Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 11 juillet 2011

POUR L'AUTRUCHE, ON CRIE !

Petite fable affable

Un vieux lion, jadis, vivait en son royaume
Comme renard en poulailler.
Ses sujets houspillaient ministres et guillaumes
Qui l’entouraient ; la Cour raillait
La plèbe ignorante et par trop pusillanime,
Voulant plus d’acquis, d’acquêts,
Toujours malcontente et pourtant, quoique unanime,
 Ne jouant que de son caquet.
Qui flagorne plus qu’un laquais ?

Ce souverain boulottait, en rien débonnaire,
La plupart de ses vils sujets
Qu’il croisait lors de ses trajets.
Et sa suite, ensuite, mêmement sanguinaire,
Croquait, en nervis enragés,
Ces gueux valant bien moins qu’objets.

Tout le pays en bruissait, des savanes aux roches.
Mais l’autruche ne disait rien.
Quand l’averse touchait un quidam, un sien proche,
Pareillement, l’oiseau terrien
Plantait sa tête vide au plus profond du sable.
Ainsi, elle ne voyait que chi’,
Ne se sentait touchée par rien, invulnérable,
Tandis que chacun ploie, fléchit,
Surtout, ma foi, s’il réfléchit.
Muette, aveugle et sourde à tout ce qui se passe,
Pour elle, nul ne l’ayant vue
L’oublieraient tourments et tourmente. C’est cocasse !

Le roi, en tournée imprévue
Sur ses terres, ne put qu’admirer cette bête
Des plus curieuses, ingénue
Sans face, tout en cuisses et en grosses gambettes,
Attendant, seule, là, cul nu,
Offerte aux cieux, aux inconnus.

Bien qu’elle fût à l’âge où, Mon Dieu, tout s’affaisse
Que croyez-vous qu’il lui advint ?
Sans voir ses joues flasques, ses seins las, ni ses fesses 
En berne, comme il en convint,
Notre lion abusa, et sans vergogne,
De cette situation…
Et sa suite, ensuite, pareillement se cogne
Qui reste sur sa position
Sans émettre protestation !

Ami, quand le temps tourne au grain ou à l’orage
Ne fais pas l’autruche, quel que soit ton pouvoir,
Car ton sort sera pis, par manque de courage,
Que celui de tous ce que tu ne veux pas voir !

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