Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 27 mai 2012

INTERROGATIONS

Qu’y a-t-il ?
Que se passe-t-il ?
Je m’inquiète…
Comme une mauviette
Aux abois ;
Je reste sans voix.
La nuit quiète
En bruits sourds s’émiette…
Qu’y a-t-il ?
Que se passe-t-il ?

EN ROUTE POUR… JOHANNESBURG

Le township à l’ombre des tours
Laisse échapper en cris, en rires,
Par les rues qui en font le tour,
Un ballon usé et martyre
Qui gâche un décor qui chavire
De couleurs crues,
Auxquelles cette ville aspire,
Verre en verrue?

Le ballon fait tache alentour,
Comme la fille qui transpire
À récupérer, sans détour,
Son bien dans ce nouvel empire
Du succès, du fric - et leurs sbires -
Qu’est devenue
La cité d’un Sud qui attire
Les revenus.

Pour l’enfant, quoi qu’on puisse dire,
Rien au menu,
Car, comme hier, quoi qu’il admire,
L’espoir est nu !

IMAGE & MAGIE

L’ombre se fait poussière
Et la nuit noire s’abat.
C’est soir de sabbat.
Pour nous, les sœurs sorcières
 Bien plus grimacières
Que ne le sont de gros rats,
Le balai au bras,
Le grimoire en gibecière
On sort notre argot,
La marmite nourricière
Qui sent le fagot,
Nos sorts et nos sortilèges,
Tout un florilège
De sacrilèges savoirs.
On est là pour voir
Sire Diable qui envoûte
La céleste voûte,
Et s’accoupler au Démon
Entre serments et sermons.
 On fuit nos maudires ;
De nous, on n’ose médire
Tant nous faisons peur,
Provoquant vapeurs, stupeur,…

 Fille du fiel, de Gorgone,
Harpie au noir talisman,
Maitresse en enchantements,
 De Carabosse épigone,
Dans les bois d’Argonne
Tu caches des diableries
Dont les serpents rient.
Tu marmottes et tu marmonnes,
Fleurant le vieux bouc ;
Tu cries et tu t'époumones :
Tu effraies les ploucs
Qui tant redoutent tes filtres
Qui partout s’infiltrent,
Ces potions et ces poisons
Qu’ont fait, à foison,
Dans une baignoire,
Tes cent sœurs en magie noire
Et superstitions,
Avec force incantations.
Toi, furie, tu danses,
Indécence et décadence,
Près du feu souffreux
Causant ton sabir suiffeux.

vendredi 25 mai 2012

HAÏKU DE GRIS, ZOU !

La modestie est la vertu du talent,
l’humilité son vice.

EN AVAL DU PIÉMONT

Cycle pyrénéen

Elle vient du traversin des montagnes
Qui borne notre horizon sans feston,
Avalée par la pluie qui l’accompagne
Et nous met ici le jour à tâtons.
La couverture ourlée des nuages,
Aux couleur de bitume et de béton,
Vient se rouler sur le drap mordoré,
Tout en nuances, teintes en partage,
D’un automne encore chaud dans ses tons
Que l’eau va laver sans décolorer.

Le grain gronde et grésille au loin, Compagne,
Quand s’effacent arbres et clochetons !
Au coussin des collines, l’ombre gagne.
Le vent force sa voix dans les chardons
Et dans ce qu’il reste, enfin, de feuillages.
Ma mie, allons, profitons du coton
D’un édredon frais qui semble ignorer
Le baldaquin des cieux et ses présages
Tant pis, si la saison change de ton
Et noie la plaine, les champs et les forêts !

Sceau : Élisa Satgé, 2017

EN ROUTE POUR… DEMAIN

Un Univers aseptisé,
Avec fantaisies en vitrine,
Mais des fonctions robotisées
Des sentiments de figurine,
Des sensations en feutrine,…
À pas menus
Demain vient, sans bruit ni clarine.
Pas l’inconnu !

Un monde déshumanisé
Des tâches et une doctrine,
Des relations mécanisées :
être affairé comme une Tsarine ;
Ne pas avoir l’humeur chagrine :
C’est incongru !
Le progrès soulèvent poitrines
Et âmes nues !

Un demain glace et glycérine,
Est au menu ;
Un demain sucs et saccharine,
T’es prévenu !

MYSTÈRE NÔ

Tonnant tel un ténor,
Cape d’azur et d’ors,
Masque et bergamasque,
Il est fier samouraï,
Colère de vitrail
Et démarche fantasque.

Lancinant, s’est lancé
Le chœur pour tancer
Ce ronin qui méprise
Et pille le pays ;
Craint autant que haï.
Ses lames terrorisent !
Plus mortel qu’arsenic,
Plus rapide qu’aspic
Le soudard va, voyage
Par les  monts, les forêts,
Les champs et les guérets,
Entre danse et verbiage.

Tonnant tel un ténor,
Cape d’azur et d’ors,
Le shite san entonne
Sa mélopée. Sa voix
Fait naître, ici, l’effroi…
Et il en fait des tonnes !

Lancinant, s’est lancé
Le chœur pour tancer
Le daimyo bien trop lâche
Qui oublie ses devoirs
Et refuse de voir
Où fuit sa foi, se cache.

Tonnant tel un ténor,
Cape d’azur et d’ors,
Le shogun fait justice
Au Peuple par sa loi ,
Son droit de bon aloi,
Aux fêtes du Solstice.
Fin de ce drame ,
Katana, kimono :
Le traître, sans mystère,
Se tue par seppuku.
Puis on tranche son cou.
Sa tête roule à terre…

 Lancinant, s’est lancé
Le chœur pour tancer
Ces maîtres qui abusent
- Valeur évanouies
Et malheurs inouïs -
Du pouvoir dont ils usent.

ÉDEN RETROUVÉ

Quand j’ai l’âme et le cœur endeuillés,
Oui, je me rêve œillet effeuillé
Et veux refaire le Grand Voyage,
Revenir au ventre de la mer,
Recommencer, comme au début des âges,
Dans l’eau âcre, dans le sel amer.
Loin des foules. Loin du tapage…

Sans craindre les foudres du Ciel,
Ramper jusqu’aux cendres de la Terre
Fuir l’accessoire et l’artificiel
Qui défleurit monts, vaux et parterres.
Une vie tout en frugalité,
En liberté, en fraternité.
Redevenir seul. Et terre-à-terre…

mercredi 23 mai 2012

RIONS HAÏKU !

Il est des artiste "comiques"
 plus risibles que drôles !

BRASILEIRA

Carioca, ma sœur par l’âme,
Ton monde est toujours mouvant
 - Carnaval métis et vivant,
Samba, football, bossa et femmes,… -
L’Eldorado est au Brésil,
Sèches ces larmes sous tes cils :
Voici que te viennent les vents
Qui feront flotter l’oriflamme
De ta favela s’activant
Entre rires et psychodrame.
Carioca, tes pleurs, ton blâme,
Sont ces tropiques émouvants
Pour qui le dissolvant est un’ came
Et l’enfant, un outil vivant,…
Ordre et progrès font le Brésil,
Finies les larmes, le grésil,
Fauves humains, faim infâme
Qui t’ont condamnée si souvent.
Car ton peuple tout dieu, tout drame,
Désormais, ira de l’avant.
Carioca, ma fleur, ma flamme,
Dans ce Sud pauvre où tout se vend,
Se dévoile un soleil levant
Pour qui fend le sol de sa lame :
L’espoir souffle sur ton Brésil.
L’avenir n’est plus dans l’exil :
Ton pays de selvas, fervent,
Où quelques possédées se pâment,
Jette, entre demain et avant,
Un pont, en fait un amalgame !