Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 13 décembre 2011

MÉFIONS-NOUS DES PETITES BÊTES

Petite fable affable

L’éléphant, bête massive et sans rivale,
Avançait d’un pas lent et majestueux.
Dans la savane, tout n’est que cavale :
Car l’Infatué juge irrespectueux
Et provocateur, aussitôt punissables,
Qu’on ne s’écarte promptement devant lui,
Que l’on soit fauve ou simple grain de sable.
C’était ainsi depuis que le soleil luit
Et que des nues assombries tombe la pluie.

Rien, ici-bas, ne peut lui faire de l’ombre.
Même l’arbre le mieux enraciné craint
Sa poussée, ses défenses, ses pattes sombres,…
Il laisse au lion, qui tant lisse ses crins,
Sa couronne usurpée de pseudo-monarque.
Le Puissant sait que le seul bruit de son pas
Suffit pour que l’encrinièré lui marque
Respect : il ne sera jamais du repas 
De qui craint un long et douloureux trépas !

Ce jour là, pourtant, sur sa route, une bête
Pas plus grosse que ne l’est boule de poils
Ne s’ôte pas du chemin. Nulle courbette,
Point de frayeur chez l’insigne ratapoil.
L’éléphant, dès lors, doit arrêter sa course
Et barrit d’indignation à l’affront fait.
La souris - c’en était une ! - comme une ourse
Défendant sa portée, toise le défait,
Belle montagne de muscles dans les faits.

Pis, la petite fanfaronne provoque
Ce lourd pachyderme qu’elle a outragé.
L’autre a bon fond, il croit à une équivoque
Et barrit comme s’il était enragé :
« Stupide animal n’as-tu donc point de tête
Pour oser contre mon corps quelque agression,
Toi si menue ? Il est vain que tu t’entêtes : 
Sans moyens, l’ambition n’est que prétention !
Sais-tu à qui tu t’opposes ?!…. Attention ! »

« Mon Gros, je n’aime pas comme tu me sonnes,
Réplique la rongetout au furibond,
Car, moi aussi, je ne crains rien ni personne ! »
Elle se faufile dans sa trompe d’un bond.
L’éléphant est surpris. Il crie et s’affole :
Et ce ne sont que gestes désordonnés,
Poussière piétinée, cabrioles,
Clameurs éclats,… La savane s’étonnait :
Un combat de titans était-il donné ?

Notre éléphant, ayant le dessous, crie grâce.
La souris ressort du long tuyau meurtri.
« La trêve tiendra quand ceux de ma race
Auront allégeance de vassaux contrits.
Imagine ce que je pouvais te faire
Si je l’avais voulu. Vois donc ton état !
Coupons là : que chacun vaque à ses affaires. »
Le penaud parti, la souris fit constat :
« Comment on met à la raison les gros tas ! »

Quand le rongeur allait se remettre en route,
Fier d’avoir mis au pas, en un rien de temps,
L’être qui ne connut jamais de déroute,
Son regard tomba sur le carmin caftan
D’une fourmi qu’elle savait venimeuse,
Insecte fourbe et querelleur de son état.
On vit détaler au loin notre frimeuse.
La froussarde enfuie, la fourmi fit constat :
« Comment on met à la raison les gros tas ! »

Illustration : David Sanjaume, 25 janvier 2011

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