Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 9 mai 2014

UNE VIE À DEUX VOIX

Commande pour Anne & Sophie

En mezzo, en soprano,
Deux copines au piano,
Qui professent la musique
À des ânes amnésiques
Bêtes à bouffer du son,
Dépass’ enfin la mesure,
Se lâchent pour leur leçon :
À elles la démesure
De mélodies, qu’on sert tôt
Ou plus tard, en concertos.

Pour cette gamme d’élèves

Pour des heur’ pas assez brêves,
Ell’  quittent, sauf si y’a grève,
Leur domicile adoré,
Qu’est si facile à cirer,
Oui, si facile à cirer !

L’une prend la clef des chants,
Clé de sol - c’est pas méchant ! -
Aimant fort donner la note
Et en coller aux linottes
Qui n’sont jamais dans le ton
Comme aux portées de p’tit’ cloches
Qui se voudraient barytons :
Avec leur regard tout croche,
Pour eux, une blanche n’vaut
Pas deux noir’. C’n’est pas nouveau !

C’est ainsi que nos deux Éve
Vivent leur métier de rêve,
Répétant, encore, et sans trêve
Leurs « do-mi-si-la-do-ré » !
Qué ?… « Si, fa, si, la, si, ré » !
Oui : Si-fa-si-la-si-ré.

Volées de bois, chœur de vents,
L’autre, à temps compté, souvent
Tir’ l’oreille à qui, donzelle,
N’l’a pas bonne ou qui, par zèle,
Vous tue un silence attendu,
Sans tambour et sans trompette
Comme de bien entendu,…
Les pir’ sont ceux qui s’la pète,
Traquant faux ré, faux si,
Chez Fauré, chez Debussy,…

(Mais sonne déjà la r’lève :
Nouveaux motifs, autres glaives,
Si loin, sauf en cas de crève,
D’leur domicile adoré
Qu’est si facile à cirer,
Oui si facile à cirer !)

Nos mezzo et soprano,
Quand ell’ quittent leur piano,
C’est pour une autre musique :
Un cachet… d’analgésique
Puis courses, repas, maison,…
Pas d’pause, de demi-mesure
Au gré des airs, des saisons.
Et en soirée, sans usure,
Donnent accord ou véto
Voire jouent du vibrato.

Finie la clique d’élèves
Mais, bien timbrées, elles rêvent,
Jusqu’au p’tit jour qui se lève
En fanfare, s’la dorer
Dans l’domicile adoré…
Et d’n’avoir rien à cirer
Et pour leurs mineurs, nos Éve
Jouent encor’, pleines de sève,
Au lieu de faire des fèves,
Leurs « do-mi-si-la-do-ré »,
Qué ?… « Si, fa, si, la, si, ré » !
Oui : Si-fa-si-la-si-ré !
Si, fa, si, la, si, ré…
Si, fa, si, la, si, ré…

LE LOIR DU GRENIER

Petite fable affable

Un loir sommeillait dans un grenier.
Il était sale et vieux : le grenier,
Pas le loir, lequel rêvait, parfois,
À une chambre, tout à la  fois,
Bien chaude, quiète et tant proprette.
Celle du fermier étant tout ça.
Mais il y avait le chat, Poussah,
Que ni le feu ni le froid n’arrête.

Poussah mourut. Donc le loir poussa
Jusqu’au couloir. En faisant fissa.
Il y logea car c’était propret.
Mais pas chaud. Et passant sans arrêt.
« Je crois que la cuisine se prête
Mieux à mes désirs que ce truc-là ! »
Faute de nid, quand on est fort las,
L’office est bien mieux qu’ors de la Crète.

À peine dans la pièce, le loir
Y apprécie restes et saloir,
Le chaud, le propre,… mais pas le balai
Dérangeant toujours, de son ballet,
Le calme qui plaît à qui curette.
Songes écaillés, sommes brouillés,
Il faut un gîte plus douillet.
Bref il veut, et gagne, la chambrette.

Il a ce qu’il désirait. Enfin :
L’endroit où se reposer sans fin.
Mais pris, le jour même, il fut chassé
De cette alcôve matelassée,
Bien chaude, quiète et tant proprette.
Seul, à la rue, on l’entend grogner :
« Si tu savais combien, mon grenier,
Même sale et vieux, je te regrette ! »

La vieille pie vint qui le vit.
Il lui raconta sa triste affaire
« Si tu râles, vieux, c’est que tu vis :
C’est plus qu’il ne faut pour te refaire ! »

mercredi 7 mai 2014

REMUÉ L’HAÏKU ?

Un erreur impardonnable est souvent une faute irréparable.

MARTIN & SA VACHE

Petite fable affable

Le pauvre Martin a une vache
Dont il trait au matin du bon lait
Quoiqu’il n’en boive pas de bolée :
Il doit le cens à qui le cravache
- Un bidon vaut mieux qu’un porcelet ! -
La dîme au prêtre, en rien un gringalet,
Et la taille au Roi qui, sans relâche,
Lâche ses soldats hors de son palais
- Ils pillent jusqu’au moindre agnelet ! -
Car le monarque, sage, ne lâche
Ses écus qu’après un long délai :
Le pays en fait les frais - C’est laid ! -
Et pis, Martin, qui a une vache.

Le pauvre Martin a une vache
Qu’il nourrit de juillet à juillet,
Et un vieux poulet, tout maigrelet,
Incontinent verbal qui se lâche :
« À quoi te sert d’avoir vache à lait
Si d’autres boivent ses ruisselets ?
- C’est grand malheur et me le rabâche
Mais je suis bon comme un frère lai
Et me reste l’espoir du lait.
Or il y a ici, que je sache,
Gens auxquels Dieu fit plus triste legs :
Tu as des ailes et ne peux voler,…
Quand le Martin, lui, a une vache ! »

BALLADE NOUVELLE VAGUE

Tu mets en lumière Isabelle,
Là des ombres, de l'aguichant,
C'est une paumée. Mais trop belle.
Panoramique. Puis hors champ
Pas de musique ni de chant.
Zoom sur les fringues qu'on balance,
Puis gros plan sur lui, se couchant.
Faut pas de son, juste un silence.

Pas de texte ni de libelle.
Travelling, champ et contre-champ
Avec l'autre sur l'escabelle.
Il faudrait qu'il fasse méchant,
Il regarde, l'œil tranchant.
Un fond flou, genre somnolence.
Décor sobre. Rien d'alléchant.
Faut pas de son, juste un silence.

Elle a l'air largué pas rebelle.
Deux sensations se chevauchant.
Elle veut se faire la belle.
Cadre serré en s'approchant.
Pas d'action. Un ciel de couchant.
Deux impressions dans la balance :
Amour et mort, nos deux penchants ;
Faut pas de son, juste un silence.

Spectateur, pour être touchant
Excuse un peu mon insistance :
Faut pas de son,  juste un silence.

lundi 5 mai 2014

HAÏKU DES CLAS

Les souvenirs sont l’ornement de l’oubli.

L’ARISTOCRATE SOCRATIQUE

Petite fable affable

Un noble gypaète barbu,
Poète un peu et penseur barbant,
Agaçait fort le vain peuple imbu
De soi, de ses Dieux,… le perturbant
Par ses doutes sur ses certitudes
Et des questions sur ses habitudes.
Bien plus illuminée qu’éclairée,
La plèbe, passant par l’alguazil,
Fière en son for, et sans trop errer,
Le condamna au lointain l’exil.

C’était, dans leur monde, bien pire
Que la mort. Notre oiseau en transpire.
Lui que l’on mettait plus bas que boue, 
Aurait du se cacher ou fuir,
Faire appel de la sanction,… À bout,
Il préféra, seul, sans forhuir
Ni laisser aux autres de notice,
Boire la ciguë car, pour ce maître,
Il valait bien mieux subir l’injustice
En ce bas monde, que la commettre.

L’ORFRAIE DE PRÈS

Ce n’était pas la fin du voyage
Hélas, venu du fin fond des âges,
Mais le rapace a fondu sur toi.
Et son aile a frôlé ton visage. 
L’œil perçant, plus noir qu’un présage,
Son bec te menaçait, aux abois, 
Prêt à déchiqueter tes doigts. 

Toujours affamé et irascible,
Il avait donc fait de toi sa cible.
Si ses serres ne t’ont qu’effleuré,
Ses cris résonnaient comme en Bible…
Lui, l’éternel et l’invincible,
Tu l’as évité, tu l’as leurré,
 Le renvoyant aux sombres contrées.

Il repartit au fin fond des âges,
Mais t’avait marqué de son passage.
Ce lugubre assassin s’est perché
Sur l’Arbre de Vie de nos vieux sages,
Prêt à retenter son dépeçage,
Sans t’avoir dévoré, ce boucher
Auquel le sort t’avait abouché.

Las, il reviendra je le présume,
Il attend son heure dans ses plumes,
Nos peurs, nos maux font de lui un roi.
Là, il a failli, tout amertume,
Mais reste aux aguets, vil, l’oeil froid,
Un soir, cet infâme oiseau de proie,
Nous perdra au néant, à ses brumes…

Dessin : Camille Lesterle, 08-09 mai 2014

samedi 3 mai 2014

HAÏKU SSINET

La sagesse est un chemin bordé de déraison et ombré de folie
que la vie balise mais jamais n’achève.

L’IMPERTINENCE DE LA PERTINENCE

Petite fable affable


Dame Effraie est, aux yeux de tous, bien savante.
Docte en tout, lettrée pour le reste et, dit-on,
Fort sage alors qu’elle méprise du ton
Et du regard, nuit naissante, aube levante
Celui qui n’est pas tant qu’elle cultivé
Ni dans tous les arts versé. Elle est donc cuistre,
Que lui parle un sot, un maître ou un ministre
Du culte, il sera de même invectivé.
Or un moineau veut lui clouer son rivet :
« Dis, pourquoi ton savoir fait tant saliver ?

- J’ai parcouru depuis que tu fus couvade,
Crétin, plus de livres que toi de pays !

- As-tu pour autant plus aimé que haï ? 
(La belle bravoure que cette bravade !)
Inculte, tout ce que je sais je n’oublie
Pas que je l’ai appris ni à qui l’ai pris.

- Et que sais-tu ? fit l’effraie non sans surprise.

- Je sais… ne rien savoir et, banalité,
Que l’érudition manquant d'humilité
S’apparente à la plus crasse des bêtises. »

LA CHANSON DU CHEMINEAU

Au fond de ma poche
J’avais deux p’tis sous.
Ma poche est un trou.
Même si c’est moche
J’ai bu mes deux sous.
On n’finit pas saoul
Quand on fait bamboche
Nous, ceux de la cloche,
Avec deux p’tis sous,
Deux tout petits sous !


Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Si t’as le teint perse,
T’es pas un client ;
On te veut fuyant,
Passant comme averse.
Le taulier riant,
M’a dit en criant :
« Pas d’tonneau en perce,
Dedans mon commerce
Si t’es pas client,…
Et un bon client ! »

Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Dans la poussière
Du chemin, brillait,
Au ciel de juillet,
Un beau sou, ma mère.
Moi, j’ai vu, pas niais,
Qu’son éclat inquiet.
J’té en rivière,
Il fut lumière
Tant il a brillé
Dans ce lit douillet !

Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Si j’avais un’ Belle,
Je garderais mes sous :
Fini le vin doux !
Pour mon Anabelle,
Fini les cailloux
Du chemin, ciels, boue,
Haillons et brimbelles
Qui font fuir les belles.
Pour ça faut des sous,
Beaucoup de gros sous !

vendredi 2 mai 2014

HAÏKU P’HAÏKU PEU

Hors les saints et les masochistes
- être l’un n’empêchant pas d’être l’autre -
qui peut souffrir la souffrance ?

jeudi 1 mai 2014

HAÏKU P’ONCLE, DAME, ÉRIC !

Partager la souffrance d’autrui,
c’est alléger son fardeau non ses effets.

LE BANQUET

Petite fable affable


La Grand’ Reine des fourmis est conviée
À ripailler chez les termites voisines.
La chère est maigre, l’ambiance à envier
Tant on s’aime et s’apprécie entre ces cousines.
Le repas s’éternise en amènes propos,
En rires et en plaisirs chez les convives.
La forêt, indiscrète, bruit, du crapaud
Jusqu’au jaguar, de l’affaire. Maladive
Jalousie, on moque le menu, chétif,
Baptisé « festin » à la termitière.
Le lendemain, d’un pas un peu trop hâtif,
Le tamanoir va à la fourmilière,
Il vient, des rides contrariées au front
 Inviter sa Majesté : laver l’affront
Des termites est son vœu ; aux siennes agapes
Ne seront que mets goûteux et des plus fins,
N’était-il, en ces bois, Pape de la nappe !
« Je vous sais cordon bleu, fit la Reine enfin,
Mais je regarde bien moins ce que je mange
Que celles, ou bien celui, avec qui je mange ! »

Illustration : Élisa Satgé, été 2019


IL SUFFISAIT…

Sur Il suffirait de presque rien
(Gérard Bourgeois & Jean-Max Rivière)


Il suffisait de presque rien,
Peut-être vingt années de moins,
Pour que je crois à tes « Je t’aime »,
Et qu’on se prenne par la main
Pour affronter le lendemain,
Et oublier mes fards, mes crèmes,…

Tu es chaleur, je suis frimas !
Allons, mon cœur, regarde-moi
Et vois les ans qui nous séparent :
Pourquoi te jouer la comédie
De la maîtresse qui rajeunit,
Ce serait fou et dérisoire.

Vraiment de quoi aurions-nous l’air
Face aux regards, aux commentaires,… ?
« C’est du joli ! Voyez donc ce couple exemplaire :
Elle couguar et lui pervers. »

Il suffisait de presque rien
Pourtant personne, tu le sens bien,
Ne voit en moi une déesse.
Tu es sincère et différent
Mais j’suis trop loin de mes vingt ans
Pour ne pas craindre la vieillesse.

Les belles amours, las, chavirent
Vaut mieux qu’on quitte le navire
Avant qu’on s’noie. Je sais, c’est triste.
Mes rides et mes cernes, gamin,
Tu les aim’ras bien moins demain
La vie, tu sais, est conformiste.

Vraiment de quoi aurions-nous l’air
Face aux jaloux, aux pamphlétaires,… ?
« C’est du joli ! Ils ont vraiment tout pour nous plaire :
Lui gigolo, elle os sans chair. »

C´est une autre que moi, demain,
Qui prendra ton cœur et ta main,
Sans artifice (fard ou crème).
Il suffisait de presque rien,
Peut-être… trente années de moins,
Pour que survivent nos « Je t´aime ! »…

mardi 29 avril 2014

HAÏKU DU LAPIN

Comme pour le soufflé,
Un soufflet ou souffler
Le chaud, le froid au nez
Un gars par trop gonflé
Peut le déballonner.

UN JOUR PLUS VIEUX AU TEMPS PLUVIEUX

La vie n’est pas un rêve,
Toute pavée d’envies et murée de souhaits,
Qui donnent des ailes pour mieux les clouer.
La vie perd de sa sève
C’est un rata sans goût, un infâme brouet,
Qui nous fait tituber sous ses coups de fouet
Dès qu’elle nous élève, 
Tant elle aime hélas, souvent, à nous rabrouer,
À faire de nous tous, des jouets bafoués.

La vie est une grève
Où se couche l’espoir, où se meurt, tout roué,
Ce qu’on nomme “destin”, pardevers nous noué.
La vie est une trêve :
Elle n’est pas donnée mais tout juste louée ;
Dès que l’on en jouit vite on est flouée,
Menacée par son glaive
Que rien en ce monde ne peut amadouer
Et personne n’a su, ni n’a pu, déjouer.

La vie n’est qu’années brèves,
Des heures heureuses qu’on peine à ébrouer,
Un manteau d’attente par des ciels bleus troué,
Une bulle qui crêve,…
 Je m’y sentais si bien, je m’y croyais doué,
À ses petites joies et plaisirs dévoué…
Mais nul ne s’en relève,
Autant, sans se leurrer, ici, se l’avouer
Et en profiter, ma foi, pour se secouer !

Illustration : Camille Lesterle, 06 mai 2014

QUAND L’OISON EST OISEUX

Petite fable affable

Jeune bec qui sait la faim
mange de tout à la fin !

Un moineau, de peu éclos,
Maudissait ses sort et lot
N etrouvant jamais de grains
À gloutir, qui soit sur brin,
Bel et beau comme il aimait :
Celui-ci c’était bon mais…
Celui-là pas trop mal si…

Il jeûna avec ses scies
Ne trouvant rien de parfait
Pour apaiser, dans les faits,
La faim qui le tenaillait
Tant il jaugeait, pinaillait,…
Jusqu’à ce qu’il n’en put mais.

Là, foin de “si”, fi de “mais” :
Il avala des cailloux,
Du chardon comme un voyou,
Limaille et bren de bourrin,
Limaille et fil de gros-grain,…

Fiston, à tout méjuger
Et redire à tout sujet,
Las, on s’abaisse en deça
De ce qu’on voulait pour soi :
« L’inacceptable » est bien bon,
« L’intolérable » un bonbon !

dimanche 27 avril 2014

HAÏKU DE POT, COEUR !

Bien plus qu’avec des mots, avec des chiffres,
on mène les gouvernements et les peuples à tout…
et surtout au pire.

EN ROUTE POUR… UN INSTANT DE FRISSONS

Là, la nuit est claire et plus sombre
De présences que rien n'endort.
Tout n'est que ruines et décombres
Ou masses qui vous mettent hors,
Vous effraient sans le moindre effort,
Toutes puissantes,
Qu'elles se fassent noirs condors
Ou Caressantes

Et la nuit éclaire des ombres
Vampires, montres, Belphégor
Hantent en recoin la pénombre,
La font se mouvoir aux abords
De notre imagination. Fort
Envahissantes
Sont ces silhouettes, gaurs 
Menaçantes.

La peur s'insinue, là, dehors,
Vous vient, croissante,
De formes cernant vos sabords,
Bruissantes…

ÉDUQUONS !

Petite fable affable


Deux gibbons désespéraient de leur enfant.
Agité, turbulent,… il faisait régner sa loi
Même en présence de Seigneur Éléphant.
Honte aux parents dont le si mauvais aloi
Du rejeton disait par trop la faiblesse
Et l’incurie. Ils avaient, en tout, failli.

Ils allèrent donc trouver, dans ses taillis,
Le sage orang-outan, maître ès-politesse.
« Voudrais-tu prendre chez toi ce crapoussin
Pour le dresser et le sortir de sa gangue ?

- Où avez-vous donc pris que, gâtée, la mangue
Se bonifiait dans un panier de fruits sains ?

- Tes fils sont exemplaires. Est-il possible… ?
Ils seraient chez nous logés, blanchis, nourris,…

- Avez-vous jamais vu mangues comestibles
Amender un fruit gâté ou bien pourri ?
Ce qu’on voit est né de votre laisser-faire.
Éduquez et élevez, sans complaisance
Mais avec amour, voilà toute l’affaire :
Remédiez donc à vos insuffisances ! »