Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 10 février 2021

HAÏKU PAIX !

C’est parce que les censeurs se croient des lumières qu’ils officient au sein d’un Cabinet noir ?

mardi 9 février 2021

HAÏKU ATIFFET

Ne jugeons le fait que d’après ses effets…
Méfait ou bienfait, il sera notre faix
Soit-il forfait imparfait qui stupéfait,
Ou insatisfait car il nous défait ou refait.

LA HYÈNE & L’ÉLÉPHANT TRIOMPHANTS

Petite fable affable

La soif de paraître est une terrible 
Passion. Et insatiable. À la fois
Leurre et vertige, elle est las inextinguible
Que l’on soit un loqueteux sans toit ni foi
Ou un de ces prospères négociants,
Un roi ou un courtisan impatient.

Ainsi, jeune éléphant et vieille hyène
Cherchant à s’élever auprès de Lion,
Rivalisaient de courbettes et d’aériennes
Périphrases ou circonlocutions, 
Pour éblouir autant que pour séduire.
Hâbleurs et flatteurs presque bateleurs,
Ils en auraient fait rire le triste sire
Mais il était, avec autrui, sans chaleur.

La hyène malgré son grand âge espère
Autant, si ce n’est pas plus, que son rival ;
« Ah, si jeunesse passe, fit son compère,
Demeurent des appétits en l’animal
Qui ne sont jamais petits. Mais, toi, tu rêves,
Tu es arrivée tout au bout de ton temps…
Demain est à moi qui aies jeunote sève.

- Tu as vigueur. Qu’elle te dure longtemps !
Moi, en l’occurence, j’ai l’expérience
Et c’est plus utile à l’État et au roi.
D’où mon bonheur d’être ouï en audience,
Et, de là, sans doute ton lourd désarroi.

- Mais tu n’es qu’une dépenaillée pelisse,
Moi fringant pachyderme bien fringué.

- Ça ne durera pas. Viendront supplice
Et torture qui vont vite te flinguer
L’esprit car Il t’oubliera, ce bon monarque,
Ou ne te verra plus quand impertinents
Et arrivistes voulant qu’on les remarque
Pousseront leur avantage, ces manants.

- Paillasson édenté, que veux-tu donc dire ?

- Ces mots que nul n’a jamais pu contredire :
“Du désir de paraître heureux aux yeux 
Des autres naît le grand malheur de tant d'Hommes ;
Du souhait de ne pas être malheureux
Naît de grandes douleurs chez bon nombre d’Hommes…” »

lundi 8 février 2021

dimanche 7 février 2021

JOUER DES HAÏKU’DEUX

Je préfère qu'on mette les coudes sur la table plutôt que les pieds dans le plat.

APPARUT LE VISAGE DE POSÉÏDON

D’après une photo de Marc Rivrin

La tempête faisait rage battant la côte
D’embruns déchaînés, de trombes d’eau tourmentées,…
Quand surgit le visage du dieu, cet hôte
Des flots encolérés, flux désorientés.

Avec sa haute couronne en gerbes d’écume 
Il a une tête un brin bonhomme, ce roi,
Prenant d’assaut un rivage en plein désarroi,
 Le fracassant comme marteau frappe l’enclume.

Il écrase ce bas monde de sa majesté,
De son ire divine qui tourne au délire
Dans un tumulte qui nous fait cesser d’exister.

Puis il disparait, comme au temps où les lyres
Rythmaient ses sacs et ressacs, dans l’Antiquité,
Toujours plus fort, plus loin… mais sa démence est restée.



samedi 6 février 2021

HAÏKU LITTÉRAIRE

Ce n’est pas parce que j’écris dans des genres que l’on qualifie ordinairement de « niches », que je suis plus cabot pour autant. Je me contente de rester chien !

vendredi 5 février 2021

GROSS’HAÏKU PURE ?

Mes droits d’auteur, pour l'heure, ne perchent pas bien haut et ne risquent pas de me monter à la tête !

LES DEUX COMPARSES

Petite fable affable d’après Le loup & le renard
 d’A. Vitallis (Fables, III, 17)

Car même en nos  taillis on vieillit
Et qu'un chasseur ne peut se nourrir que d’épeautre,
Un loup et un renard étaient de compagnie.
La force de l’un aidait la ruse de l’autre
Faisant donc que ce bon couple d’apôtres
Ravageait les hameaux et fermes du pays.

N’en venaient hélas à bout ni piège ni chasse.
Le temps passant, le succès le grisant,
Le loup se convainquit que paysans
Pâtissaient de sa vigueur et de son audace,
Non d’astuces de son insuffisant
Compagnon, si petit qu'il en était cocasse.

Dans le même temps, le goupil finit
Par croire que seuls tous ses trucs et stratagèmes
Assuraient au duo l’indéfinie
Fortune qui était sienne. Énième
Preuve que l’esprit vaut, et sans déni,
Mieux que muscles seuls, sinon on fait carême.

Un beau soir, pour leur razzia du jour,
Ils se séparent : Ysengrin indique une route
Où rets guettent le roué qui, pas gourd,
Lui dit une sente où chiens le déroutent.
Ainsi leur histoire, et leur vie, tourna court
Car comme le dit ce conte mais l'on sen doute :

Qualités bien associées mènent plus loin
Que talents que l’Envie aurait, hélas, disjoints.

mercredi 3 février 2021

HAÏKU’IN DU COGNASSIER

Filer, dans son coin, un mauvais coton conduit au lin… seul.

FIN DE NUIT BLANCHE

À Marc-Yvan Custeau,
 méli-mélo de mots d’après quelques-unes de ses photos
 où tout n'est que calme hivernal, luxe floconneux et volupté immaculée

Non loin, en pénitents encapuchonnés,
Les sapins se sont drapés, comme la ville,
D’un blanc froid que la nuit a posé, habile,
Sur ses bruits, sur sa vie abandonnée…

L’aube n’a pas encore passé ses hardes.
Le silence est tombé, en chape de plomb.
Dans les halos des lumières blafardes,
Agressives de réverbération,
Le dessin hésitant d’une rue hagarde,
Des esquisses d’autos,… Sans vibration.

D’un horizon dru, laiteux, perce l’aurore.
Mais tout n’est qu’amas, au plus, tout n’est que tas.
Sous ce linceul épais dort, triste constat,
L’endroit, attendant le jour qui va éclore.

Dans cette solitude pas un passant ;
Un passeur en quête du cliché à prendre,
Voulant saisir l’instant dans le vent glaçant,
L'improbable moment qui va nous surprendre…
Soudain, un porche est pris sous le poids pesant
D’une neige écrue qui a su, aussi, prendre
Et figer les alentours agonisants.

Sous le porche, est allumée une lumière
Jaune et chaude, comme une invitation
À entrer au chaud de l’habitation.
C’est, dans les mœurs d’ici, us coutumières.

Alors que luit cette nacre glacé,
Au dehors, un feu de cheminée brûle,
Dedans. On voudrait s’y lover, délassé,
Et se blottir en pyjama ridicule,
Là, au plus douillet de cette intimité
Si suave, on sait se faire minuscule
Pour y savourer sa douceur ouatée…

Le levant dévoile d’antiques marbres
Tant la neige a déversé à foison
 Sa mortifère et immaculée toison
Figeant, las, jusqu’à la majesté des arbres…

lundi 1 février 2021

FAIBLE HAÏKU

Ma seule force, savoir mes faiblesses !

LE CHIEN & L’ÂNE

Petite fable affable

Un mâtin tirait sur sa chaîne de l’aube au soir
En geignant : « Je suis l’esclave honni de l’ingrate
Humanité, tout juste bon à gueuler, sans surseoir,
Contre les piafs volant graines aux pécores qui grattent
La Cour ou le vagabond qu’égare sa faim.
On me lâche à la nuit dans l’enclos pour faire
Fuir quelque vil renard, rusé mais pas fin,
Qui croyait ici flairer une bonne affaire.
Et tout ça pour un bol d’eau claire, Mon Ami,
Et des viandes jà rognées plus qu’à demi !

- Que devrais-je donc dire ! réplique alors l’âne,
Moi qui n’ai pour picotin qu’herbe de fossés
À glaner sans freiner, à moins de coups de canne,
Mon bon pas qui au printemps mène au marché, 
Sous la pluie, sacs d’herbes et de fleurs ; qui ensuite
Y porte, sous le soleil de l’été revenu,
Cabas de légumes sous sèche conduite.
Puis vient l’automne avec ses vents sans retenue,
Où des paniers de fruits j’y convoie sous austère
Férule. Enfin arrivent les neiges d’hiver,
Par lesquelles de lourds tombereaux, non de terre
Mais de fumier, je mène où étaient près verts.

- Allons, tu peux vaquer toi, quand cour ou clôt bornent
Ma vie : personne n’aime être entravé, l’Ami !

- Maître te soigne mieux que sa maritorne !

-  Mais nul ne veut porter les fers de l’infamie !

- Si on craint ta chaîne qu’il se peut que tu brises,
Qui plaint donc ma peine qui fait qu’on me méprise ? »

dimanche 31 janvier 2021

HAÏKU BIEN CALCULÉ

Vu le nombre de chiffres à notre disposition chaque jour, je ne comprends pas que nous ne parlions pas mieux « le langage mathématique » !

FABLE ÉLÉPHANTASQUE ?

Petite fable affable

Sieur Éléphant, parcourant les états
De Lion, malade au demeurant, s’écroule.

Donc, il s’avachit d’un seul coup, ce gros tas,
Sur la sente près du lieu où roulent
Les grosses eaux du fleuve où vont s’abreuver
Les animaux du coin, à la relevée.

Il encombre cette route de premier choix,
Par où transite tout trafic et commerce
Du pays. Cela irrite le bon roi
Et plus encor’ les vautours et les diverses
Hyènes qui en sont les ordonnateurs
Et les grands, si ce n’est les seuls, profiteurs.

Sa Majesté, donc, moults experts dépêche.
Devant tant de coût et de difficultés
À dégager la voie, on parle et on prêche
« Oh, il est, fit un fat de la Faculté,
Urgent d’attendre !… Sa maladie, bénigne,
N’aura que fort peu d’impact à moins de guigne !

- Il faut donner du temps au temps. Réfléchir
Aux meilleures options ! » dit lors le monarque
Pour éteindre l’émoi qui faisait fraîchir
L’opinion envers ce bon hiérarque
Qui avait embrassé la profession 
De satrape en régentant sa Nation.


On laissa se décomposer la carcasse
Et donc se propager, alentour, son mal.
On commença à faire au roi, de guerre lasse,
Un mauvais parti dans le monde animal.
Il envoya des déplaisants. L’analyse
De ces zèbres, tant attendue, tout enlise :
Ils décidèrent de ne pas décider !

Mais n’ayant rien perdu de sa superbe,
Portant beau encore, le lion ridé,
Assume la contagion : par le verbe,
Il croit, las, sauver ses peuples décimés
Dont la confiance est dès lors abimée.
Pour lui l’essentiel était qu’échanges
Et flux reprennent car le Veau d’Or était 
Son dieu : on avait ouvert, hors la fange,
D’autres grandes routes en un rien de temps
Pour contourner, vite, un obstacle important.

De l’épidémie, parmi tous les responsables
Venus pour l’éradiquer ou la soigner, 
On ne trouva pas l’ombre, hélas, d’un coupable
- Surtout pas le grand roi qui n’a jamais tort ! - 
Mais un seul fautif : ce gros éléphant mort !

samedi 30 janvier 2021

vendredi 29 janvier 2021

HAÏKU RÉFLÉCHI

Quand on a chaud au cul on garde rarement la tête froide.

L'ARRÊT DES CHARDONNERETS

Petite fable affable d’après L’âne et les chardonnerets
d’A. De Vitallis (Fables, 1796, III, 14)

Un âne efflanqué, crevant de misère
En un méchant taudis qui ne tenait debout
Que par miracle, lui aussi, hère
Parmi les gueux d’ici-bas d’un bout
À l’autre de l’année, faisait piètre pitance
Et fort mauvais coucher en toutes circonstances.

Point de foin l’hiver, peu d’herbe l’été,
La terre était ingrate à souhait à ce maigre
Baudet, par contre de chardons bleutés
Point il ne manquait. Il allait le pas allègre
Et le cœur aussi léger que le corps
Là où il œuvrait encore et encor’.

Ce qui faisait ses festins comme l’ordinaire,
En toute saison, il en broutait tant
Qu’il s’attira le courroux d’oiseaux débonnaires,
Les chardonnerets, qu’il privait d’autant :
« C’est un scandale, cette goinfre de bourrique
Va tous nous affamer, ce n’est pas chimérique !
Oui, le chardon est aux chardonnerets
Comme son nom l’indique. Ainsi la Nature
L’a voulu, ainsi ça doit être comme au pré
L'herbe verte est au bétail. Sans fioriture,
Je le dis les ânes ont chélidoine  pour eux
Et valériane ou bétoine, gentiane,
Avoine, pivoine et bien sûr pas-d’âne !

- Ah ?… Et pourquoi pas “liane”, gros sots ?!
Fit une pie. Si plantes, par nom se destinent
À telle ou telle bête, quel serait mon lot ?
La vie de ce baudet n’a rien d’une comptine :
Il est si vieux, faible et mal allant,
Et l’on épuise tant tous ses talents !
Vous tous pouvez aller chercher, d’un seul coup d’aile,
Ailleurs des graines à becqueter. Mais lui…
C’est un crime de vouloir priver haridelle
Du peu qu’elle a quand, soi, nul ennui
Ne vient à troubler notre vie que le médire
Des malheureux que l’on n’aide ainsi sans mot dire ! »

jeudi 28 janvier 2021

mercredi 27 janvier 2021

HAÏKU’RIR LE PAVÉ

Être dans une bonne passe est la meilleure des nouvelles pour une péripatéticienne.

RETOUR À L’ANORMAL

Je suis le cheval des vents,
Ceux de ce bon temps d’avant.
Ceux de la vie. Ces brises
Courant dans l’aurore grise,
Rafraîchissant et les monts
Et les vaux. Un vrai démon.

Je suis le cheval des vents.
Cinglant droit. Toujours devant.
Les passions, je libère
Aux flux de ma crinière,
Bannière s’envolant
Pour déciller l’indolent.

Je suis le cheval des vents
Au galop si éprouvant
Pour qui, las, ne s’émancipe
De vieillots grands principes,
Pour qui licence est péril,
Une vraie poudre en baril.

Je suis le cheval des vents,
Courant et s’enivrant
D'indépendance. Tout flamme
Et tout feu. Au Diable, l’âme !
Que résonne mon galop
Sous les nues et par les flots !

Je suis le cheval des vents,
Incontrôlable et vivant,
Sans guides, licou ni rênes
Se cabrant, mauvaise graine,
À vos « Non, on ne peut pas ! »,
Ruant aux « On ne doit pas ! ».

Je suis le cheval des vents,
Pour vos carcans énervant,
Car seul, mais pas solitaire,
Je parcours sans fin la Terre,
À toute loi survivant,
Et suis les chevaux du vent.

lundi 25 janvier 2021

HAÏKU D’UN POT

Riche idée que d'imposer les pauvres…

À QUI VOULAIT OBLIGER LE GEAI

Petite fable affable

Chez les bêtes, êtres sans esprit ni volonté,
“La Mode” est un mal contagieux qui les frappe
En tout et même pour tout : aussi l’affronter
Est inutile ; s’y opposer chausse-trappe.
Car la mode est pis que virale épidémie :
Elle se meut bien trop vite en pandémie !

Un geai, en son art, voulait y échapper, chantre
Libre : la suivre étant un commode devoir,
Il se sentait seul, incompris, même en son antre,
Nul ne pouvant, las, la fuir, tant son pouvoir
Est grand et que l’on devient aussi ridicule
À l'éviter qu'à l’imiter chez les animalcules.

Notre oiseau chansonnait à l’ancienne mode,
Fabulant à tout propos, et partout, et sur tout,
Quoique des emplumés, oubliant que « La Mode
S'démode ! », lui chantaient pouilles jusqu'en sa toue
De s’entêter encore à composer ses odes
Animales, le ton malcommode parfois
Et le propos incommode tout à la fois.

Pourtant, il trouva matin un bel auditoire
Pour ses contes et une maison pour imprimer
Ses déraisons. C’est la morale de l’histoire
De ce gros passereau aimant fort à rimer :
Un jour où l’autre, qui se refuse à suivre
Ce qu’on lui impose finit dans les livres !

dimanche 24 janvier 2021

HAÏKU’HARNAIS DE CENT THÉS

J’ai une santé de fer, un cœur en or, un sommeil de plomb, un moral d’acier, une volonté d’airain et j’aime à entendre jouer les cuivres. Que faire quand on a tout ça, mais pas d’argent, à part couler un bronze ?

samedi 23 janvier 2021

HAÏKU’PÉ DES CAPOTABLES

Quand je ne suis pas à prendre avec des pincettes inutile d’essayer la pince à épiler !

POUR OU CONTREBASSE ? (2)

Avec la complicité de Raphaël Perez

Au manche nervuré se posent des sons graves.
Chaque note envolée qui sort de tes ouïes
Se colore de tons jazz vite évanouis.
Joyeux et toniques, sûrs dans ton entrave
Résonnent bruits frappés roulant à contre-temps,
Vent de vrilles échappées en volée de la touche
Qui swinguent plus qu’elles ne raisonnent, farouches,
Avant de mourir au cordier en deux temps…

…/…

Ces musiques que tu chantes, sous mes doigts,
Pizzicato ma non troppo sont enivrantes,
Celles qui glissent sous l’archet qui se doit
D’être si caressant, sont toutes inspirantes.
Chargées d’émotions toutes au diapason,
Du fou-rire unanime aux plaintes déchirantes,
Contrebasse, elles viennent de tous horizons
Et voyagent partout en douceurs conquérantes…

vendredi 22 janvier 2021

HAÏKU AU MORAL

Trouvez un terrain d’entente et plantez-y un arbre de la paix… 
Y fructifieront bientôt les pommes de la discorde !

jeudi 21 janvier 2021

HAÏKU CH’TÔT

En ville, je sais des poules et autres cocottes se couchant au chant du coq.

LE PETIT ROITELET

Petite fable affable

Un vieil oiseau, petit certes mais vrai monarque
D’un principat ne dépassant la verte ramée,
Sous la feuillée baissait le bec car, dieu, les Parques
L’avaient recru de fatigues et fort mal armé
Pour son dur métier, mais aussi pour combattre
Ses pairs qui lui disputaient son principat
Sous la verte feuillée, surtout certains bellâtres
Et autres bélîtres n’attendant pas son trépas
Pour renverser son trône, cette bande d’emplâtres,
Toujours prompte abattre et se battre pour quelque âtre !

Il vivotait entre vaine crainte et fol espoir,
Entre force travail et bien maigre chère, 
Faisant du nouveau avec des vieux au soir
D’un règne que les autres rois voyaient pépère,
Car il n’était pas bonimenteur comme arracheur
De dents et que ses courtisans prenaient silences
Pour faiblesse ou assentiment. En outre, écorcheur
Il n’était pas plus, quoique inflexible en sentences ;
Mais il répugnait à se faire de cols trancheur.
Et on en riait fort chez les mauvais coucheurs !

L’Ordre, et le bon, pourtant régnait sous son égide
Et sanctions il y avait : donc il fallait 
Filer droit sur le bon chemin avec ce guide
Intraitable qui disait que le Maître du Palais
Est l’esclave de la Loi, quoique ces panses pleines
De tyrans en pensent, autant qu’un simple sujet
Et que ladite loi est faite autant pour la baleine
Que pour le krill… Donc quand il devait, las, juger,
Il répétait : « Qui châtie bien a, sans peine,
Moins besoin de punir et rend Justice sereine ! »

mardi 19 janvier 2021

HAÏKU FUMEUX

À souffler le chaud et le froid, on enrhume plus qu'on enfume.

GRIFFURE

Va mon coeur c’est juste une fêlure
Une des ces intimes blessures
Une cicatrice qu’t’oublieras
Mais mon âme hélas en pâtira
Jusqu’à ce qu’advienne la cassure

Certes ce n’est là qu’une fissure
Une petite et simple craquelure
Estafilade que j’oublierai
Mais mon esprit en a tant à gré
Au risque un jour de la déchirure

dimanche 17 janvier 2021

HAÏKU D’OEIL

Une garde à vue ça ne se décide pas en un clin d’œil.

AVIDES RECHERCHES

Petite fable affable

On hait tous les animaux démoniaques ;
Le monde des chasseurs en est, quoique petit.
Messer Loup n’est pas bête d’appétit ;
Pourvu que faim soit calmée vite, il vaque.
Si beaucoup lui plaît, peu lui suffit.
Il laisse en paix et repos, philosophie
Des plus saines, tout bon être entre deux gnaques.

Maître Renard, c’est autre chose. Il est dur
De le rassasier. Pour le sang qui coule
Plus que pour la chair, il est pire que goule.
Or un certain de ces goupils, brigand sûr
De ses talents et toujours en maraude,
Se fit connaître en un val du pays d’Aude.
Rien ne l’arrêtait, ni piège ni mur.

Pour récompenser ses bons tours, les hommes
Mirent sa tête à prix. Il en fut vexé :
« Comment si peu pour tant d’efforts, indexé
Sur le coût de la vie, un kilo de pommes
Je vaux à leurs yeux ! Moi qui suis terreur
De leurs basses-cours. Ils vont payer l’erreur
De me faire si peu d’honneurs, tous ces gnomes ! »

Il passa donc des rapines aux pillages, nuit
Après nuit, mettant lapins de village
À son menu : ceux de garenne, au passage,
Étant plus difficiles à mettre hors-circuit.
Sa valeur prit du poids mais restait modique
À son gré. Il opta donc, en méthodique,
Pour la razzia qui au sac conduit

Il n’est plus mal qu’on le fuie mais qu’on le recherche.
Et il y gagna plus d’ennemis encor’.
Son prix, dépassant trophée d’un cerf dix cors,
Poussa les manants à fouiller à la perche
Bosquets et buissons, espérant, ces gredins, 
Parce qu’ils n’étaient pas trop gourds du gourdin, 
Ramener sa pelisse valant lors lerche !

Au cor qui corne tout court à la curée,
On sut qu’il avait été pris en clairière,
Ce vil voleur dont on reconnut l’entière
Valeur finit étole au cou du curé.
Il avait touché le montant d’innombrables
Méfaits : une balle !… C’est las imparable
Quand dévastation n’a que trop duré…

Que l’on soit loup, renard, blaireau ou tout juste
Furet même au milieu de rustres ou frustes,
Trop vouloir se faire réputation 
Mène à perdre, trop souvent jusqu’à son nom…