Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 11 juillet 2014

LÉROT TIQUE

Petite fable affable

Oui, mon père, ce lérot
Que l’on traite de « blaireau »,
Tant et plus, hélas, achète
Pour mieux orner sa cachette,
Le plus gros et le plus beau…
Le plus cher,… Comme un bobo,
Tout est dans la surenchère !
Voilà donc pourquoi, Ma Chère,
Mon bon père, ce lérot,
Passe pour un vrai blaireau.

Car mon père, ce lérot,
En néglige l’apéro,
Les siens et la bonne chère
Ou bien sa femme, en jachère.
Et rien n’est assez chérot
Et rien n’a trop de zéro,
De l’inutile branchette
À la stupide clochette,
Donc, mon père, ce lérot,
En oublie nos pots et rôts.

Et mon père, ce faraud
Finit seul, sur le carreau
Car il ruina sa couchette
Non sans une larmichette.
Donc, on a fuit ce héros,
Son numéro, ses barreaux,…
Souvent « vouloir plus », Ma Chère,
Est cette porte cochère
Nous menant à « vouloir trop »
Et fait marron… ou maraud !

À L'HORIZON DES ANS

Mets-moi des « toujours »,
 Mens-moi de l’amour
Qui ne soit pas croix ;
Du jouir parfois,
 Pas d’plaisirs sans joie
D’désirs aux abois,…
Sans cor et sans tambour,
Mens-moi cet amour
Qui n’court pas les bourgs,
Sans que je mendie
À chaque heure et jour,
Candi ou brandy…

Mens-moi de l’amour,
Du vrai et du lourd,
Un de bon aloi,
Qui soit foi et loi,
Où rien ne déçoit
De ce qu’on reçoit.
Mens-moi cet amour
Sans arrière-cour,
Qui, parfois, rend gourd,
Doux, tendre et gentil,
Aveugle ou bien sourd
Mais jamais petit…

Sans rien tout autour,
Mens-moi de l’amour,
Du auquel on croit
Qui, chaque jour, croît
Pour me faire roi,
Vivant par, pour, Toi.
Sans fard ni atour,
Mens-moi cet amour
Dont on n’fait pas l’tour,
Sur quoi on médit
Cent mots sans discours,
Qu’un jour on maudit…

Mens-moi de l’amour,
Fais moi des beaux jours
En bel et bon bois
Quand viendra le froid,
La neige qui choit
Dessus tous les toits.
Mens-moi cet amour
Qui prend tout à rebours,
Qui veut tout au détour,
Jamais démenti,
Qu’il soit nuit ou jour,
Et nous fait nantis…

Jusqu’à nos vieux jours,
Mens-moi de l’amour,
Qui soit feu grégois
Et douceur de soie,
Pas foyer bourgeois,
Frileux quant-à-soi,…
Oui, restons cabours :
Mens-moi cet amour
Qui est sans retour :
Qu’il  nous soit, pardi,
Recours et secours,
Éternel midi…

jeudi 10 juillet 2014

HAÏKU RETTE

La galanterie et la courtoisie sont des élégances
que l’on apprend mais qui se doivent de sembler naturelles
sous peine de paraître déplacées ou déplaisantes.

mercredi 9 juillet 2014

HAÏKU RONNANT

Les traditions comme toute personne âgée, aujourd’hui,
se bousculent plus qu’elles ne se respectent.

TRISTEZA BRASILEIRA

Tristesse
Qui rend tout inhumain,
T’es notre lot commun,
Nous tenant dans ta main.
Tout en justesse
Et petitesses,
Dame Tristesse,
Une nuit de nouba
T’enverra loin, là-bas,
Sur un air de rumba,…
Toi qui m’abaisses
Qu’encore je combats
Mais qui toujours m’abat,
Fuis car joue la samba !
Tristesse,
Quand vient le carnaval,
Fini monde inégal
Et souci conjugal…

Tristesse,
Quand tu t’installes, là,
Ma vie est favela,
Pourtant voilà
Que t’éteint, c’est égal,
Tristesse,
La joie du carnaval 
Mets dans ma vie gala,
Tralala, falbalas,
Tambours, vuvuzelas,…
Tristesse,
Tout est rire et régal ;
Tristesse…

Tristesse
Tu vas passer ton chemin,
Pas plus tard que demain,
Et en un tourne-main.
Oui, ton Altesse,
Tout d’étroitesses,
Dame Tristesse,
Une nuit de sambas
Nuira vite à ton bât,
À tes coups de tabac,…
Oui, toi l’hôtesse
De mes hauts à mes bas,
C’est fini nos débats
Quand sonne la samba !
Tristesse,
Quand vient le carnaval,
Le bloco t’es rival,
Tout devient festival…

Tristesse,
Quand tu t’installes, là,
Ma vie est favela,
Pourtant voilà
Que t’éteint, c’est égal,
Tristesse,
La joie du carnaval 
Mets dans ma vie gala,
Tralala, falbalas,
Tambours, vuvuzelas,…
Tristesse
Tout est rire et régal :
Tristesse !
Tristesse,
Adieu repas frugal,
Le légal, l’illégal,…
Tristesse :
Tout est rire et régal !
Tristesse…

LA VENGEANCE DU LAPIN

Petite fable affable


Il était un astucieux débrouillard,
Du genre à vous découper le brouillard,
Dont la morne et morte saison est friande,
Avec le plus grand des couteaux à viande,
Ou, mieux, à pisser dans un violon
Pour en améliorer un peu le son,
Bref un de ces génies de sous-préfecture
Que met au monde, parfois, Dame Nature.
Lui vaquait au vert, le ciel bleu pour toiture,
Allait à poils, puisque c’était sa vêture.

Ce lapin car, ma foi, rongeur il était,
Avait été surpris, au clair de l’été,
À empapaouter sa proche voisine
De garenne, au surplus lointaine cousine.
Depuis le cocu voulait se revancher
Sans pour autant une guerre déclencher.
Il entreprit donc, dans une clairière,
L’épouse de « l’autre », une douairière
Ayant aux fesses non feu mais poudrière ;
Le cornu la prit donc à la guerrière !

Par dépit des cornes il en fit son fief,
Rongé de rage, ruminant ses griefs,
Notre mari marri dont la jeune et belle
Femme fut infidèle comme corbelle.
Il lavait son honneur sur un lit de thym,
La Loi du Talion faisant ses festins.
Mais jouissance sans joie que l’Agrippine,
Maîtresse pire qu’épine d’aubépine :
Elle opine au cul comme une galopine
Pourvu que le cœur, aussi, elle rapine !

Or il naquit de l’aventure un brailleur
Par trop semblable au cornu cocufieur.
Mais chez les lapins c’est la loi : qui engendre
Doit marier qui il a su si bien prendre !
Notre vengeur épousa le vieux croûton ;
Et son rival, en dommage, eut son toton !
Son vainqueur lui dit en riant sans censure :
« Qui veut, par flétrissure ou bien par morsure,
Foutre autrui dans la merde, je vous l’assure,
Ne doit pas se plaindre des éclaboussures ! »

mardi 8 juillet 2014

lundi 7 juillet 2014

HAÏKU L’ON BI

Quand on a t’a mis à terre, plus d’un couard trouve
alors le courage de t’humilier.

POLIE, LA VÉRITÉ DE LA PALICE ?

Petite fable affable


Un troupeau de femelles d’humains,
Et le vain cheptel de leur marmaille,
Comme s’il risquait la mort demain,
Dans une indescriptible pagaille,
Se presse, comme brebis, à l’hyper’ :
Ces ouailles ont la fièvre acheteuse.
On s’y trouve, pleure ou crie, s’y perd,
S’y bouscule, y joue la sprinteuse,
- Et non sans mal avec les petits -
Jusqu’aux caisses où leurs abattis
Leur sont comptés à prix confettis
À ce que croient ces assujetties.

Une agnelle, qui avait bêlé
Haut pour obtenir la gourmandise
Qu’on lui refusait dans la mêlée,
Voit donc l’objet de sa convoitise
Passer dans la patte de la chèvre
De caisse et la réclame subito.
La caprine, le sourire aux lèvres,
La lui rend donc presque aussitôt.
Ni mot, ni miette. Maman colle
À l’agnelle un soufflet et la chole :
« “Merci” fait partie du protocole :
Qu’est-ce que l’on t’apprend à l’école ? »

Et la chèvre, à qui même un “bonjour”
N’a pas été dit par cette mère,
Aurait pu, comme on le fait toujours
Lui rapeller, l’âme un peu amère,
La parabole de l’arbre et du fruit.
Mais elle s’est tue,… et l’autre avait fuit.

FIL À FIL

Fil à fil,
De face ou bien de profil,
Ma vie dévide ses fils,
Fil à fil :
Rèves, espoirs ou promesses,
Sans bien me les définir,
Choses qu’on tait ou confesse,
Que le temps ne sait tenir
Mais, plus simplement, ternir.

Mes jours sont toile ou pelote
Aux mille nœuds de hasards
 Qui s’éfilent, se défilent ;
Ils sont filets en bazar
Qui s’éfilent, s’enfilent,…

Fil à fil,
En surfil ou en faufil,
Ma vie dévide ses fils,
Fil à fil,
Entre tristesse et ivresses
Qui feront des souvenirs,
Le cœur lourd, l’âme pauvresse
Fournie à n’en plus finir,
À tout bénir, tout honnir,…

Mes jours sont toile ou pelote
Aux mille nœuds de hasards
 Qui s’effilent, se défilent ;
Ils sont filets en bazar
Qui s’effilent, s’enfilent,…

Fil à fil,
Sous compte-fil, sans morfil,
Ma vie dévide ses fils,
Fil à fil,
De détresses sans adresse
- Aimer fait pis que punir ! - 
De caresses sans tendresse
Pour délier ou unir,
Au passé, dans l’avenir,…

Mes jours sont toile ou pelote
Aux mille nœuds de hasards
 Qui s’éfilent, se défilent ;
Ils sont filets en bazar
Qui s’éfilent, s’enfilent,…

Illustration : Camille Lesterle, 07 juillet 2014

samedi 5 juillet 2014

HAÏKU TIL

Le mensonge vêt de ses haillons notre ego.

BIEN MOUCHÉ !

Petite fable affable

Deux mouches, tout ivres de vin, vrombissaient
Les heurs et malheurs dont elles pâtissaient
Sur le bord d’un verre abandonné qui boude
Sur la table qu’avait polie tant de coudes.
« Dans ma famille, il n’y a pas d’divorcées :
Il n’y a que des veuves ! m’a annoncé
Mon bel amour au soir même de nos noces.
Ça m’a refroidi et calmé. Cette rosse
Me menaçait donc, cas où, par hasard,
J’aurais eu l’idée d’aller poser mes ailes
Auprès d’autres dames ou, pis, demoiselles.

- Pareil ! bruit l’autre. Depuis, non sans aigreur
On se doit de vivre dans cette terreur.

- Ma belle a été mouchée hier sur la table.
Mourante, elle m’expliqua l’inacceptable
Sentence : du trépas seul, l’Amour périt :
Nous fûmes donc heureux sans s’être compris !

- Ah, pour nous mettre la bride comme aux mules,
Elles ont vraiment le sens de la formule ! »

LA SCIE DU M.E.D.E.F.

Vas donc bosser le feignasse,
Et va trimer la poufiasse !
Finis rêves et lapinous,
Oui, fais comme chacun de nous,
Toi, l’artiste, le paillasse
Qui nous coûte des milliasses,
Sois cariste, intérim, nounou,…
Courbe le dos, plie le genou.
Donner de la joie, pour quoi faire ?
Travaille ou bien fais des affaires !

Allez mets-toi vite au boulot
Toi le boulet, toi le bulot,…
Fini d’buller pendant des heures,
Viens, perds ta vie à la gagner,
Sans lambiner, sans barguigner,
Que tu en ries, que tu en pleures,
Va boulonner,
Sans déconner
Ni manœuvrer,…
Va travailler !

Cours pointer ou rejoins la chaîne,
Lève-toi tôt, n’ la traîne
Aliène-toi, souffre et sue
Taf' et turf' puis, pour seule issue,
Joue au loto, économise
D’quoi te payer une chemise.
Deviens bossu à ton insu,
Ou bien fessu si t’es sangsue,
Et quand t’auras plus de traites
N’attends pas après la retraite !

La scène et le show sont ton lot ?
C’est fini d’être mégalo !
T’es mis désormais en demeure
De ne plus jamais t’acagner
Dans la paresse, d’t’éloigner
Des lieux où l’on peine des heures…
Eh, va bosser,
Te cabosser
Tout jour ouvré,…
Va travailler !

Voilà le rideau est tombé,
Sur l’intermittence plombée :
Fini de vivre du chômage
Jusqu’au bout du bout de ton âge,
Il te faut enfin travailler,
Et pas moyen de te tailler,
De faire semblant - maquillage !
D’te la couler douce en voyages,…
Fini les cachets, les à-côtés,
De jouer les stars, les beautés,…

La culture ne sert à rien
Les artistes sont des vauriens :
Toujours ça rit ou bien ça pleure !
Ça vit sa vie sans la gagner,
À lambiner, à barguigner,
Ça bulle au lieu d’faire ses heures…
Faut boulonner,
Sans déconner
Ni manœuvrer,…
Faut travailler !
Il faut bosser,
Se cabosser
Tout jour ouvré,…
Faut travailler !

jeudi 3 juillet 2014

HAÏKU TÔT

Le talent est la modestie du génie.

À VERSE


Là, le ciel las est si bas
Qu’il pèse sur mes épaules.
Il est mon fardeau, un bât
Qui pleut sur moi comme un saule
Et m’écrase corps et cœur.
Il est l’éternel vainqueur
De mon âme et, pis, sa geôle.

Las, ce ciel bas m’a voûté
Et je ploie dessous ses larmes,
Plié à ses volontés
Qui, de tous temps, me désarment ;
Si j’ai de l’eau dans les yeux
C’est qu’elle tombe des cieux,
Sans cesse mais sans vacarme.

Là, le ciel las est si bas
Et je ploie dessous ses larmes.
Il est mon fardeau, un bât
Qui, de tous temps, me désarme
Et m’écrase corps et cœur.
Il est éternel vainqueur,
Sans cesse mais sans vacarme.

Las, ce ciel bas m’a voûté ;
Qu’il pèse sur mes épaules !
Il est mon fardeau, un bât.
Plié à ses volontés ;
Si j’ai de l’eau dans les yeux
C’est qu’elle tombe des cieux
Sur mon âme devenue geôle.
Illustration : Camille Lesterle, 17 juillet 2014

LES DEUX CHENILLES

Petite fable affable


Conformistes - c’est là un truisme -
Jusque dans leur anticonformisme,
Deux chenilles du bois enviaient,
Méprisaient, regardaient de biais,
 L’œuf, le papillon, la chrysalide,…
Ces bêtes étant pire qu’Atrides,
Elles œuvraient, causaient aux dépens
De leurs semblables, êtres rampants
Qui ne seraient jamais leurs pareilles,
Plus tiques que des perce-oreilles 
Et plus industrieuses qu’abeilles.

Larvaires face aux Cieux, sans repos,
Et urticantes dans leurs propos,
Nos bêtes, rebelles à deux balles,
Instinct grégaire et âme tribale,
- Mais c’était leurs moindres défauts ! -
Bien qu’on dise “point trop n’en faut“
Prêtaient, las, aux autres insectes
La bassesse de pensées infectes
À l’image des leurs mais s’offraient
À bien paraître et, à moindre frais,
Donnaient un peu pour plus retirer…

Nos chenilles, si calculatrices
Qui savaient se faire séductrices ,
Oubliaient qu’elles avaient été œufs,
Et chrysalides, vêtues de neuf,
Qu’elles seraient papillons qu’en rêve
Car on usa, contre elles, des glaives
Qui leur étaient chers avant l’hiver.
Ainsi prit-on les deux dates sans ver.
Mon ami, pour vaincre l’imposture,
Ni postures ni littérature,
Joue donc de, et avec, sa nature !

mardi 1 juillet 2014

HAÏKU TURER

La vérité va nue,
le vraisemblable l’habille d’ombres
sous prétexte de convenance ou de courtoisie
puis le bon goût et la paix civile la fardent.

L’AGAGADÉMICIEN

Petite fable affable…

Un blaireau ne comptant plus ses ans,
Autrement dit, un fort vieil ancêtre,
Se disait philosophe en son temps
Et, sûr, le plus grand qu’il se puisse être.
Mais il ne supportait même pas
Le début d’un débat - Ah, diantre
C’était lui écorcher le bas-ventre !
Que l’on ne suivît pas ses seuls pas ;
Bref, de n’être l’unique centre
D’un monde ne comptant que ses chantres.
Il nous parlait avec gravité,
 Ce sérieux qu’ont les vrais imbéciles :
Pour lui, la plèbe était nullité,
Tout contradicteur, quelque fossile !

Sa femme étant la moitié d’un con
Elle n’avait pas voix au chapitre ;
Lui parlait abstrus jusqu’à l’abscons
Et passait donc, malgré lui, pour pitre !
Plaisant aux cuistres, il fut admis
Par ses pairs et de vieilles gloires
Marchant,  peu ou prou, aux vins de Loire
À notre Animale Académie
Qui est moins chaudron que bouilloire,
Et bien plus souvenirs que mémoire.
Il y posa la sienne à demi
Car il n’aimait pas plus qu’on comprenne
Sa pensée, qu’on la mette au tamis.
Jusqu’où le mépris du monde entraîne !

Notre blaireau académicien,
Devenant toujours plus hermétique
Pour faire savant théoricien,
Odieux jusqu’à l’antipathique,
Disait que d'aucuns sont déraison
S'ils l'ignorent ou, pire, le boudent.
Il jouait pour tout, partout, des coudes
Ayant avis sur tout et… raison !
À la télévision, sa batoude,
Il se fit caustique comme soude
Sceptique comme fosse,… Un linceul
D’indifférence vite l’embrume.
Il ne suffit pas d’être tout seul
Pour être dans le vrai, vieille enclume !

пісня крик

Lassé de jouer La Fontaine
Et de courir la prétentaine,
Fatigué des pluies du printemps
J’ai mis mes vers au vert. Un temps.
Mais ton cri, dans ma quarantaine
Sous des nues par trop incertaines,
Fit l’hiver au seuil de l’été,
Me doucha des eaux du Léthé
Mais j’ai peur de faire pitaine
Pour l’Ukrainien, l’Homme de rien
Qui est si loin, que je sens mien,
Oui, j’ai bien peur de faire antienne
Face à l’Ogre de Moscovie
Auquel ton pays fait envie.
Déjà, il y a capitaines
Et soldats par centaines !

Plain-chant par les champs et la plaine
Pleins feux sur ambitions et haine,
Toi, l’Ukrainien, Homme de bien,
Toi qui m’es loin, toi qui es mien,
Sur qui les coups pleuvent, s’enchaînent
À toute heure sur toute chaîne,
Tu vas du sombre et vain cahot
Initial au noir chaos,
Vil et final, qui tue les peines.
Pour l’être de glaise, restant
De marbre en ces nouveaux temps
De fer et de feu, honte hautaine,
C’est peur, indifférence, oubli,
Attente ou quête du profit.
L’espoir est moins gant que mitaine
Et la Mort, elle, est bien certaine !

Les ifs au vent vif s’aliènent,
Il fait crue d’une coupe pleine
Alors que le temps, à cet instant,
Fait sa roue, las, presqu’insistant,
Avec nos boues, croquemitaine.
Il va tout dévorer : le soir
Et l’aurore encore au nichoir.
Rêves-tu calice et patène,
Toi l’Ukrainien, parti pour rien,
Toujours plus loin, toujours plus mien ?!
Et moi, l’âme samaritaine,
Je viens fleurir ta tombe, Ami.
Je le fais, vois-tu, à demi…
Qu’espèrer de mieux sous huitaine ?
Rien de l’apathie puritaine !