Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 1 février 2025

LE DINDON

Petite fable affable d’après 
Charles Perrault, Le coq et le coq d’Inde

Un grand coq d’Inde entra dans la cour 
Faisant une grand’roue qui prit de court
Le coq du lieu. Ce maître es-poulaille,
Courut donc sus à cette volaille
Impudente, offusqué par ce fat.

Ce dernier fuit hors le khalifat
Du courroucé comme si le Diable
Le coursait, poussant cris pitoyables.

Ainsi vainquit le roi de cette cour,
Sans combattre, l’importun un peu gourd
Car entré sans dessein de lui nuire
Mais en rival, las,  pour y produire
Sur foule de poules quelque effet :
Il n’est oiseaux plus gobeurs, en fait.

Sachons, d’un rien, ne pas prendre ombrage :

Nombre d’insignifiants personnages,
Surtout larrons singeant les barons,

Ne sont que farauds ou fanfarons…

vendredi 31 janvier 2025

HAÏKU’RSE DU TEMPS

 Aujourd’hui nous prouve qu’aucun hier n’est sans lendemain.

AMOURS DE BAS ÉTAGE ?

Petite fable affable

Mon amie et moi avions pris sous notre aile 
La jolie voisine du dessus, une oiselle,
Et pucelle s’il en fut, pour l’éduquer
À nos joies intimes jusqu’à l’ensuquer.
Elle prit goût à nos jeux et à nos joutes
- Elle y excellait, cette garce ! J’ajoute :
 Au point qu’on ne put les concevoir
Autrement qu’ensemble, du matin au soir.

Jusqu’au beau jour où je m’en vins aller vivre,
Dans son appart’, comme on dirait dans les livres,
Devenu vaquant : mon amie, de transports
Jamais harassée, la préféra pour son sport
À votre serviteur, marri… et dans l’affaire
« Cocu » pour ne pas vérité contrefaire.

Ainsi, qu’on se le dise : qu’on soit dessus,
Qu’on se trouve dessous, heureux ou déçu,
En amour, il est toujours un partenaire
Qui se fait avoir sans plus de nananère.

jeudi 30 janvier 2025

HAÏKU DE CENT

Quand on n’a pas de veine on se fait du mauvais sang !

RIMES & RAISONS

Non, je ne rime pas pour passer le temps 
Mais pour retenir le moment ou l’instant.
Loin de toutes vos chimériques Amériques
Et de vos demain électro-mécaniques
Moi, je veux me fabriquer des souvenirs 
Pour peupler mes nuits, et puis mon avenir,
Aussi je ne cherche hélas pas à plaire
Non même une postérité spectaculaire.

J’aime les nuits de nos longs étés fleuris,
 Le beau du ciel même quand l’hiver se rit
De l'eau claire de mon torrent sans raison,
L’air lavé de pluie qui embaume nos maisons,…

Pour ça j’ouvre ma fenêtre sur le monde
Et chante alors tout ce qui j’y vois à la ronde :
 Le beau, le bien ou le bon comme le bof,
L’enfant rieur comme l’incurable beauf,
L’humain, ses folies, ses horreurs, ou la bête
Qui me permet de me gausser des courbettes
Et des lâchetés universelles du temps,
Avec sa fureur et ses bruits insistants.

Rien ne vaut l'odeur du pain ou de la rose
Et ta main qui, comme un papillon, se pose 
Sur ma main m'offrent des rimes, tant et tant,
Pour retenir ce moment ou cet instant.

mercredi 29 janvier 2025

HAÏKU IMPARABLE

Sous les bonnes œuvres, on trouve parfois mauvaises mœurs !

LE DERNIER (BON) MOT*

Petite fable affable

Sur son lit de mort, que l’hypocondriaque
Voltaire n’abandonnait plus que de loin
En loin, le penseur ne devant passer Pâques,
Reçoit visite du curé du canton.
Heureux que l’homme connut déjà les affres
De l’Enfer, ce dernier, componction dans le ton,
Lui demande, matois comme un gouliafre :
« Renoncez-vous à Satan, comme j’espère,
Bien que nous n’ayons jamais été amis ?

- Oh, ce n'est vraiment pas le moment , mon père,
Que je me fasse un tout nouvel ennemi ! »

* attribué à François-Marie Arouet (1694-1778), peut-être faux… mais on ne prête qu’aux riches.

mardi 28 janvier 2025

HAÏKU DEUX POINTS

Mieux vaut avoir du pognon que de la pogne !

MATIN MARIN

Le quai balayé d’embruns
Rassemble noirs blancs ou bruns
Des chats guettant les bateaux
Comme les ceux levés tôt

Là bas au lointain l’eau fume
 Reste d’un voile de brume
Dans l’air frais et iodé 
Qui vous fouette le visage
Jeunes yeux regards ridés
Ne voient guère les nuages
En sourdine le levant
N’intéresse que le vent
Et tous les rêves et les songes
D’une nuit las sans rallonge

C’est la criée sur le port
Mais dans les cieux crient plus fort
Le gris cendré et le blanc
Des mouettes et des goélands

lundi 27 janvier 2025

HAÏKU DE MOTS

Je reçois plus civilement des excuses que les soufflets : les premières sont si rares !

CRUEL DUEL

Petite fable affable

« Monsieur, vous êtes le roi des cons !
Lance un vieux courtisan du balcon
À un quidam qui le désespère.

- J’aimerais bien, et l’avoue, l’espère.
Mais il me reste tant de chemins
À parcourir que ce n’est demain
Que j’atteindrai une fin si belle.
N’y suffirait point ma vie de rebelle !

- Je vous insulte et vous vous gaussez !

- Certes Monsieur. Car oui c’est assez
Bêta qu’un tiers, ballot comme bête,
Soit benêt au point, et ça m’embête
De le dire en public, d’ignorer,
Le niais, le sens de ses mots en vrai :
Quand autrui, fin esprit, on flagelle
À un dictionnaire on en appelle ! »

dimanche 26 janvier 2025

L’HAÏKU TOURNE EN ROND

On fait le tour d’une question comme celui de la terre… pour finalement en revenir au point de départ !

PLUS RIEN

Dans les oripeaux vains de lumière tombante
De ce siècle fou de crises et de tourmente,
Qui violente les apparences de la vie
On ne sait plus rien. On n’en a plus envie.

Les Cieux sont en friches et, las, leur Création
En ces temps confus, laissés, en déshérence.
Or, on croule sous un amas d’informations,
La connaissance est savoirs sans cohérence : 
Fatras de bêtises et de mystifications.
On ploie sous l’ignorance apprise. Rance.

La stupidité est flot qui érode nos vies.
On ne sent plus rien. On n’en a guère envie.
Les silences ne sont qu’échos et nos rêves
Des ruines, vestiges que rien ne relève.

Nous allons, seuls, dans une opaque clarté 
Traçant, à l’ombre de mots, un chemin d’encre
Entre ondées d’idées, éclaircies heurtées
Aux murs d’un dédale de pensées. Moi, j’ancre,
En entrelacs, des nasses où vont fureter
Des phrases qui me seraient, sinon, des chancres…

samedi 25 janvier 2025

HAÏKU D’LA MARCHE

D’un bon pied peut-on se tirer d’un mauvais pas ?!

LA PIERRE & LA FAUX

Petite fable affable

Un paysan passe sa pierre sur la lame
De sa faux ; l’aiguise et la polit jusqu’à l’âme.

« Ta vie ne tient donc qu’à un fil, toi qu’on redoute,
Que je lustre, affine sans cesse et sans nul doute,
Ce bien donné, mal fait :
Car plus je t’affûte, plus, hélas, je t’émince
Rognant peu à peu ton existence, Bon Prince !

- Tais-donc, animal !
Avant que ce beau jour funeste ne m’advienne,
J’t’aurais amincie à mort, moi aussi, Païenne.
Qu’y a-t-il d’anormal ?
Bien parfois fait du mal
Mais le Mal ne saurait faire un bien, même moindre,
Ni qu’on lui fit mal sans réplique à faire poindre ! »

vendredi 24 janvier 2025

HAÏKU PROTESTE À TERRE

On ne va pas tête basse quand on garde le poing levé !

DEPUIS LA PLAGE

L’aube dissout des éclats de lumière
Dans d’ocres lueurs d’un or éphémère.
L’eau du ciel n’est pas loin, dans le lointain,
De poindre et d’offrir à la mer son tain.
Elle frémit comme peau qu’on caresse,
Palpite comme un coeur plein de tendresse.

Les nues fuient leur responsabilités
Avec vélocité, célérité :
Point par point, la nuit lassée s’est éteinte
La lune a voilé sa face, contrainte,
D’un crêpe d’azur que noie l’horizon
Là-bas, où fleurit un vibrant tison…

jeudi 23 janvier 2025

HAÏKU LANTE

À œufs battus, omelette gagnante !

LE MÂTIN DE NOËL

Petite fable affable

Les étoiles aux nues étincellent
Fêtant la nuit éternelle
Celle où, de l’obscur du ciel ,
Descendra Papa Noël.

Lors, un mâtin attend l’aube
Priant que ne se dérobe
Pas le barbu à cadeaux
Car - la Nature a bon dos ! -
Oui, il a morflé ce thète :
C’est vrai, pauvre comme Job,
Sot, snob et laid comme un zob,
On lui fait mille courbettes
Car on le sait violent
Plus qu’hélas somnolant,
Un regard, un mot l’affolant.

« Mais qu’attends-tu ? lui fit l’âne

- Moi, J’ai commandé de l’humour.
Marre des culs de tzigane
Ou de facteurs. Tout l’amour
Que j’ai, vient de mon physique
Ou de ma richesse sans fond…

- Toi qui es bas de plafond,
Ne ronges qu’os anémiques ?! »

Passe outre pour une fois,
Ce cabot : « Avec émoi,
On dit mon intelligence
Valant mie ma vigilance !

- La vérité t’ayant mie plue,
Un miroir aurait mieux valu ?

- Connard de vil bougre d’âne !

- Tiens l’aurore est avivée
Mais ton paquet point arrivé,
Dirait-on ! Il est des choses
Qu’on n’obtient pas en dépose… »


mercredi 22 janvier 2025

HAÏKU DE VIRUS

Ne me prenez pas en grippe… c’est contagieux, ces trucs-là !

CHANSON À GARONNE

Cycle toulousain

Garonne est un monstre, un démon,
Qui creuse son lit en nos monts.
À peine sortie de source,
Elle rugit sa rage et broie
La pierre ; parfois elle noie
Quelque village dans sa course
Quand l’engrosse, hélas, un printemps
Enfantant des flots haletants.

Garonne est ange séraphin,
Quand en plaine elle vient enfin,
Pour soulager labours et peines,
Rafraîchir les sols esclaffés
Et les villes aux ciels assoiffés
Où l’Autan, parfois, perd haleine.
Consolation des mauvais jours,
Elle nous préserve toujours…

Garonne est monstre séraphin
En robe verte où, à la parfin,
Des saphirs de néons, des perles
De lune viennent se jeter
Pour irriguer sans coqueter
L’air de Toulouse où chantent merles
Et ténors dans toutes les rues
Qui ne sont pas d’humeur bourrue.

Garonne est un ange et un démon,
Qui offre à l’Océan limons.

Souvent, elle se la coule douce
Entre vignes et vergers, passant

Comme un beau rêve caressant.
Sage de méandres sans mousse,
Elle va, sans mystère, au loin

Arroser les foins d’autres coins…

mardi 21 janvier 2025

HAÏKU POUR LA ROUTE

À pochard plein, poches vides !

LES SERPENTS

Petite fable affable d’après
Le Serpent à plusieurs têtes de Ch. Perrault

Deux Serpents, en un temps d’un autre âge,
L’un à plusieurs têtes, l’autre à plusieurs queues, 
Disputaient de leurs propres avantages.
Cette discussion tournait au belliqueux
Quand survint danger à grand tapage.

Nos débatteurs s’en furent comme ils pouvaient :
Celui à plusieurs queues, par la broussaille
Et les buissons fila comme un vil orvet, 
Car ses appendices suivaient, vaille
Que vaille, sa tête. L’autre, à sauver
Les siennes, peina, car l’une par rocailles
Voulait aller quand l’autre trouvait
Que les bois étaient mieux ; « Mais quelles bleusailles !
La rivière, là, nous préservera
Bien mieux ! » Fit la troisième. Et ainsi de suite.
Chacune ayant un avis, adieu-vat !,
Il fut vite trop tard pour prendre la fuite…

N’ois pas trop de conseils différents
Si tu hais l’échec désespérant.

lundi 20 janvier 2025

HAÏKU DE BUZZ

Le succès médiatique est le triomphe des médiocres.

PLEINE LUNE

D’après une photo du 28 septembre 2023

L’astre melliflue est comme une fleur posée
Sur la toile de la nuit distendue, embaume
De quelques rayons de miel jusqu’à la rosée
Effaçant les pollens essaimés. Ces atomes
D’or pur constellent le dais de mon promenoir,
Ce ciel sous lequel je erre, où plus rien n’est noir.


Ce nectar lumineux vient donner son arôme
À toute ombre, s’égoutte en bruine monochromes

Hors du voile éclairci des cieux pour ponctuer

De paillettes ambrées les eaux de la rivière ;
Sur la rose des vents ricochent comme pierres
Ces lucioles que clapots veulent embuer.




dimanche 19 janvier 2025

HAÏKU NU

Les faux culs sont souvent de vrais cons !

CAUSE ENTENDUE

Petite fable affable

Tout commençait par des chansons à l’époque
Épique où se parlaient tous les animaux,
Bêtas et finauds, chafouins ou bien grimauds.
C’est ainsi, même si ça paraît loufoque,
Que la fable put, par eux, être inventée
Pour édifier les crânes les plus ventés.

De ce temps, il nous resterait cette histoire
Retrouvée, naguère, dans un vieux grimoire :

« Philomèle rossignole par les haies.
En un loyal concours, elle avait défait
Le roitelet, le geai et le rouge-gorge
Mais mie, l’humble oiselle point ne s’en rengorge.

Mais le paon relance la compétition :
“Une si modeste livrée, chétive bête
Ayant bien moins qu’une linotte de tête,
Aurait, à la face des cieux, prétention
À en remontrer à de bonnes gens d’ailes ?
Et pourquoi pas louer la frêle hirondelle ?”

Seuls canard, faisan et pie ont applaudi
À ces mots insultants et, las, ont maudit
Dame alouette qui osa faire entendre 
Sa voix douce mais, pour une fois, peu tendre :
“Moins on a de talent, par nos vastes breuils,
Et plus on offre d’arrogance et d’orgueil !” »

samedi 18 janvier 2025

HAÏKU DE COURT

Pourquoi, au tennis, fait-on tout un pataquès des coups droits et jamais des tordus ?

SOUS UN CIEL ATONE

Le cœur à l’agonie et l’âme en sursis,
L’été nous quitte, hélas, sur un air d’automne
Parfumé de pétales en allées sans merci,
De fruit tombés qu’insectes affairés gloutonnent.
Les derniers beaux jours font deuil de la saison
Où les gazons verts se pendent à l’horizon.

Les bois parés de brun, couronnés de jaune
Se défeuillent peu à peu au soleil blanc.
La lumière palie fait fuir flore et faune

Des sentiers des sous-bois, plus indolents,
Et lentement mais sûrement l’ombre gagne 
Au cœur de jours que solitudes accompagne.

La Nature, fatiguée d’avoir donné,
Expire en beauté. Qui la regarde encore
Mourir de ne vouloir partir, abandonnée ?
Qui jette un œil à un décor qui s’édulcore ?
Ses regards voilés n'ont plus d’attraits,
Et, plus que de la faux, souffrent de cet arrêt.

vendredi 17 janvier 2025

HAÏKU D’AIGUILLE

Si parfois le bonheur arrive à male heure, le malheur arrive toujours de bonne heure !

LE VEUF INCONSOLÉ

Petite fable affable

Un pigeon, l’aile basse, se traînait
Sur le bitume et semblait peiner
À trouver une raison de vivre,
Comme il se disait dans les beaux livres.
Un chat l’approche sans qu’il ne s’effraie :
« Eh ! dis donc, Ramier, tu prends des risques !
Si j’avais voulu… et même d’un trait…

- Qu’importe, l’Ami, mon odalisque
Ma mie et ma fidèle n’est plus.

- Et tu n’as pas peur qu’une automobile
Ou… matou que faim ne fait plus joufflu,
Ne te fasse mourir, Volubile ?


- Bah !… Si ce n’est l’un d’eux, la douleur
Se chargera de ma vie sans valeur.

- Alors, si c’est pour rendre service ! »
Le chat le croqua, bon apôtre,
En pensant, est-ce vraiment du vice,
“Malheur de l’un fait bonheur de l’autre”.

jeudi 16 janvier 2025

HAÏKU DU COUP

Avoir des principes constitue un bon début…  pour ceux qui pensent qu’ils ne sont pas une fin en soi.