Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 23 juillet 2014

UNE GOUTTE D’EAU

J’ai l’émotion au ras des cils.
Tu romps liens et fil,
Car là tu dis que tu me quittes
Que notre foyer est faillite,
Et notre couple est en péril,
C’est là affirmations gratuites,
Inutiles souffrance et gril.
Nos amours se sont déconstruites ;
Pas de poursuite !

Qu’est-ce que j’ai au coin de l’œil ?
C’est peut-être une goutte d’eau,
Je l’avoue, tant pis pour l’orgueil,
La pluie, pour l’heure, aura bon dos,
C’est peut-être une goutte d’eau…
Une goutte d’eau…

Je tourne autour de mon nombril.
Suis égoïste et puéril,
C’est pour cela que tu me quittes.
Et puis, dis-moi, quoi d’autre ensuite ?!
Je sais que je suis pas subtil
Mais je peux pas vivre en ermite.
Je froncerai pas les sourcils,
Ton départ, oui je le mérite,
Va et fais vite !

Qu’est-ce que j’ai au coin de l’œil ?
C’est peut-être une goutte d’eau
Je l’avoue, tant pis pour l’orgueil,
La pluie, pour l’heure, aura bon dos,
C’est peut-être une goutte d’eau.
Une goutte d’eau ?
Oh oui, juste une goutte d’eau…
Une goutte d’eau…

J’ai l’émotion au ras des cils.
Mes cœur bat, ne tient qu’à un fil,
Parce qu’enfin, oui, tu me quittes :
À moi sortie et inconduites,
Finis ta loi et mon exil.
C’est inespéré, cette fuite !
Merci !… Même si ça fait vil,
Je vais me payer une cuite…
Tiens là, de suite !

Qu’est-ce que j’ai au coin de l’œil ?
C’est peut-être une goutte d’eau
Je l’avoue, tant pis pour l’orgueil,
La pluie, pour l’heure, aura bon dos,
C’est peut-être une goutte d’eau.
Une goutte d’eau ?
Oh oui, juste une goutte d’eau…
Une goutte d’eau…
Une goutte d’eau !

LE MÉNAGE DE LA DINDE & DU PAON

Petite fable affable

Avant de finir en suce-goulot,
Las, à la fortune de La Fontaine, 
J’ai puisé une fable de belle eau
Venue du vieux temps futé des futaines
Où l’or, l’argent commandaient au destin
Au lieu de leur obéir d’instinct !

Dans quelque fermette joliette,
Une dinde aux idées bien arrêtées,
Comme une montre au siècle passé,
Plus sotte et crédule qu’une caillette
Prônait haut, le verbe en baïonnette,
Sa foi fanée, des valeurs éventées
Ou bien des traditions trépassées,…
En bref, toutes ces choses sur lesquelles
Cette époque que l’on dit « actuelle »
S’assoit bien dessus, façon convaincue
De nous dire qu’elle se les fout au cul !

Pour s’assurer un grand destin étatique,
Elle s’allia avec un vil paon,
Ridicule seigneur de pleins arpents
Qui entra lui aussi en politique
En insigne saigneur, en vile tique :
L’homophobie et la xénophobie
Lui servaient de programme et alibis.
Comme notre dinde, il voulait la peine
De mort pour les uns ; aux autres, les chaînes
Et le boulet ; il abhorrait Hugo,
Cocoriquant comme nasille un goth,…

Cette union si peu contre leur nature
Fit jaser un peu et ressasser
Quelques affaires et certain passé.
On mit le journaliste à la pâture :
La dodue d’un sien cousin germain
Était l’épouse ; pour qui dit amen
Cet hymen fait tâche. L’autre, fertile
Faiseur de progéniture inutile,
A un beau rejeton qui viola
Son frère. Bel exemple que voilà !

Ils auraient dû se souvenir à temps
Qu’une maxime venue du fond des âges
Dit : « Quand on prétend faire le ménage
Chez les autres - « ménage de printemps »,
Simple dépoussiérage,… - il importe
De balayer d’abord devant sa porte ! »

mardi 22 juillet 2014

lundi 21 juillet 2014

HAÏKU CINÉ

Certains n’ont eu, n’ont et n’auront d’ouverture d’esprit
qu’après une fracture du crâne !

LE DESMAN TOUTOU

Petite fable affable

Un desman, taupe des monts et des vaux,
Se prenait pour un bon chien de berger ;
Il est bien des bipèdes enragés
Qui se disent des hommes et non pas veaux.
Son assiette, en effet, s’ennuyait
Quand il était tout seul pour l’essuyer,
 L’animal aimait fort la compagnie
Des ovins de son hostile pays.

À l’estive, il les gardait, les menait
Où l’herbe abondait entre les genêts.
Son lit s’ennuyait de lui tout l’été,
Bien plus que lui de son lit, occupé
À son labeur de pastou qu’il était.
Or, un soir noir où la lune avait fui,
L’ours survint, détruisant à grands bruit
Ami, si tu te charges d’un travail
Pour lequel tu n’es pas taillé : pagaïe !

SKETCH EN ROBE NOIRE

En pensant à Jérémy Ferrari


« Non M’sieur l’juge, je ne comprends pas
C’que j’fais d’vant vous à l’heur’ du repas…
Comment ?!… Que j’aurais forcçé cett’ fille ?!
Eh, j’suis beau et pour la chos’ pas un’ bille !…
D’mandez à toutes les femm’, mêm’ mariées :
J’sui un bon coup ; pas un maq’ avarié !
Pas besoin d’les draguer, just’ j’les regarde
Et elles fond’ sur moi, et pas par mégarde !…
Non, non, M’sieur l’juge ne la croyez pas :
Elle s’veng’ parc’que c’est moi qui voulais pas !

Croyez pas, M’sieur l’juge, que je me dérobe,
Mais, comm’ vous, elle portait bien la robe
Et avec rien dessous, comme il se doit.
Alors c’est du "racolage actif” pour moi.
 Et puis les sens, ça s’enflamme si vite…
Mais, juré, ell’ m’invit’ plus qu’ell’ m’évitent !

Encor' non, M’sieur l’juge, ça, ça tient pas !
Elle en a pas dix-huit ?… Ell’ les fait n’c’pas ?!
J’vais pas aller d’mander à chaqu’ frangine
Qu’j'culbut’ son curriculum. Imagine ?!
Le début du mot m’suffit ; ell’ l’ont compris
Et bien pris…  Jeu de mots !… Quoi, non ?!… con-pris…
Vous avez pas d’humour dans les prêtoires !…
Quoi outrag’ ?! J’ai pas sorti “mon” pétoire !…
Non M’sieur l’juge, sûr ça, n’la croyez pas :
On n’est plus vierg’, quand on a tant d’appâts !

Croyez pas, M’sieur l’juge, que j’me dérobe
Et puis qu’est-ce qu’un mec portant un’ robe
Y connait aux femm’, aux fill’, dîtes-moi ?!
Et puis, après deux packs, la bièr’ je crois,
Fait souvent qu’on sait plus où c’qu’on habite
Et encor moins où qu’on fourre sa bite !

Non M’sieur l’juge, là, là, moi j’vous suis pas :
Ça serait ma fill’ ?!… Celle à son papa ?!…
Mais bien sûr que je la connais ma fille !
Que j’lai mêm’ reconnue à c'te brindille
À sa naissanc’, sans l’avoir jamais vue
Avant !… Et depuis ce jour, j’suis d’la r’vue
Vu qu’sa mèr’ s’est barrée avec le maire
En m’laissant avec c’te chiare amère…
Et, M’sieur l’juge, croyez moi ou pas,
Mais j’t’lai dressée aux coups, la lupa !

Croyez pas, M’sieur l’juge, que je me dérobe
Mais, M’sieur l’curé, un autr’ qui port’ la robe,
Y m’dit d’l’éduquer ma goss’. J’y pourvois.
Elle en est devenue gross’, comm’ ça s’voit.
C’est pas ma faut’ : j’ai fait qu’mon devoir, dites,
Et gratos, et elle s’plaindrait, c’te maudite ! »

samedi 19 juillet 2014

HAÏKU REND

Une gifle est une fessée retenue.

LA PAIRE D’ÉPEIRES

Petite fable affable

Un soir, deux épeires discutaient.
« Au boulot, t’es bulot et boulet !
Disait haut l’aînée, très remontée
À sa jeune sœur qui déboulait
Chez elle pour se faire une toile.
Retourne à l’école ou mets les voiles,
Car tous tes collègues en ont assez :
Lacunes et bêtise entassées
Te font pis que cucurbitacée
Et juste bonne à te prélasser !

- L’éducation coûtant fort cher,
J’ai essayé l’ignorance !… Aussi
Pour m’ôter cette crasse un Kärcher
N’y suffirait point. Bah, c’est ainsi !
 Des vains voudraient se faire l’épeire ?!…
Laissons causer consœurs et compères
Qui râlent, jusqu’à l’heure du thé,
Contre l’ignorance qui fait, Té,
Sots résignés ou ânes bâtés
Quand l’école fait des révoltés !

- C’est la fête d’épeires avec toi…
Car ta balourdise rejaillit sur moi :
Nous sommes nées sur le même toit,
Toi, plus inculte de mois en mois…
- Le seul vrai remède à l’ignorance,
Ma sœur au cœur et à l’âme rances,
Est le savoir, non pas le discours !…
Ne le sais-tu, toi qui me fais cours ?
Alors je t’en supplie, fais plus court
Ou a tes mots donne un autre cours ! »

CENT PLEURS & CENT REPROCHES

Agité de songes,
Rongé par cent remords
Que je croyais bien morts, 
Par de pieux mensonges
Et de vieux souvenirs
Que le temps détricote.
Les regrets me chicotent…
Je n’ai plus d’avenir ;
Mon ombre ira bien seule,
À l’horizon des ans,
Au soir agonisant,
Je me ferai bégueule…

J’ai perdu, t’ai perdue,
T’es partie : je perds tout…
Mais pourtant t’es partout !
J’t’ai perdue, oui perdue,
Sans avis, sans aveu ;
For la vie, morts nos vœux…

Et les heures s’allongent
Comme des jours, des mois,…
Mes yeux, brouillés, plongent
Dans les larmes et l’émoi.
La joie n’a plus la cote,
Finis ton doux désir, 
Les soirs où l’on fricote
Selon ton bon plaisir.
Je suis vieux et veule,
Devant films et photos
À qui je fais la gueule,
Eux, mes derniers potos !

J’ai perdu, t’ai perdue,
T’es partie : je perds tout…
Mais pourtant t’es partout !
J’t’ai perdue, oui perdue,
Sans avis, sans aveu ;
For la vie, morts nos vœux…

Et il ne me reste
Qu’à attendre la Faux,
Aux serres de gerfaut,
Dont la dextre est si preste.
Depuis ce jour maudit
Je l’attends sans crainte,
Et l’espère sans plainte ;
J’erre entre on-dit
Et éternelle attente
Qui tue en moi l’espoir,
M’accule au désespoir
Et aux peurs tourmentantes…

J’ai perdu, t’ai perdue,
T’es partie : je perds tout…
Mais pourtant t’es partout !
J’t’ai perdue, oui perdue,
Sans avis, sans aveu ;
For la vie, morts nos vœux
J’ai perdu, t’ai perdue,
T’es partie : je perds tout…
Mais pourtant t’es partout !

vendredi 18 juillet 2014

HAÏKU MÈTRE

Certains êtres sont si fades qu’ils n'ont trouvé que
la mort pour mettre du sel dans leur inexistence.

jeudi 17 juillet 2014

HAÏKU R'BÉE LES CHINE

J’ai le mauvais goût de croire avoir bon goût.

DANS LES CROCS DES PÈRES GRIS

Petite fable affable


Voulant une vie prospère et pépère,
Deux loups sachant en eaux troubles nager,
Tous deux frères de sang, se firent pères
Ayant une face à décourager
Un crapaud d’être laid. C’est pas peu dire !
Mais leurs caractères, en tout, différaient
Bien qu’aucun, en rien, n’était tempéré :
L’un à l’ego froissé, aimait maudire ;
Il limaçait quand il fallait courir,
S’escargotant quand on devait saillir.
L’autre, au moi-je fripé, aimait mots dire ;
Quoique lent à voir et à concevoir,
Tardif à exécuter ou savoir,
Il était prompt à fuir à pleine course
Quand l’autre se cachait, lui et sa bourse.
Qui a la foi pour pouvoir et ressources
S’arrondit fort comme, avant l’hiver, l’ourse.

Ordonnés, ils eurent pour mission
Une église en robe de béton, laide
Dans un pays beau par ses passions
Et ses bêtes qui n’attendaient nulle aide
De quiconque et surtout pas de ces loups
Froqués de bure et dressés à la dure
Pour qui tant belle face étant ordure.
Ils étaient, pour le moins, un peu chelou ?
Pour nos loups faits Samaritains, confesse
Et messe sont graisse de tiroir-caisse
Pour faire expier, sans bénignité,
Aux paroissiens inquiets, la bonté
De leurs vieux us pleins d’aménité
Et leurs mœurs sans nulle malignité.

Condamnés par Dieu au jour indigeste
De leur naissance, comme l’est chacun, 
À un compte-à-rebours des plus funestes,
Tous n’étaient que gueux, manants et faquins,
Êtres faibles qu’il faut tenir en laisse :
Tout leur paraît luxure et lucre, péché
Mortel, faute ou erreur à dépêcher
Chez ces démons et chez ces diablesses !
La forte presse à la messe était peur
D’être pris en défaut, entre torpeur
Et stupeur face aux mots qui tuent ou blessent.
À leur emprise, un ours, seul, résistait
Car son salut fort peu l’inquiétait.
Le museau drapé de rides, l’allure
Pesante, il vivait sans rien exclure,
Refusant de manger son chapeau, l’Enflure,
N’ayant guère de goût pour les galures !

Nos loups damnent ce qu’on leur dit ou tait,
Ce que leurs ouailles paissent ou pissent,
Ce qui fait l’hiver, ce qui fait l’été,…
Tout n’était, pour eux deux, que vesce ou vices !
L’ours, lui, n’avait rien à montrer ni prouver ;
Obligé par rien, affidé de personne,
Laissant aux autres la cloche qui sonne ;
Bonne conscience et foi éprouvée.
N’étant pas tout miel avec les fidèles
Qui morguaient terre, eau, ciel, asphodèles,…
 Il était, par d’aucuns, désapprouvé :
Cette impie et mécréante baleine
Se devait de perdre vent et haleine !
Goûter faits plus que foi, franc-parler
Font, hélas, douter, craindre ou déparler :
Être différent du lot fait parler,
Suscite d’inutiles pourparlers.

Le plantigrade fut mis au bûcher.
Il accepta cette inique sentence
Et la voix du peuple qui le huchait.
« Voilà, dit-il, que l’innocence on tance !
Vous aimez fort, au saint nom de Dieu,
À tout promettre comme à tout remettre,
Tout vous permettre, de tout nous démettre ;
Est-ce un tyran que votre « Bon Dieu » ?
Vous nous faîtes, Loups, l’Enfer sur la Terre
Et il n’y a que moi que cela atterre ?!
Celui qui croit doit fermer les yeux
Quand on le punit pour la peccadille
D’avoir été fait fragile brindille ?!
Un péché, bel et bon, n’a de valeur
Que s’il en a la saveur et l’odeur.
La plèbe croit toujours ce qui l’arrange
Cette foule tuant qui la dérange ;
Aujourd’hui, c’est de moi qu’elle se venge.
Demain, qui mettra-t-elle dans la fange ? »

CHANSON POPULAIRE

Authentiquement fausse…

Les bergères et les servantes,
Bien que nulle ici ne s’en vante,
Un peu grisées de vin rosé,
L’image paraîtra osée,
Voient, dans l’aube encore dormante,
Les jeunes pelouses charmantes
S’emperler de tiède rosée,
Des boutons prêts à exploser.

Revoilà le printemps
Parti depuis longtemps…
Revoilà le printemps
Et ses désirs tentants…

Les bergers, les gars, l’âme aimante,
Sentent que vient, va, s’activante,
La suave sève qui, déjà,
Ranime branches et goujats,
Raidis dans les ombres mouvantes
Des robes dans l’aube enivrante.
Le bourgeon éclôt, sans gandja,
Et coule le sirop d’orgeat !

Revoilà le printemps
Tout en tendres instants ;
Revoilà le printemps
Et ses plaisirs, s’entend !

Là, bergers et servantes
Avec leurs étreintes ferventes
S’éveillent des sens trop soumis,
Boivent à la source endormie,
Goûtant en ces heures vivantes,
Et dans nombre de leurs suivantes,
Un fruit peu défendu, ami
Du bon temps loin de la lamie…

Revoilà le printemps
Que tant l’on attend,
Revoilà le printemps
Fêté sans contretemps !

mercredi 16 juillet 2014

HAÏKU STIQUE

De nos jours,
s’expliquer, revient à présenter des excuses ;
Présenter des excuses, c’est s’humilier et s’exclure !

mardi 15 juillet 2014

TRANS HAÏKU L'TURATION

Une frontière correspond trop souvent
à une ligne de partage des os.

RUPTURE

Ma femme s’est tirée.
Sans larme et sans regret.
C’est sûr, je la connais,
C’est moi qu’ai déconné :
J’ai, un jour, écorné
Notre “fidélité”
Au livre malmené
Des amours alités ;
Bref, j’ai son front orné,
En un mot, “encorné”
Et me voilà soustrait
À mon bonheur discret.

Si toutes nous fuyaient, comme ça,
C’en est fini du couple, Maman,
On serait ici-bas, tous, tout seuls ;
Plus de vie à deux, tout simplement !

Ma femme s’est tirée.
Par ce brutal arrêt
Je mesure l’effet,
L’ampleur de mon méfait :
J’ai tout, de nous, défait.
Pur comme un nouveau-né,
Je n’l’avais jamais fait,
- Dans son dos, sous son nez,… - 
Juré : c’est vrai ; un fait…
Malgré folles et fées !
Elle était, sans apprêt,
Mon bijou, mes ferrets.

Moins Roméo que Sancho Pança,
Je fus, à ses yeux, un moment,
Un homme, un vrai et non un poussah :
Avec le temps tout meurt, tout ment,…

Ma femme s’est tirée.
Sans remords ni regret.
Servile en ses rets,
Ployant à ses décrets,
Sous sa griffe acérée,
Elle seule a défait
Tout ce qui m’arriérait,
Ce qui faisait mon faix,
Et pour notre bienfait, 
Tel que je suis, m’a fait,
N’ayant guère d’attraits
Du néant m’a distrait !

Et, pour elle, je me fis forçat
Au turf et l’aimais éperdument,
Qu’ils soient de Damas, de Canossa,…
Les chemins ne m’étaient pas tourments.

Ma femme s’est tirée.
Et, après cet arrêt,
À tout vent, fait fuiter
Mon infidélité
Puis, s’est précipitée
Chez sa mère, éplorée,
Pour me discréditer.
Quoi que j’aie imploré,
Elle a tout ébruité,
Par rien courtcircuitée ;
Mon cœur n’est plus que craie,
Après pareils secrets.

Alors que moi j’ai juste fait ça,
Par dépit, ou par égarement,
Car je n’ai pas le vice vers ça,
Avec l’épouse… de son amant !

SUR LE FIL

Petite fable affable

Là, une mouche, au plafond, vrombit.
Ses bruissantes sœurs par trop gourmandes
Lui disputaient, toujours sans demande,
Sucre oublié, miettes de pain bis,
Que le vieux fermier dessus sa table,
Las, leur abandonnait, serviable.
Elle alla donc trouver l’araignée
Et lui bruit d’un ton fort indigné :
« Ô Majesté, n’es-tu donc pas lasse
Du vain, vil et bourdonnant boucan
Que font ces sombres bavardes quand
Tu aspires au calme à la place ?
Il faut punir l’incessant babil
Et qui le cause, êtres incivils.
Je m’offre à les conduire à ta toile
Avant qu’ils ne mettent loin les voiles.
- Quoi ?… Comment ?… Que dis-tu mon amie ?
Je n’entends plus très bien, fit l’aragne.
À trop vieillir, vois-tu, peu l’on gagne ! »
S’approchant, la zélée voit l’étau
De toile qui se ferme aussitôt.
Qui, par trop, voudrait nuire à autrui
Risque fort de ne punir que lui.

dimanche 13 juillet 2014

HAÏKU ROUSSÉ

On trouve plus de gens prêts à donner des conseils
que de personnes disposées à en suivre…

LA TERRE (à quoi) PROMISE (?)

Sur cette terre trois fois sainte
La douleur est partout peinte.
Depuis le sable et le gravier
Monte aux Cieux comme une plainte
Et court sur le sol une crainte
Quand, las, de janvier à janvier
Se meurent tous les oliviers
Et la colombe,
Dessous les bombes…

Là, même l’enfance est atteinte,
Et l’espérance s’est éteinte.
Sur le sable et sur le gravier,
C’est la violence et la contrainte
Pire, la force de l’étreinte,
Car, las, de janvier à janvier
Se meurent tous les oliviers
Par monts et combes
En hécatombe…

La mort y laisse son empreinte,
Au ventre des filles enceintes.
Sur le sable et sur le gravier,
Les vies sont pis que labyrinthes
Aussi succinctes que restreintes
Si, las, de janvier à janvier
Se meurent tous les oliviers,
Ombres sur des tombes,
Dessous les bombes…

COUP FOURRÉ CHEZ DE GRANDS SAIGNEURS

Petite fable affable

La démocratie régnait chez les Furets ;
L’opinion publique y était un juré
Vigilant dont les vœux, avis et censure
La rendaient fort acceptable sinon pure.
Les fouines surveillaient tout pour l’avertir,
Furetant et fouillant. On put pâtir,
Bien des fois, de leur quête et de leurs enquêtes :
Le fat, le faux, le fourbe et le fielleux
Face à leurs écrits se perdaient en requêtes ;
Face à leur écran devenaient bilieux.

En ce temps-là, on élit chez les Furets
Un quelconque, une ébauche à peine épurée,
Contre le putois qui, la chose est bien sûre,
Se prenait pour un roi du cap aux chaussures.
Ayant, la fois passée, sans trop s’investir
Gagné un trône il n’en voulait partir.
Ce futé, bien connu pour ses cris, banquette
Et cause à grand frais bien peu scrupuleux
Des comptes pour ses contes et, en coquette,
Parle crise, déficits et chiens galeux.

Puis ce putois, éconduit par les Furets,
Part bouder, en laissant tout dans la purée :
Un pays anéanti qui se fissure ;
Un parti ruiné ou chacun fait morsure
- Martre, vison, zibeline,… - s’engageant
Dans ses traces pour y jouer les régents.
Ses mécomptes connus après sa piquette,
Il s’explique mais se fait sot, mielleux,
Face au juge comme le veut l’étiquette :
Il plaide l’ignorance, accuse des "bleus".

C’est la blanche hermine qui, chez les Furets,
Rend les arrêts - motif, sanctions, durée,… -
Trempant le bout de sa queue dans l’encre sure
Et noire de la Justice la plus mûre.
Elle décréta le non-lieu. Houleux
Furent les mots des fouines qui caquettent…
Le putois, innocenté, garda son alleu ;
On pendit Belette pour plaire aux roquettes.

Comme les loups ne se mangent pas entre eux,
Les pouvoirs s’amnistient ou se dédouanent
Les uns les autres, s’en faisant presque un jeu
Et nous prennent en tout, pour tout, pour des ânes !

samedi 12 juillet 2014