Pourquoi mes proches sont-ils si loin ?
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
dimanche 21 décembre 2025
LE CHOIX DE VIVRE
Petite fable affable
« Vous me rendrez compte de cette offense !
Je ne puis laisser passer cet affront :
Nul autre que vous depuis mon enfance
N’a osé en public me faire front. »
Ainsi pérorait une pécore qui salivait
De rage au chien qui gardait cour et ferme.
« Et vous en mourrez. Bien vous le savez !
Répliqua-t-il sans mie frémir du derme.
Si vous aviez l’ego moins chatouilleux
Et l’esprit plus délié que la langue,
Vous ne parleriez point comme à pouilleux
À qui peut vous faire périr en fangue.
En ce monde où seulement nous passons,
Les mots, les choses n'ont que l’importance
Qu’on veut bien leur donner. C’est là leçon
Si on tient au ténu de l’existence ! »
samedi 20 décembre 2025
ENTRE CHIEN & LOUP
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 16 janvier 2025
La pointe du jour joue à fleuret moucheté
Avec le sol que la nuit a empaqueté
D’une neige saline qui soudain pétille,
Chatoie, dans les gris d’un matin que ne titillent
Pas l’or ni le vermeil, qui n’est pas éclairée
D’écarlate non plus tant le ciel est cendré.
L’aube titubante et puis l’aurore d’ardoise
Couvrent la plaine qui poudroie et, discourtoises,
Au crépuscule hélas ressemblent, en éteignant
Les feux scintillants de ces prés qu’une marée blanche
A noyé en une nuit dans une avalanche
De vagues figées, de remous gelés, blanchis
D’une écume engourdie que les nues ont bleui.
Sous le poids du ciel où brume et fumées se bousculent,
Au loin perdue, émerge une ile en monticule,
Sombre, qui mêle bois et ville, comme surgie
D’un oubli profond de cet hiver assagit.
Y mène un sillage dont miroite la trace
Raidie, incertaine, en cette onde qu’un vent glace.
vendredi 19 décembre 2025
LES BIENS DES MIENS
Des miens, dont certains sommeillent au dormant
De mon cœur gros où il fait bon vivre,
Je garde souvenir de valeurs, gréements
De ma vie, qu’on ne trouve qu’en livres :
L’Humilité, la Solidarité, l’Honnêteté,
La Politesse sans révérence,
La Gentillesse sans calcul rance,
La Loyauté, la Fidélité, la Dignité,…
Ce sont choses qu’elles - et ils - m’ont apprises
Simplement en étant, seulement en faisant,
Bien plus qu’en disant, jamais en imposant.
ŌC. Même si cela vous défrise !
Et je n’ai pas besoin de débroussailler
Beaucoup la friche de ma mémoire,
Ni contre ma conscience batailler
Pour célébrer celles et ceux que les Moires
Ont trahis et qui n’étaient que Simplicité,
Qui remettant l’ouvrage sans cesse
Sur le métier, n’aimaient - faiblesse ? -
Que le travail bien fait, tout d’Opiniâtreté
Malgré les pleurs de la pluie, tout en partage,
Bienveillance comme sens du devoir,
Résilience, Abnégation, Savoirs
En rien pédants, mêlant toujours les âges,…
jeudi 18 décembre 2025
JANVIER AUX NUES
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 14 janvier 2025
Là tout est pastel dans les teintes :
L’aube a mis un vitrail au ciel,
Aux nuances ocres et aux tons miel
Alors que la nuit s’est éteinte.
On semble vivre dans la crainte
D’un matin trop franc, torrentiel
Dans ses couleurs, superficiel
Dans la vigueur de son empreinte,…
Pourtant, roses confidentiels
Et lilas estompés sont en pointe
Pour colorer la courtepointe
D'un jour neuf, serein, en oriel…
mercredi 17 décembre 2025
L’AVEUGLE & LE CLERC VOYANT
Petite fable affable
Un vieil aveugle trouva un brillant brut
Et s’en ouvrit au prêtre de sa paroisse,
Un jeune aigrefin toujours la bure en rut,
Des mains croches promptes à toutes les audaces.
« Dieu t’a donné ce beau cadeau pour orner
Son église et récompenser qui la mène.
- Je sais que le pape sait bien la gouverner,
Je vais de ce pas à Rome où tout chemin mène.
- À quoi bon entreprendre pareil périple, Ami :
Je le lui porterai en ton nom, moi-même.
- Je ne veux vous éloigner même à demi
De vos bonnes ouailles qui tant vous aiment.
- Soit… Mais avant il faut polir ce diamant
Que vous servira-t-il si belle matière
Si elle n’est affinée correctement ?
- Le saint père répondrait assurément :
À quoi bon prêcher la foi si vos manières
Jamais ne sont affinées plus bellement ? »
mardi 16 décembre 2025
HAÏKU DANS LA TOILE
Ce n’est pas une raison parce que je prends la mouche facilement de me vouloir seul à régner !
UN HIVER BRANCHÉ
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 14 décembre 2025
Les arbres noirs par la neige au sol blanc cloués
Offrent un labyrinthe de branches entrenouées.
Echeveau englacé de branchilles et de branchettes,
L’écume du ciel bas d’hiver, là échouée,
Semble un fil d’Ariane pour l’œil enjouer
Au dédale dès lors en faux-col et manchettes,
Echeveau englacé de branchilles et de branchettes.
Ce lacis enchevêtré semble s’éjouer
De traînées ivoirines dans la brouée
Qui, ailleurs, se font larmichettes ou barbichettes.
Ça conduit à rêver. Rien ne peut bouer,
Ni les cieux grisons ni le blizzard enroué,
Ces bras de bois, au temps où tintent les clochettes,
Echeveau englacé de branchilles et de branchettes.
lundi 15 décembre 2025
LA MARÉE DU SOIR
J’erre au hasard de la fin du jour,
Pour y cueillir quelques mots d’amour
De ceux que les oiseaux mettent en trilles
Et puis les vignes vierges en leurs vrilles
Sur les versants vermoulus, mouillés
Des bâtisses par le temps oubliées.
C’est à cette heure que la lumière
Décroit et que montent les prières.
Lors, des vers luisants, sous couvert d’ombres,
Braises, scintillent dans la pénombre.
Le vent les fait sans fin tressaillir,
Avant de les emporter sans faillir
Vers le lointain sur ses grandes ailes,
Par-delà les roseaux, les javelles,
Pour ces archipels fous, noirs et gris,
De nuages entassés comme débris.
Puis la mer d’huile n’est plus que lacs
De lueurs, bruits de sacs et ressacs.
Car la nuit a hissé sa grand’voile.
Fleurissent au ciel de timides étoiles
Que la feuillée pudique ensevelit,
Mais qui, au loin de vos hallalis,
Font reluire les toits de manoirs
Ou inondent d’un noir de sépulcre
L’horizon noyé d’ombres mucres.
dimanche 14 décembre 2025
NYCTOPHILE
Librement inspiré d’une photo de Marc-Yvan Custeau, 28 avril 2025
Depuis mon ancienne jeunesse
Jusqu’à ma prime vieillesse,
M’attire cette obscurité
Dont tant effraie la nudité.
La nuit tout en voiles, ses calmes
Ténèbres livrant leurs secrets
Pour mes vers sont et âme et alme.
J’aime à goûter au plus sacré
Des silences bruissants des ombres,
Pénombre pas partout si sombre.
Ma plume erre, noctambule ;
Son encre se vit somnambule.
Oui, noirs mystères et sons feutrés
Les font toujours se décloîtrer,
Étinceler en bouquets d’étoiles,
Leurs pensers libérés, courant
Comme un pinceau sur une toile.
Nuages à la lune mourant,
À la grisaille du jour qu’ils moquent,
Ils s’escargotent… et plus rien ne croquent.
samedi 13 décembre 2025
SYLVE ADVENUE
« Ils pourront couper toutes les fleurs,
/ ils n’empêcheront pas le printemps. » Pablo Neruda
Petite fable affable d’après un proverbe turc
Ce breuil brouillon était une république
De petites clairières et de gros bosquets
Qui ne restait pas de bois à ces suppliques
Montant des feuillées, bruissant de cents bouquets
De chants d’oiseaux, entêtants, gais, angéliques.
Il n’était lors que frondaisons, taillis, halliers,…
Accueillant tous ceux que la famille des arbres,
Résineux, feuillus, compte de parents, d’alliés.
Ils poussaient branche flexible ou tronc de marbre
À l’ombre de ramures jamais taillées.
S’y trouvaient jeunes pousses, rejets et sauvageons
Vivant à leur bon gré ou bien à leur rythme
Grandissant. Bruyères fleuries ou ajoncs
Poussaient, côtoyant mousses, fougères, crithmes,…
Chacun y faisait sans faillir feuilles et bourgeons.
Puis, on se lassa de l’apparent désordre
Qui ressemblait à de la déréliction.
La futaie, peu affûtée, voulut plus d’ordre
Et donc on procéda à des élections :
Fut élue la hache qu’on ne savait mordre.
L’habile avait convaincu, matoise, affable,
Qu’elle était des leurs ayant un manche en bois.
Ce qui s’en suivit, hélas, n’est pas fable
Que l’on peut raconter, même au noir sous-bois,
Mais appartient à l’Histoire malaimable.
vendredi 12 décembre 2025
SONGES CREUX EN BEAUCE ?
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 29 décembre 2024
Mon passé, en noir et blanc, est trace d’hiver :
Juste un sillage
Balayé par le blizzard du Temps. Endroit. Envers.
Comme d’usage.
Pour l’Histoire, tout ce passé est fait divers,
Simple passage,
Mêlé à d’autres, aussi laissés à découvert,
Pas vraiment sage ;
Plus de gris - la vie est d’un pervers ! - de que vert,
Comme d’usage.
Malgré ses revers, j’ai gardé un cœur ouvert
À tous mes âges.
jeudi 11 décembre 2025
NOS BONNES MANIÈRES EN USAGE
Comme gentillesse passe pour faiblesse,
Dans le laisser-aller commun, la politesse,
Plus que muflerie et plus que goujaterie,
Semble d’un autre temps voire d’un autre monde,
Une abjection obscène, une tare immonde
Ou bien, pire, une encombrante afféterie.
L’urbanité, grossièrement enterrée
N’est plus en notre époque pressée sans arrêt.
Être policé paraît suspect ; le savoir vivre,
La courtoisie, l’affabilité,… calculés.
L’éducation vulgairement oubliée,
Le tact et la retenue n’existent plus qu’en livre.
Car il est de bon ton d’être malséant
Et convenance ou correction, céans,
Sont préoccupations à d’aucuns odieuses.
Quand l’impudence est pour tous une qualité,
L’irrévérence une vertu, une commodité,
Toute obligeance passe pour obséquieuse.
Délicatesse, galanterie ou bonté
De cœur ne sont plus, las, des gracieusetés
Mais malhonnêtetés quand, partout, sans réserve,
Pour l’aménité on n’a guère plus d’égards,
Que salutations se heurtent à des regards
Hagards et que respect peu d’amis vous conserve.
mercredi 10 décembre 2025
VENUE AU JOUR
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 21 décembre 2024
La terre fume l’eau qu’elle a bue
Jusqu’à, je le crois, n’en pouvoir plus.
Et cette aurore, parée de brumes,
Lève le rideau obscur d’une nuit,
En tissant de vaporeuse écume
Des heures qui se meurent d’ennui.
Les roseaux que le vent banderille
Nous jouent les harpes éoliennes et brillent
D’une rosée fraîche où ce levant
Abreuve quelques rayons timides.
L’air embué, semble lent, mouvant
Sa traîne de gaze, floue, humide.
mardi 9 décembre 2025
HAÏKU DE CHAPEAU DE PAILLE
On n’a plus le temps de musser, de nos jours, car on ne radine pas avec l’amour.
LE BERGER & SON TROUPEAU
Petite fable affable
Au déclin d’un beau jour, au versant d’un coteau
Où poussait, amère et rase, moderato,
Quelques touffes d’herbes, monte au cieux une plainte :
« Est-ce de ta bonté, Dieu, la divine empreinte
Que de nous avoir donné un pareil pasteur ?
Incapable ou distrait à la tâche, fort hâbleur
Et trompeur, il nous tond moins qu’il ne nous écorche
Nous offre bergerie moins souvent qu’un vieux porche.
Il fait de sa houlette hélas un vil gourdin
Et de son chien le plus terrible poulardin ! »
Au terme du ce jour, au sommet du coteau,
Où pissait, l’œil au loin, le triste zygoto
Qui faisait vivre ces ovins dans la crainte :
« Est-ce le signe, Dieu, de ta grandeur éteinte
Que d’offrir à un bon pâtre un cheptel râleur
Et ingrat, quand je le guide, même à la torche,
Le protège et l’unis. Oui, presque je le torche !
Du levant au couchant, entre serpolet et thym
Il désobéit et se rebelle, mâtin ! »
Princes, si le troupeau vous disconvient, sur l’heure,
Changez-en !… Croyez-moi : m’étonnerait qu’il pleure !
Peuples, si le berger tant vous nuit, dans l’instant,
Changez-le… même si espérer est tentant.
lundi 8 décembre 2025
EMBUSCADE MATINALE
Sur une photo de marc-Yvan Custeau, 26 novembre 2024
Dans une résille de brume,
Le levant s’est, las, fait piéger.
À l’heure où de l’ombre il s'exhume,
Un voile fin, filet léger,
L’arrête un instant dans sa trame,
Floutant l’horizon, plus lointain,
Estompant les couleurs qui ne crament
Pas les cieux d’un matin éteint.
Cette buée, en glue de l’aube,
Est un vrai réseau. Lors, trappé,
Le disque d’or blanc traîne en aube,
Communiant avec la terre, happé
Comme la track. Pire, sans traque,
La brumaille joue de ses lacs
Et lacets sur bois et baraques
Puis s’évanouit, tout-à-trac.
dimanche 7 décembre 2025
LA PESTE
Pas à pas, sans que ne ne tinte trop sa clochette,
La Peste marche à nous pour nous offrir sa nuit ;
Le Rhinocéros se multiplie, fait grand bruit,
En costume croisé, notre esprit il crochète.
Nos ciels grisent de plus en plus à coup de machette
Les étoiles palissent ou pire s’enfuient,
Lumières artificieuses et sans fruit ;
Le Mal se vend à qui veut bien qu’on l’achète.
On a beau peser lourd sur nos portes et calfeutrer
Nos fenêtres, il entre par toutes à la première brèche
Pour nous décocher, ça, là, ses venimeuses flèches.
Moins en loques qu’en costume croisé, outrée
Dans ses propos, manipulatrice en diable,
La Peste s’invite, hélas, à notre table.
samedi 6 décembre 2025
LUMIÈRES DU LEVANT
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau (16 août 2023)
Venues des profondeurs de l’aube,
Quelques couleurs courent au ciel
Entre l’amarante et le miel…
Et l'ombre sombre se dérobe.
Cette chaude harmonie, sans fiel,
Enlumine les nues qu’éveille
Un beau matin, tout en merveilles,
Et met nos sens a flor de piel.
Elle habille de pigments, c’est chance !,
Ces jours que l’on vit en dormeurs
Car les nues teintent notre humeur.
vendredi 5 décembre 2025
LE CRAPOUSSIN RIGOLARD
Petite fable affable
À François-Joseph Terrasse Desbillonsc (1711-1789)
Un singe qui ne s’était mie vu en mare
Croisa, matin, son image en un miroir.
Il se faisait grande joie et tintamarre
Bien plus grand encore, et sans vergogne, à voir
Et moquer un personnage aussi difforme !
« Dieu, pour ainsi faire, n’était pas en forme :
Ce magot de personne n’est le trésor !
Qu’en penser si son esprit vaut ses dehors !
Fagotin aussi mal fagoté est faute
De la Création, non une simple erreur ! »
Il se gausse à s’en faire péter les côtes
Tant que vient à lui un rat un brin chambreur.
Le rongeur fit à qui n’est que railleries :
« Mais que nous vaut force liesse et brocards ?
Ce tableau mérite piques, dauberies,… »
La guenuche, c’est vrai, ne vaut pas un liard ;
Son ami le rat a de jolis traits, par contre :
« Serait-ce, laideron, ta prime rencontre
Avec le plus fidèle de tes portraits ?
C’est drôle, ce zigomar qui, dans la glace,
Ne sait se reconnaître et, pis, ne se lasse
De se moquer. Lors le doux mot d’« abruti »
Sied à la bête plus sotte que vilaine
Comme à l’engeance qui trop se dit “humaine”
Et ne se voit comme fable la décrit ! »
jeudi 4 décembre 2025
RIDEAU SUR LE MONT RIGAUD
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 17 novembre 2024
Entre cendre et boues, l’aube a mis sa palette
Aux bruns et son nuancier aux tons merlette.
Aux plis de la brume, le vitrail éteint
De l’aube bistre a fui les feux du matin.
Non, pas de jour qui brûle dans la chaudière
D’une aurore étincelante de lumières ;
Juste un drap voilant les ombres du décor
Et un dais moins sombre avec lui en désaccord.
Entre cendre et boues, l’aube a mis sa palette
En berne et son pinceau est morne aux voilettes
Froissées qui fument des sienne, des châtains,…
Car l’aube a fui les feux follets du matin.
Non, pas de jour qui brûle dans la chaudière
De lueurs chauffées à blanc !… Bis aux bruyères,
Juste des plans sculptant le lointain, raccords
Et un dais encore avec lui en désaccord.
mercredi 3 décembre 2025
LE TEMPS DES FÊTES
Marrons glacés marrons grillés
Il nous revient le temps des fêtes
Qui fait tourner toutes les têtes
Et les yeux des enfants briller
Marrons glacés marrons grillés
Ils guettent mine insatisfaite
Aux toits les cheminées les faites
Avec l’espoir au cœur chevillé
L’hiver d’ennuis déshabillé
Devient une saison parfaite
Marrons glacés marrons grillés
Couronne et sapin sont prophètes
D’une ère sans nul trouble-fête
Marrons glacés marrons grillés
mardi 2 décembre 2025
HAÏKU MOI
Pourquoi me dit-on que j’ai de beaux restes alors que je suis, toujours, en tout et pour tout, un être des plus entiers ?
CIEUX GRACIEUX
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 novembre 2025
Le ciel est de miel et d’ambre
Et, pourtant, c’est déjà novembre.
Au miroir de la rivière
Se mire, tête première,
Un bois noir encore endormi
Que Carpo dévêt à demi
Sous une pluie de lumières
Venues des terres vanillères,
Dans une impression d'accalmie
Qui pousserait à la prière.
L’aube timide chauffe peu
Le païen sauve-qui-peut
Du noir de ces soirs de passage.
Lors courant lent et rides sages,
S’éveillent dans l’éclat sirupeux,
Pour l’heure étincelles et paillettes,
D’un matin dont le temps feuillette
Tous les instants, peu à peu.
Tout est beautés, tout est silence,
Loin de l’humaine pestilence.
En tournant sa face au levant,
L’onde dialogue avec le vent
Léger comme l’air qui balance
Encore entre jour et nuit,
Sans trouver une ombre d’ennui.
lundi 1 décembre 2025
LE BOUFFON DU BEFFROI
Petite fable affable
Miséreux, contrefait, le bouffi du beffroi
Fait toujours fuir d’effroi, par temps chaud, par temps froid,
Patriciens et bonnes gens de la plèbe urbaine,
Leurs enfants effrontés pourtant comme moineaux.
Que sorte sa face de gargouille au créneau,
Et les punaises de sacristie crient leur peine ;
Les poux de tonsure alors ne sont plus que haine.
« Mais quel mal a-t-il donc fait pour être si laid ? »
Murmurent les palais ; « c’est bête à marteler
À grands coups de galets ! » susurrent les chaumines.
Hérétique, sorcier ou juif ? Les langues vont
Bon train, le bourgmestre menant le bataillon
Et l'orchestre des sains clapets à bonne mine
Huant ce bonnet à grelots, cette « vermine » !
La peste frappa le bourg malgré le tocsin,
Tuant jusqu’à ses saints, n’affectant le malsain.
Face aux divins arrêts la justice des hommes
S’empara de ce fou : « Qu’as-tu fait de ta vie ?
- Rien, je le crains et, las, crois bien qu’on me l’envie.
- On la passe à suer, nous, pour l’honneur de Rome,
Et à prier, sans fin, en bon pépin de pomme.
Toi tu vis d'aumône donnée, de pain mendié
Dans quelque vieux trou par charité octroyé.
- C’est peu ! fait le fada que milles peurs tenaillent.
- Mais trop pour ce que tu es utile à ce bourg.
On te donne ce qui s’achète à grand débours
Et t’offre ce qui se gagne quand on travaille !
C’est injuste pour qui paie la dîme et la taille.
- Vous m’en voulez d’être libre quand, aux fers,
Vous êtes aux servitudes volontaires offerts ?
Regrettez-vous piété et pitié ?… Madone,
La jalousie guide vos rancunes et rancœurs !
Allons, moi le simplet, je n’ai à moi qu’un coeur.
- Qu’au divin courroux, à l’ire céleste on donne
Pour qu’enfin, de t’avoir choyé, il nous pardonne ! »
On sonna ainsi le glas de ses jours par feu
Et flammes sans qu’il plaise, hélas, à leur Bon Dieu
D’éloigner son fléau pesteux de cette ville
Où des pauvres reprochent à un vil miséreux,
Que Nature avait fait encor’ plus malheureux,
Le tant maigre bien que récoltait sa sébile
Et ce qu’il moissonnait des mains les plus civiles.
La convoitise nous fait perdre humanité
Et, dans les pires maux, toute fraternité…
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