Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 13 mai 2014

LE MOLLUSQUE & L’ALGUE

Petite fable affable

Un mollusque vivant aux crochets
D’un navire avait couru le monde,
Fuyant les vents, frôlant les rochers
Et goûtant à tous les sels de l’onde.
Il avait vu ce qu’il fallait voir,
Savait ce qu’il devait savoir
Mais n’en était pas plus philosophe,
Ni heureux de sa vie, de son sort.
Mouillant aux Sargasses, il apostrophe
Une algue, toute essor et ressort.

« L’amie, entre deux eaux, et sur place,
Tu vis. Cela jamais ne te lasse ?
- J’avoue que je voudrais voyager
Mais, ne pouvant pas quitter ma mère
Je parle à qui, au loin, à nagé !
- Arrache-toi de là, mais bien amère
Est l’expérience : Rien ne m’a plu
De ce que j’ai vu. Sur mon Salut !
- Qui de peu, jamais, ne se contente
Ne trouve aucune chose épatante ! »
Illustration : Élisa Satgé, été 2019

SUR LE BAS-CÔTÉ DE MA VIE

Overdose de gaz, asphyxie de couleurs,
Je roule avec les miens, vers un demain quelconque.
Je file, feinte et fonce, sans espoir ni douleur,
Sans regret ni crainte. Mon klaxon corne et conque.

Dans un décor brumeux, je joue les querreleurs,
Libre de râler là et de demeurer onques :
Fliqué, flashé, freiné,… Moi je rêvais de jonques,
De vents qui s'envolent et de moite chaleur.

Et poussé à la roue par tous ceux qui me suivent,
Pressé de dépasser les ceux qui sont devant.
J'ai l'ego pour valeur ; la conduite agressive.

J'ai embarqué mes jours dans la fuite en avant
Que certains, ici-bas, appellent, dit-on, « vivre » :
Suivre une voie tracée, embouteillée souvent.

lundi 12 mai 2014

HAÏKU MULET

Longtemps Simone Signoret a dit : « Je vis avec Montand ! »…
Puis il l’a fuie son temps !

dimanche 11 mai 2014

HAÏKU QUAND STOCKE

Si la vérité était dans la réalité, cela se saurait.

LA SENTENCE DU LOUP


Petite fable affable

À la pique du jour, n’allant pas droit,
Un chien, dépenaillé de la pelisse,
La toison dépiautée par endroits,
Rencontre Sire Loup, tout en malice,
Qui, imbu de son rang et de son sang,
Lui interdit l’entrant des bois qui cachent
Sa misère et le malheur florissant
De bêtes que les chiens, sans fin, s’attachent,
Las, à traquer le faible et l’impuissant.
Là, le loup est roi même maigrissant.

Face à lui, le molosse, épuisé, pleure :
« J’ai été chassé, contraint l’exil,
Car tu embouchais l’agneau, à toute heure,
Plus que tu ne pouvais - sous le grésil,
La nuit,… - avaler et tu me refuses
Asile, aide ou même compassion ?!
Par ta faute, je suis seul, sans excuse,
Faible, et vais,  portant l’humiliation
Par les chemins, les combes et les cluses
Vivant mal de rapines et de ruses. »

« Ah crois-moi, fit le loup, quoi qu’il en soit : 
“Il n’est de remède ni dans le blâme
D’un autre ni dans la plainte sur soi !” »
Le chien pousse un râle à fendre l’âme :
« Alors tue-moi, par le feu ou le fer :
Inutile à moi et nuisible aux autres,
C’est pour moi pire qu’effroi de l’Enfer !
- Je préfère, dit le loup, Cher Apôtre,
Te laisser en divines mains de fer
Qui, las, valent celles de Lucifer… »

LES DÉVOTIONS DOMINICALES DE MADEMOISELLE

D’après Les nuits d’une demoiselle (Guy Breton & Raymond Legrand)


Moi qui suis une vraie demoiselle,
Je passe tout mon dimanche au lit
À éprouver l’ardeur et le zèle
D’étalons jusqu’à passé minuit :

Je me fais faire des gourmandises,
Faufiler l’ourlet jusqu’au cordon ;
Je me fais goutter la mignardise
Et battre encore le gros bourdon,…

Je me mets la chapelle en délire
Et leur fais s’occuper de mon cas,
Pour que jakcpote la tirelire,
Qu’on goûte l’amande sans fracas.

Je me fais drainer la cicatrice
Et humecter le bénitier ;
Je me fais dévorer le calice
Et le doux repaire en entier,…

 Je me fais décoincer la capsule
Et creuser plus profond le creuset,
Fais visiter mon petit pécule
De son portique à la cerisaie,…

Je me fais voir la belle lurette,
Enchâsser le minon velouté,
Me fais effeuiller la pâquerette
Pour faire perler ma volupté,…

Je me fais barboter la griotte,
Briquer le logis à vibratos
Et je leur fais engouffrer ma grotte
Pour que se desserre mon étau,…

Je me fais redorer la praline
Et je me fais éplucher l’oignon,
Ou je leur laisse ouvrir la telline,
Couvrir l’écrin rose aux crins blonds,…

Mais certains se demandent, peut-être,
Si je me repose un peu durant
La semaine qui suit. Amants piètres,
Ces jours-là, moi, je baise… et comment !

Dessin : Camille Lesterle, 18 mai 2014

samedi 10 mai 2014

HAÏKU D’NOTE COM’

Faire une porte et y écrire « Entrée interdite »,
que d’argent et de temps gâchés !

vendredi 9 mai 2014

HAIKU R'D’ARGENT

La liberté est une disposition d’esprit :
ceux qui veulent la conquérir risquent de se l’aliéner,
ceux qui croient l’avoir obtenue ont déjà tout perdu !

UNE VIE À DEUX VOIX

Commande pour Anne & Sophie

En mezzo, en soprano,
Deux copines au piano,
Qui professent la musique
À des ânes amnésiques
Bêtes à bouffer du son,
Dépass’ enfin la mesure,
Se lâchent pour leur leçon :
À elles la démesure
De mélodies, qu’on sert tôt
Ou plus tard, en concertos.

Pour cette gamme d’élèves

Pour des heur’ pas assez brêves,
Ell’  quittent, sauf si y’a grève,
Leur domicile adoré,
Qu’est si facile à cirer,
Oui, si facile à cirer !

L’une prend la clef des chants,
Clé de sol - c’est pas méchant ! -
Aimant fort donner la note
Et en coller aux linottes
Qui n’sont jamais dans le ton
Comme aux portées de p’tit’ cloches
Qui se voudraient barytons :
Avec leur regard tout croche,
Pour eux, une blanche n’vaut
Pas deux noir’. C’n’est pas nouveau !

C’est ainsi que nos deux Éve
Vivent leur métier de rêve,
Répétant, encore, et sans trêve
Leurs « do-mi-si-la-do-ré » !
Qué ?… « Si, fa, si, la, si, ré » !
Oui : Si-fa-si-la-si-ré.

Volées de bois, chœur de vents,
L’autre, à temps compté, souvent
Tir’ l’oreille à qui, donzelle,
N’l’a pas bonne ou qui, par zèle,
Vous tue un silence attendu,
Sans tambour et sans trompette
Comme de bien entendu,…
Les pir’ sont ceux qui s’la pète,
Traquant faux ré, faux si,
Chez Fauré, chez Debussy,…

(Mais sonne déjà la r’lève :
Nouveaux motifs, autres glaives,
Si loin, sauf en cas de crève,
D’leur domicile adoré
Qu’est si facile à cirer,
Oui si facile à cirer !)

Nos mezzo et soprano,
Quand ell’ quittent leur piano,
C’est pour une autre musique :
Un cachet… d’analgésique
Puis courses, repas, maison,…
Pas d’pause, de demi-mesure
Au gré des airs, des saisons.
Et en soirée, sans usure,
Donnent accord ou véto
Voire jouent du vibrato.

Finie la clique d’élèves
Mais, bien timbrées, elles rêvent,
Jusqu’au p’tit jour qui se lève
En fanfare, s’la dorer
Dans l’domicile adoré…
Et d’n’avoir rien à cirer
Et pour leurs mineurs, nos Éve
Jouent encor’, pleines de sève,
Au lieu de faire des fèves,
Leurs « do-mi-si-la-do-ré »,
Qué ?… « Si, fa, si, la, si, ré » !
Oui : Si-fa-si-la-si-ré !
Si, fa, si, la, si, ré…
Si, fa, si, la, si, ré…

LE LOIR DU GRENIER

Petite fable affable

Un loir sommeillait dans un grenier.
Il était sale et vieux : le grenier,
Pas le loir, lequel rêvait, parfois,
À une chambre, tout à la  fois,
Bien chaude, quiète et tant proprette.
Celle du fermier étant tout ça.
Mais il y avait le chat, Poussah,
Que ni le feu ni le froid n’arrête.

Poussah mourut. Donc le loir poussa
Jusqu’au couloir. En faisant fissa.
Il y logea car c’était propret.
Mais pas chaud. Et passant sans arrêt.
« Je crois que la cuisine se prête
Mieux à mes désirs que ce truc-là ! »
Faute de nid, quand on est fort las,
L’office est bien mieux qu’ors de la Crète.

À peine dans la pièce, le loir
Y apprécie restes et saloir,
Le chaud, le propre,… mais pas le balai
Dérangeant toujours, de son ballet,
Le calme qui plaît à qui curette.
Songes écaillés, sommes brouillés,
Il faut un gîte plus douillet.
Bref il veut, et gagne, la chambrette.

Il a ce qu’il désirait. Enfin :
L’endroit où se reposer sans fin.
Mais pris, le jour même, il fut chassé
De cette alcôve matelassée,
Bien chaude, quiète et tant proprette.
Seul, à la rue, on l’entend grogner :
« Si tu savais combien, mon grenier,
Même sale et vieux, je te regrette ! »

La vieille pie vint qui le vit.
Il lui raconta sa triste affaire
« Si tu râles, vieux, c’est que tu vis :
C’est plus qu’il ne faut pour te refaire ! »

mercredi 7 mai 2014

REMUÉ L’HAÏKU ?

Un erreur impardonnable est souvent une faute irréparable.

MARTIN & SA VACHE

Petite fable affable

Le pauvre Martin a une vache
Dont il trait au matin du bon lait
Quoiqu’il n’en boive pas de bolée :
Il doit le cens à qui le cravache
- Un bidon vaut mieux qu’un porcelet ! -
La dîme au prêtre, en rien un gringalet,
Et la taille au Roi qui, sans relâche,
Lâche ses soldats hors de son palais
- Ils pillent jusqu’au moindre agnelet ! -
Car le monarque, sage, ne lâche
Ses écus qu’après un long délai :
Le pays en fait les frais - C’est laid ! -
Et pis, Martin, qui a une vache.

Le pauvre Martin a une vache
Qu’il nourrit de juillet à juillet,
Et un vieux poulet, tout maigrelet,
Incontinent verbal qui se lâche :
« À quoi te sert d’avoir vache à lait
Si d’autres boivent ses ruisselets ?
- C’est grand malheur et me le rabâche
Mais je suis bon comme un frère lai
Et me reste l’espoir du lait.
Or il y a ici, que je sache,
Gens auxquels Dieu fit plus triste legs :
Tu as des ailes et ne peux voler,…
Quand le Martin, lui, a une vache ! »

BALLADE NOUVELLE VAGUE

Tu mets en lumière Isabelle,
Là des ombres, de l'aguichant,
C'est une paumée. Mais trop belle.
Panoramique. Puis hors champ
Pas de musique ni de chant.
Zoom sur les fringues qu'on balance,
Puis gros plan sur lui, se couchant.
Faut pas de son, juste un silence.

Pas de texte ni de libelle.
Travelling, champ et contre-champ
Avec l'autre sur l'escabelle.
Il faudrait qu'il fasse méchant,
Il regarde, l'œil tranchant.
Un fond flou, genre somnolence.
Décor sobre. Rien d'alléchant.
Faut pas de son, juste un silence.

Elle a l'air largué pas rebelle.
Deux sensations se chevauchant.
Elle veut se faire la belle.
Cadre serré en s'approchant.
Pas d'action. Un ciel de couchant.
Deux impressions dans la balance :
Amour et mort, nos deux penchants ;
Faut pas de son, juste un silence.

Spectateur, pour être touchant
Excuse un peu mon insistance :
Faut pas de son,  juste un silence.

lundi 5 mai 2014

HAÏKU DES CLAS

Les souvenirs sont l’ornement de l’oubli.

L’ARISTOCRATE SOCRATIQUE

Petite fable affable

Un noble gypaète barbu,
Poète un peu et penseur barbant,
Agaçait fort le vain peuple imbu
De soi, de ses Dieux,… le perturbant
Par ses doutes sur ses certitudes
Et des questions sur ses habitudes.
Bien plus illuminée qu’éclairée,
La plèbe, passant par l’alguazil,
Fière en son for, et sans trop errer,
Le condamna au lointain l’exil.

C’était, dans leur monde, bien pire
Que la mort. Notre oiseau en transpire.
Lui que l’on mettait plus bas que boue, 
Aurait du se cacher ou fuir,
Faire appel de la sanction,… À bout,
Il préféra, seul, sans forhuir
Ni laisser aux autres de notice,
Boire la ciguë car, pour ce maître,
Il valait bien mieux subir l’injustice
En ce bas monde, que la commettre.

L’ORFRAIE DE PRÈS

Ce n’était pas la fin du voyage
Hélas, venu du fin fond des âges,
Mais le rapace a fondu sur toi.
Et son aile a frôlé ton visage. 
L’œil perçant, plus noir qu’un présage,
Son bec te menaçait, aux abois, 
Prêt à déchiqueter tes doigts. 

Toujours affamé et irascible,
Il avait donc fait de toi sa cible.
Si ses serres ne t’ont qu’effleuré,
Ses cris résonnaient comme en Bible…
Lui, l’éternel et l’invincible,
Tu l’as évité, tu l’as leurré,
 Le renvoyant aux sombres contrées.

Il repartit au fin fond des âges,
Mais t’avait marqué de son passage.
Ce lugubre assassin s’est perché
Sur l’Arbre de Vie de nos vieux sages,
Prêt à retenter son dépeçage,
Sans t’avoir dévoré, ce boucher
Auquel le sort t’avait abouché.

Las, il reviendra je le présume,
Il attend son heure dans ses plumes,
Nos peurs, nos maux font de lui un roi.
Là, il a failli, tout amertume,
Mais reste aux aguets, vil, l’oeil froid,
Un soir, cet infâme oiseau de proie,
Nous perdra au néant, à ses brumes…

Dessin : Camille Lesterle, 08-09 mai 2014

samedi 3 mai 2014

HAÏKU SSINET

La sagesse est un chemin bordé de déraison et ombré de folie
que la vie balise mais jamais n’achève.

L’IMPERTINENCE DE LA PERTINENCE

Petite fable affable


Dame Effraie est, aux yeux de tous, bien savante.
Docte en tout, lettrée pour le reste et, dit-on,
Fort sage alors qu’elle méprise du ton
Et du regard, nuit naissante, aube levante
Celui qui n’est pas tant qu’elle cultivé
Ni dans tous les arts versé. Elle est donc cuistre,
Que lui parle un sot, un maître ou un ministre
Du culte, il sera de même invectivé.
Or un moineau veut lui clouer son rivet :
« Dis, pourquoi ton savoir fait tant saliver ?

- J’ai parcouru depuis que tu fus couvade,
Crétin, plus de livres que toi de pays !

- As-tu pour autant plus aimé que haï ? 
(La belle bravoure que cette bravade !)
Inculte, tout ce que je sais je n’oublie
Pas que je l’ai appris ni à qui l’ai pris.

- Et que sais-tu ? fit l’effraie non sans surprise.

- Je sais… ne rien savoir et, banalité,
Que l’érudition manquant d'humilité
S’apparente à la plus crasse des bêtises. »

LA CHANSON DU CHEMINEAU

Au fond de ma poche
J’avais deux p’tis sous.
Ma poche est un trou.
Même si c’est moche
J’ai bu mes deux sous.
On n’finit pas saoul
Quand on fait bamboche
Nous, ceux de la cloche,
Avec deux p’tis sous,
Deux tout petits sous !


Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Si t’as le teint perse,
T’es pas un client ;
On te veut fuyant,
Passant comme averse.
Le taulier riant,
M’a dit en criant :
« Pas d’tonneau en perce,
Dedans mon commerce
Si t’es pas client,…
Et un bon client ! »

Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Dans la poussière
Du chemin, brillait,
Au ciel de juillet,
Un beau sou, ma mère.
Moi, j’ai vu, pas niais,
Qu’son éclat inquiet.
J’té en rivière,
Il fut lumière
Tant il a brillé
Dans ce lit douillet !

Vous êt’ peurs et doutes,
Et moi crasse et croûtes ;
Quand t’es rien, t’es ça !
À vous, banqueroute ;
À moi, ciel et route :
Quand t’as rien, t’as ça !

Si j’avais un’ Belle,
Je garderais mes sous :
Fini le vin doux !
Pour mon Anabelle,
Fini les cailloux
Du chemin, ciels, boue,
Haillons et brimbelles
Qui font fuir les belles.
Pour ça faut des sous,
Beaucoup de gros sous !

vendredi 2 mai 2014

HAÏKU P’HAÏKU PEU

Hors les saints et les masochistes
- être l’un n’empêchant pas d’être l’autre -
qui peut souffrir la souffrance ?

jeudi 1 mai 2014

HAÏKU P’ONCLE, DAME, ÉRIC !

Partager la souffrance d’autrui,
c’est alléger son fardeau non ses effets.

LE BANQUET

Petite fable affable


La Grand’ Reine des fourmis est conviée
À ripailler chez les termites voisines.
La chère est maigre, l’ambiance à envier
Tant on s’aime et s’apprécie entre ces cousines.
Le repas s’éternise en amènes propos,
En rires et en plaisirs chez les convives.
La forêt, indiscrète, bruit, du crapaud
Jusqu’au jaguar, de l’affaire. Maladive
Jalousie, on moque le menu, chétif,
Baptisé « festin » à la termitière.
Le lendemain, d’un pas un peu trop hâtif,
Le tamanoir va à la fourmilière,
Il vient, des rides contrariées au front
 Inviter sa Majesté : laver l’affront
Des termites est son vœu ; aux siennes agapes
Ne seront que mets goûteux et des plus fins,
N’était-il, en ces bois, Pape de la nappe !
« Je vous sais cordon bleu, fit la Reine enfin,
Mais je regarde bien moins ce que je mange
Que celles, ou bien celui, avec qui je mange ! »

Illustration : Élisa Satgé, été 2019


IL SUFFISAIT…

Sur Il suffirait de presque rien
(Gérard Bourgeois & Jean-Max Rivière)


Il suffisait de presque rien,
Peut-être vingt années de moins,
Pour que je crois à tes « Je t’aime »,
Et qu’on se prenne par la main
Pour affronter le lendemain,
Et oublier mes fards, mes crèmes,…

Tu es chaleur, je suis frimas !
Allons, mon cœur, regarde-moi
Et vois les ans qui nous séparent :
Pourquoi te jouer la comédie
De la maîtresse qui rajeunit,
Ce serait fou et dérisoire.

Vraiment de quoi aurions-nous l’air
Face aux regards, aux commentaires,… ?
« C’est du joli ! Voyez donc ce couple exemplaire :
Elle couguar et lui pervers. »

Il suffisait de presque rien
Pourtant personne, tu le sens bien,
Ne voit en moi une déesse.
Tu es sincère et différent
Mais j’suis trop loin de mes vingt ans
Pour ne pas craindre la vieillesse.

Les belles amours, las, chavirent
Vaut mieux qu’on quitte le navire
Avant qu’on s’noie. Je sais, c’est triste.
Mes rides et mes cernes, gamin,
Tu les aim’ras bien moins demain
La vie, tu sais, est conformiste.

Vraiment de quoi aurions-nous l’air
Face aux jaloux, aux pamphlétaires,… ?
« C’est du joli ! Ils ont vraiment tout pour nous plaire :
Lui gigolo, elle os sans chair. »

C´est une autre que moi, demain,
Qui prendra ton cœur et ta main,
Sans artifice (fard ou crème).
Il suffisait de presque rien,
Peut-être… trente années de moins,
Pour que survivent nos « Je t´aime ! »…