Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 14 janvier 2019

HAÏKU PARADOXAL

Naguère on n’aimait guère la guerre que l’on ne connaissait que trop bien…
Aujourd’hui, la paix durant, au moindre pet, le premier épais venu veut tirer l’épée !

dimanche 13 janvier 2019

HAÏKU PEU RAI

J’attends que mon grand-père soit centenaire pour l’envoyer au « Don du Sang ».

LE PRIMATE SINGEANT LES BIPÉDES

Petite fable affable

Chez ces gorilles, on s’inquiète et s’alarme :
Un des jeunes, petit con mal dégrossi 
Ne cesse, jusqu’à faire poindre larmes
Et de morguer, et de mépriser aussi,
Toutes les femelles de ce groupe :
Il  rabaisse ses sœurs ; il désobéit
À sa mère qu’il snobe ; d’une croupe
Montrée sans fard, ainsi, voire à grand bruit,
Il dédaigne ses tantes, et même il toise
Sa grand-mère en phrases des plus discourtoises.
Il bat froid même celles qui ne sont pas
Ses parentes directes, franc comme un lupa !

Pis, à celles qui ne veulent pas l’entendre,
Il rappelle que la Nature en ses lois
Fit la femelle ployable, douce et tendre,
Inférieure au mâle qui est son roi
Par le cerveau et les muscles ; donc parole
Adressée à elle, sans se déshonorer,
Ne peut-être qu’un ordre et que, donc, son rôle
Est de se soumettre sans tant loghorrer.
« Il en est ainsi c’est le plus intelligent
Et le plus grand de nos cousins, bonnes gens ! »

Cette attitude piqua le chef de meute,
Un dos argenté qui l’interpella par ces mots :
« Alors, Mon Petit, tu cherches à susciter l’émeute ?

- Non pas, Maître : je rappelle que tous nos maux
Vient de ce qu’elles ne savent leur place.
Mâle doit dominer, ses fils seconder ;
Plus bête et faible, toute la populace
Des femelles doit sans causer, ni fronder,
Leur obéir et les servir comme chez les Hommes,
Qui sur toute la terre ont fait leurs royaumes.

- Et pourquoi de telles dispositions ?

- Elles nous sont inférieures en la Création ! »

Il fallait, autant que de telles outrances,
Châtier cette insupportable arrogance :
« Ah, c’est donc pour cela !… Mais mon bon garçon,
Fit l’Ancien, femelle t’a mis au monde,
Si je ne m’abuse ?… Or, si j’entends leçon
Que tu m’as tantôt faite, à quel rang immonde
Devrait-on ravaler l’insigne fruit né
D’un être “inférieur” ?… » Et toute la troupe
De rire à pleine gorge à voir, là, le nez
Que fit l’impertinent à qui ça la coupe…
« Eh ! gorillon à cervelle de grillon
Et aux biceps guère plus gros qu’agrions,
Fuis tout ce qui se prétend valoir modèle
Et les raisons éclairant moins que chandelles  ! »


Illustration : Élisa Satgé, été 2019

samedi 12 janvier 2019

vendredi 11 janvier 2019

HAÏKU’R D’ANNA TOMIE

Aujourd’hui, un propos prête plus volontiers à contusions qu’à confusion !

MON AMI

Je t'ai connu ado' avec certains des tiens
T'ai tenu la main mais suis mauvais chrétien
Moi qui vais si rarement à messe
Et souvent hélas que d’une fesse
J’ai couru bonhomme à ton ordination
Où s’assemblaient ta désormais Nation
Voulant ma foi voir en toi encore
L’ami non l’habit mais des pécores
S ‘étaient faites ouailles au nom de la Passion
Qui se refusent tout avec ostentation

Or j’ai vu tout un saint petit peuple
De gens d’argent ou de biens meubles
Tout gavés d’Ave et de credos à crédit
De sermons et d’exégèses en salmigondis
Encensant une charité prou riche
De vanité mais en monnaie chiche
Aimant son prochain par devoir ou fonction
Avec componction sans inclination
Leur piété ici-bas se teinte
D’orgueils et ne sont que mots et feinte
Ces bénis vont de jeûnes en carêmes tout dédain
Entre apéritif dinatoire et cocktail mondain

Combien parmi tous ces fidèles
Bienheureux sont vraies citadelles
Ils croient que c’est aimer Dieu que de haïr 
Le reste du monde et sont jà prêts à trahir
Les bons enseignements de leur Bible
Toute « différence » étant leur cible
Ils font que tout moyen soit légitime et permis
Pour contrer ou pour nuire à leurs « ennemis »
Soit-il fort défendu par leur table
De lois pourtant des plus conseillables
Car plus inquisiteurs que l’inquisition
Ils veulent qu’on ploie sous leurs dispositions

Ces voix ne sont à les entendre
Qu’échos louables de cœurs tendres
D’un Ciel toujours zéleusement servi
Et encore plus jalousement obéi
Ah quels Tartuffe que ces fourbes
Qui ne sont que lie et que tourbe
Dévots sectataires aux noirs ciseaux de censeurs
Se voulant le sel de la Terre frères sœurs
C’est pitié que cette pléthore
Ne voie en toi qu’un jettatore

jeudi 10 janvier 2019

HAÏKU’R DE LANG

Est-ce-que parce que les Anglais ont « une gueule de raie » que chez eux « face » se dise « fesse » ?

mercredi 9 janvier 2019

HAÏKU’R DE PETS EST-CE ?

L’heure de pointe rend marteau comme le vice conduit à l’écrou !

LES DEUX OISEAUX

Petite fable affable

Deux gros oiseaux, ayant le même âge,
Élevés dans une même cage,
Frères de surcroît,
Éduqués et instruits de même,
Connurent, est-ce vraiment problème ?,
Par erreur je crois,
L’envol de la liberté vers les limbes
De l’azur et les nues qui le nimbent
Ou, parfois, le broient.

Mais chacun d’eux, du même apprentissage
N’a pas retenu les mêmes passages
Ni tiré des fruits
Semblables, ce qui étonna merles
Et pinsons qui commentaient leurs perles,
Hélas, à grand bruit…
Même les arbres en bruissaient, ma Chère,
Jusqu’à leur orée et aux jachères
Où vaquaient les truies.

Le premier était piaffe et superbe,
Le second plus sage qu’un proverbe 
Semblait empoté ;
Si l’un faisait ripaille et bombance,
Volant vite en toute confiance
Au haut de futaies,
L’autre gobait peu ou faisait maigre,
Son vol n’était en rien allègre
Ni un fils d’Atê.

La forêt s’interrogeait sur ces frères
Qui différaient tant : l’un téméraire,
L’autre timoré.
Homme ni bête ne trouvant réponse
À la chose, fort vite on renonce
À plus loin forer.
Un vieux chêne prit la parole
Alors, dans les brumes en fumerolles,
Pour subodorer :

«  N’est-ce pas là Loi de la Nature :
Mes branches n’ont pas même droiture
Quoique nées de moi,
Taille identique ou pareille forme,
De la même sève nourries. Norme,
C’est dit sans émoi !,
Qu’on note chez mes cousins et frères
Ici ou ailleurs. Alors pourquoi braire
Ainsi pour des mois ? »

Nos différences font que nous sommes
Des semblables qui ne sont pareils
- Même dans le plus simple appareil -
Notre richesse naît de leur somme…

lundi 7 janvier 2019

HAÏKU QUI NOUS VA

Paradoxalement, pour mettre une femme à genoux certains hommes se jettent à leurs pieds !

À NOUVEAU JOUR, JOUR NOUVEAU ?

Dès l’aurore, je mets le jour en joue 
Pour lui tirer les vers du nez, en chantre
Du monde, ne pouvant point, sous son joug,
Le mettre en joie, ma foi, dedans mon antre,
L’aube féconde et fugace n’est lors
Que le préambule d’un crépuscule,
Que le prélude d’un temps déjà mort
Celui qui m’est offert, minuscule.

Donc dans la solitude de mes jours,
Noyé dans la multitude, seul, j'erre,
Larmes ravalées sur mon mortel séjour,
L’ouïe éblouie, l’oeil en deuil mais hère.
Je marche encore, le torse bombé
Mais l’âme en lambeaux, jà, brisé de vivre ;
J’avance toujours jusqu’à, las, tomber
Sans avoir vécu comme un bateau ivre.

samedi 5 janvier 2019

HAÏKU’R DE RÉCRÉ

Ce que l'on perçoit du sens la vie et que nos sens nous laissent, souvent, interdits !

LA LIBELLULE PRÉVENANTE & LE GRILLON PRÉVENU

Petite fable affable
"Il n'y a plus guère de remède au mal 
quand les vices d'hier sont devenus 
les moeurs d’aujourd'hui"
(Sénèque, Lettres à Lucilius)

À défaut de haute naissance, une libellule, 
Se voulait Demoiselle de bon lieu.
Elle encontre un gros grillon, matin, coinçant la bulle
L’œil vague, perdu au plus bleu des cieux.
Ce dernier, sachant le métier de la flemme,
Fringant mais, las, ô combien mal fringué 
- Livrée rapetassée, guêtres plus vraiment blêmes -
Paresse quand chacun est là aux aguets.

Notre belle l’alpague sans plus de manière,
En mots dentus et en phrases griffues.
« Sois donc sur tes gardes sinon, dans cette mouillère,
On ne dira plus que "tu es" mais que "tu fus"
Et finies pour toi repues à s’en péter la panse,
Franches lippées et autres bonne goulées ! »
Parmi ses défauts, plaisamment nombreux, l’autre pense,
Devoir laisser causer et, pis, tout couler :
« Reste coite et quiète, La Mère : rejeton
De ta race ne suis !… Inutile que tu me parles
Avec de grosses dents et que tu me donnes le ton
De ma chanson car je ne crains point les marles
Ni les merles et autres faquins qui, ici, tant règnent ;
Demain est un autre jour, il m’importe moins
Qu’aujourd’hui et ce qu’il m’apporte, Musaraigne ! »
L'arrogance aime avoir foule de témoins,
Notre chanteur se grise de ceux qui alors se présentent
Et retourne aux délices et suavités
Du moment, la libellule si bien disante
Laissant ce mufle à ses destin et fatuité.

Un oiseau, qui n’avait pas perdu une miette
De cet âpre et bref dialogue de sourds,
Noulant, lui aussi, perdre en discours de mauviette
Un temps hors saison attrapa notre gourd
Grillon : « Je suis bien aise que toute prudence
Te soit chimère, l’Ami : mon appétit
T’en remercie !… La paix et, pis, l’abondance
Sont mauvaises conseillères, Mon Petit.
Tu aurais mieux fait d’écouter l’autre débile
Au lieu de jouer là au patarin
Car comme me disait un ami venu des îles :
“Mer calme n’a jamais fait de bons marins !” »

Illustration : Élisa Satgé, été 2019

vendredi 4 janvier 2019

jeudi 3 janvier 2019

ÇA POUR L’HAÏKU !

Pour soigner il n’est que de gais rires !

OUAIS ET ALORS…

Je suis orphelin de mon enfance et de ses ris,
Du temps où j’étais frivole comme parole
Et qu’on me voulait réfléchi comme un écrit,
Sage comme une image, bref un triste drole
Dressé au plus tôt à tenir, demain, un rôle.
C’était l’époque où notre école avait des bancs
Où nous usions en chœur nos courtes culottes,
Salissions nos blouses grises sans ruban.
Plumiers de bois, encre de seiche et calottes
Nous faisaient lors un quotidien sans parlote.

Comme papillons bleus, comme papillons blancs
Qui, au vent, à travers prés, à travers champs, volent,
Vont, viennent, évanescents, virevoltants,
S’éparpillent, s’enfuient comme lucioles,
Ces heures sans faux fuyants, sans faux semblant,
Furent fugaces, mêlant troublant et tremblant,
La peur et le bonheur voire l’insouciance.

Car nous étions chenapans aussi, chapardant
L’épicier roublard qui, malgré surveillance
Et méfiance, se retrouvait toujours Gros Jean
Comme devant grâce à notre bienveillance !
Il promettait le cachot, la corde ou la cloche
À ces galapians qui galopaient au loin,
Ces gamins si malins à l’âge des galoches,
Ces gosses se gaussant,… Oui, tous ces fils des foins
Devenus hélas rats des villes mais encor’ filochent,
En gens d’argent, méritaient alors des taloches.

Nous allions, à cet âge qu’on disait ingrat,
Qui n’a passé mie à d’aucuns, sans petitesse
Ni scélératesse, deci, de là, moins gras
Que ces boutiquiers dont la grave rudesse
De l’écorce cachait d’un gros cœur la tendresse.
Car tous ces marmots, marmaillant et trop hardis,
Riaient de leurs bons tours comme folles nonnettes,
Allant cahin-caha, du lundi au lundi
Clopin clopant, de galipettes en patinettes,
L’âme à la noise, aux bêtises et aux clopinettes.

N’ayant rien de grand qu’une sotte fierté,
Les gourmandait toujours quelque grande personne
Qui se gendarmait de peu avec dureté
 - Implacable aux autres et qui, tout haut, le klaxonne,
Mais à soi indulgente - oubliant, en oursonne
Mal léchée que, chacun sait, malgré le courroux
Outré dans lequel elle se caparaçonne,
 Qu’en sa jeunesse, elle, elle hérissonna, et prou.
Alors qu’importent que drolissous polissonnent
Et qu’une cloche résonne sans qu’on la sonne !


mercredi 2 janvier 2019

mardi 1 janvier 2019

BONNE & HEUREUSE ANNÉE À TOUS

HAÏKU’ARDISE

Beaucoup se refusent à réfléchir de peur d’avoir à fléchir !

LE LIÈVRE, L’ÉCUREUIL & LE LOUP

Petite fable affable D’après D. Allemand

Un grand lièvre, médecin de son état, 
Ayant, hélas, de maladie, perdu sa hase
Se morfondait, à tout heure à l’amer constat
De ne l’avoir pas curée de ses métastases ;
Il parlait même en tout lieu d’ « en finir »
Ayant échoué où il devait réussir.
Notre pitoyable s’en alla courir l’antre
Du loup pour s’offrir à sa gueule, ayant
Perdu sa raison de vivre, le ventre
Creux, le cœur las et l’âme vide. Mais en oyant,
Fort pantois, le quoi et le qu’est-ce de sa quête,
Cette mâle bête noulut de sa requête.

« Ne sachant ni tromper, ni feindre, ni mentir,
Je te refuse céans la mort ce que tu cherches :
Tu ne vois que ton passé, et en faux derche,
Veux que je fasse, pour que cesse ton pâtir,
Ce que tu n’oses te faire à toi-même.
Va de l’avant, et à nouveau aime :
Les remords et les souvenirs qui t’ont épuisé
Et t’engluent sont des nasses de naze friandes.
Inutile de me tenter, de me tantaliser :
Le stress est mauvais, je le sais, pour la viande ! »

Or, non loin de là, un jeune et bel écureuil
Devant l’Éternel, grand accapareur de provende
Geignait en la ramée, vivant un autre deuil :
Il ne retrouvait plus noisettes ni amandes
Amassées plus tôt en ses nombreux magasins
Alors que les treilles portaient encor’ raisins.
Il comprit alors qu’il ne pourrait prou survivre
Aux frimas prochains. Donc, pour hâter son trépas 
Il court chez notre Ysengrin, se dit las de vivre
Et, là, incontinent, se propose à ses crocs.
Mais sa piètre chair ferait un maigre rôt !

« Voilà une idée fort saugrenue, sotte bête.
D’abord parce qu’un vrai loup se fait fierté 
De ne devoir pitance qu’à soi, liberté
Qui fait que parfois je jeûne ou m’use gambettes
Pour, là, quelque potelé chapon chaparder 
Ou volailles voler sans trop y regarder.
Mais, las, je ne suis pas un vil croque-mitaine :
Au pauvre malchanceux effrayé par demain,
Comme au malheureux qui pleure comme fontaine,
Hanté par hier, je ne donne coup de main.
Qu’ils sachent qu’aujourd’hui est un présent qui offre
Des chances de regarnir leurs cœur et leurs coffres. »