Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 15 mars 2021

DE NUIT GLOUTONNE EN JOUR GOULU

La lune, bouche rieuse de la nuit,
Pour tromper, un temps, et son monde et l’ennui,
S’apprête à faire un très grand banquet d’étoiles.
La faim de nos ciels est proverbiale,
Et ce festin-là se finira, matin,
Quand leur ventre aura blanchi le tain
À ces voraces agapes de lumière.

Les nues iront, dans l’aube nourricière
Et dans l’aurore brillante comme un œuf,
Alors en frairie avec un soleil neuf
Pour des libations où l’éther avale
L’azur et gobe la chaleur estivale.
Ce repas durera, malgré taciturnes
Et chagrins, jusqu’au prochain régal nocturne…

dimanche 14 mars 2021

HAÏKU BIQUE

Une réponse qui pose problème n’est pas une bonne solution même si elle est la moins mauvaise des options.

samedi 13 mars 2021

L’HAÏKU NIX

Les transports en commun, en amour comme ailleurs, sont rarement tendres.

ÉSOPE & SES MAÎTRES

Petite fable affable

Un bon citoyen, homme sage pensant peu
 Et parlant prou avait un bon esclave,
Un phrygien fuyant à sauve-qui-peut
La foule, race imbécile qui lave
Son honneur bafoué dans un grand  bain de sang
Comme elle essuie tout affront par le blâme.

Servile d’état et non d’esprit, serviteur
Dévoué mais guère soumis, Ésope,
Puisque tel était son nom, était bretteur
En matière de pensée et moins myope
Qu’un philosophe. Le propos parfois cassant,
Le mot, souvent, plus affuté que lame,
Il disait son fait, franco, à tout un chacun
D’une épigramme valant maints épais bouquins.

Il méprisait fort le luxe et le faste 
Qui le faisait vivre, tout autant qu’il respectait
La misère que craignent tant les dynastes.
Esope, libre d’esprit comme un grand dadais,
Était, dit-on, contrefait à l’extrême,
Nous affranchit sur un monde mort quoiqu’éloquent,
Le sien, pas si éloigné du nôtre,
Et des vices dans lesquels il se vautre.

Ainsi son nom survit-il à sa mort
Quand tous ses maîtres dans l’oubli tombèrent.
Et en mordant, sa vie durant, du sort le mors,
Il prouva aux éternels pauvres hères,
Soient-ils hilotes, que Talent rend pérenne, quand
Le rang ne fait grand qu’un temps de carême.

jeudi 11 mars 2021

HAÏKU VRAI

Qu’importe si je chante faux du moment que je pense juste !

FUGITIF

Avancer avec le vent
Le ventre vide et la tête pleine
Pour fuir sa vie d’avant
À travers les monts et les plaines
Avancer contre le vent
Les yeux secs et l’esprit avide
Aller toujours vers devant
Les muscles morts et le teint livide

Aller les pieds dans la boue
Soi et des souvenirs pour bagage
Étonné d’être encore debout
D’avoir ajouté un an à son âge
Tirer ses pieds de la boue
N’être qu’un pauvre hère qui erre
Quand autour le monde bout
Entre faims de guerre et fin des terres

Avancer avec le vent
Car je ne suis pas d’ici mon frère
J’ai fui ma vie d’avant
N’étant plus du pays de mes pères
Avançant contre le vent
Dans la peur la solitude l’orage
Allant toujours vers devant
La sollicitude pour rivage

Aller mes pieds dans la boue
À travers déserts et villes vides
Étonné d’être encore debout
D’avoir mal jusqu’à être impavide
Tirer mes pieds de la boue
Avec pour compagne mon haleine
Quand autour le monde bout
Et qu’on vaut moins qu’une bête à laine

mardi 9 mars 2021

HAÏKU CHIEN

Messieurs, apprenez à apprivoiser les tâches domestiques !

LA PLUME & LE PINCEAU

Petite fable affable d’après A. de Vitallis
La plume, le pinceau & l’écritoire (Fables, livre V, 3)

À nouveau, sur l’écritoire plume et pinceau,
Pour une question de préséance,
Se prennent fort le chou : « Secret n’est point un sceau !
Du calame et du stylet, descendance
Je suis ! faisait la plume au cul de l’encrier.

- Mais Lascaux fut décorée par mes pères !
Tu me dois donc le respect, bavarde prospère.

- Gloire d’avant la Polis. Y’a pas d’quoi l’crier.
Ce n’est pas de Saint Chrême dont ta chevelure est ointe !»

Ne prisant que son état, cette pointe
Empennée estime qu’hors la graphie des mots
Tout ouvrage n’est point œuvre, au mieux broutille.
Quant au vieux poilu, l’encre noire étant maux
Sans fin, hors la couleur, tout n’est que vétille :
Peu de bon, hélas, et point de salut.

On discutait lors sans qu’en plus-value
Ne vînt un peu d’esprit ou de raison. La dispute
S’éternise et lasse l’office qui Chandelle députe :
« Amis, un sot orgueil pousse souvent
À s’attribuer le prestige et tout l’avantage
D’un grand succès qui fait se pâmer sans ambages…
Alors qu’on n’en fut qu’instrument ! » Ah, le vent !

dimanche 7 mars 2021

HAÏKU DE FOLIE

Un escargot peut-il faire autrement que de vivre sur un grand pied ?

À L’OUEST D’ÉDEN

À l’heure où, de tout mon corps j’étais, las, confiné
Sous un ciel qui grisait quand il ne pleurait,
Prisonnier d’écrans où peurs et mort affleuraient,
Mon coeur là-bas, en ce paradis, retournait…

Là-bas, à Bormes, où les pierres s’endorment
Sous le soleil de Midi en points scintillants,
Petits éclat d’or relevant le gris dessous les ormes,
Animant l’ocre de traits chauffés et brillants.
Mes pensées caressaient, sortant de mon triste cadre,
À fleur, la serpentine moirée qui encadre
Ces portes entrouvertes qui ont l’accent d’antan,
Que gardent des heurtoirs de bronze d’un autre temps.

Là-bas, dans ces moments-là, même l’ombre est sèche,
Au pied de façades aux couleurs d’Italie
Appuyées sur l’azur où aucun souffle ne crèche.
Par les venelles en lacis c’est hier qu’on lit,
Et dans ce dédale de ruelles montantes
Et tournantes, enlacées, on sort. Enfin on tente,
En se posant aux cuberts ici encombrés,
Et là, en paliers descendants, pénombrés.

Là-bas, résonnent de couleurs fleuries ces voûtes,
À l’heure où les volets repoussant la chaleur
Sont croisés, où tous les balcons sont à l’écoute
Du moindre courant d’air que solaire pâleur
Hypnotique, rend à l’esprit hypothétique.
Les fenêtres l’ont compris, baignées d’aromatiques
Essences embaumant jusqu’aux pierres nues,
Jusqu’aux cadrans solaires griffant l’air ténu.

Allant de figuier en mûrier, je paresse
De placette en fontaine, suivant d’un pas lent
La route  de l’eau, celle qui, ici, loin de la presse,
Chante la vie facile et tant pleine d’allant,
Que rythment les jours de marché et les cigales
Quand la mer, là-bas, de vos étés martingale,
Vous fait tant vous amasser dans tous ces bruits
Que vous appelez « Vie » et qu’ici je fuis…

À l’heure où nos vies et le temps se déconfinent
Enfin, ces vers embourbés que je chantourne,
Moi, je chante ce là-bas où, joie séraphine,
Mimosa et jasmin veulent que je retourne…

vendredi 5 mars 2021

HAÏKU’PLEUREUX

Je prête et tends volontiers la main à celle qui m’a donné la sienne.

DU RÉGAL AU FRUGAL

Petite fable affable

Grande sauterie chez les sauterelles :
On invite même les criquets à en croquer !
Mais sans bruit car pinsons et tourterelles,
De bosquets en buissons, lors du plus simple hoquet,
Peuvent vous becqueter, mes bons amis, en masse
Et nul ne veut finir gobé comme limace.

On vient de loin pour se retrouver en frairie,
Mettre le couvert sur les estivales prairies
- On le sut plus tard - d’une pauvre vicairie
Qu’un temps inclément a rendue bien moins verte
Que sèche… quand glèbe ne fut pas découverte !

Nos saltarins, par le vert bocage et les bois
Noirs, vont en petits groupes et en silence,
Le cœur à la fête mais, hélas, l’esprit aux abois
Car les étourneaux ne sont que violence,
Les fauvettes cruelles en ces pillages ourdis
Et les coucous gloutonnerie à l’étourdie.

Donc on avance en tapinois vers la terre 
Promise aux orgies entomiques en clan
Sans espérer les retardataires.
Là, un petit lassé, lâche un : « C’est loin, Maman
Le raout du mois d’août où l’on doit faire ventre.
Parce que j’en vois beaucoup, moi, des zélés chantres. »

Une mésange entendit cette voix si menue
Et la mit, avec ses soeurs, à un commun menu 
Non sans avoir convié tout oiseau du crû.
« Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites.
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.* »

 * Victor Hugo, Toute la lyre?

jeudi 4 mars 2021

mercredi 3 mars 2021

HAÏKU D’ŒIL AU TÉLESCOPE

Né sous une bonne étoile je suis toujours dans la lune c’est pour cela que l’on me décrit comme un désastre.

FOLLE SOIRÉE

Attifée comme princesse de kermesse
Et maquillée comme ces reine de rues 
Qui finissent en ruelle sur une promesse,
Le cœur défait, l’espoir mort et l’âme en crue,
Tu pars en soirée, rêves jà disparus…
Mais fais, Fillette, un chant d’amour de tes feintes,
Ces joies succinctes du plaisir hors d’atteinte.

Tu prends le pouls de la foule, fuyant
Bouche qui soupire et regard qui soupèse,
Emportée par sa houle, cœur vacillant,
Corps qui roule, se soûle tout à son aise
Pour oublier que sans faim on va te croquer
Et, las, sans fin, sans doute, après, te moquer.
Fais donc, Fillette, un chant d’amour de ta crainte 
Pour ne pas voir qu’une étreinte est vite éteinte.

Rouge aux lèvres et yeux humides ,
Rose aux joues et  front fiévreux,
Petite fleur froissée tu paies en liquide
Des passades demain souvenirs vaporeux,
Rendant ce langoureux-là si douloureux 
Va, fais, Fillette, un chant d’amour de ta plainte,
Pour qu'on t’éreinte avant que tu sois éteinte.

Entre effroi et sueur tu vas, sans pieds
Compter tes pas, t’en conter pour un sourire
Quelconque qui semble t’apprécier…
Pour l’heur, tu te soûles de ton propre rire,
Pour t’enivrer, lors d’un instant lisse et seul,
Et oublier que le temps t’est un linceul
Loin, ma fillette, des chants d’amour, contrainte 
Par l’œil d’ “amies” peintes, ointes, qui se pintent…

mardi 2 mars 2021

HAÏKU PERNICIEUX

Qui monte en graine souvent sème la discorde.

GRIVE & CHAT QUI MENT

Petite fable affable

La grive régentait le collège des filles,
Des nichées et couvées d’oiselles des bois.
Plus chargée d’ans qu’une ânesse de reliques
Elle menait à l’œil, au doigt, à la trique !,
Ces souris agissant comme garces aux abois
Et gloussant comme nonnettes en charmille.

“Homme de robe” se disait un potron
Minet quoi qu’il n’aimât guère sa soutane.
Si fait, il l’était moins par sa fonction 
Que par ses affections et passions.
Il disait la messe pour cette sultane
Et ses bachelettes qui le rendaient poltron.

Il n’aimait pas les manières de la dame
Qui, elle, ne prisait point ses façons.
Elle chansonnait, dit-on, à la gitane
Des vers sur ceux qu’il se mettait, tarlatanes
Et quolifichets, sous la dent, mi-poisson,
Mi-chair, des bons novices jusqu’au vidame !

Surtout la maîtresse n’aimait pas que ses filles
Que ce chat confessait lors, l’écoutent tant ;
En tout cas plus que celle, être responsable,
Qui faisait marbre dur de leurs vies de sable,
Les épiant et les tançant tout autant
Que bêtes rétives qu’il faut qu’on étrille.

Elles s’en ouvraient au minou, au doux minois
D’ange. Lui, n’en pouvait mais, de guerre lasse,
À la grive qui n’arrivait, disait-elle,
À rien de bon avec ces demoiselles,
Lança : « Le message beaucoup mieux passe
Si la bienveillance le baigne et le noie ! »

lundi 1 mars 2021

HAÏKU RIELS

Ce n’est pas parce que ma complexité m’est un complexe que votre simplicité vous fait un simple à mes yeux…