Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
mardi 21 juin 2022
LE SANS-GÊNE DE DIOGÈNE
Petite fable affable
Le grand Diogène, philosophe des rues,
Vivait ainsi loin des Hommes et de leurs richesses
Tout en étant auprès d’eux et de leur bassesses.
Un jour qu’il mangeait des lentilles, ce bourru
Fut accosté par son bon confrère Aristippe
Qui fréquentait prou, lui, l’élite ; un de ces types
Qui mènent existence dorée, en courtisan
Pique-assiette, avec tout un chacun méprisant.
« Si tu savais ramper ou seulement l’échine
Courber, tu n’aurais pas, sot, à te contenter
D’un plat spartiate qui ne saurait tenter
La plus affamée des plus minables fouines.
- Qui se contente d’un bon met aussi frugal,
N’a plus à ployer le dos, bougre d’animal ;
Ni à ramper comme le fait le plus étique
Des furets affamés, ces bêtes sans éthique. »
lundi 20 juin 2022
dimanche 19 juin 2022
HAÏKU DE COACH
Tant de sportifs du dimanche s’épuisent au prétexte que c’est un jour fait pour se reposer !
AUBE BLONDE
D'après une photo de Marc-Yvan Custeau (Montréal, mai 2020)
Le soleil s’élève fort tôt ce matin,
Et il ambre et il vermeille les lointaines
Olympes, réveille les arbres mâtins
Encore nus, où la neige joue les mitaines.
De ses rayons d’or, il roule un matelas
De nues épaisses, tout en torsades cotonneuses,
Sur l’horizon qui fait, à nos réveils las,
Une couverture ouateuse et crâneuse.
Ils surveillent la brume encore assoupie,
Qui, oripeau en lambeaux, gagne les limbes,
S’accrochant à l’épine d’ombres tapies.
samedi 18 juin 2022
vendredi 17 juin 2022
L’AFFAIRE EST DANS LES SACS
Petite fable affable d’après un conte moyen-oriental
Je crois sur les berges du Tigre, ou les rives
De l’Euphrate, deux frères, comme il arrive
Ailleurs, exploitaient ensemble des arpents
Bien irrigués, donc fertiles, s’occupant
Des semailles et moissons, à parts égales,
Sans connaître ni disette ni fringale.
Au soir de leur prime récolte, l’un d’eux
S’était pris à réfléchir : « Ah ! quel hideux
Cadet, je fais : j’ai la moitié exacte
De nos grains par notre solidaire pacte
Quand mon aîné doit nourrir enfants et femmes
Alors que moi je vais seul, sans brame ni blâme. »
Il se leva et engrangea, sans un bruit,
Au fraternel grenier, deux sacs déduits
De son écot. Il se recoucha, ensuite,
L’esprit et le cœur en paix car sa conduite
Lui paraissait juste et bonne. Peu après,
Son frère s’éveilla l’âme chagrinée :
« Mon benjamin n’a pas encore trouvé femme
Comment le peut-il si, malgré sa bonne fame ;
Il n’est point prospère. Ne soyons point rat :
Je vais lui octroyer deux sacs de plus, ras-
Bord de semences, sur la familiale
Portion, c’est là pratique cordiale.
Son avenir, plus que le mien, en dépend ! »
Ce qu’il fit tout aussitôt, clopin-clopant,
Sans en parler mie et surtout pas, misère,
Au principal intéressé, son cher frère.
Ainsi, au matin, chacun se retrouve avec
Autant de sacs que la veille et bée du bec.
« Bah ! ainsi le voulut le Très haut, sans doute ! »
Pensèrent nos frangins, l’esprit fort en déroute.
Or chaque année, et pour les mêmes raisons,
Le même manège agite leurs deux maisons…
Avec le même résultat sans qu’ils comprennent
Mieux le pourquoi de ce prodige pérenne.
À ce conte-ci, quelle moralité ?
Ces deux-là prouvaient, je crois, qu’en ce bas monde
La solidarité, la vraie fraternité,
N’ont pas besoin de se claironner à la ronde
Pas plus, sûr, que la foi ou la piété…
Et qu’on en a récompense méritée.
jeudi 16 juin 2022
mercredi 15 juin 2022
BRUME DE PRINTEMPS
À l’encre noire, sur mes nuits blanches
J’égratigne, en vers, mon esprit qui flanche
Avant que l’aube qui, enfin, blêmit,
Et l’aurore qui rosit, en amie,
Las, ne déflorent les ombres en bleus-noirs
Du nocturne rideau et, pis, n’éteignent
Les étoiles enfuies vers d’autres soirs…
Et le jour allume alors son enseigne.
La brume estompe parfois le vitrail
Du ciel vainqueur qui met au travail
Les éclats d’émail de ses lueurs ocres,
Où le soleil naissant se fait médiocre.
Prises dans l’esquisse du vaporeux
De ce tulle, nos heures, translucides
Aussi, tamisent d’or cet air poreux
Écumant d’argent ce matin placide.
La gaze inerte invite le coeur las
Et le corps fatigué de ces falbalas
Impalpables à remettre, jà, les voiles
Loin d’un temps brouillé, en fort cordiale
Compagnie, pour le beau pays des songes
Sur le blanc bateau du rêve éveillé,
Loin d’un éther drapant ses vils mensonges
Dans ce drap qui ne peut qu’émerveiller…
mardi 14 juin 2022
HAÏKU CRU
On nous fait croire que le bien public est la somme des intérêts particuliers comme la petite vertu serait l’addition de gros vices.
lundi 13 juin 2022
LES AIGLES QUI N’EN SONT PAS
Petite fable affable
Un aigle revint bredouille à son aire
Et confessa : « Il va falloir changer d’air,
Ma mie, car commence une nouvelle ère
Pour moi : las, je n’y vois plus assez clair
Pour chasser et nourrir notre famille.
Je me fais, je crains et crois, trop vieux
Pour razzier à dessein les cieux.
- Bah! fais-toi donc assister des pupilles
De mon frère. Il ne te dira pas non !
- Mais il est plus âgé que moi, Crénom !
- Et il a gardé une vue parfaite…
À vous deux, nul ne sera à la fête ! »
On fit donc ainsi dès le lendemain,
Les deux parents volant, main dans la main
Si je puis dire, en traque de quelque oie,
Lapin ou marmotte, bref d’une proie.
Soudain l’aigle s’écrie, plein d’espérances
« N’est-ce pas lièvre que je vois là !
- Fort bien ! répond alors son beau-frère.
C’est même bête apte à nourrir, cher roi,
Nos deux nids tant il me semble prospère.
- Aïe, l’Ami ! elle nous a éventé…
- Quoi ? Répond l’autre chasseur patenté.
Au fait que faisons-nous ici, cher Confrère ? »
Si tu veux réussir quoi que ce soit
Evite, Ami, plus éclopé que toi !
dimanche 12 juin 2022
samedi 11 juin 2022
QUAND LA CANICULE ACCULE
À travers les carreaux que l’été empoussière,
Le plaine se déroule sous un soleil camard,
La terre crevassée se brise au long des trimards,
Aux abords silicifiés se rêvant mouillères.
Le ciel nu est lourd et le vent sourd est las,
Partout ce ne sont que rus assoiffés, herbes sèches
Blés brûlés, tournesols grillés,… qui seront mèches
Du premier feu qui naîtra du moindre éclat.
Même l’ombre est étuve dans laquelle on se glisse :
Les peaux y rosissent, rougissent voire écrevissent.
La vie, comme calcinée, semble arrêtée.
Spectres figés, les arbres bruns bronze et dorés
Ont jà mis la livrée d’un automne qui porte
L’espoir de pluies pour que de l’enfer on sorte.
vendredi 10 juin 2022
MARIE HAÏKU RIT
Le travail du corps n’implique pas le repos de l’esprit alors que le travail de l’esprit exige le repos du corps.
jeudi 9 juin 2022
LE SERPENT QUI S’EN REPENT
Petite fable affable librement inspirée d’un conte indien
La fortune est joueuse, le hasard capricieux.
Comment croire en un destin serein sous ces cieux ?
C’est ce que pensait le village
Quand s’installa, sans façon, un audacieux
Serpent à ses entours ; l’être mal gracieux
Ne fut, las, que mort et ravages.
On se plaignit de sa vile inconduite alors
Auprès d’un vieux brahmane qui parlait d’or
Et ce, aux hommes comme aux bêtes.
Tancé, le reptile promit de s’amender. Or,
Il garda ladite bourgade pour décor,
Courant par fougères et herbette,
Devenu pour tous inoffensif et passif.
Les villageois en devinrent des plus agressifs
Avec cette longue chiffe molle :
Les cailloux jetés, les quotidiens poncifs
Et les quolibets le rendaient fort dépressif :
Il fit peur,… il n’est qu’un mariole !
Il alla au brave brahmane, à son tour,
Et reprocha au vieux sage sans détour,
Son nouveau sort, peu enviable.
Là, l’autre lui déclare : « Mais, sombre autour,
Je t’ai demandé de ne point mordre alentour,
Ni d’embrasser, impitoyable…
Pas d’arrêter de siffler ni de te dresser.
Il faut cela pour que l’autre t’estime assez !
- Mais à quoi servira, Grand Maître,
Qu’on se conduise ainsi, à se harasser,
Si “l’autre” sait que ce n’est que le menacer,
Que la Mort ne va pas paraître ? »
L’entelle les ouït, de la partie se mit :
« Sûr !… Si tu ne veux que ton aura s’anémie,
Ni périr de façon abjecte :
Ne frappe que pour te défendre, mon ami,
Jamais le premier et jamais à demi,
Mais cogne et, lors, on te respecte ! »
mercredi 8 juin 2022
mardi 7 juin 2022
LAS HÉLAS
Il y a de cela quelques lustres
Au temps des hommes illustres
Le nôtre ne produisant, malheur,
Que pervers, menteurs et voleurs
On cherchait en choses publiques
Le bonheur… et la République.
Il y a de cela quelques lustres
Au temps des hommes illustres,
Le pays s'était préparé
Par tous ses maux, plus éclairé
Que par ces bonnes Lumières
Ignorant tout des chaumières.
Il y a de cela quelques lustres
Au temps des hommes illustres,
Tout le passé fut révoqué
En un été, fort évoqué :
Naissaient alors des espérances
Qui finirent désespérance.
De ces quelques anciens lustres
Du temps des hommes illustres,
Las, s’en souvient-on vraiment,
À choisir indéfiniment,
Pour vivre notre pauvre geste,
Entre le pas et le peu ?… Peste !
lundi 6 juin 2022
dimanche 5 juin 2022
DE BONNE HAÏKU’MPAGNIE
L’homme est le pire des animaux de compagnie pour l’Homme, animal sociable pourtant.
LES TIRE-LIRES & LES TIRELAINES
Petite fable affable
Si « les bourgeois, c’est comme les cochons… »,
C’est que ces bêtes, en êtres ronchons
Se comportent en notables de la ferme,
Déprisant le poulet roturier
Qui leur sort des pores et de l’épiderme,
Le commun des troupeaux sans lauriers
Et les porteurs de bâts ou d’étriers.
Tout en brusqueries et moqueries fates,
Porcs se flattent, sans rougir écarlates,
D’être les seuls, sans peine, à s’étoffer
Et à en porter gravement l’effet :
La réussite se porte sur les hanches,
Faire du gras sans avoir à travailler ;
C’est être rentier de bonne branche,
Le soit-on repu d’ordures bayées
Par des humains qu’on aime à railler.
L’animal à ventre mou a dent dure
Envers qui l’empâte à la soudure
Comme aux temps heureux, quitte à s’alléger :
Ils dédaignent et déprisent bergers
Gardant des êtres bêtement à cornes
Qui sont plus chaudement vêtues qu’eux,
Comme vilains qui labourent, sans borne,
Une glèbe qui paie mal ou si peu
L’effort qu’ils font et vont l’air guère heureux.
Car, hélas, les nourrains nantis nourrissent
Leur corps, leur superbe et leur avarice
Ne laissant ni mie ni miette à leurs pairs
Ni aux Hommes qui, un jour, feront chair
De ceux qui pensent merde et font fiente,
Jeunes, vieux, sur qui n’a la décente
Bonne façon de vivre… donc la leur ;
Ils étronnent fort et trainent en bouse,
En étant plus rats que rongeurs qui, malheur,
Ose trouver à redire : on jalouse
Tant ce supplément d’âme qu’est le flouze !
Si beaucoup de gens méprisent l’argent,
Rares sont ceux qui vont le partageant…
samedi 4 juin 2022
vendredi 3 juin 2022
RÊVES RIENT
Édito à la façon RuedesFables,
d’après « Perdu de vue » de Philippe X dit Loup-Zen
J’ai une vie de trêve dans un pays de grèves et des rave party où l’autochtone potelé et cauteleux est adepte du velours côtelé couleur terre labourée parce que ça fait vraiment rural et de l'éternel chandail feuille-morte qui n’est pas à la mode pour ne pas avoir besoin de se démoder. Faut pas gaspiller. Ici, le rêve et la folie douce sont les indispensables échappatoires à l’équilibre précaire d’un caractère en or. Et, sur ce plan-là on ne prête pas qu’aux riches… bien au contraire : passent pour pauvres d’esprit les nantis de cette tare, bâtisseurs de châteaux en Espagne ou rêveurs sans trêve d’un Orient qui désormais crève. Seul le royaume des Cieux leur est promis. C’est le rêve au siècle des rêves partis !
Dans ce pays de cocagne où je me cogne aux réalités dès mon réveil et qui vous laisse songeur, il est une sous-préfecture. Nul n’est parfait. Et dans cet Eldorado-là, aimable petit cimetière sent bon la poussière des habitudes usées et la cendre des souvenirs inutiles, portant en lui tous les désespoirs d’une nation en quête de résurrection, est sis une administration. Je sais : le cauchemar n’est pas loin ! Étant, ce jour-là, dans la lune, mais je ne sais plus de qui - une créature de rêve, sans doute - et n’ayant plus de nuage à attraper dans les profondeurs du ciel, je m’y rendis. Idée saugrenue, mais il faut aller jusqu’au bout de ses rêves. Coûte que coûte.
Une file d’attente de doux rêveurs, lassés de faire de beaux rêves, gens du genre Sans Difficulté Financière - les S.D.F. du lieu - s’était formée au guichet. Exceptionnellement ce jour-là leur était réservé. Quel rêves venaient-ils caresser en ces lieux austères laissant de bois au lieu de cajoler leurs épouses et maîtresses ?… L’espoir d’une vie meilleure, prétendant à une quelconque manne distribuée par un plus riche qu’eux ou un État plus pauvre qu’œufs ?… Ce serait là rêver tout éveillé mais tant que ça ne coûte pas… Ils étaient logés, pour l’heure, à la même enseigne que les propriétaires d’intestins paresseux (les Sans-Papiers toilettes du coin) qui, en songes-creux qui n’ont pas le ventre du même tonneau, rêvent tout éveillés leur rêve américain en ce pays-ci.
L’entrée de cette officine officielle, pavoisée aux couleurs tricolores tricotées main, se faisait par l’arrière boutique. Logique administrative, sûrement. Inventée par celui qui créa « la simplification » du même nom. Sur une pancarte, signalétique antique, on pouvait lire :
« Rêves perdus : Service ouvert tous les jours- sauf du lundi au samedi.
Rêves trouvés : Service ouvert en dehors des heures de fermeture.
Pour tout renseignement, contacter le service idoine, ouvert tous les jours de la semaine sauf les Lundi, mardi, mercredi, jeudi, et vendredi.
Les week-end, le service sera exceptionnellement fermé
Merci de votre compréhension. »
Un malotru, pour réaliser un vieux rêve sans doute ou parce qu’il bayait à je ne sais quelle corneille dans une distraite file d’attente précédente, avait osé remplacé, à l’étourdi, le R du mot « Réception » par un D ce qui laissait à penser qu’il avait fini de rêver, lui, quand d’autres dormaient encore debout, penseurs pansus reniant chimères et pairs pour vivre des rêves aseptisés.
Une fois entré dans ce haut lieu pénétrant, moi qui ai les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, je croise nombre de personnes sombres qui semblaient être préoccupées par le fait de ne pas se marcher dessus, j’entends sur leur propre ombre. Or, il n’y avait plus de lumière dans le couloir. Restrictions budgétaires. Pardon, « louables économies en vue d’inciter au Développement Durable » et sauver une planète à laquelle on a refusé l’entrée au pavillon de soins palliatifs car son état était désespéré. Elles soliloquaient en regardant le sol, les mains dans le dos, courbées sous le poids des heures qui passent et vaincues par un temps perdu recherché en vain. Pis, elles feignaient de ne pas m’entendre leur poser la question qui dérange quand l’ouvrier de la onzième heure cherche midi à quatorze heures ou à sa porte : « Excusez-moi, je voudrais un renseignement ».
Un retraité en vacances qui n’avait pas une minute à lui, comme nombre de ces gens-ci dans ce cas-là, me répliqua sur un un ton rogue qui me laissa songeur : « Vous voulez un renseignement ? Eh bien servez-vous ! »
- Oui mais :… où ? Répondis-je aussi paumé qu’une laitue d’antan.
- Au service des renseignements des rêves retrouvés. Fermez bien la porte en sortant : il y a des rêves enfuis qu’on ne voudrait pas avoir à chercher. On n’a pas que ça à faire, monsieur ! » fit mon péremptoire interlocuteur qui avait tout l’air d’un exécuteur. Et pas testamentaire.
Sur un présentoir qui présentait mal, il y avait pèle-mêle toutes sortes de formulaires, correspondant à ce que l’on peut faire quand on a le monde à refaire ne pouvant défaire celui-ci : retrouver les rêves partis en fumée, vivre ses rêves, lutter contre les rêves irréalisables, l’interprétation des rêves, vivre ses rêves de jeunesse,…. Je me dis sans passer par la Lorraine avec mes sabots parce que c’est à l’autre bout du pays vu à travers le plus petit bout de ma propre lorgnette, le nez en l’air et respirant à grandes goulées le temps qui passe, que tout cela était aussi illusoire : administration et administrés confondaient « rêver » et « rêvasser » ce que seuls savent peuvent faire les poètes - et les marchands de fables - sans que cela ne mène à rien… sauf à la maison de ses rêves. J’y retourne donc !
Rêveusement vôtre…
jeudi 2 juin 2022
PENSÉE HAÏKU’LTE
La piété n’a plus plus besoin de dévotion que la sincérité de paroles : les actes parlent d’eux-mêmes, toute démonstration est orgueil ou vanité.
mercredi 1 juin 2022
CAUSETTE AVEC UNE COSETTE COUSETTE
Petite fable affable
Fripier fripon étant d’une corpulence
N’ayant, ma foi, d’égale que son opulence,
Un bon bourgeois voisinait, par le haut du pavé,
Avec une modeste modiste, qui avait
Le tort de posséder une riche clientèle,
De celle qui paie peu, mal et tard ses dentelles,
Et, pis, s’enorgueillit par la ville d’agir
Sans fard de la sorte sans jamais s’assagir.
Aussi, cette pauvrette alla crier famine
Chez ce brave marchand, fourgueur de fausse hermine,
Qui trouverait, lui, “moyen de moyenner”
Étant étoffé, honnête et affable aîné.
Hélas, pétri de boue et d’ordure, notre homme
Pratiquait, par chrétienne charité, en somme,
L’usure à qui manquait toujours d’un denier
Pour faire un sol alors que, pourquoi le nier,
On se faisait souvent suer à deux sous l’heure.
La donzelle implore le vendeur, tant et plus pleure.
« S’il ne te manque que deux sous pour faire un franc,
Petite, tu vas trouver chez moi un garant…
Y’a toujours “moyen de moyenner” ! » ajoute
Ce goujat dont la main part, jà, au casse-croûte
Vers les jupons de la jouvencelle apeurée.
Elle rétice à ses avances, à peine effleurée
Et il récalcitre au prêt si elle ne cède :
« Petite, Il y a deux façons de s’élever :
Soit par grand talent et travail à en crever
Mais tu vivras, toujours, moins de blé que d’épeautre ;
Soit, comme moi, par la grand’ bêtise des autres.
En ce monde tout a un prix, même pour toi… »
Et repartent à l’assaut les doigts de ce matois.
Sortant de sa poche ses ciseaux de couture,
Elle crie : « Arrêtez, immonde caricature,
Où je bistouris !… Sûr, sur vos us j’en sais assez
Et vous trouverez d’autres corsets à délacer
Avec cette morale de vie qui rend prospères,
À l’évidence, les mufles et leurs compères :
Si j'ai pu être abaissé par quelque fatalité
Ou des fats qui m’ont acculée, sans plus de probité
Vous êtes et pourriez être rabaissé, vite,
Par mes lames qui sauront couper court à votre invite ! »
Un peu de courage, mêlé de gageure,
Et la loi du plus fort n’est plus la meilleure !
mardi 31 mai 2022
SAGE IMAGE
Depuis que je vais, coquet comme un minet
Élégant comme un muguet, bref raffiné,
Comment mettre la main au cul de ces bébelles ?
Depuis que je me dois d’être fort galant
Et très courtois, le geste nonchalant
Comment peloter ou palper l’essaim des belles ?
Dans le beau monde, c’est obscène et fort mal
D’courtiser ainsi donzelles et rombières
Comme le fait un gueux ou un animal :
Quant t’as une imag’, faut avoir des « manières » !
Et, comme hélas, je me suis fait dandy
Me dandinant en sirotant mon brandy,
Comment donc retournerai-je à mes habitudes ?
Comme je joue, le soir venu, les gandins,
Toisant tous les ivrognes avec dédain,
Comment me pinter la gueul’ jusqu’à l’hébétude ?
Dans le beau monde, ça la foutrait mal,
Qu’un soir je m’oublie, vomisse ou, pire, me pisse
Dessus comme un gueux ou comme un animal :
Pour mon imag’, ma vie ne s’ra que sacrifices ?
Parce que j’suis un respectable gommeux,
Un muscadin de la haute aux mots brumeux
Je pourrais plus causer comme un vrai mirliflore ?
Parce que tout n’est que paroles soignées,
Phrases policées, je devrais m’éloigner
De ce parler cru qui faisait tout mon folklore ?
Bordel de merd’, laissez-moi mes jurons
Au moins, que je finisse pas brindzingue
À hurler comme un gueux, un animal :
Une imag’, c’est fait pour qu’on la dézingue !
lundi 30 mai 2022
dimanche 29 mai 2022
HAÏKU K'TEL
Notre vie sociale nous contraint trop souvent à des relations plus intéressées qu’intéressantes.
CHASSEZ LE NATUREL…
Petite fable affable
Une gracieuse et gracile gazelle,
Agréable et authentique demoiselle
Dont on avait soigné l’éducation
Et pour cette raison, sans vraie passion,
En futilités ou mondanités savante
Et ferrée en inutilités, décevante
Pour tout dire, croise en savane un bouseux
Phacochère, sale et puant niaiseux.
Celui-ci, pressé comme lavement, lance
À celle qu’il faillit renverser comme on tance :
« Gar’ tes fesses !… Je suis d’humeur bourrue
Et t’étais à deux doigts, bête saugrenue,
Que j’te botte le cul. Pousse-toi de là ! »
Lors, toute en courbettes, la Belle le héla
Non sans révérences ni sans ronds de jambe :
« Que Monseigneur excuse donc ma bévue,
Je ne l’avais, et le déplore, point vu !
- Non mais tu t’es écoutée parler, La Belle,
Comme tu m’as regardé, non : c’est libelle
Et ironie que tes manières ou quoi ?
- Ni caprice, ni coquetterie. Pourquoi »
Fit-elle alors avec toute l’innocence
De ce monde… et aussi toute sa décence.
Le débiteur de balivernes reprit :
« Le temps est un trésor qui n’a guère de prix
Pour qui en amabilités le consomme
Je suis pressé de retourner à mon somme
Car la vie en heures est parcimonieuse
Mais, par contre en emmerdes dispendieuse !
- Ah, la politesse vous coûte donc tant.
- Tant… et plus ! Moins j’en ai plus j’suis content.
- Vous êtes donc de ceux qui sans fin méprisent
Et civilité, et façons bien apprises,
Qu’ils viendront à réclamer, l’air merdeux,
Si on venait à en manquer envers eux ! »
samedi 28 mai 2022
vendredi 27 mai 2022
MARCHÉ DE PLEIN VENT
Panneaux et banderoles l’annoncent
Fièrement : « Ici, produits du pays »
Certes mais duquel ? Pas de réponse.
J’ai mauvais esprit pour les chalands ébahis
Qu’éventaires fort ventés embaument
De senteurs en fouillis, de saveurs en saillies,…
Des camelots les prenant pour pommes
Les bluffent d’étals vieillis tout en cafouillis,
Des bonimenteurs à bouffarde
Jouent les bons ermites sortis de leurs taillis,
Accompagnés d’autochtones bardes ;
Et les aboyeurs forains sont vite trahis
Par ces criées ou ces étalages
Qui sont folklore d’accents et d’habits envahis
Par ce cheptel qui fait du village
Un univers de vie et de couleurs éblouies
Entre torchons à carreaux, pépères,
Sortis du super hypermarché de ce coin
Et vieux paniers de mémères
À l'osier arrivé de Chine… ou de plus loin.
Inscription à :
Articles (Atom)
