceux qui, comme les pigeons,
S’y livrent, vils, faibles ou chattemites clergeons.

Ce chantre aussi fustige l’épouse volage,
Le voleur de pucelage, les mères avant l’âge,
Les courtauds et les proprets aimant cet amour
« Contre nature » comme il dit car, de toujours,
Chez les siens on décroit qu’on puisse un jour
Aimer son ou sa pareil(le), car c’est périlleux
Et navrant travers qui rend Dieu vétilleux.

C’est ainsi, l’imbécile jà sans pitié
Pour les vertus qu’il n’aura jamais, fort déroutantes
Pratiques, est sans charité ni amitié
Pour les prétendus vices qui point ne le tentent…

lundi 8 avril 2019

HAÏK(l)U AGE

Souvent on cloue le bec à quelqu’un juste en rivant son regard sur lui !

LEVER DU JOUR

Une lueur roussoyante rougit au loin,
Puis ocres et ors invités à la fête
Sont chauffés à blanc. Ce peu de feu, au moins
Brûlant, fait que le temps sur ces entrefaites
Alors que le lourd drap d’ombres de la nuit 
Glisse à l'horizon, le temps renoue son fil, tisse
L’aurore sur la trame de l’aube qui fuit.
Cet instant, si bref, est un fugace interstice
Entre Mort et Vie, entre rêve et ennui…

Le jour, en toile changeante, lève son voile
De pourpre et de dorures, drapant un temps
Les fêlures des falaises que les étoiles
N’ont pas pu dévêtir et que va, là, flottant
Un tulle de nuages ondulant sur la moire
Scintillante de l’eau pâle d’opale, ourlée
De nacre, écume de dentelle que les Moires
Paillettent de lumière aimant à perler.
Doux moment fixé à jamais en ma mémoire…

Loin des silhouettes des rochers abougris,
Aux crêtes des vagues mordorées, tout s’éclaire,
Tout brille avant de mourir sur les galets gris
En mousseline où éclot, avant qu’on ne la flaire,
Une fleur de lune bercée par le suroit
Susurrant et chuintant ses vapeurs marines,
Ses parfums ambrés, ses senteurs iodées,… Froid,
Suspendues quelques secondes aux nues ivoirines,
Les heures ont réfréné leur course et me font roi…

dimanche 7 avril 2019

HAÏKU‘ON CAGUA

Souffle au cœur essouffle le corps.

LE RENARD FORS LES HOMMES

Petite fable affable après « Les hommes & le renard »

Débarrassé de ces êtres
Qui se disent, et plus qu’à leur tour,
« Humains », prompts à disparaître
Le renard piaffe, sans détour,
Triomphe : le voilà maître
Unique des enclos à poulets
Sauf qu’ils tardent à paraître…
Car partis dans la foulée.

Dépité, car pour l’heur pauvre pomme,
Notre expert en tromperies
S’est donc là trompé lui-même en somme :
Ce sera chair de souris
Faute de chère plus domestique…
Il fait taire l’olifant
Qu’il a embuqué tantôt, caustique
Envers ces faiseurs d’enfants
Partis avec tout son viatique :
Rapides et grands sont les faons !

Ce fut pis aux premières neiges
Car les proies de ce bretteur
Sans gage, et il en enrage, allègent
Son décor. Pis, par malheur
Celles restées ne sont guère grasses…
C’est là cruelle leçon :
Ces étrangers ont quitté la place
Sans y laisser caleçon !

Le goupil, ventre creux, âme en peine,
Fit vaquer son poil trop roux
Près d’un village d’orée où haine
Et pierres, sont, par prou,
Sa seule et bien maigre pitance :
« Commodités qu’on te sert
Supposent monnaie qui sont tout comme
Rien, en regard du serf
Que la faim te faits devenir, bonhomme ! »
Lui lança un des messers.

samedi 6 avril 2019

HAÏKU VETTE & LUNETTE

Qui veut jeter quelqu’un comme une merde prend pourtant rarement des gants.

DÉSOLÉ : ÎLE ISOLÉE !

J’habite hélas dans un ghetto
Où les flics aiment à passer tôt
Où l’entre-soi nous rend mythos
Ceints de grillages
Qui nous sont cocon et étau
Que tu prends parfois en photo
Bien au chaud dans ton auto
Ou nos « feuillages »…

Ce n’est pas la vie de château
Et pis même pas du gâteau
Que de naître dans un ghetto
D’y vivre à l’âge
Des rêves expérimentaux
Qu’interdisent à tous écriteaux
Chiens courtauds et murs costauds
Ce sans ambages…

On est protégé au plus tôt
Des « autres » envieux patauds
Quémandeurs ou voleurs rustauds
Lie de sauvages
Pas de danger ni de moto
Dans les rues nues de mon ghetto
Mais courtoisie et bons restos
Vie de village…

On s’y morfond quand porto
En main et épouses en manteau
Nos bons pères sur leurs bateaux
Caus’ « Mariage »
Oui les riches ont leur ghetto
Y jouent sans faim aux aristos
Entre cocktails et concertos
Ou badinage…

vendredi 5 avril 2019

HAÏK(l)U SAIS

Bizarrement, arrondir ses fins de mois permet d’aplanir bien des difficultés.

LES HOMMES & LE RENARD

Petite fable affable

Près des hêtres, dans les aîtres
D’une des vieilles fermes du bourg
Que hantaient des pauvres êtres
Payant mal leur terme et leurs débours,
Vivait, en se rêvant maître
Du lieu, un renard qui voulait
Bouter ces porteurs de guêtres
Dont il mangeait les poulets.

Très à la fureur, tous nos bonshommes
Pestaient contre roberies
Tout en roueries dont on se savait plus la somme,
Toutes violentes voleries
Qui déquiétaient les femmes de ces rustiques,
Craignant fort pour leurs enfants.
Quand les rustauds pensaient repue et viatiques.
Goupil allait piaffant 
De se voir plus puissant qu’un héros antique,
De tous et tout triomphant.

Il avait réduit à quia tous les pièges,
Éventé tous les guetteurs,
Et rusé les chasseurs à faire le siège
De cet endroit en tout heur.
Il crut la partie gagnée quand, de guerre lasse,
On attela canassons
Aux chariots et fit ses bagues. On quittait la place
De toute guise et façon.

L’humain s’ensauvant, le renard en son domaine
Parada, en riant prou,
De la crête rabattue des Marie-Germaine
Poussant si fort à la roue,
De la queue basse des gautiers Guillaume
« Qui quitte la partie perd !
Fit-il à l’adresse de ces Hommes,
Et la gagne sans impair
Qui n’abandonne jamais et rien, Pauvr’ Pommes.
Pas besoin d’être un expert ! »

jeudi 4 avril 2019

HAÏK(l)U VIÈRE

Comme beaucoup, je me suis racheté une conduite en vendant mon âme à une Eglise dont je loue le Dieu.

SONNET À HÉLÈNE

Toi l’amie de toujours, celle des premiers jours,
Avec qui j’ai couru les plaines de l’enfance
Et gravi les collines de l’adolescence,
Toi qui connais les ajours, les ombres de mes jours,

Te reverrai-je un jour, avant l’heure des toujours,
Puisque est vendue la maison jadis prospère
Des premiers bonjours, des derniers beaux jours
Et enterré, pour la seconde fois, mon père ?

J’ai perdu plus que des murs, très à contre-cœur :
J’ai laissé sous ce toit beaucoup de moi peut-être,
Et un peu de toi, ma petite sœur de cœur.

Je resterai, quoi qu’il puisse t’apparaître,
Fidèle à nos souvenirs et à ce passé
Où tu trônes, le temps nous ayant dépassés…

mercredi 3 avril 2019

HAÏK(l)U TERRE

Attention : un tête-à-tête précède souvent un tête-à-queue !

FRÈRES DE PLUME AU POIL

Petite fable affable à Philippe

Messer Loup, un jour lassé de vagabonder
Sur les routes que l’Histoire avait fécondées,
Surtout celles vieilles comme les chemins
Menant à tous horizons, à tous les demains,
Planta ses souvenirs dans la sédentarité.
Posé loin de l’errance et de sa précarité,
Sa plume se promenait encore dans les temps
Qu’il avait connus un moment, vus un instant,…
Il rencontra ainsi un drôle d’animal, dru,
En lequel une engageante belette crût
Reconnaître peut-être un renard, rusé
Compère, antan dit-on, des lupines curées.

C’était un « chaméléon », bête d’intérieur :
Casanier comme un gros chat, mais vadrouilleur
Comme un vaisseau du désert dans tous ses écrits,
Voyageant entre hier et ailleurs, moqueries
Douces-amères sur son temps, qu’en caméléon,
Il faisait fables datant d’avant les néons.
Et ce pèlerin immobile de noircir
Des pages que Messer Loup, hélas, dut se farcir 
Mais goûta pourtant et loua tout aussi fort.
Il le dit à faire rougir, à grand renfort
De flatteuses images, à notre bon « Maître Renard »
Qui lui aimait la prose de ce Loup anar’.

Au fil des mots se tissa une amitié
Improbable assez entre ces deux êtres entiers,
Aux deux vies aussi diverses que leurs parcours,
Partageant un même humour et un même amour
De l’Humain ; deux inconnus qui, comme larrons
En foire, voulaient voir tourner un peu plus rond
Notre Terre, deux bêtes qui, las, ne s’étaient
Jamais vues mais aspiraient aux mêmes étés
Pour eux et les leurs sans discours ni débats,…
Il n’est nul besoin, de se connaître, ici-bas, 
Depuis l’âge où l’on est d’insolents marmots
Pour se reconnaître au-delà des maux et des mots !