Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

jeudi 31 août 2023

QUAND J’ÉTAIS ENFANT…

Quand j’étais enfant, besogneux, solitaire,
Ma vie n’avait que deux saisons sur la Terre ;
L’une, hélas, était, pourquoi donc vous le taire,
Un été sec d’ennui et désert de cours
Pour étancher, par l’écrit ou le discours,
 Ma toujours insatiable soif d’apprendre,
Mon envie de fruits à sentir ou à prendre.
Ce beau temps, complot ourdi contre l’esprit
Que je redoutais, ne méritait que mépris.

Quand j’étais enfant, silencieux, sédentaire,
Ma vie n’avait que deux saisons sur la Terre ;
L’autre, je la trouvais bien plus salutaire :
Le temps de l’école ! Pris en un cocon
Où s’évadait mon esprit curieux, fécond,
Vers d’autres horizons, vers le vaste monde
Un oeil toujours rivé sur la mappemonde :
Ses mystères et trésors valaient qu’or !…
Même si mes pairs n’étaient, lors, pas d’accord,

Donc, enfant j’espérais que l’été s’enterre
Pour faire germer cette brume au parterre
Qui lèverait le voile sur un nouvel inventaire
De beautés à savoir et que lèvent au sol,
Jonché de feuilles, pour renaître sans dol,
Des ombres qui m’annonçaient quelques nouvelles
Lumières, des moissons riches en javelles
De connaissances et au ciel de froides pluies
Qui me feraient, là, revenir à la vie…

Quand j’étais enfant, besogneux, solitaire,
Ma vie n’avait que deux saisons sur la Terre,
Et graine d’ortie dans vos champs, libertaire,
Me convenait mieux celle qui déplaisait,
Effrayant l’hirondelle des alizés
Et le martinet prêts alors à partir, lâches,
Pour un meilleur ailleurs, sans froid et sans tâche,
Vers ce Sud qui aux murs mettait des couleurs,
Qui ne fut jamais mien,… s’il était le leur.

mardi 29 août 2023

BRUMEUX…

Dame Brume, ballerine aux bras blancs,
Efface notre forêt à pas lent
Avec la fatigue de cette terre
Aux sillons nus, aux sentiers solitaires,…

Quand la nuit lisse glisse ainsi, toujours
À ce voile s’élime un fil de jour
Translucide. Elle fait une demeure,
Drap vaporeux comme seul l’est un leurre,
Au-dessus de tout, au-dessus de nous,
Suspendant le temps qui, lors, se dénoue
À ce linceul cru. Aussi, on oublie
Toute chose, les noires et les roses,
Dans ces évanescents draps d'outre lit,
Qui font un nid entre les nues moroses
Et nous. Ah, délices du temps perdu
Qui, soudain, nous semble comme suspendu !

Dame Brume, ballerine aux bras blancs,
Incite au songe loin des faux-semblants
Quand tout se devine, tout se dessine,
En esquisse, sans lueur assassine…



dimanche 27 août 2023

LOVELACE ?

Il est des traces tenaces,
Que l’on a miss en disgrâce,
Enfouies en quelque besace,
Sur lesquelles le temps passe,
Mais qui, las, refont surface,
Plus sagaces, plus salaces,
Vous reviennent à la face,
Rapaces
Pugnaces…

Ne vous vient nulle bonasse
Quand elles reviennent en place 
Fissurant nos carapaces,
Jamais assez efficaces,
Dévorant tout notre espace,
Envahissant votre glace,
Font le silence loquace,
Voraces
Impasses.

Car le Passé perspicace
Toujours, hélas, vous menace : 
Regrets faisant volte-face
Ou remords qui embarrassent,
Qui font naître une grimace,
Poussant la vie en postface,
La sérénité en nasse,
Vous agacent,
Coriaces…

Il est des traces vivaces,
Enfants d’une sale race,
Plus gluantes que limaces,
Revenant, tout en audaces
Sur l’Oubli, nos contumaces,
Et, jamais, en rien, fugaces,
Qui privent de toute grâce.
Embrassent.
Terrassent.

vendredi 25 août 2023

RIEN N’EST PLUS BEAU QUE LE NOUVEAU…

Rêveurs, pour quelque raison obscure,
L’aurore, à ses premières lueurs,
Invite à contempler la Nature,
Plus que la pâleur des ciels railleurs
D’un gris crépuscule,
Moment minuscule.

L’éclosion de l’aube fait songer plus
Que le lourd tombé du rideau sombre
Qui forclot le brillant oculus,
Vous fait silhouette en la pénombre,
Frêle animacule,
Presque particule.

Quand la nuit s’estompe, en été,
Quand le jour renaît à la lumière
On se sent petit mais emporté
Comme quand s’exauce une prière,
Car le noir bascule
Et l’ombre recule…

Les yeux pleins d’ors et ambres beautés,
On se charme des flammes troublantes
Pendues aux nues, dès lors, déshantées,
S'ouvrant sur une journée alléchante,
Un temps minuscule
D’espoirs majuscules,…

mercredi 23 août 2023

ENCORE UN MATIN…

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau (16 août 2022)

Les nues de l’aurore rosissent et rougissent
De s’être laissées trop tôt, trop vite, dévêtir 
De leur sombre manteau de nuit, comme complices
D’une aube, pressée comme une orange, d’en finir…

Et le dernier voile qui nous cachait si mal 
Les contours et les atours de cette mâtine
Glisse sur la terre, comme un satin brumal,
Une mousseline qui, aux bois, s’ouatine…

Les premières heures du jour entre impudeur
Et candeur invitent à ce quotidien miracle,
Celui qui échauffe les sangs de sa grandeur,
Celui qui étourdit les sens comme un oracle…



lundi 21 août 2023

VUE DU CIEL

D'après une photo de Marc-Yvan Custeau (août 2022)

En profondeur, quelques sillons d’azur labourent
Les nues désilunées que les vents frais parcourent.
Entre les traits des raies s’attardent des amas
De graphite stériles, alors qu’au creux de ces rides
Germent jà des couleurs safran et curcuma
D’où fleurira une aube qui, lâchant sa bride,
Nous offrira alors une aurore épicée
Préface d’un nouveau jour torride à souhait…




samedi 19 août 2023

CROYANTS… MAIS PAS TROP !

Depuis qu’on a enterré Dieu
Dans des cathédrales et oppressé
Les saints de pèlerinages, les Cieux
Pestent et grondent qu’ils en ont assez
De ces fidèles qui tant leur quémandent
Du beau soleil pour leurs vacances à Mende
Mais qu’une bonne canicule effraie ;
Qui veulent de l’eau pour faire leur blé, Dame !,
Mais pour qui les averses n’ont d’attrait
Que si, là, elles éteignent les flammes
Des incendies qui les mettent aux abois 
Même s’il faut faire feu de tout bois…

Depuis qu’on a enterré Dieu
Dans des cathédrales et oppressé
Les saints de pèlerinages, les Cieux
De cent prières et reproches harassés
N’écoutent plus tous ces dévots du dimanche
Et ces convertis cons comme des manches
Qui font d’ici-bas ce qu’il est, hélas,
Et qui mécontents de leurs anciens maîtres
Se cherchent des idoles, des Atlas,…
Plus à l’écoute, plus aptes à reconnaître
Qu’il faut de la patience, ma foi,
Pour supporter un Ciel si sot parfois…

jeudi 17 août 2023

GITANO SOY,… VIAJERO ME QUEDO !

À Philippe LoupZen, mon compadre

Ami, je suis le fils du Vent et de la Terre :
Mon père m’a porté ici et là souvent ;
Ma mère m’a laissé moins seul que solitaire,
Moi qui m’en suis allé, poussière soulevant,
Me faire voir ailleurs quand d’autres hélas s’enterrent.

Ami, je suis le fils du Vent et de la Terre
J’ai tracé ma voie de vie, de là arrivant
Par routes buissonnières hors des inventaires
En chemins de traverse, jamais dérivant :
De tous les horizons, je suis propriétaire !

Ami, je suis le fils du Vent et de la Terre,
Toujours plus loin partant comme tous ceux d’Avant
Qui ont le périple en leur sang, ces planétaires
Pérégrinations qui naissent au jour levant,
Ces tribulations toujours communautaires.

Ami, je suis le fils du Vent et de la Terre,
Frugale fringale du neuf au cœur devant
Vos normes si mornes, je vais mais jamais n’erre,
Fuyant fort vos stupides disputes éprouvant
Mon cœur d’homme libre et à jamais réfractaire…

Ami, je suis le fils du Vent et de la Terre,
Je sais l’étreinte de l’éternité à l’évent.
Refusant d’enterrer l’espoir, je te suis mystères.
Rôdeur vanné. Œil fané. Cuir tanné. Vivant.
L’échine du soir ploie. Mais moi pas. Volontaire.

Frère, je suis le fils du Vent et de la Terre.
J’ai tracé ma voie de vie, de là arrivant ;
J’ai le périple en mon sang, être planétaire
Fuyant loin de vos stupides disputes éprouvant
L’échine du soir qui ploie. Moi pas. Libertaire.

mardi 15 août 2023

AU LOIN, DES LUEURS…

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau du 25 juillet 2022

Pris entre sable et or, un beau jour nouveau-né
Pointe, au-delà des feuillées, le bout de son nez
Et met en lumière une aube encore timide.

Dans l’air où flotte un parfum de rosée humide,
Un puzzle de nuages pressés, gris et cabrés,
Vêt vite, avec pudeur, les paillettes ombobrées 
De la nuit partie vers des cieux bien moins timides.

Lors, le soleil noie la lune, pépite ambrée
Qui mordorait mes rêves de pays numides
Et teintait des songes désormais apatrides,…

Dans ces clartés hâlées, jà désenténébrée,
L’ombre, écueil, semble avoir l'orgueil des pyramides.
Sous ce ciel d’un blond de blé, un peu surané,
Dans l’éclat safrané je vais, abandonné…



dimanche 13 août 2023

IL N’EST DE PETIT MATIN

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, Montréal (juin 2022)

Ah, qu’il fait bon songer à rêver 
Quand affleurent les pleurs de l’aurore,
Quand les ombres enfin vont s’élever
Pour se perdre aux limbes qui phosphorent
En feux-follets, ou en brasier,
Inhumant nos rêves extasiés.

Là, l’espoir et l’illusion renaissent…
C’est l’heure sévère où le vent levant
Qui, dans l’agonie de sa jeunesse,
Dans les fronces de nuit, souvent
Fait naître un paradis fugace
Ou un enfer, plus pérenne lui,
Aux plissés de la pénombre enfuie.

Oui, le baiser du jour et l’étreinte
De l’aube accouchent d’un matin neuf
Où par rage, où par ruse, l’empreinte
Du purgatoire nous laisse veufs
Du doute, des larmes et de l’ennui
Pour quelques instants insaisissables,
Pour un moment qui n’a d’autre fruit
Que ceux inconsistants comme sable…



vendredi 11 août 2023

NOMADE, JE SUIS… ET RESTE

À mon frère de cœur Loupzen

Toi, tu me vois sinuer sur tes chemins
Et courir tes routes sans craindre demain.
Mais toutes tes voies ne me mènent pas, frère !
Elles me sont, d’aventure, qu’un repère
Pour aller bien plus loin que tes lieux communs.

Tu me vois vivre sans borne ni limite,
Allant par traverses, toujours de travers.
Fi des venelles et ruelles licites ;
Foin des trouées et passées sous les couverts,
Je m’arrache au convenu. Je suis un mythe.

Tu ne vois pas que je sillonne sur la voie
Lactée, par-delà le haut faîte des arbres.
Elle se pave d’étoiles, où je me fourvoie,
Les échelles de mes levants ; pieds de marbre,
Tu ne te mènes qu’à des couchants sans voix…

Ainsi, je suis ma route de briques jaunes, 
Comme tous les Fils du Vent, loin des orties
De ta vie si fade et des ronces qui trônent
Au détour de tes heures mal assorties,
Me moquant du prône et ignorant l’aumône.

Oui, moi, je suis libre et tu me crois errant ;
Je suis fort alors que tu me penses frêle ;
Pauvre quand je suis riche de temps, et grand
De mes pas de pèlerin,… intemporelle
Ritournelle du gitan et du boumian.

mercredi 9 août 2023

DANS LA NUDITÉ DE L’HIVER

D'après une photo de Marc-Yvan Custeau
en date du 30 mars 2023

Drap nacre et moire fait duvet de satin,
La grande plaine est devenue page blanche, 
Où le vent écrit, soufflant en sa anche,
L’histoire d’une vie morne aux jours éteints.

À l’heure où les lacs sont des glaces sans tain,
Il dessine au sol gelé des airs de romances
Apaisées pour coeurs en sommeil. La semence
Des étoiles harassées qui enfin sommeillent
Dans une aurore dont le dais se fait treille,
Contre laquelle s’appuient les monts froissées,
Blessant d’ombres grises et bleues leurs blancs plissés.

lundi 7 août 2023

SOL Y SOMBRA

Ombre encagée entre quatre murs d’une cour
Où Râ cogne au crâne et aveugle l’oeil le jour,
Je tourne au manège de ma détention.
Les feux de la foi, fielleux, sont derrière
Moi comme les jeux, les joies de vaines prières,
Souvenirs ruinés de ces hiers qui ne sont plus,
Espoirs d’un demain qui ne viendra pas plus.


Là traînent mes déjà et rôdent mes encore,
Pour ne pas avoir su ma piètre vie aimer,
Pour ne pas avoir su me contenter d’être pécore
Là errent mes toujours et musent mes jamais,…

Ombre entre les quatre murs nus d’une cellule,
Où la pénombre sans frein et sans fin m’accule,
Je tourne attaché à la meule de la loi,
Qui broie ce qui fut ma voix, est ma seule voie,
Male mule moulant mes heures en poussière
De temps ne comptant pas plus vents en bruyères…

Là errent mes toujours et musent mes jamais,…
Là traînent mes déjà et rôdent mes encore, 
Pour ne pas avoir su me contenter d’être pécore,
Pour ne pas avoir su ma piètre vie aimer…

samedi 5 août 2023

LE JEUNE SAULE

Un saule encore étique pleure sa peine :
Larmes jaunies, sanglots verdis de printemps,
Il donne couleurs aux douleurs de la plaine,
Aux flots d'un ciel chagrin et suintant,
Et des formes au miroir de la rivière
Qui, sans se lamenter ni gémir, sans dormir,
File au loin sans regarder en arrière,
Loin des plaintes et des cris qui vont s’endormir…

jeudi 3 août 2023

LE BUSTE

Marianne, indépendante, et aux cheveux libres
Toi, égérie altière aux lèvres qui vibrent
Pour chanter les temps lépreux et les jours heureux…

Tu es l’image du fonds en rien poussiéreux
Né aux rives d’Égée ou sur les bord du Tibre
Dans un monde toujours en déséquilibre
Dans le chaos duquel tu nous conduis, en creux.

Marianne, parfois posée en coin ombreux,
Tu restes de ces gaillardes dont le calibre
Vaut plus et mieux que ceux qui arborent leur chibre.

Toi la Marie des mairies au sein généreux,
Jamais marbre n’a tant fait chanter les félibres
D’un peuple fou, foi unique et seul équilibre
Qu’il ait esprit fiévreux ou cœur miséreux.




« Son utilisation comme symbole de la République pourrait remonter à une chanson révolutionnaire du pays albigeois en occitan, la Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne), composée par le cordonnier-poète Guillaume Lavabre, de Puylaurens. [dans le Tarn, 81(…)]
Bien que cette chanson date de 1792 et soit déjà mentionnée dans le dictionnaire Lou Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral (Prix Nobel de Littérature, 1904), l’association de la chanson au symbole de la République n’a été faite qu'en 1976. Quoi qu'il en soit, le village de Puylaurens revendique désormais le titre de « berceau occitan de la Marianne républicaine » (Article « Marianne », Wikipédia)

mardi 1 août 2023

MADAME SOURIS

D’après un texte de Verlaine écrit en prison

Madame souris trotte
Se dandine ou tressaute,
Le nez au vent, l’œil peureux, le souffle haletant.
Boule de poils qui frise,
Frisson de cendres dans le jour qui jà se grise,
Courant ou hésitant
Suspendant mon temps à son pas pour un instant.
L’étain s’éteint aux mornes
Lueurs qui étendent leur emprise salicorne.

Madame souris trotte
S’arrête ici, là saute,
S’insinuant, en crissant dans un temps finissant.
Parfois très assurée et souvent fort surprise.
Souffle de liberté dans la nuit, noire sans méprise,
Ce murmure bruissant
Réveille les songes dans lesquels vais glissant,
Larve de capricorne,
Pris entre rets de limites et lacis de bornes.

Madame souris trotte
En me laissant ses crottes,
Preuve que je ne suis pas encore dément.
Ici pas de méprise :
L’éclair bis revenu dans le jour qui s’irise
Se cache un bon moment -
Quand le soleil vient au jour timidement -
Et file au trou qui orne
Le mien, tout en silence, loin de la vie qui corne…

lundi 31 juillet 2023

LE CHEMINEAU

« Le soleil est partout, nous dit le sage,
Et pas seulement qu’au bout du voyage ! »
C’est pour ça que, moi, j’use les chemins
Qui mènent, cahin caha, vers demain
Où, dans le clair matin, je vagabonde
Et erre au soir sous des nues floribondes.

Je suis et je reste un buveur de pluie ;
Sous les soleils pâles et nains de la nuit,
Je rode par les routes empoussiérées
En nomade condamné à errer…
« Le soleil est partout, nous dit le sage,
Et pas seulement qu’au bout du voyage ! »

samedi 29 juillet 2023

LA DEMOISELLE & LA TORTUE

Petite fable affable

Une libellule paradait,
Virevoussant farfadet,
En mare. Belle entre les belles,
Elle virait, virevoltait
Pour mieux faire luire ses ailes,
Et briller toute sa beauté.

Elle n’était que pirouettes
À vous faire tourner la tête…
Elle gravitait tout autour
D’une tortue sans atours :
« Va ! Tournaille !… Un bijou se montre :
Qui viendra dire qu’il est contre ?…
Quand on n’est qu’éclat, il faut oser
Aller et venir : tournicote ! »
Disait, le cou ankylosé
À suivre son vol, la bigote
Fort carapacée, harassée.

Or, voir toupiller l’agaçait,
Elle et son appétit. Parole,
Ce n’était pas un manège drôle !
L'ailée la berce de mots…
- Ce qu’ils sont sots, les animaux ! - 

Donc ce beau ballet la fatigue.
Eh, c’est que c'est crevant la gigue !
Et donc elle se pose au dos
De l’amie qui joue les badauds ;
Puis repart aux airs sans hâte
Pour se reposer… sur son bec. Patate !
Pourquoi ?… Car mots aventurés
Haut n’étaient plus que murmurés !

L’oeil goulu, le verbe stratège,
La happe la lourde Pallas
Car être belle ne protège
De rien… Bien au contraire. Hélas !

jeudi 27 juillet 2023

LÀ-BAS

Cycle toulousain

Au pays de mes pères,
Sans l’ombre d’un repère,
Les champs avaient des cheveux d’or,
Les prés regorgeaient de trésors
Et, sur eux, voguait l’aile
Du pic, de l’hirondelle.
Le ciel posait ses yeux d’azur,
Le vent avait un souffle pur
Sur de noirs labourages,
De verts pâturages,…

Au pays de mes pères,
Moins terre que repaire,
Dans la douceurs des soirs d’été,
Au ciel de lit de la voie lactée,
On rêvait d’abondance.
Sûrs de la Providence,
Ici où là, quelques bosquets
D’arbres restaient bien embusqués.
C’était temps de cocagne
Dans ce coin de campagne…

Au pays de mes pères,
Naguère si prospère,
Il n’est plus que cris de motos
Ou de paissants troupeaux d’autos,
Trottoirs et bitume.
Dans un air qui tant fume
Des bois noirs de tours en béton
Sous un ciel gris donnent le ton :
L’air n’y gonfle de voile,
Le néon pour étoiles…

mardi 25 juillet 2023

NE FAISONS PAS LES CHOSES À DEMI

Petite fable affable

Malgré de brillantes études cher payées
Dans la grande école privée des groseilles,
Un rossignol ne parvenait pas à chanter juste,
N’ânonnant que des airs faux, des mélodies frustes.
Mais son père barytonnait par les fourrés
En maître. Aussi donna-t-on à son demeuré
De fils le titre de Grand Maître es-vocalises
Et le droit d’édifier les jeunes à sa guise.

Hélas, notre promu était frivole et sot,
Ne trouvant à errer sous sylvestres arceaux
Que de temps à autre. Vitement. Et encore…
Le temps de toucher le bon prix que les pécores
Voulaient bien lui donner pour un travail jamais
Fait, pour une œuvre qui ne saurait les charmer.

Philomèle, qui ne se donnait même pas la peine
D’être poli, s’attira, à force, la haine,
Des oiseaux vraiment chanteurs de tout son quartier.
Il le sut et s’en offusqua. C’est un métier
Que le sien, auquel ces Béotiens n’entendent
Rien. Pour les punir et pour les mettre à l’amende
Il démissionna. Par les halliers et fourrés,
On jubila sans fard quand on sut son arrêt !

Mais le rossignol réfléchit à son affaire :
C’est pas mal que d’être payé à ne rien faire !
Il veut retrouver son poste mais un pinson,
Jà, le remplace dont la première leçon
Dit que l’ennemi de l’Incompétent, bohème,
N’est ni le Sérieux, ni le Jaloux… mais lui-même !

dimanche 23 juillet 2023

VULGAIRE

Je suis soldat faisant son métier
La fin justifie les moyens. Guère
De discussions. Pas de quartier.
Le victimes sont moutons grégaires
Alors j’occis, j’écrase et je razzie.
Que m‘importent hourras ou lazzis,
Je fais mon devoir car je suis un homme,
Un de ceux, oui, qui bâtirent Rome :
Moi jamais je n’ai trahi.
Ni reculé. Ni failli.

Je suis soldat sachant son métier
Et l’immuable loi de la guerre :
Jamais de peur ; jamais de pitié !
Je suis comme mes pairs de naguère :
Je torture, je pille et je tue.
Sans état d’âme. Tout m’est fétu.
Le civil comme la soldatesque.
Que me reproche-t-on ?… Est-ce que
C’est d’avoir bien obéi ?
D’avoir servi mon pays ?

vendredi 21 juillet 2023

FACE AU FAUVE INSATIABLE

 Petite fable affable

Le hasard est roi et le mystère est son cousin.
Quittant l’amère Patrie, un loup que les argousins
Avaient navré à mort, fuit par le monde
Car la fin, on le sait, fait sortir le loup du bois ! 

Il errait donc, mal allant, avec plus de poil immonde
Que de chair pour trouver un havre, du pays burgonde
À la Gironde, où il ne serait pas aux abois.
Il croise alors un trio de la pire engeance.

Le porc dit : « C’est le loup, le fauve des sous-bois.
On dit qu’hélas, il croque chair et sang boit ! »

Sa compagne, une brebis, fait : « D’intelligence
Dotés, nous devrions en effet nous interroger.
Avant que de fuir, se peu avec diligence.
Mais y a-t-il péril en la demeure ? Urgence ? »

La vache complètant l’équipe, sans abréger
Son mâchement, semble songer, elle, à la chose.

Dépenaillé, ce loup n’est pourtant pas étranger
Aux Belles Lettres : « Dieu, sans vous ménager
Vous illustrez Aristote qu’on dit plus épeautre
Que blé de nos jours, quand il disait, point en censeur
Mais plutôt en humble faiseur de bons apôtres :
“L’ignorant affirme quand le savant doute et, l’un dans l’autre,
                                        Le sage réfléchit ” 

                            - Référence courtoise, va-nu-pieds ! »
Fait l’ovin alors que le bovin, encore, mastique
En silence. Le cochon rajoute : « Sans être casse-pieds
Un vil flatteur en guenilles, même estropié
Est pire qu’une armée en déroute ! À vos mots je tique,
Animal improbable sur qui je ne miserais nul écu ! »

Ce loup, affamé à en bouffer ses propres tiques,
Ne tient plus devant ces trois gros causeurs caustiques
Et leur saute dessus, tout à fait convaincu
Qu’ils auront fui avant que son croc un seul n’en saigne.

Pourtant il écrase ces trois peigne-cul
Qui n’ont compris que, face au danger, le tire-au-cul
Soit-il, las, ignorant, savant ou sage daigne
Par trop s’écouter plutôt que remuer le bousin !

mercredi 19 juillet 2023

LA SAVEUR DES PREMIÈRES LUEURS

Illustré par une photo de Marc-Yvan Custeau, le 24 juillet 2023

C’est l’instant où le jour, vainqueur, tout auréolé
De lumière, le dispute à la nuit qui s’ensauve
Mais ne veut s'avouer vaincue, et en milles alcôves
Aux abois, s’accroche à une pénombre envolée.

C’est l’instant où la nuit se réfugie, affolée
Dans les ombres pour mieux survivre à une aube fauve,
Pour lutter contre l’or, et le carmin, et les mauves,
D’un petit matin déjà prêt à batifoler.

C’est le moment où, dans les débris d’un lourd silence
La Nature bruit et alors s’éveille à la vie
Sous un ciel tout neuf dont le feu lui fait violence.

C’est le moment où la Magna Mater n’est qu’envies,
Sève née des doux rêves qu’offre cette indolence
D’un semis d’étoiles parti, las, sans préavis.



lundi 17 juillet 2023

LA VÉRITÉ & LE MENSONGE

Petite fable affable

D’aventure, la Vérité et le Mensonge
Se rencontrent un jour. Ce n’est pas là un songe…
Le second dit à la première : « Il fait
Très beau aujourd’hui ! » Et surprise. Oui, en effet,
C’était bien le cas. Alors les rivaux prolongent
Une balade ainsi placée sous l’égide des fées.

Nos nouveaux amis, devant quelque puits, arrivent
Le Mensonge dit à la Vérité : « L’eau vive
Est des plus agréables par un temps pareil, 
Baignons ensemble et séchons-nous au soleil ! »
La deuxième, méfiante touche l’eau. Miracle,
Elle est fort tentante et, encore, aucun obstacle
Ne s’oppose aux ablutions improvisées.
On se déshabille et on plonge sans autre visée.

Mais d’un coup, le Mensonge sort de l'eau, s’habille
Avec la tenue de la Vérité, s’enfuit, bille
En tête. La Vérité, furieuse, sort du puits 
Et court donc, nue, après le Mensonge, icelui
Courant par le Monde vêtu de la tunique
Immaculée de l’autre, vêtement unique,
Satisfaisant aux besoins de la société
Et aux envies de qui tant aime à l’habiter.

L’une et les autres, avec mépris ou avec rage,
Détournent le regard à voir, suprême outrage,
La nudité de la Vérité qui, au puits,
Retourne et s'y terre, toute honteuse, depuis
Que le Mensonge voyage partout et toujours
Dans les beaux habits blancs qu’il vola un beau jour.

Quand on vous dit que « l’habit ne fait pas le moine », 
Précisez que la natureté n’est pas folle avoine !

samedi 15 juillet 2023

HOMMAGE AGRAIRE

Il est des croquants dont le parler appellent un sous-titre
De ces frustes vilains qu’on ne voient, hélas, que sous-fifres
Brutaux dans les mots mais solidaires dans les maux,
Les travaux et les jours, des bouseux jamais grimauds,
De ces gens de peu dont l’esprit jamais ne se hausse
Au-delà d’une sagesse populaire fausse,
Pour qui la lune est de métal et le soleil, Lison,
Promesse de fumier fumant et de foin à foison.

Ils étaient de ces cul-terreux cafards, ces ploucs sans lustre
Et sans autre avenir que de finir aussi rustres
Que leurs pères, les mains crispées et les doigts noueux,
Usés avant leur âge, malicieux ou pagailleux,
Par le travail fastidieux et ingrat de la glèbe.
Ils étaient, non de vos foules, mais de l’humble plèbe
Pour qui le tonnerre était marque du divin courroux
Et le beau temps cadeau qu’on paierait, un jour. Peu ou prou.

Ils étaient manants, gens d’être non de paraître,
Rustiques parce que le destin les a fait naître
Glaiseux mais bonhommes sachant la valeur d’un denier.
Leur vie était avare de sous, même rognés.
De ces gens simples qui se savaient de leur cambrousse,
Qui vivaient au frugal le village et ses secousses,
Me hante le souvenir : ces métayers étaient miens,
Comme je suis d’eux. C’est richesse des gens de rien.

jeudi 13 juillet 2023

LE PUTSCH DES PERRUCHES

Petite fable affable

Dans un pays d’Asie, lointain pour faire court,
Des perruches, sottes coquettes hantant ces cours
- Il y a tant de Narcisse, de Tartuffe 
Et d’Iznogoud, bref d’indispensables truffes -,
Pas plus utiles au trône que nécessaires au pays,
 S’ennuyaient à pérorer et caqueter leurs saillies.

Ces oiselles ne médisaient de la souveraine
Car Sa Gracieuse Majesté l’était peu  : 
Et pour tout dire, d’une orientale reine
On ne dit de mal qu’à ses dépens et, sirupeux,
De bien qu’avec crainte. J’vous dis pas la migraine !

Nos jacasseuses donc décident, un beau matin,
De comploter sans faire plus de baratin.
Là. Comme ça. Comme, dit-on, prendrait à l’Homme
L’envie de pisser. Oui. Mais hélas, ces pauvres pommes,
Tourbe de courtisans oiseux, d’oiseaux causeurs
Étaient par trop brouillons, braillards et, pis, jaseurs.

Elles ne savaient rien des ruses que supposent
Ces semées, du secret des conspirations
Réussies. La monarque espionne sans pause
Ses proches, craignant fort ces conjurations :
Éventant la cabale, elle met un terme à ces choses.

Les mutinées démasquées qui voulaient dépêcher
Ou navrer la reine mais ne l’ont que fâchée
Finirent dans l’arène. À ces si maladroites
Intrigantes, la souveraine plus que jamais droite,
Déclara avant le tourment réservé au commun :
« Là où il y a une volonté, il y a un chemin* ! »

* Lao Tseu cité souvent par F. Mitterand.

mardi 11 juillet 2023

ELLE ÉTAIT BELLE…

Elle était belle comme une fée, comme une nymphe,
Pour qui n’avait pris l’Avenue Troussenonain
Ou l’impasse de Derrière, ignorantins
Des choses qui ont plus de sève que de lymphe ;
Elle était belle à se faire de nous aimer
Et se donnait, sans compter mie, de mai à mai.

Elle était belle à rendre furies tous les corsages.
Ça lui valait la chamaille de nos Ninon
Et la criaille qui celles qui disaient « Non ! »,
Gardant au chaud pour leur « futur » leur corps sages.
Cette Belle, toutes les filles la jalousaient :
L’un nous aurait pu avoir envie de l’épouser !

Elle était belle sans calcul et sans artifice,
Aux yeux de qui avait regard sans fausseté ;
Léger et ployable roseau, décorsetée,
Libre, le vent des plaisirs faisant ses délices.
Oui, elle était belle à tous les hommes damner
Alors ces bonnes âmes l’ont, las, condamnée.

Elle était belle, sans fausseté et sans finesse,
Pour les époux vivants Rue des Fesses Fanées,
Pour les maris gîtant Hôtel des Culs Tournés
Qui auraient voulu changer, un temps, leur adresse,
Belle à toutes les bonnes dames remplacer
Alors, à coups de pierres, elles l’ont chassée…

dimanche 9 juillet 2023

LE RECLUS

Petite fable affable

Un poète fut encachoté.

Non pour un pamphlet ou un libelle
Mais pour un sonnet qui, las, chantait
Combien la vie naguère était belle.
Il évoquait les champs et la ville
Non le monarque ou sa cour servile,
Il y parlait d’oiseaux et de liberté
Pour la faune et non pour la plèbe,
Non d’iniquités à rhabiller
Ou de mépris altier pour la glèbe.

 C’est pour ça qu’on l’a embastillé ?!

Ce sont souvent de bien petits mots
Qui font trembler les rois et leurs trônes,
Surtout s’ils traduisent de grand maux
Dont l’écho ne vient pas à la couronne…

vendredi 7 juillet 2023

MON HAMEAU

Au creux de cette morne plaine,
Pays de peupliers, d’ormeaux,…
Faisait face à la mort, un chêne.
Des oiseaux plein ses rameaux,
Il dérobait au soleil, sombre,
Mon presque bourg, oui, mon hameau,
Mais ce n’est aujourd’hui qu’une ombre.

Ici courait « la rue du frêne »,
Là, un ruisseau, sans mot ni maux,
Meublait l’air clair de son sans-gêne ;
Le vent y avait chalumeaux.
Tout était champs, arbres sans nombre,
Vieux gardiens du bourg, du hameau,
Mais ce sont aujourd’hui des ombres.

Alors pas de clé, pas de chaîne,
Mais bien sûr quelques vieux chameaux
Et quelques pies encore embrennent.
Grimauds de bourgs, de hameaux
Ils en sont l’éternelle pénombre,
Menant au loin de ces marmots
Tout en jeux, jamais en surnombre,
Dont la joie allait à mi-mot ;
Mais ce sont aujourd’hui des ombres.

Au creux de cette triste plaine,
Pays de peupliers, d’ormeaux,…
Faisait face à la mort, un chêne…
C’est Passé diront gens normaux,
Souvenirs qui en mémoire sombrent…
Il reste ce bourg, ce hameau…
Mais ce n’est aujourd’hui qu’une ombre.