Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 21 janvier 2015

L'AFFAIRE DES MOUTONS

Petite fable affable
« Je suis très optimiste quant à l’avenir du pessimisme. »
Jean Rostand

Certains faits, dit-on, parfois, ne sont pas affaires
Quoique ce que l'a fait ne soit pas à faire…

Dans la bergerie, rien ne va plus
Entre les chèvres nouvelles venues
Et les bons vieux ovins, eux du cru,
N’aimant guère étrangères parvenues.
Ces moutons ne comptant, contents, 
Que sur eux-mêmes pour s’endormir
Et sur leur maître pour tout le restant, 
Lui reprochaient fort, jusqu’à en vomir,
D’avoir mis en son cheptel ces caprins
Au poil vain et long, aux cornes trop droites ;
Pis ces êtres, capricieux un brin,
Piteux en lait, portaient barbiche étroite !

Pire ces bicornes ont des rejetons,
Des sauvageons haussant par trop le ton
Face à l’aversion de nos moutons
Qui les rejettent, ces vieux croûtons.
Tout aussi insupportables les uns
Que les autres, ils ne supportaient rien :
Tout regard était menace de Hun
Et tout mot insulte de vaurien !
« Qui veut te foutre dedans, fiche-le 
Dehors ! » disait-on chez les moutons ;
« Qui te déteste ou te morgue, hais-le ! »
Du côté de ces chèvres entendait-on.

Le temps passant, on se barricadait
Moins dans le camp des laines torsadées
Comme dans celui des poils encascadés.
Las, quelques chevreaux, sots, embrigadés
Par un puits de science du coin
Qui ne donnait que vase et eau croupie,
Voulurent faire un jour un coup-de-poing
Divin, contre des ovins assoupis,
Oubliant que les abois des chiens,
Quoiqu’ils fassent, au Ciel jamais ne montent
Car il préfère la paix - c’est pas rien ! -
Au fiel qui mène au meurtre, à la honte,…

Les moutons refusant de se laisser
Brouter la laine sur le dos, blessés
Dans leur orgueil se sont donc abaissés
À châtier, excités ou pressés,
Les caprins, tous des traîtres à leur goût :
Chez les bêtes, nanties ou claquefaims,
Quels qu’en soient les suites ou le coût,
Une haine en chasse l’autre, sans fin,
N’y eût-il que quelques brebis galeuses
Cachées parmi les chèvres à punir
La vengeance étant la plus scandaleuse
Des fausses raisons poussant à s’unir.

Hélas, la haine est toujours une chaîne
Qui, jusqu’à son extrémité vous entraîne ;
Et à son bout se trouve… votre cou.
Qui donc y perdra le plus pour le coup ?!

mardi 20 janvier 2015

lundi 19 janvier 2015

HAÏKU LISTIER

La vie m’est chère… au point que j’aurais du
exiger un devis avant d’endosser la mienne !

COLORE MA VILLE

Sous la lanterne ocre, ma vie
Se colore aux tons qui consternent
De ma ville où, par trop, alternent
Des gris et des bis à l'envie,
Des noirs par l'ombre poursuivis,…
Le sombre et triste nous gouverne,
Sous la lanterne.

Béton et bitume en nervis,
Nous voilà soumis, subalternes
Neutres, habillés morne et terne ;
Éteints comme le sont nos vies,
Sous la lanterne…

dimanche 18 janvier 2015

DAVID HAIT HAÏKU ‘LIAT

Quand on entreprend quelque chose,
Tout ne sera pas toujours rose,
Alors vaut mieux avoir la gagne,
On le comprendra, que la cagne

samedi 17 janvier 2015

HAÏKU'M PRIX

Les miens trouvent que je râle souvent. C'est vrai…
ça leur prouve que je ne suis pas totalement mort !

LE DALMATIEN

Petite fable affable d'après une travail de Camille Lesterle

Un dalmatien qu’un rien apeure

Nichait en riche demeure,
Celle d’un collectionneur d’art.
Ce chien passait pour couard,
Était la risée de sa race,
Car ne voulant laisser ni trace
Ni faire ici de mécontent,
Funeste erreur, suprême horreur,
Sur toute question, en tout temps,
La lippe lasse et l’œil pleureur,
Il choisissait de rester neutre.
Bref, c’était un lâche et un pleutre.

Ne prenant parti pour rien,

Il était tranquille et bien,
Ce chien, même pas de garde,
Qui, malin, les mouches regarde.
Pis, il faisait tapisserie,
Sans un ri ni grimacerie,
Devant une très grande toile
Semblable à son poil noir et blanc :
À tous les regards, elle voile
Et dérobe de but en blanc
Son grand corps tout en muscles, ferme ;
Il se fond au décor à terme.

Il était donc toujours dolent,

Serein et quand quelque insolent
Le prenait à partie, silence
Et mutisme lui étaient lances.
À vouloir se faire oublier,
Au tableau sans laisse lié,
On l’oublia sans autre forme
De procès, si bien qu’un jour
Il se figea net en sa forme.
Face à sa toile, il est toujours,
Statufié, dur comme lauze,
Là où sa vie était enclose.

À ne pas vouloir réfléchir

Et à ne pas vouloir choisir
Au mieux on est immobile
Au pire, on est écartelé…
Et si on vit, c’est vie débile :
On n’existe plus, entoilé !
Illustration : Camille Lesterle, décembre 2014

jeudi 15 janvier 2015

HAÏKU GNAQUE

En regardant mes vieilles photos de classe,
immodestement, force m’est de constater
que, même petit, j’étais déjà le plus grand.

LEURRE DE L’HEURE

Tac, tic, tac, court la petite aiguille,
Talonnant nos pas en haletant,
Tour à tour incitant, inquiétant,… 
Tac, tic, tac, court la petite aiguille,
Sans pause et sans peine, tous les instants
S’enchaînent et s’égrainent, entêtants,
Sur un ton tout en tics :
Tac, tic, tac, tic, tac, tic,…

Comme nous fait suer la scie

Du chant obsédant des aiguilles, 
En condamnant souvent nos “si”
À suivre d’éternels lacis.
Chaque heure, elles nous banderillent
Ne nous laissent que des sursis.

Tac, tic, tac, trotte la plus longue aiguille

Qui se promène en tout précipitant 
Clopinant, talonnant et irritant,…
Tac, tic, tac, trotte la plus longue aiguille
Arpentant le rond cadran, tant et tant,
Elle qu’on voudrait parfois s’arrêtant.
Tac, tic, tac, tic, tac, tic…
C’est piqûre d’aspic !

À suivre d’éternels lacis,

Ces aiguilles qui, toujours, brillent
Ne nous laissent que des sursis
Jusqu’à ce que l’on soit rassis :
Chaque jour, elles nous engrillent
Qu’on soit mal sis ou mieux assis.

Tac, tic, tac, se traîne la grosse aiguille,

En trompant celui qui va végétant.
Tac, tic, tac, se traîne la grosse aiguille
Qui ramène à elle l’impénitent
Qui jouerait le temps en intermittent.
Son pas sec n’est pas chic :
Tac, tic, tac, tic, tac, tic !

Comme nous font suer la scie

Des aiguilles qui, toujours, brillent
En condamnant souvent nos “si”
Jusqu’à ce que l’on soit rassis :
Chaque heure, elles nous banderillent
Qu’on soit mal sis ou mieux assis.

Illustration : Camille Lesterle, février 2015

mercredi 14 janvier 2015

HAÏKU NU AU BATAILLON

D’aucuns se croient « quelqu’un » ou « quelque chose »
alors qu’ils ne sont que… quelconques !

mardi 13 janvier 2015

HAÏKU LOMBINE

Il n’y a qu’au cinéma qu’on peut voir les doigts de fée
d’une petite main finir avec un gros bras aux mains sales !

Dessin : David Sanjaume, janvier 2015

ROSE & MARIE

Petite fable affable

Face au vieux cuveau, sur sa sellette, 
La Marie est là, avec sa drolette,
Qui lave son linge à grande eau
Vouant aux gémonies son trousseau.
Ces silhouettes insolites s’échinent
À blanchir à la main, pas de machine !,
Fanfreluches, chemis' à trous,
Jupons, cotillon et frou-frous.

La fille à Marie s’épuise à la tâche
Voulant faire disparaître ses taches
Avec un savon acheté
Au colporteur sans chicheté.
Sur le paquet de son pain, on indique
Que ce-dernier, quoiqu’à un prix modique,
Lave plus et mieux que d’aucuns
Car il mousse sans mal aucun.

Mais la pauvrette gratte, bat et frotte,
Rince et douche, sans jouer la jabote,
Dans les bulles, sans décrasser
Comme elle le veut, harassée.

On lave son linge sale en famille
Chez nous, donc sa mère, sous la ramille,
Décrotte avec plus de succès
Ses effets, corsets et lacets,…
Aussi cette fille s’ouvre à sa mère,
Mains rougies, front rosi et lippe amère :
« J’ai beau trémousser des appâts,
Ça ne nettoie peu ou pas !

- Tu as pris le mauvais outil, Ma Rose,
Tentée, de trop, par l’écume des choses.
Pour choisir un savon, mâtin,
Ai-je besoin de baratin ?
T’aurais demandé, j’aurais dit, Ma Douce,
Que ce n'sont jamais les savons qui moussent 
Le plus, ceux qui lavent le mieux…
Pareil pour l’homme, jeune ou vieux ! »

dimanche 11 janvier 2015

PLUS QUE JAMAIS : JE SUIS CHARLIE !

Même - & surtout - si je ne sais pas dessiner…

On peut aussi parodier une couverture à laquelle on aurait aimé qu'ils échappent, celle qui a caché des cadavres dont d'aucuns, aujourd'hui, se réjouissent plus ou moins secrètement :

Ou bien mieux, même abattus, réagissons comme eux l'auraient sans doute fait, avec leur humour irrévérencieux, sinon leurs assassins auront vraiment gagné la partie :

SALUT  LES  ARTISTES !
& tous les autres tombés à vos côtés :
économiste, psy, agent d'entretien, policiers, correcteur,…

AU SOIR D'UN GRAND JOUR…

samedi 10 janvier 2015

vendredi 9 janvier 2015

HAÏKU DE PIED DANS LA FOURMILLÈRE

Il est des gens qui, quoique droits dans leurs bottes,
ne cessent de  marcher à côté de leurs pompes.

AURORE AUTOMNALE

Cycle pyrénéen

Au loin, alors que la nuit défaille,
Le soleil effeuille chaque faille,
Dévoile chaque éboulis pierreux
Mais ombre, pudique, chaque creux
De gris timides et de bleus sombres
Que les chaos accrochent, peureux,
Privés de leur intime pénombre.

Ses rayons, prévenants aspics, 

Dévêtent, peu à peu, tout le pic
Le font rosir de plaisir, plus tendres
Quand ils caressent sa pointe. Cendre
Est le ciel qui était d’un noir brut,
Ton que gardent les nues en méandres
S’estompant à tous les azimuts.

Chaque aspérité, dorée de  lune,

S’ocre en s’esquissant. Main opportune,
Le matin dénude les reliefs,
Un à un. Nul n’en fait grief
Au jour offrant ce déshabillage
Si lent, et pourtant toujours trop bref,
Du pays pudique des feuillages.

mercredi 7 janvier 2015

HAÏKU DANS TA GUEULE

Au moment de se séparer, beaucoup de couples
préfèrent vider leur sac plutôt que de le faire.

Dessin : David Sanjaume, janvier 2015

PLUS QU’UN PAYS, UNE PATRIE

Où donc ai-je décidé de vivre
Quoi qu’il puisse demain s’ensuivre ?

Je vais là, et vis las, c’est fortuit ?,
Le regard lavé qui se fait suie,
Au plat pays où pleure ma peine, 
Cloîtré derrière des barreaux de pluie 
Et des murs de silence et de bruits ;
Oui, je demeure en cette arène
De longs jours bruissant à la traîne
De mes nuits enfuies, mortes d’ennui,
Portes m’enfermant en un sombre puits
De tristesses restées souterraines.

Terre de déchéance, produit
D’ans qui, sans cesse ni excès, fuient
Et qui, hélas, mon humeur gangrènent.
Le temps vous y vanne, quoique instruit,
Des souvenirs enfouis, recuits,
Au vent d’oubli où toutes ces graines 
Se font médication où traîne
Un poison parmi ses plus beaux fruits.
Pour entrer hui, pas de sauf-conduit,
Cette garenne n’est pas foraine !

Ami, j’ai osé de vivre en moi
Qui m’y suit sait tout de mes émois…

lundi 5 janvier 2015

HAÏKU POUR RIRE

Mes saillies sont incisives, voire canines tant je peux me faire chien !

APRÈS LA PLUIE,… LE GROS TEMPS !

Petite fable affable

“À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !”
Pensait un ver viril, après une nuit noire
Où s’abattit la pluie, lui noyant son chez lui.
Il doit, et au plus vite, après la cour qui luit
Se trouver un chez-soi. Allez m’en croire :
Il s’en va ventre à terre, après la haie de buis !

Il épouse un sol cuit transformé en baignoire,

Évite becs, griffes, pneus, pieds allant au puits,…
“À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !”
Disant son vers viril, le lombric, dérisoire,
Trémousse cul et col, glisse sur ses appuis, 
 Se traîne encor méshui, rampe comme l’on fuit,…

De ses efforts et peurs, il va glaner les fruits.
Mais s’enfuir pour s’enfouir, ça fait de ces histoires !
Au terme, il a conduit son périlleux circuit,
Et presque sans ennui… Hélas un tracteur bruit.
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !
À trop tirer le fil, on n’a que des déboires !

dimanche 4 janvier 2015

samedi 3 janvier 2015

HAÏKU & BLÉ, SÛRE ?

Face au parisianisme, rester dans sa brousse
permet de garder sa réserve naturelle.

BELLE IMPAIRE ?

Quoi qu’en pense le vieux fait Saint-Père,
Marre d’être, là, mari et père,
Même prospère et, parfois, pépère !
Aussi, ce soir, je me fais la paire
Loin de la maison qui m’exaspère :
Je suis le compère sans repère
D’un bel ange devenu vipère
Qui, dès matin levant, me tempère,
Me vitupère ou me désespère
Et, les soirs de blues, me récupère.
Mais sûr, ce soir, je me fais la paire !

Quoi qu’en dise leur fameux Saint-Père

Qui n’est, lui, ni mari marri ni père,
Piégé au repaire d’une épeire
Car, dans un couple, on ne coopère
Pas. Oh, que non ! Il faut que j’obtempère
Quand elle vitupère ou tempère !
Las, plus aucune magie n’opère
Et que veux-tu, désormais, que j’espère
Hors d’être beau-père et puis grand-père.
Et ça, jamais !… Je me fais la paire
Car elle me l’a trop cassée… ma paire !

jeudi 1 janvier 2015

HAÏKU MODESTE

« Vanité bien ordonnée… », vous connaissez la suite !

M’ENTERVE QUI NE ZERVE PLUS !

Ma bonne vieille Minerve,
Sais-tu combien, il m’énerve,
Avec sa sagesse serve
Ce monde où vibre ma verve
Quand je sors de ma réserve ?

Oh oui, ma pauvre Minerve,
Ce monde qu’un rien efferve
Et que, chroniqueur, j’observe,
Faut-il qu’on le conserve
Tant la bêtise l’innerve
Et que nos “maîtres” s’en servent ?!

Eux qui nous tuent, nous dénervent,
En prétendant qu’ils nous servent,
Mine et lippe de loup-cerve,
De quoi donc ils nous préservent,
Ma pauvre vieille Minerve ?!
Dessin : Camille Lesterle, décembre 2014

UNE MUSARAIGNE MÉRITANT DES BEIGNES ?

Petite fable affable

Tout petit animal ladre et mesquin,
Museau tout effilé et gueule d’apôtre,
Une musaraigne, pour son saint-frusquin
Garder, fuyait les siens : « L’enfer, c’est les nôtres !
Prétendait-elle. N’en déplaise aux pasquins ! »

Elle n’était pas d’un commerce facile,
Toujours à vouloir, faisant tout pour pouvoir
Arrondir plus sa bougette trop gracile
À ses yeux ; elle y conservait ses avoirs :
Pécule en pécunes et grains, las, fossiles.
Elle était affairée, jamais déférente,
Du soir au matin et du matin au soir,
À tout et à chacun fort indifférente,
Elle amassait, thésaurisait sans surseoir
Quand elle n’accumulait pas, effarante.

Elle avait emmagasiner de quoi nourrir
Tout le champ mais réunissait davantage.
L’argent est un bel outil qui, sans discourir
Trop, fait souvent de la mauvaise ouvrage :
Il avait dérangé son esprit à le pourrir !

Renard voit dans cette manie très étrange
De capitaliser sans rien voir autour,
De rassembler de si énormes vendanges,
Une victime sans pareille alentour
Pour ses appétits valant ceux de phalanges.
Il se rend donc chez ce moissonneur hors pair,
Mais à la voir, là, si agitée et si maigre
Pour faire chère, elle avait trop peu de chair.
« C’est pas une affaire la pisse-vinaigre ! »
Il la regarda jouer du bec, du flair…

Puis lassé, pour ne plus voir la tête folle
Qui s’affamait à étancher ses besoins,
Levant son cul et son camp pour plus frivoles
Mais dodues bestiaux, il partit plus loin,
Ronchonnant, bougon, pour l’autre mariolle :
« Que l’on soit tourneboulé ou impavide,
Une vie avide tourne vite à vide ! »

Comme l'an passé… avec un petit plus !

HAÏKU PEU DE CHAMP’

Je vous la souhaite prospère mais rimée !

…/…


Et cette année, pour mon plaisir, et le votre j'espère,
Camille se joint à moi :
Illustration : Camille Lesterle, janvier 2015