Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 8 juin 2012

FILLES OU FEMMES…

Pourquoi ne peut-il s’émouvoir
Des cris, des pleurs, du désespoir,
Rester libre dans la nature
Sans risquer un jour la clôture,
Celui qui a excisé,
Au saint nom de la tradition
La jeune enfant terrorisée
Pour mieux marquer sa sujétion ?

Comment ne pas faire déchoir
De son arrogante posture
Ou condamner au mouroir,
À boire quelque mixture,
Celui qui, un jour, avilit
La fillette qui lui est née,
Rêvant d’une vierge en son lit,
 Et ne s’en trouve pas gêné ?

Toujours, les croqueuses de pomme
Qui, partout, subissent l’odieux
Sont condamnées, en sus, en somme
Tant à l’injustice des Dieux
Qu’à l’indifférence des Hommes.

Pourquoi n’est-ce pas un devoir
De faire arpenter les trottoirs,
Avec de l’allant et de l’allure,
Sous une épaisse chevelure,
Celui qui, ou père ou mari,
Conquit un petit corps fluet
Et, rogue, ne se l’approprie
Que pour mieux le prostituer ?

Comment ne peut-il concevoir
La honte, toute en démesure,
Ni supposer, ni entrevoir
L’humiliation de sa souillure,
 Celui qui, sans honte, a marié
La fraîche pucelle achetée
Pour pouvoir la décacheter
Sans mot d’amour, comme un guerrier ?

Partout, les croqueuses de pomme
Qui, toujours, subissent l’odieux
Sont condamnées, en sus, en somme
À l’indifférence des Dieux
Comme à l’injustice des Hommes.

Mais pourquoi a-t-il du pouvoir
Et peut-il jouer du gueuloir,
De l’encensoir, de la tonsure,
Invoquant célestes augures,
Celui qui a emprisonné
La plus belle moitié du ciel,
Encagé sa femme confinée,
Pour un dieu circonstanciel ?

Comment peut-il, quand vient le soir, 
Admirer encore sa hure
En regardant dans son miroir,
Sans se cracher à la figure,
Celui qui, ami ou époux,
A meurtri la chair de sa Douce,
La tatoue de coups quand son pouls
S’accélère, qu’il se courrouce ?

Toujours, les croqueuses de pomme
Qui, partout, subissent l’odieux
Sont condamnées, en sus, en somme
Tant à l’injustice des Dieux
Qu’à l’indifférence des Hommes.

Pourquoi ne veut-il pas savoir
Ne pas comprendre, ne pas voir,
Tout ce que peut faire l’injure
D’être jeté, là, en pâture,
Celui qui élève la voix
Pour que l’on tonde, sur le champ,
Des filles ou se fait pavois
De les humilier par des chants ?

Comment ne pas faire pleuvoir,
Sans surseoir et sans fioriture,
L’infâmie, voire le tranchoir,
Sur cette immonde créature,
Celle qui osa lapidé
Le lys qui fut cueilli, flétri,
Avant la saison, par une ondée
Qui l’a brisée et l’a meurtrie ?

Partout, les croqueuses de pomme
Qui, toujours, subissent l’odieux
Sont condamnées, en sus, en somme
À l’indifférence des Dieux
Comme à l’injustice des Hommes…

jeudi 7 juin 2012

PROVERBES IRRÉGULIERS

Qui veut railler loin ménage sa caricature.
Qui y va fortement déçoit.

*

Rien ne sert d’acquérir, il faut acheter à point.

**

Il n’y a pas d’épitaphe sans feu.

***

Les pas drôles s’en vont, les aigris restent !

mercredi 6 juin 2012

JOUER À TROUSSE-CÔTILLON

Sur  « la  chasse  aux  papillons  » de et par G. Brassens

Un Américain, qu'on disait fort sage,
Préférait à tout d’être polisson
Et dans le pays où seul’ compt’ l’image
Il jouait à trousse-cotillon…

Dans son grand bureau, il remuait-ménage
Avec des jeuness’ mises com’ des souillons
Qui taillaient crayon à tous les étages
Et jouaient à trousse-cotillon…

Ces beautés local’ était v’nues en stage,
Pas pour assouvir le vieux taurillon,
Mais toutes dégrafèr’ leur p’tit corsage
Pour jouer à trousse-cotillon…

Mais le hic était qu’l’ faiseur d’hommages
Était l’Président de la “Grand’ Nation”
Où les vertueux font tout un fromage
Quand on joue à trousse-cotillon

Soudain à la télé vinr’ les témoignages
Dévoilant au monde sa folle passion
Et c’la fit, Mon Dieu, un sacré tapage
Qu’il joua à trousse-cotillon…

On somma alors notre homme volage
D’aller s’expliquer à la télévision…
Il Joua les couillons heureux en ménage,
Pourfendeur des trousses-cotillon…

Mais son pieux mensonge affol’ les sondages, 
Mettant en péril fonction, élections,
Alors il avoue, non sans quelque rage,
Qu’il a joué à trousse-cotillon…

Mais le plus drôl’ dans ce grand déballage
C’est qu’il s’ fit au pays où l’fric est champion,
Et qu’nos politiq’, curieux décalage,
Préfèrent les histoires de pognon,…
Les histoires de pognon !

mardi 5 juin 2012

LA BALLADE DU BLAIREAU

Petite fable affable

Un vieux blaireau qui se croyait un homme,
Priant Priape, mais jamais repu,
En quelque lieu clos, cette grosse pomme,
S’attaqua à une caille crépue.
Il était des gens de pouvoir, rompu
Aux affaires qui font tourner le monde,
Et sur cela, depuis toujours, il fonde
Qu’on doit lui céder en tout et sur tout.
Ainsi sont ceux qu’on respecte à la ronde ;
Lui qu’on voyait Lion chez les coqs, itou.

Notre prédateur, puisqu’ainsi on nomme
Ces faunes, vit son rut interrompu.
Il n’en fut pas moins traîné, le bonhomme
Devant le juge Renard, un lippu
Que rien ni personne n’a corrompu
Que l’ambition et l’estime profonde
Qu’il avait de lui-même, heureux surtout
De se payer un Grand aussi immonde.
Ces bêtes-là peuvent finir dans l’onde ;
Lui qu’on voyait Lion chez les coqs, itou.

Médias à la curée, amis qui gomment
Blaireau de leurs tablettes tant il pue,
Sur qui pouvait compter le gentilhomme ?
Sur la bafouée, blairelle trapue
Qui, face aux faits, à la rumeur grappue,
Seins clairs et mine sombre le seconde…
Puis, on blanchit Blaireau de presque tout.
Peu de Puissants de leurs fautes répondent :
Lui qu’on voyait Lion chez les coqs, itou.

Gens de biens, face aux gens de peu qui grondent
Vous gagnez toujours par tours et faconde.
Quoique ainsi sauvé, plus d’un manitou
Se priva d’une destinée féconde ;
Lui qu’on voyait Lion chez les coqs, itou.

lundi 4 juin 2012

PROPOS DÉGRISÉS… ET TOUT À TRAC !

 D'après Greg (1931-1999)

     En frac et chapeau claque, moins grisé que grisonnant, au milieu des grimauds rabougris à grimaces et des gribouilles griffus que le gris lasse, je me sens grièvement gris malgré le diktat du tic-tac. Moi qui m’aigris quand je maigris, dans ce monde de villes si viles et si peu urbaines dans leur décor de grisaille, j’essaye de m’égayer des cricris des grillons égaillés ou du vol de guingois d’un griset chabraque. Même l’alouette se désole et, du tic au tac, grisolle sans grief sous ces ciels grisouteux dont les rêts sont des lacs et les arrêts des claques. Tout a pris une teinte gris fer, à l’image du grillage de ces cages d’un gris-acier grimacier qui enferment nos jardins vert-de-gris où la pie grièche a chassé la grive qui raque sur le criquet patraque.
   Avec mes fins de mois ric-rac, j’ai plus l’âme d’un mistigri que d’une grisette aux hauts cris des nervis énervés du nain de Hongrie et ses égrillardes éminences grises qui traquent et qui matraquent. Ces griffons griffus restent agrippés à leurs critères criminels, dans le gris ardoise - ou fumée - des tours de béton graffitées au graphite qui grignotent nos banlieues qui ont faim de toits. Jamais à court d’un micmac ni d’une tactique, ils veulent faire passer au gril les griots à gris-gris et grimoires puis derrière des grilles des petits-gris proscrits. Face à cette injustice permanente et vraiment pestilente, critique-t-on à la criée, la justice immanente rarement imminente…
   Loin du cric-crac des fric-fracs et du crin-crin quotidien, je ne vois plus que le gris-poussière des grippe-sous foutraques, des griveleurs escrocs, des grigous joueurs de trictrac et des escogriffes accros au grisbi. Ailleurs, jamais à court d’un trac ni d’un tract, des gobeurs de griottes et des faces à grimaces, griffonnées de maquillage, font grise mine du matin au soir alors que leurs gitons et leurs gigolos sont noirs du soir au matin. Oui, ici, dans leurs nuits de bric-à-brac où s’envolent les briques, tous ces chats sont grivois alors que les souris, gribouillées de grimage, restent pattes de velours et fringues dégriffées sous le feu grigne de leurs yeux gris-bleu. Aussi, celles qui sabordent ce qui déborde comme celles qui ont amplifié une nature atrophiée seront, au bout de la nuit, à court de griffes et la crinière en crise, moins grisées que grises, réduites au string minimum pour un aller simple, en vrille et en vrac, au bout de l’ennui dans un clic-clac si rien ne se détraque.
   À l’horizon des Grisons, nom d’un grizzli, hors mes barriques et ma baraque, tout n’est que pluie - flic-flac - et flaques sous des ciels gris-perle, pour les cellules grises d’un adepte non du crack mais du couac et du crayon gris !… Mais il en faut plus pour que je craque, ventre Saint-Gris !

dimanche 3 juin 2012

PROVERBES IRRÉGULIERS

Toute penne mérite son aile.

*

Il faut battre le fier quand il est chauve.

**

Qui a pu paiera.

***

Une haridelle ne fait pas l’important.

samedi 2 juin 2012

LOIN DE CEUX DE LA BASOCHE

Cycle historique


Je traîne, je sais c’est moche,
Galoch’ aux pieds, pogn’ dans les poches.
Je suis un mioche, un gavroche.
C’est la brune qui m’embauche,
Du côté de l’Av’nue Hoche,
Où je prends, je pique et fauche.

Je suis de ceux de la cloche
Que jamais rien n’rabiboche
Avec un’ société moche.
Digne fils d’une Folcoche,
De celles qui vous décochent
Des tèques et des taloches,
Je vide toutes les poches
Des péquenots qui m’approchent,
Des Amerlocks, des Boches,…
Tous ces gus, tous ces fantoches,
Qui baladent leur brioche
Du côté de la Bastoche
Et qui n’ont dans leur caboche
Que des idées de baloches,
De luxe, de champ’, de bamboches !

Je traîne, je sais c’est moche…
Bonneteau et quinte floche,
J’entourloupe, embobinoche
Et je m’active, l’air gauche,
Comme une mouche du coche,
Non loin des fill’ qu’on chevauche.

Parfois, je l’avoue, j’accroche
La main leste et les doigts croches,
Ou les sacs ou les sacoches
De cell’ qui, sur leur bidoche,
Ont mis des perles, des broches
Pour faire bader leurs proches.
Et puis, d’un bond, je filoche,
Laissant l’écho de leurs reproches,
Et des cris qu’elles m’décochent
Derrièr’ moi où ils ricochent
Tout comme sur de la roche…
Mais avant qu’on ne m’amoche,
Il faudra que je raccroche 
Que je fasse mes valoches
Pour Lille, Lyon, Laon ou Loches !

Je traîne, je sais c’est moche,
Le pal’tot qui s’effiloche.
J’suis une tête de pioche
Qui, quand le matin s’ébauche,
Fuit les coups, les anicroches,
Car c’est l’heure où je débauche.

vendredi 1 juin 2012

LA FOUINE DÉCOMPLEXÉE

Petite fable affable

Rongée par l’ambition,
Faute de conviction,
 Une fouine, hyène
Sans en avoir la peau,
Trahit toutes les siennes :
Quand son peuple, en troupeau,
Entrait en rébellion,
Elle se donne au Lion !

Ce roi aime les cuistres :
La voilà donc ministre.
Sans âme ni amies
Et toute en imposture,
La fille d’infamie,
De poses en postures,
Est aux grandes manœuvres,
Placée aux basses œuvres.

Elle n’est que boniments,
Voltes et reniements,
Tant elle est ver et vice.
Elle va donc plus loin,
En servage et services,
Que gens dans le besoin.
Elle n’en eut que mépris
Car trahir a son prix.

Jésuite et byzantine,
Se voulant laurentine,
Du jour au lendemain,
Notre croque-colombes
Fit ainsi son chemin
Vers le trou de sa tombe,
Le roi s’en méfiant,
La Cour s’en défiant.

Vénal d’occasion ou girouette,
Ici-bas, qui s’est vendu un jour,
Pour quelque miroir aux alouettes,
Est traître, aux yeux de tous, pour toujours.