Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 25 avril 2012

BOUCLES & ESCARBOUCLES


Fantaisies de frisottis
Pour fêter ses escarboucles.
Ses parfums se sont blottis
Dans les détours de ses boucles,
Dans les contours éméchés
De mille flèches noisettes
Où se noient mes yeux fichés
Dans l’onde aux blondes douceurs,
Ah, frisettes de grisette
En torches de rousseur !


Ce soir, ces spires m’inspirent ;
Bouclettes de cheveux fins
Parant l’agrafe et attirent
Le regard. Vice sans fin,
Elle embellit de frisures
De soie le plus beau bijou,
Quelle qu’en est la mesure
Et l’éclats dont il la pare ;
Ces anglaises sur sa joue
Font oublier le plus rare.


Un tour que ces tortillons
Ces accroches-cœur, ces guiches
Aux accents bruns, vermillons,
Où l’amant sans fin déniche
Les rappels de sa beauté,
Dans les ombres de la chambre !
Un bon tour, sans cruauté,
Dont âme et cœur se régalent,
Qui dit, en lueurs d’ambres,
Que rien, jamais, ne l’égale !

LES DEUX MAÎTRESSES DE L'HOMME ENTRE DEUX ÂGES

Petite fable affable


Le grison un peu volage,
Qui fut chauve avant saison,
Songea pour cette raison
À fuir loin du mariage.
Il en fut bien content…
Pas longtemps.
Car les belles qui avaient su lui plaire
Ruminaient un bon tour pendant ce même temps :
Toute caresse mérite salaire ;
Les deux veuves flouées n’avaient pas eu leur part.
L’une se répandit en rumeurs et murmures,
En les distillant avec art,
Sous-entendant que sa nature
Portait l’avare déclinant
À des mœurs qu’on garde secrètes :
Inversion et culte d’Onan.
L’autre aussi jouait sa saynète ;
La ville crut savoir, et chacun répétait,
Que ce grigou, en fait, était
Détenteur de sommes qu’il aurait mal acquises :
Legs douteux, chantages, escroqueries, mauvais tours,…
Ces bruits attirèrent ceux qui nous terrorisent
- L’inquisition, le fisc,… - et le Vieux, tour à tour,
Perdit sa fortune, l’honneur et la cervelle.
« Tu t’es toi même perdu.
Te voilà pis que pendu
Pour avoir, fit l’une d’elles,
Voulu nous congédier, là, sans plus de façon.
Femme flouée, même chrétienne,
Est un fléau pire que hyènes.
Voilà pour toi, vieux con, quelle est notre leçon ! »

AU FOND DES BOIS

Quand l’ombrage des fenêtres grouille
De regards crus, perçants, invisibles,
De cent mots couverts, couleur de rouille,
Quand choient des jalousies, irascibles,
D’indécents chuchotis qui chatouillent
Les deux poings tant ils sont indicibles,
Il faut fuir le brouhaha, la brouille,…
Loin du vacarme courant
Se mettre au vert, à couvert,
Là où gîte le pic-vert ;
Redevenir ignorant.
Perdue entre racines et ronces
Entre guérets, fourrés et halliers,
Il est, en forêt, quand on s’enfonce
Un cabanon bien hospitalier.
C’est un trou, un taudis, une turne
Aux murs écorchés, griffés des bruits
De ces bois quand ils se font nocturnes.
Les fenêtres béent, fleurant les fruits,
Les baies des buissons qui la voisinent.
L’automne y allume des flambeaux
De parfums de sous-bois, de résine,
Sous l’œil curieux d’un brillant corbeau.
Dans le secret herbeux des fourrés,
 De la futaie mêlée de broussailles,
C’est un coin loin de toute curée,
Qui ne connaît jamais la grisaille
Une ruine qu’épargnent, feutrés,
Les remous des rumeurs qui m’assaillent.
Ce lieu drapé d’oubli et de verts,
Qui n’a pas la lumière des pierres,
Dans une ombre aux abois, m’a ouvert
Son cœur et ses habits de lierre
Où sont brodées les larmes de sang,
Géraniums redevenus sauvages.
Un vieux rosier, trop envahissant
A mangé la façade sans âge,
Ses rouges faveurs ont dévoré
La porte, éventré, depuis des lustres,
Et les tuiles du toit à l’orée
D’un ciel serein aux couleurs lacustres.
Redevenir conquérant,
Changer d’endroit, d’univers,
Se reposer des revers
Et vivre en se retirant.
Quand les persiennes percées bredouillent
Des ragots aux relents invincibles,
Qui vous éclaboussent et vous souillent,
Quand les vitres font de vous la cible
Des gribouilles, arsouilles, fripouilles
Qui font bouillir les plus impassibles,
Il faut fuir les lazzis, les embrouilles,…


Illustration : Camille Lesterle, mars 2016

lundi 23 avril 2012

LE PIED HAÏKU

Certains trouvent séant… de l’exhiber à tout propos !

LE PAON AMOUREUX

Petite fable affable

Un paon tout en apparat,
Paradait pour une femelle,
Plus noble qu’un magistrat
Et jouait du gargamelle
À vous tuer les tympans.
La Belle cède aux avances
Du Don Juan triomphant
Qui l’embrasse d’abondance
Et te la couve des yeux,
Ou lui donne sa pitance.
Ah, c’est beau l’Amour, Grands Dieux,
Quand on le voit à distance !

Il lui fit des rejetons
En qui il retrouvait, chimères,
Ses qualités, qu’il énumère,
Et sa beauté en bouton.
Et pourtant, humeurs traîtresses,
Il eut vite une maîtresse.
Sa femme en donna du bâton.

Mais savait-elle la paonne
Qu’il aimait tant son regard
Parce qu’il s’y voyait, l’âne,
Dedans et, fier comme un jars,
Roue d’un mètre et boue aux guêtres,
La bécotait tant et plus
Parce qu’il désirait l’être ?!
Il disait « je t’aime », au surplus
Pour qu’elle le lui répète.
Et ça le gonflait d’orgueil.
Il donnait beaucoup, pas bête,
Pour qu’elle offrît mieux. Bel œil,
Beaux discours ne font pas fêtes !

Amies, nous en conclurons
Qu’il en est ainsi de nombre
D’amants, du jour ou de l’ombre,
Qui, comme le liseron
Aiment, avant tout, chez l’Autre,
Eux-mêmes ou, en bons apôtres,
Tout ce qu’ils en tireront.

QUAND L'ÉTÉ VERNISSE TUNIS

Le ciel et le sol sont des palimpsestes
Où s’écrit l’histoire de mille vies
Entremêlant le souk et l’Almageste,
Des fantasias, les beys et leurs nervis.
Au-delà des porches aux portes closes,
L’ombre et l’ambre habillent les murs chaulés ;
Une  lumière crue partout s’impose
Dans la Médina prête à somnoler.
Un luth s’accordant à une guitare
Envahit la ville qui s’est vidée :
L’air chauffe comme au pays des Tartares
Et brouille nos sens comme nos idées.
Fleurant l’oranger, poudrées de cannelle,
Les cours intérieures se sont parées
De bassins murmurant leur ritournelle,
De petits jardins aux verts chamarrés.
Sous le kiosque, on déguste une grenade
Ou une tasse de café sucré.
Une carafe emplie de limonade
Rafraîchit ce petit îlot secret,
Caché loin des gourbis où, pêle-mêle,
Ont été entassés des matelas
Alors que d’autres battent la semelle
On s’enivre de jasmin, de lilas…

PAUV' POPOV'

Dès qu’il quitte son alcôve,
C’est que l’aurore se sauve,
Déchirant d’un franc couteau
La nuit au lourd loqueteau.
Il faut s’occuper des fauves,
Nourris de chair, de gâteaux ;
Puis c’est balais et rateau.
Aucun espoir ne se love
Dans ces jours où rien n’innove.

Et quand le soir naît de l’ove
D’un soleil aux accents mauves,
Avec ses étoiles en linteau,
Entre rires et flûteaux,
Cachant qu’il est un peu chauve,
Sous le toit du chapiteau
Dont il hissa les poteaux,
Il est vendeur de guimauves
En n’ayant du clown marteau
Que maquillage et manteau…

LE DRAGON FULMINANT CONTRE LUI-MÊME

Compère Dragon bout de colère,
Rugit sa rage d’une voix claire :
« Ça pourrait chauffer pour moi, j’vous dis,
Et m’en cuire, si je m’enhardie !
Je fume et j’en ai plein les molaires ! »
Ses yeux de braise restent interdits ;
Car ce dragueur de dragon, pardi,
Tout feu tout flamme, spectaculaire,
Se consume d’un amour non-dit !

Aujourd’hui, il souffre de déplaire,
Gorge asséchée, cœur tout irradié,
Volonté en cendres,… La galère !
Esprit en charbon, âme aux chardons,
Lui, si grand, si gros, veut faire don
De sa vie à celle qui l’éclaire :
Il voudrait bien, ardent, la dédier
À une bien belle… ourse polaire !

Il brûle de dire du Nodier
Sans qu’on le croit minet minaudier,
Que ça jette un froid, ma Bonne Dame !
Car cette question lui damne l’âme :
Comment donc, sans se faire incendier
Ou bien doucher, déclarer sa flamme
À celle qu’on veut prendre pour femme ?
Pis, qu’elle puisse le congédier
D’un mot, glace son sang pétardier.

Illustration : Élisa Satgé, 2016-2017

samedi 21 avril 2012

HAÏKU CHEZ…

« Délit mineur » ?
Certes, mais pas de tout repos
car ça vous met, souvent, dans de beaux draps !

ODE À BAGDAD

Cycle historique


Dans la ville ronde, pas de tours sans atours,
Peu de créneaux, de barbacanes,
Pour se mieux protéger d’hostiles alentours,
De voisins qui envient et glanent
Vos arpents de sable ou bien même sans détour,
Qui grignotent ou, pis, chicanent
Vos frontières et vos terres comme vautours,
Usant d’artifices, d’arcanes.
Parfois, on supplie la pluie de faire sa loi
Face à l’Astre qui brûle et brille, ou illumine.
Quand la nuit se déplie, quand la nuit se déploie,
Le fleuve argentin enlumine
Le platane qui plie, le peuplier qui ploie
Sur le fil de flots qui cheminent,
Adamantins, sous la lune qui luit et noie
D’or les dômes qu’elle domine.
Si ces eaux connaissent quelques débordements,
Balayant les baies et les barques,
La ville leur doit la vie, l’enrichissement.
Bien que capricieux, ces monarques
Vivent calmement et voluptueusement,
Même quand le Destin débarque
Pour châtier jardins et maisons, si rudement
Qu’ils en gardent longtemps les marques.
La cordouannerie comme la droguerie
Ont rendu la cité célèbre ;
Soieries, damasserie et maroquinerie
Sont connues au-delà l’Èbre,
Comme les splendeurs de sa damasquinerie.
Patrie du savoir, de l’algèbre
La cité d’Al-Mansour brille sans pillerie
Même quand viennent les ténèbres.
Fertile et prospère terre de marchands,
On y trouve tapis, lunettes,
Cèdre, chanvre, mohair, angora, fruits des champs,
Astrakan, caviar,… La planète
Fournit ses artisans, ses marchés alléchants
Même quand, brisant la chaînette
Frêle des jours, les cieux se font obscurs, tranchants
Comme l’est une lame nette…